Revue N°58, juin 2013, dossier : les migrations

Le dossier : les migrations pour le meilleur et le pire

L’Editorial

L’homme est un migrateur avide d’espace et de pouvoir. D’abord chasseur-cueilleur nomade, puis cultivateur-éleveur en quête de sols fertiles, marchand et colonisateur ensuite, il n’a cessé d’élargir ses horizons pour accroître ses ressources, échanger avec ses semblables, et les dominer à l’occasion. Conquêtes tantôt portées par une géniale créativité sous l’égide des plus nobles valeurs, tantôt mues par de bas et furieux instincts. Partir à l’appel de quelque dieu ou de sombres démons, fuir l’ordinaire ou le malheur pour un ailleurs plus propice, telle est la vocation ou le destin des humains. Alliances et meurtres se sont succédé, de prodigieuses civilisations ont fleuri en même temps que surgirent de détestables empires, et le miracle de la mondialisation s’accompagne d’irrémédiables destructions. Lumières et opaques pesanteurs…

Grâce à ses armes, à ses entreprises coloniales et à ses missionnaires, l’Occident a envahi le monde, réaménageant à son profit la vie économique, sociale et culturelle des peuples assujettis. Que d’oppression et de rapine sous couvert d’action civilisatrice et dechristianisation – avec les meilleures intentions parfois ! Des millions d’hommes et de femmes ont été kidnappés et exportés comme esclaves. La dévastation des sociétés traditionnelles, les travaux forcés et les prélèvements de toutes sortes, le recrutement de chair à canon pour nos guerres ont perduré jusqu’au siècle dernier. Et l’exploitation se poursuit aujourd’hui dans mille plantations et usines, tandis que des multinationales pillent les richesses minières et accaparent les meilleures terres du Sud. La corruption des dirigeants autochtones vise à assurer, outre le profit immédiat des nantis, nos besoins alimentaires et énergétiques.

Mais la mondialisation des migrations suscite peurs et résistances. L’ordre dominant se sent menacé par les travailleurs qui ont été importés pour effectuer au moindre coût les tâches les plus pénibles, par leurs enfants privés d’avenir dans nos cités-ghettos, et par la marée des migrants que la misère et la violence chassent de chez eux. L’insécurité véhiculée par la crise sécrète la xénophobie. Les politiques d’aide sont dénoncées comme inutilement onéreuses et favorisant l’islamisation. N’est-ce pas au génie de nos aïeux, à notre labeur et à nos mérites que nous devons nos avantages ? N’est-ce pas à l’incurie et à la vénalité des dirigeants du Sud qu’il faut imputer les malheurs des pays démunis ? Foin de la culpabilité morbide de l’homme blanc ! Seule est acceptable l’immigration choisie qui répond à nos besoins et préserve notre identité !

Et pourtant, c’est toujours par l’accueil de l’autre que s’enfante la vie. Ne sommes-nous pas tous des migrants, des étrangers, des métis ? De nombreuses religions et philosophies profanes affirment avec la tradition judéo-chrétienne que les hommes sont tous frères au sein d’une même et unique famille humaine, et que les ressources de la planète constituent un patrimoine commun que personne ni aucun peuple ne peut accaparer à son bénéfice exclusif. Tous les hommes naissent égaux en dignité, libres sous le soleil qui luit pareillement pour chacun, et dotés du même droit inaliénable à leur part des richesses. La Déclaration universelle des droits de l’homme rappelle à sa façon que celui qui a dit « J’étais un étranger et vous m’avez accueilli » continue à frapper à nos portes. L’humanité n’est jamais acquise : notre « maison commune » est toujours à bâtir.

Jean-Marie Kohler

Sommaire des articles du dossier

Il y a peu de temps encore, l’immigration était à la une des médias. On parlait d’hommes et de femmes qu’on qualifiait d’immigrés, d’étrangers… Une attention intéressée. Nous étions alors en campagne électorale. D’aucuns voulaient renvoyer ces envahisseurs indésirables. D’autres défendaient leurs droits. Et tous donnaient leur avis. Les républicains et ceux qui l’étaient moins. Les catholiques et les laïcs. Les élus et les évêques….

Aujourd’hui, les immigrés n’alimentent plus guère les discussions. Est-ce pour autant que leur existence est plus sereine, surtout lorsque leur séjour en France est illégal ? Les expulsions de sans-papiers ont-elles cessé ? L’intégration des immigrés et de leurs enfants progresse-t-elle ? La xénophobie s’est-elle atténuée ?

Nous ne sommes pas sûrs de pouvoir donner des réponses positives à ces questions. Mais notre vigilance et notre engagement pour le respect des libertés et de l’égalité sont toujours nécessaires afin que la démocratie reste une réalité vivante. D’où l’état des lieux proposé dans ce dossier pour continuer à lutter contre les préjugés et les discriminations dont sont victimes les immigrés.

Jean-Paul Blatz

Les enjeux politiques et éthiques des migrations (interview de Catherine Wihtol de Wendel). Spécialiste des migrations de renom international, cette politologue et enseignante à Sciences Po Paris nous rappelle les enjeux géopolitiques et éthiques des migrations. Leurs causes démographiques, économiques et politiques. Les réactions des pays d’immigration. A quelles conditions les migrations sont-elles bénéfiques pour les migrants et leurs hôtes ?

Politiques d’immigration en France et instrumentalisation des étrangers [Jean-Paul Blatz]. Au niveau économique et politique les migrations sont soumises à des logiques contradictoires. Le libéralisme prône une libre circulation de la main-d’œuvre facilement importable en cas de pénurie et facile à refouler en période de moindre production. Mais les Etats s’en tiennent toujours à un contrôle régalien de l’immigration. Particulièrement renforcé en période de crises. L’immigration devient alors un sujet politique majeur. Certains n’hésitant pas à instrumentaliser les « étrangers » par des discours populistes et xénophobes, dans une optique électoraliste. L’actuel gouvernement de gauche est-il plus respectueux des droits humains que le gouvernement de droite auquel il a succédé ?

Les idées reçues sur les migrations [Françoise Gaudeul]. Il convient d’abord d’invalider les « idées reçues » sur les migrations. Celles affichées par certains politiciens d’extrême droite et colportées sans honte à certains comptoirs de bar. Les immigrés prennent le travail des Français et ruinent la sécurité sociale. Eux et leurs enfants agressent les vieilles dames…. Peut-on répondre à ces amalgames irrationnels entre immigration, chômage et insécurité ? Ne vaut-il pas mieux s’en tenir avec assurance et fermeté à la réalité : les immigrés rapportent plus à la France qu’ils ne lui coûtent ?

L’intégration des immigrés [Lucienne Gouguenheim]. La France refuse le communautarisme. Elle prône l’intégration des nouveaux venus et de leurs enfants. Par le service public et laïc de l’éducation nationale, par la mixité de l’habité, par le travail et la vie associative… Pour quels résultats ? Une intégration qui prend son temps : les constats concernant les conditions de vie sont généralement défavorables aux immigrés, relativement au reste de la population, mais ils le sont moins pour les descendants d’immigrés.

Migrer : un espoir et souvent un drame [Jean-Marie Guion]. Partir pour un avenir meilleur. Un espoir partagé par des millions de personnes dans le monde. Une issue dramatique pour nombre d’entre eux. Un voyage périlleux à la merci de passeurs. Quelquefois un refoulement dès l’arrivée dans un autre pays. Une existence de sans-papiers lorsque de droit d’asile ou une carte de séjour sont refusés. Une situation de plus en plus fréquente. Une situation bloquée dans une Europe qui se veut une forteresse. Seule l’opinion publique pourra faire évoluer la législation actuelle. Par le soutien aux associations, par la participation aux manifestations qui dénoncent le non respect de certains droits humains…

L’étranger qui réside avec nous [Paul Ricœur]. En nous rappelant que la Bible relie l’accueil de l’étranger à la mémoire de l’exil, l’auteur nous invite à découvrir l’étranger en nous-mêmes. Le hasard qui a déterminé ce que nous sommes, la langue que nous parlons ou le lieu où nous nous trouvons, commande l’hospitalité.

De toute tribu, langue, peuple et nation [Jean-Bernard Jolly]. Le Livre de l’Apocalypse constatait déjà la complexité des groupes humains et de leurs rapports à la terre lorsqu’il évoquait les tribus, langues, peuples et nations qui forment l’humanité. Comment définir aujourd’hui les termes : peuple, Etat-Nation, race, ethnie ?… Comment comprendre les attitudes différentes face à l’immigration dans les sociétés contemporaines, certaines étant plus universalistes (recherche de similitudes), d’autres plus différentialistes (mise en évidence des différences) ?

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