Prison de femmes – aumônerie Publié juin 8, 2014 par Maurice

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C’est la nuit qu’il fait soleil

Ce n’est pas un pamphlet sur l’état des prisons, les vraies ou fausses raisons qui ont provoqué l’enfermement, les conditions d’incarcération, le personnel de la prison etc. que je voudrais écrire ! C’est juste le murmure de femmes détenues, c’est juste un moment de vie dans une MAF (Maison d’Arrêt de Femmes) située en région parisienne. Un lieu où lorsque vous y rentrez, après de multiples vérifications d’identité, de portes ouvertes puis fermées, vous vous trouvez en face d’autres femmes qui ne sont pas du tout différentes de vous : l’une d’entre elles m’a tellement touchée que je pouvais voir ma propre fille ayant sombré dans une démence subite pour effacer ou plutôt venger un vécu trop douloureux ! Oui j’ai souvent pensé en sortant de cette prison que nous avions la chance d’être du bon côté de la barrière et qu’un petit rien pouvait nous faire basculer…

« C’est la nuit qu’il fait soleil » est le titre, un peu provocateur, d’une vidéo réalisée avec l’équipe d’aumônerie, un professionnel de la vidéo et Anne, Dominique, Liliane etc. qui sont détenues et passent Noël derrière les barreaux. Une réalisation très profonde vécue il y a quelques années, qui rassemble brièvement tous les sentiments, les émotions, les paroles fortes que ces femmes ont exprimés et partagés entre elles et avec nous : colère, haine, attente, remords, fraternité, entraide… et en final un peu d’espérance évoquée ainsi : « Tout le monde peut refaire sa vie, tout amour refleurit un jour, tout chemin a son destin, c’est la nuit que l’espoir renaît. »

Noël, « un jour comme les autres où tout ce qui est dit à la radio et à la télévision fait ressentir encore davantage la séparation d’avec tous ceux que nous aimons. Pas de parloir, pas de permission, nous ne verrons pas nos enfants… Dans nos têtes c’est le chaos, petit à petit s’installe la désespérance. Comment envisager l’avenir ? L’extérieur nous effraie et nous lui faisons peur. » Dans le couloir central de la prison se déroule ce jour comme une pièce de théâtre : « Une nuit j’ai été enfermée » clame une première femme pendant qu’une cage était symbolisée avec tous leurs bras. Une vue générale sur les portes, les cadenas, les verrous, puis les surveillants marchant dans les cursives, puis le grand filet séparant le rez-de-chaussée du premier étage… Par la suite tout est symbole : les mains attachées, les loups sur les visages, les bâtons portés parallèles en vertical et en horizontal pour signifier les barreaux, les danses de foulards, le poster d’une tête de mort avec un canotier et une croix toute simple…

« La nuit est arrivée chez moi, je ne m’y attendais pas, elle a tout renversé, elle a mis le foutoir, elle s’est installée dans ma tête, elle a cassé l’avenir avec son gros rire… » crie une seconde. Des sons de percussions, des chants, de la guitare nous accompagnent. Puis le témoignage émouvant d’une femme qui ne voulait pas participer et qui se fait embaucher par sa compagne de cellule -« tu verras, on s’y amuse bien » – et celui de la femme qui découvre ce qu’elle est capable de faire – « je voulais dire à ma mère qu’au moins une fois dans ma vie j’ai fait quelque chose de bien en prison ! » En final ce cri « On doit toujours espérer pour s’en sortir » résume bien le travail effectué.

Un dimanche sur deux, des personnes de l’équipe d’aumônerie et l’aumônier homme ou femme, s’apprêtent à franchir le seuil de cette maison pour « célébrer » l’accueil, l’écoute, le partage de la parole précédé d’une petite présentation puis discutée, le partage des fleurs (que chacun remporte dans sa cellule), du pain, des prières personnelles de chacune lues par une personne de l’équipe pour respecter leur amour-propre, enfin des papotages qui s’éternisent jusqu’à ce que l’on nous rappelle l’horaire ! Nous ne faisons pas d’angélisme ni de prosélytisme. Beaucoup de femmes ne sont pas chrétiennes évidemment, notre souci est de redonner une dignité à chacune, l’humain en priorité. J’ai été frappée par une femme reconnaissant ses actes : « J’ai fait une connerie, je dois la payer ! » Oui en maison d’arrêt la demande « spirituelle » est forte, les femmes ont envie de comprendre. Au milieu du marasme surgit la question du sens : pourquoi ? Qu’est-ce que je fais là ? Qu’est ce qui s’est passé ? Elles sont enfermées en elles-mêmes, dans leur histoire, leurs relations, c’est un véritable engrenage et ce n’est pas s’y simple d’y voir clair. L’aumônier propose des rendez-vous dans la semaine et il le tient : sa relation est forcément humaine, il est un confident fiable. Il est un réconfort, un apaisement ; il écoute principalement. « Devant leurs vécus je me trouve souvent démunie », m’a confié Marguerite, « je cherche la petite phrase qui va les aider à faire la vérité en elles, à prendre conscience de leur responsabilité, à prendre conscience aussi de la souffrance de leur victime ! » La vérité vous rendra libre, nous a dit l’apôtre Jean. Tout un travail intérieur est à faire pour retrouver un brin d’espérance… et pour ce faire nous avons même imaginé un week-end de « retraite » ou mise à l’écart de la détention, durant deux matinées de 10h à 12h et deux après-midi de 14h à 17h autour des pèlerins d’Emmaüs, du père prodigue, de l’aveugle Bartimée… nous y avons fait une relecture de nos vies, ce qui induit de grands bouleversements souvent douloureux. On ne sort pas indemne d’une telle expérience !

Il y a bien longtemps Platon nous disait : « La peine doit préparer l’avenir ». Aujourd’hui, avec beaucoup d’autres intervenants, l’aumônerie participe à la reconstruction de l’Homme.

Françoise Gaudeul.

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