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Célébrer

Comment dire et Célébrer la Foi Chrétienne dans un langage et des gestes contemporains

Nécessité d’inventer régulièrement des credos actuels, des credos personnalisés, en fonction du groupe présent, même si c’est pour une seule fois. Ne pas nous enfermer, même dans un nouveau rite : accepter de varier les rites, avec ou sans prêtre, avec ou sans la parole officielle de l’Eucharistie. Nécessité de parler entre nous, de partager nos vies, nos préoccupations. Les rencontres des communautés nouvelles ne sont plus des communautés géographiques (les paroisses), mais des réseaux de connaissances, d’amis.

Articulation avec les autorités ecclésiales :

Pour les uns cette articulation est nécessaire, pour d’autres elles ne l’est pas. Comment vivre une Église nouvelle, mais aussi variée ?

Dire et célébrer la foi dans un langage et des gestes contemporains

Le symbole des apôtres n’est pas une expression audible aujourd’hui : 8 personnes sur 15 ne peuvent plus le dire. Invitation à rédiger notre propre credo, c’est prévu dans la démarche catéchuménale pour les jeunes et les adultes. Avec le groupe ACI, je vais à la messe de temps en temps, mais le credo, je ne peux pas le dire, c’est un mythe, de même le mot « sacrifice » de Jésus offert au Père, à la messe… Pourquoi, dans nos célébrations, ne change-t-on pas de langage, le credo, le Notre Père ?… Il faudrait donner la double signification, c’est concrètement impossible. Dans notre communauté de base on ne dit pas le credo mais on dit notre foi dans le partage de la parole. Ce qui est important, c’est la parole… Ce que je trouve dommage, c’est que l’on fige une expression de la foi. Ma foi, je l’exprime en fonction de la parole que je viens de recevoir. Ce qui me plaît c’est qu’on est tous différents. Pour nous, protestants, la Parole est une nourriture à part entière. La vocation baptismale contient la vocation presbytérale. L’essentiel est de célébrer d’abord et avant tout la vie, d’où la mise en valeur des enterrements, du mariage, des célébrations dans les prisons,… et aussi (mais bien moins souvent) des baptêmes. Que fait-on de notre engagement du baptême en face de la justice et de l’intelligence de la vie ?

Témoin de 40 ans de vie dans une paroisse libre : partage de la parole, Eucharistie avec prêtre puis sans prêtre. Pour se nourrir de la célébration, il faut aussi se fonder théologiquement chez Joseph Moingt « Dieu qui vient à l’homme », une pratique qu’il qualifie de normale. Il propose une célébration « privée » que le sacerdoce des fidèles permet, « c’est un pouvoir et un devoir… »

Recommandations

Que les réseaux du Parvis demandent publiquement à toutes les autorités des Églises chrétiennes de ne pas se contenter de reconnaître qu’il y a des célébrations anciennes (en latin), mais de reconnaître aussi qu’il y a des communautés nouvelles qui célèbrent leur foi dans un langage, avec des gestes, et des rites exprimant leur façon de vivre. Que les Réseaux du Parvis soient à l’origine de communautés chrétiennes nouvelles, qu’ils prennent des initiatives en ce domaine.

Célébrer

C’est, à partir de la réalité de nos vies,

Exprimer symboliquement du sens

En référence au vécu de l’Évangile…

Célébrer, c’est fêter dit le petit Larousse…

C’est d’abord un temps de préparation

Où le désir de célébrer est moteur.

Le temps de préparation est temps de partage

Pour chacun

Pour partir de la vie

Rechercher de la signification

Proposer des textes,

Des gestes symboliques

Qui expriment le vécu

Amplifient le sens

Par l’imaginaire et le symbolique…

Qui ouvre des imaginaires

Vers une autre dimension…

La préparation du lieu est importante

Pour créer un autre espace, un espace

qui évoque, qui parle…

Donner l’envie de la rencontre, du partage…

Un espace beau et convivial

Qui donne l’envie d’une parole libre

Intense, ancrée dans la vie de chacun…

Les thèmes sont variés, selon la sensibilité

de ceux qui préparent

Selon les événements.

Le temps d’échange, de partage est privilégié

Ce temps est assez long pour que la vie

d’aujourd’hui puisse émerger…

Textes et poèmes

Prolongent la réflexion

En faisant du lien avec les expressions

de chacun

Intérioriser… Rendre festif…

La Présence de Jésus de Nazareth Vivant

Est symbolisée par le partage :

Partage de nos vies, partage de la parole

Partage des signes : pain et boissons à partager.

Ce n’est pas chosifier une présence

Mais la reconnaître dans nos vies

Dans nos expressions, nos désirs, notre espérance

Comme un appel à vivre, à devenir, à être présent

Comme accueil de la parole de l’autre

En recherchant ce qui anime la profondeur

de notre humanité.

Un lien avec les absents, les autres communautés

Est signifié

Pour dire que nous ne sommes pas seuls,

Nous sommes reliés aux autres

En recherche de fraternité, d’humanité, de partage…

À l’origine, la fraction du pain symbolise

une Présence dans le Partage.




Chrétiens et musulmans…

Chrétiens et musulmans un même Dieu

Et deux mondes qui s’ignorent…

L’islam dit s’inscrire dans la continuité du judaïsme et du christianisme, dont il reprend une partie de la révélation en l’adaptant à la société arabe de l’époque du Prophète. Un même Dieu, une même dévotion à la Vierge, un même hommage aux 7 dormants d’Ephèse… Oui mais refus aussi de ce qui fait le socle du christianisme, Jésus fils de Dieu et Dieu lui-même dans le cadre du dogme de la Trinité – encore qu’affirmé seulement au IVème siècle – et c’est une divergence majeure.

Alors on a souvent préféré se renfermer sur ses certitudes, chacun affirmant détenir la Vérité, se combattre en accusant les uns d’adorer un faux prophète et les autres un faux Dieu. Aujourd’hui les luttes deviennent largement idéologiques et politiques. Prévaut au mieux l’ignorance de part et d’autres, au pire les invectives avec des amalgames du genre terroristes contre croisés.

La critique réciproque, enrichissante si elle est menée dans un dialogue respectueux des personnes et de l’histoire, semble souvent refusée. C’est par un rappel historique des relations entre deux mondes de croyants que Michel Roussel a mis en lumière ce qui nous divise et ce qui nous unit. Seule une volonté réciproque de dialogue et de rencontres en profondeur peut permettre une connaissance mutuelle et ouvrir au dépassement des représentations.

Si le dialogue s’instaure c’est à partir de la prise de conscience qu’il y a beaucoup en commun et beaucoup d’éléments qui divisent. Cette conscience équilibrée permet d’éviter de s’enfermer dans la suspicion, fondement de conflit potentiel.

À maintes reprises, les participants ont relevé la manifestation fréquente de peurs de divers ordres. Si elles peuvent s’expliquer par un contexte socio-économique difficile, elles sont également souvent relayées par des structures administratives qui s’inscrivent dans une dimension politique et s’expriment dans un vocabulaire « fourre tout » qui n’est pas de nature à améliorer les relations. Par ailleurs, de nombreuses expériences positives ont été rapportées.

Elles associent fréquemment la dimension multiculturelle à la dimension multireligieuse. Elles permettent la construction d’une conscience éclairée dans le contexte de la mondialisation. La complexité de situations sur la scène internationale vient souvent perturber la volonté de dialogue et de rencontre qui implique un effort considérable pour désenclaver la rencontre d’un contexte conflictuel dominant (exemple : les conditions faites au peuple palestinien ou la politique française face aux mondes arabo-musulmans).

On relève également l’importance que peut avoir l’expérience de vivre en tant que minorité pour comprendre, de l’intérieur, certains positionnements ou certaines attitudes qui peuvent rendre le dialogue difficile. Plusieurs témoignages ont permis d’identifier les espaces de dialogue et de compréhension mutuelle : école, associations, quartiers, famille. Mais également des contextes particuliers qui favorisent la mise en dialogue et la connaissance mutuelle : engagement associatif, indignation face à certaines situations de fragilisation sociale (logement, migration, centre de rétention etc.).

Le partage de moments de convivialité liés aux fêtes religieuses apparaît comme un espace-temps très favorable à une rencontre et un dialogue en profondeur. Naturellement, toutes ces démarches de rencontre et leur impact sur le fonctionnement de nos sociétés interrogent grandement le concept de laïcité dont les participants ont relevé l’importance pour consolider les capacités d’un « vivre ensemble » dans le respect des convictions des femmes et des hommes qui composent nos sociétés.




Le dialogue Islamo-chrétien

Le Dialogue islamo-chrétien…

« Au moment où l’on assiste à un essoufflement du dialogue entre chrétiens et musulmans, le film « Des hommes et des dieux » devrait convaincre ceux qui doutent de l’intérêt de la poursuivre. » (Propos d’Azzedine Gaci, président du Conseil régional du culte musulman Rhône-Alpes lors d’une projection commune réunissant 16 évêques français, des responsables musulmans, de haut niveau, des juifs et des protestants).

Essoufflement, vraiment ? C’est oublier un peu vite que les initiatives en tout genre continuent de fleurir dans les régions, certes avec peut-être moins d’enthousiasme qu’autrefois, mais elles sont bien vivantes. Des célébrations communes ont toujours lieu – parfois judéo-islamo-chrétiennes, comme à Hautepierre dans la banlieue de Strasbourg -, pouvant se heurter à une hostilité affirmée de prêtres ou d’imams.

Action aussi des nombreuses associations locales ou nationales comme le Groupe des amitiés islamo-chrétiennes (GAIC) qui organise la semaine des rencontres islamo-chrétiennes en France et en Europe, la Fraternité d’Abraham joignant également les juifs. Ceux-ci ne font pas l’objet de cet article, notons tout de même l’importance des amitiés judéo-chrétiennes.La maison islamo-chrétienne est plus spécifiquement francilienne.

Mention particulière aux rencontres annuelles d’Aiguebelle qui chaque année – depuis 12 ans – rassemblent des croyants des deux religions pour un temps de prière et de réflexion en hommage et communion avec les moines de Tibhirine. En 2010, plus de 250 participants se sont retrouvés pour un échange également musico-spirituel avec les chants des moines et de chrétiens palestiniens – double symbole – et la psalmodie du Coran par un imam.

Suite à un jumelage entre scouts marocains et scouts de Conflans-Jarny (Meurthe-et-Moselle), un camp itinérant interreligieux est parti de Lorraine vers Bordeaux, coupé par 5 jours à Taizé et une randonnée de 2 jours dans l’Allier avant la participation au grand rassemblement de 10 000 scouts venus du monde entier, de différentes confessions. On y a psalmodié la fatiha (la sourate qui ouvre le Coran).

Les 7 dormants.

Les pèlerinages islamo-chrétiens restent aussi à l’ordre du jour. Honneur au plus connu d’entre eux. Le 56 ème du nom à Vieux-Marché (Côtes d’Armor), le 3ième week-end de juillet, avec le pardon des 7 dormants chrétiens d’Ephèse, vénérés depuis plusieurs siècles dans ce coin de Bretagne mais aussi par le Coran dans sa sourate 18 dite de la caverne, lue chaque vendredi à la mosquée. Héritage islamo-chrétien s’il en est et qui fut largement évoqué là encore à propos de l’assassinat des 7 moines de Tibhirine.

Thème de la rencontre annuelle : les 7 dormants parlent breton, français et arabe.Comme chaque fois, elle a permis un large débat entre chrétiens et musulmans, en fidélité à Louis Massignon, grand humaniste, qui a greffé en 1954 ce pèlerinage sur le pardon breton.

Le père Boormans, élève de Massignon, a évoqué à propos de la traduction du Coran la nécessaire humilité du traducteur, du fait de la richesse et du sens des nuances de la langue arabe et aussi parce qu’il s’agit du livre saint des musulmans, modèle à suivre beaucoup plus contraignant que les Evangiles pour les chrétiens.

Ghaleb Bencheikh, animateur de l’émission télévisée du dimanche  » Islam  » sur France 2, président de la conférence mondiale des religions pour la paix, un habitué de Vieux-Marché, a parlé de l’importance des mots et de la nécessité de les expliquer pour les désamorcer, à commencer par le vocable  » Islam  » qui génère beaucoup de fantasmes. Il a rappelé que Mohamed Arkoun – disparu récemment – parlait à ce propos de mot-valise.

Enfin, le sociologue Gérard Premel s’exprimant au nom des agnostiques et des athées – ils ont toujours voix au chapitre lors de ce pèlerinage – a rappelé la responsabilité plus générale de chacun d’entre nous dans la propagation de poncifs, voire de manipulations sur la signification des mots, donnant au passage l’exemple des insoumis pendant la guerre d’Algérie.

Le samedi soir, le pardon est purement breton. Le lendemain, la messe regroupe musulmans et chrétiens (jadis elle était dite en arabe) et les rangs débordent largement la petite chapelle. Ensuite, c’est la descente à la fontaine des 7 saints avec lecture de la fatiha par un imam, et nos amis musulmans, en signe de fraternité et d’accueil, offrent dattes et lait halib, dit ribot par les bretons.

Comme d’habitude la fraternité de Saint Pie X, a dénoncé cette apostasie, accusant les évêques de ne pas condamner ce symbole de la complicité des hommes d’Eglise et des catholiques conciliaires avec les ennemis du Christ. Le fait de les avoir réintégrés dans le giron du Vatican ne les a pas modérés pour autant. Qui s’en étonnera !

A la pentecôte, le GAIC organise un pèlerinage islamo-chrétien à Chartres sur les pas de la Vierge Marie, là encore commune aux musulmans et chrétiens, citée des dizaines de fois dans le Coran et qui bénéficie même d’un chapitre entier, la sourate 18. La virginité de Marie avait été défendue vigoureusement par le prophète, notamment contre les juifs de l’époque. On sait aussi combien les Algériens continuent de la vénérer à Notre-Dame d’Afrique à Alger. Cette basilique, pourtant symbole de la colonisation, vient d’être restaurée grâce aux deniers des autorités algériennes.

Sur les pas d’Abd el-Kader.

Enfin, en octobre, le GAIC et d’autres associations nous ont proposé un pèlerinage à Amboise particulièrement réussi sur les pas d’Abd el-Kader et de Saint François d’Assise, un ancêtre du dialogue islamo-chrétien. Après deux tentatives infructueuses, il avait réussi en 1219 à rencontrer en Egypte le sultan de l’époque Al Kamil, dans le but il est vrai de le reconvertir.Il ne réussit pas à arrêter ces croisades sanglantes – véritable djihad chrétien – qui durèrent plus de deux siècles.

Près d’une centaine de personnes se sont retrouvées pour en bord de Loire, béni par un soleil généreux. Ensuite, visite du château, sous la houlette du conservateur, fervent adepte de l’interreligieux. Dans l’enceinte même, des textes d’Abd el-Kader, soufi franc-maçon, et de François d’Assise ont été lus. On évoqua aussi Saint de Paule. Alerté par des rumeurs de miracle et grâce à l’appui du pape, Louis XI obligea ce Calabrais à le rejoindre en Touraine. François aida le monarque à mourir dans la sérénité et créa, au passage, plusieurs couvents dans la région.

Prolongement par un moment d’une grande force symbolique : l’inauguration de deux pierres tombales, l’une en français, l’autre en arabe, en hommage aux compagnons d’Abd el-Kader morts lorsqu’il était prisonnier à Ambroise, psalmodie du Coran par les imans et les nombreux musulmans présents, chant du Notre-Père par un prêtre et les chrétiens. La journée s’est terminée par itinéraire spirituel, courant au GAIC : un couple mixte – une musulmane algérienne et un pied-noir chrétien – venu raconter pour chacun la découverte de sa foi et de celle de l’autre, moment de grâce partagée dans le jardin, près des tombes musulmanes du château.

A l’épiscopat, c’est Mgr Michel Santier, évêque de Créteil, par ailleurs président du Conseil interreligieux, qui suit les relations avec l’islam, aidé par le service des relations avec l’islam animé par le père Christophe Roucou. Chaque année une session de formation est organisée au séminaire d’Issy-les-Moulineaux. L’Institut Catholique de Paris dispense un certificat d’aptitude pour la pastorale islamo-chrétienne. Des cours sont également donnés au Centre Sèvres, au collège des Bernardins à Paris et dans les régions à Marseille, Lyon (Institut catholique), Toulouse et dans les facultés de théologie de Lille, Strasbourg et Angers. Enfin, chaque évêché dispose d’une personne ressource, voire d’un conseil et, dans certains, des réunions régulières se tiennent avec des responsables musulmans et juifs.

Tableau bien incomplet, tant les énergies restent mobilisées, malgré les caricatures de part et d’autre. Non, les musulmans ne sont pas nécessairement des terroristes en puissance, prêts à sortir le couteau sous la bannière d’un faux prophète. Non, les chrétiens ne sont pas nécessairement islamophobes et la Sainte-Trinité n’est pas du polythéisme. Chacun d’entre nous se doit de combattre ces idées trop bien reçues qui ont cours non seulement au café du commerce, mais surtout sont utilisées par des politiciens qui surfent sur une vague xénophobe et raciste.

MICHEL ROUSSEL.




Les pieds dans le bénitier…

Les pieds dans le bénitier

Anne Soupa et Christine Pedotti

Comme plusieurs d’entre nous, j’ai eu beaucoup de plaisir à entendre la conférence d’Anne Soupa le 18 octobre au centre Mounier à Strasbourg. Les analyses qu’elle a développées n’étaient certes pas nouvelles pour nous mais sa force de conviction, son dynamisme, sa détermination à ce que les choses bougent ont certainement conquis une grande partie du public. J’ai donc profité de la librairie présente au rassemblement des Réseaux du Parvis pour acheter le livre qu’elle cosigne avec Christine Pedotti, les pieds dans le bénitier.

J’y ai retrouvé, formulées avec vigueur et sans langue de bois, leurs réflexions sur la situation faite aux laïcs, et singulièrement aux femmes, dans l’église catholique. Le chapitre 2, « soutane rouge et jupons blancs », recèle quelques formules décapantes qui font du bien : « Comme les esclaves à Rome autrefois, les femmes font tout. Le ménage, les fleurs, les chants, le catéchisme, les formations bibliques, les visites aux malades, les doctorats de théologie. Elles font tout sauf décider. » (p. 44) ; ou encore p. 49 la magnifique tirade sur le « petit club » du Vatican, trop longue   pour être citée ici intégralement mais qui vibre d’une juste et sainte colère !

Bref, des critiques claires et fermes, une argumentation étayée, par exemple sur la question du différentialisme et de la complémentarité, « c’est la femme qui est complémentaire de l’homme, jamais l’inverse » (p.41).

Parallèlement à cette démonstration, les auteures racontent et expliquent leur cheminement, du Comité de la Jupe à la Conférence Catholique des Baptisé(e)s de France. Si on peut regretter, comme je le fais avec d’autres, que la spécificité du sort fait aux femmes se soit trop vite dissoute dans la question de la responsabilité des baptisés, il n’en reste pas moins que ces deux femmes-là agissent avec une belle énergie et des compétences certaines en communication ! Mais quand même, on peut s’interroger sur leur certitude qu’il est possible de faire changer les choses de l’intérieur et, qui plus est, sans contester a priori les règles de fonctionnement actuelles. Elles s’adressent ainsi à celles et  ceux qui souhaitent les rejoindre à la CCBF et à qui elles demandent d’exprimer « 100 idées à mettre en actes » :  « Afin que les idées que vous allez avoir, ou que vous avez déjà, puissent être immédiatement suivies d’effet, nous vous demandons d’accepter de vous situer dans les règles actuelles de l’Église catholique : discipline du célibat masculin pour les prêtres, non-admission des divorcés remariés à la communion eucharistique, gouvernement central du Vatican… » (p. 231). Là, sincèrement, j’ai du mal à suivre, tout simplement parce que, avec beaucoup d’autres, nous n’en sommes plus là !

Et il faut bien alors en arriver à ce qui, à mes yeux, affaiblit grandement la portée de cet ouvrage : on n’y trouve aucune référence, aucune allusion ou presque à tous les groupes, mouvements, associations, qui depuis longtemps ont dit ces choses-là et qui ont pris leurs responsabilités, parfois leurs risques, en affirmant leurs convictions haut et fort, de l’intérieur, du seuil… ou des parvis. A moins que tout cela ne soit résumé p. 142 « Nous pouvons, encore et encore, user nos poings jusqu’au sang sur les portes de bronze du système romain actuel, d’autres avant nous s’y sont essayés, en pure perte. Que leur expérience serve au moins à épargner nos forces ! »…ou encore p. 162 : « Lorsque le peuple catholique s’est échiné à se faire entendre, haut et clair, dans tous les synodes, dans toutes les marches, dans des requêtes multiples et diverses, dans tous les livres blancs possibles, depuis les années soixante-dix, quand il a imploré plus ardemment encore que l’importun de l’Évangile à qui Jésus lui-même dit qu’on doit céder, qu’est-il advenu ? Rien, les portes de bronze sont restées closes. »

On a le sentiment qu’avant elles, rien de sérieux ou de crédible n’a été dit ou fait pour faire bouger l’église catholique ou du moins que ce qui a été fait n’a été que de l’ordre des doléances, des suppliques, attitudes qu’elles considèrent, à juste titre, comme infantilisantes. Mais que font-elles des apports si riches des mouvements d’action catholique, des théologiens de la libération et de tant de communautés, y compris paroissiales, qui ont fait avancer tranquillement les choses ? Par exemple, dans de très nombreuses paroisses ou autres communautés, l’amitié fraternelle et la conviction que « nous ne sommes pas les comptables de l’amour de Dieu » (dixit un ami prêtre) ont amené des responsables, prêtres et laïcs, à transgresser sereinement la loi de la non-admission des divorcés remariés au partage eucharistique.

Nous savons à quel point, dans les années 80 et 90 du XXième siècle, des hommes et des femmes ont réellement pris leurs responsabilités dans leurs communautés chrétiennes, à quel point ils/elles ont su être adultes dans leur foi… malgré la remise en ordre impulsée par le Vatican et ses satellites, légionnaires et autres fers de lance de la soi-disant tradition. Non, nous ne nous sommes pas contenté(e)s de quémander, nous avons agi et nous agissons encore ! Sur le seul plan des célébrations, j’aurais bien aimé qu’Anne Soupa et Christine Pedotti partagent la nôtre à Sélestat le 17 octobre, elles y auraient vu que nous savons d’être « majeurs dans la foi », sans crainte… mais peut-être trop discrètement.

De la même manière, je suis très étonnée de ne trouver dans ce livre aucune bibliographie, donc pratiquement aucune référence à des auteurs, théologiens ou non, qui accompagnent depuis longtemps ces « cathos progressistes » (ou réformateurs ?) que nous sommes : Hans Küng est cité une fois, ainsi qu’Albert Rouet, c’est bien peu ! Il ne manque pourtant pas d’ouvrages essentiels qui ont mis en mots justes nos préoccupations et nous ont ouvert de nouveaux horizons. Et où sont aussi les penseurs des autres confessions, chrétiennes ou non, dont le regard sur le catholicisme nous est si précieux ? Il est pourtant certain, compte tenu des parcours de Christine Pedotti et Anne Soupa, qu’elles ont lu, et même beaucoup ! Mais  leur livre pourrait faire croire qu’elles sont les seules à développer une réflexion sur ces questions, ce qui, j’en suis sûre, n’est pas leur intention.

Bref, sans vouloir trop vite généraliser, il me semble que ce que j’ai lu confirme ce qui nous a gênés lors de la création de la CCBF, à l’occasion de la marche du 11 octobre 2009. Nous avions compris que nous ne pouvions y participer qu’en tant que personnes individuelles, pas en tant que groupes ou communautés constitués. Toujours cette impression d’une volonté de faire table rase…

Alors ? Puisque nous sommes invités par le message d’Espérance des Réseaux du Parvis, à « porter à la lumière ce qui est en train de naître », je souhaite que mes réflexions ne soient pas perçues comme un jugement, mais comme un éclairage. Le choix de la CCBF de se situer résolument dans l’église catholique est légitime, je me réjouirai avec beaucoup d’autres de tout ce qu’elle pourra faire avancer concrètement pour que l’Évangile soit mieux annoncé par les catholiques, mais je suis certaine que cela implique aussi un travail en contact permanent avec tous les autres acteurs (et penseurs) de ce renouveau si nécessaire. Nous avons compris et expérimenté sur les Parvis l’exigence et la richesse de ces rencontres qui permettent de construire ensemble sans viser une fusion illusoire.

Et en tout cas, merci à Anne Soupa et Christine Pedotti d’ouvrir ainsi une nouvelle porte dans la citadelle Église : plus il y a de portes ouvertes, plus il y a de courants d’air et plus le Vent pourra souffler, du parvis au chœur !

Marie-Anne Jehl




La théologie de la libération réhabilitée ?

Alors que le préfet de la Congrégation pour la doctrine de la foi (CDF), Mgr Gerhard Ludwig Müller, et le théologien péruvien Gustavo Gutierrez publient la version italienne de leur livre sur la théologie de la libération, L’Osservatore Romano a consacré une double page centrale à ce livre, signe d’une réconciliation longtemps attendue entre le Saint-Siège et cette théologie très implantée en Amérique latine.

« Avec un pape latino-américain, la théologie de la libération ne pouvait pas rester longtemps dans l’ombre où elle a été reléguée ces dernières années, au moins en Europe, écrit le P. Ugo Sartorio dans un long article du quotidien édité par le Saint-Siège. Avec un double préjudice : le fait qu’on n’ait pas encore réfléchi la phase de conflit du milieu des années 1980, d’ailleurs soulignée par les médias qui en ont fait une victime du Magistère romain, et aussi le rejet d’une théologie considéré comme trop à gauche et donc biaisée. »

De fait, Rome n’avait jamais condamné en bloc la théologie de la libération, mais seulement la partie qui utilisait l’analyse marxiste. Sans verser dans ces excès, nombre de théologiens, notamment en Amérique latine, ont toutefois pu être victimes d’une « chasse aux sorcières » au seul prétexte que leurs travaux s’approchaient de trop près de la théologie de la libération.

UNE BROUILLE QUI DATE DE JEAN-PAUL II

Dans le livre, publié d’abord en 2004 en allemand, alors qu’il n’était encore qu’évêque de Ratisbonne, Mgr Müller décrit d’ailleurs les facteurs politiques et géopolitiques qui ont influencé cette perception négative de la théologie de la libération, et notamment le document préparé en 1980 par le « Comité de Santa Fé », exhortant Ronald Reagan « à agir vigoureusement contre la “théologie de la libération”, coupable d’avoir transformé l’Église catholique en “arme politique contre la propriété privée et le système de production capitaliste” ».

« Toute théologie doit partir d’un contexte. Mais la théologie n’est pas dispersée en une quantité incommensurable de théologies régionales, souligne toutefois Mgr Müller dans L’Osservatore Romano. Chaque théologie régionale devrait plutôt avoir déjà en soi une vocation ecclésiale universelle ». Il reconnaît toutefois que les questions posées par la théologie de la libération sont « un aspect essentiel de toute théologie, quel que soit le cadre socio-économique qui l’entoure ».

La brouille entre le Vatican et la théologie de la libération date du pontificat de Jean-Paul II. le pape polonais avait notamment affirmé, en 1979, qu’une « conception du Christ comme homme politique, révolutionnaire, comme le subversif de Nazareth, ne correspondait pas à la catéchèse de l’Église ».

« DÉNONCER L’INJUSTICE SUBIE PAR LE FAIBLE NE SIGNIFIE PAS ÊTRE MARXISTE »

Le début de la réconciliation date du pontificat de Benoît XVI : si, comme préfet de la Congrégation, il avait sanctionné les analyses marxistes de plusieurs théologiens, il a lui-même choisi comme préfet de la CDF Mgr Gerhard Ludwig Müller, ancien élève du P. Gutierrez, considéré comme l’un des pères de la théologie de la libération mais dont les travaux, malgré un examen rigoureux de la CDF, n’avaient jamais été condamnés.

Comme le note de son côté le vaticaniste italien Andrea Tornielli, « avec le pape est venu “du bout du monde”, qui n’a jamais été clément avec les idéologies, ni avec la démarche intellectuelle d’une certaine théologie philomarxiste, mais qui, comme archevêque allait seul et sans escorte visiter les “favelas” de Buenos Aires et parle maintenant d’une “Église pauvre et pour les pauvres”, la réconciliation entre le Vatican et théologie de la libération est accomplie ».

« Avec le préfet de l’ancien Saint-Office qui, dans un livre, appose sa signature à côté de celle du P. Gutierrez, on fait comprendre à tous qu’une Église qui parle des pauvres ne signifie pas le paupérisme et que dénoncer l’injustice subie par le faible ne signifie pas être marxiste, mais seulement et simplement être chrétien », conclut-il.




Comment construire la « maison commune » de l’humanité ?

Comment construire la « maison commune » de l’humanité ?

A partir d’un patrimoine spirituel fragmenté, construire la « maison commune » de l’humanité ?

La prise de conscience d’un patrimoine commun

L’un des traits déterminants de ces deux derniers siècles est la prise en compte de l’infinie diversité des expressions religieuses et spirituelles à travers l’espace et le temps. C’est l’esprit scientifique qui l’a imprimée dans la conscience contemporaine, à travers l’effort inlassable de la recherche anthropologique et historique. De sorte que l’obligatoire identification de « la religion » avec le christianisme, toujours bien présente dans nombre de subconscients, a cessé depuis un siècle d’être pertinente. On en arrive peu à peu à considérer « les religions », « les spiritualités » et toutes les manifestations du phénomène religieux comme un patrimoine commun de l’humanité.

L’étape du bouddhisme et de la Chine

La découverte du bouddhisme par l’Occident chrétien à partir du XVIIIe siècle est une étape significative de cette marche. La voie du Bouddha dans son refus d’accorder à la déité une quelconque importance pour le devenir essentiel de l’homme est une critique radicale des religions aussi bien monothéistes que polythéistes. Seule l’expérience intime de l’être humain peut le guider vers l’éveil. Certains bouddhistes, ceux qui ont rencontré l’Occident, entre autres, sont enclins à donner de leur pratique une transcription religieuse. Car la voie du Bouddha rejoint les diverses formes théistes de l’expérience spirituelle sur la question de l’attitude de l’homme face à sa mort. En même temps se découvre aussi à l’Occident la multiséculaire civilisation chinoise, dans l’étrangeté de sa sagesse et de son rapport au sacré.

Le métissage culturel

Il a ouvert la possibilité d’une communication immédiate entre des êtres humains en recherche, par l’intermédiaire de poètes et de sages qui sont très loin d’eux par l’enracinement culturel et religieux. Une communion se réalise à travers tout ce qui apparaît porter l’homme au-delà de lui-même. Des mystiques musulmans se passionnent pour sainte Thérèse d’Avila et saint Jean de la Croix, des moines de traditions aussi éloignées que le zen et la règle bénédictine rejoignent des méditants hindouistes ou soufis dans une pratique menée en commun au sein du Dialogue Interreligieux Monastique. Des chants, des danses, des mythes issus de religions traditionnelles résonnent et font sens pour des militants américains, européens ou asiatiques motivés de manière urgente par la sauvegarde de la Planète.

La voie de l’art

Plus généralement, le Malraux des « Voix du silence » a ouvert au sens universel de l’oeuvre d’art. Elle parle sans avoir besoin de concepts, elle établit une compréhension sensible. Sans rendre vains les efforts des savants pour la placer dans son contexte, l’oeuvre d’art est telle qu’elle fait entendre sa voix au-delà des convictions philosophiques ou religieuses de ceux qui s’exposent à elle.

Et la profonde intuition de Malraux à propos de l’art plastique serait à prolonger dans le domaine de la musique.Des musiques nées de civilisations lointaines ou obéissant à des logiques étranges peuvent parler bien au-delà de leurs cercles d’origine. N’en voyons qu’un exemple dans la résonance mondiale de la musique africaine. Son expansion fulgurante au cours du XXe siècle à travers le jazz en fait oublier qu’elle est d’abord la musique de rites traditionnels, devenue, à travers l’exil et l’esclavage, l’expression religieuse d’un ardent désir de libération.

Le sacré et l’affrontement aux logiques de pouvoir

Une autre manière de mettre en évidence la convergence entre ces aspirations humaines est de se situer dans la sphère du sacré. Et cela nous amène à en considérer la face obscure et grimaçante, celle qui est commandée par la peur et la volonté de dominer l’autre, et non plus par le lumineux besoin de savoir, de comprendre et de se comprendre. Inutile de revenir sur l’immémoriale connivence entre les structures sacrales et les systèmes de coercition sociale. La réponse de Jésus au Tentateur ouvre une piste plus fondamentale et dont l’actualité révèle le caractère crucial : « Ce n’est pas seulement de pain que l’homme vivra ». Telle est sa formulation dans l’Évangile de Luc (ch. 4, v. 4) et elle renvoie au livre du Deutéronome, ch. 8,v.3. Ce qui sort de la bouche de Dieu, c’est une réalité tout autre que le discours des puissants qui s’efforcent d’asseoir la légitimité de leur violence sur une réponse qu’ils apporteraient aux « besoins » humains. Or cette réponse est fallacieuse. Aujourd’hui elle s’exprime essentiellement par la manipulation des masses et par les menées politiques qui la permettent. Tchakhotine(1), avec clairvoyance, dénonçait, à la veille de la Seconde Guerre mondiale, les pratiques parallèles des nazis et des soviétiques en ce domaine.

Dominer par le mensonge et la tromperie

Aujourd’hui a mûri une forme plus perverse de la manipulation sociale, au profit non plus d’un parti mais d’une oligarchie fondée sur l’argent. Elle est tellement massive et omniprésente qu’on a peine à la cerner. On peut cependant pointer le système par lequel les ressources sont détournées du bien du plus grand nombre au profit d’une minorité transnationale de privilégiés : la dette. La « croissance » dont elle se targue est en fait une ahurissante croissance des inégalités. Elle est présentée comme nécessaire au nom de la science économique, alors même que la plupart des chercheurs en économie relèvent son caractère illusoire et biaisé. Elle s’appuie sur une « médiasphère » dont le ressort est non pas de répondre aux besoins des personnes, mais de faire croire à des besoins qui satisfassent aux projets de l’oligarchie. Elle vide ainsi de son contenu le domaine du politique qui, par un renversement cynique des règles de la démocratie, se trouve obligé de gérer la société en faisant voter par des majorités de hasard des décisions qui sont au détriment du plus grand nombre. La maxime d’Edward Bernays, le neveu de Sigmund Freud, théoricien de la manipulation publicitaire moderne dès les années 1920, reste la règle de base des sociétés fondées sur le libéralisme marchand (en existe-t-il d’autres aujourd’hui ?) : «Faire que les gens désirent ce dont ils n’ont pas besoin et qu’ils aient besoin de ce qu’ils ne désirent pas»(2).

Gilles Deleuze ajoute : « Le marketing est maintenant l’instrument du contrôle social, et forme la race impudente de nos maîtres. » L’auteur du site, Philippe Coutant, commente : « C’est certainement une des raisons majeures pour laquelle la révolution n’aura pas lieu. La puissance de cette domination mentale nous place dans un devenir minoritaire qu’il faut assumer et prendre en compte. »

Du cynisme des gouvernants à l’illusion entretenue par l’extrême droite

À répondre par le mépris aux aspirations populaires, les politiques se disqualifient sans que le cercle des réponses trompeuses soit brisé. Le philosophe Bernard Stiegler analyse le lien intrinsèque qui existe entre la manière dont nos contemporains se sentent globalement  traités comme des imbéciles et l’attrait croissant pour l’extrêmedroite(3). Celle-ci n’est en fait pas en reste par rapport aux autres formations politiques dans son caractère fallacieux : car qui pourrait croire que la chasse aux étrangers puisse répondre en quoi que ce soit aux souffrances de la collectivité ?

On pourrait voir à l’oeuvre le même cynisme dans les prises de position  récentes du patronat français, refusant d’envisager toute forme de transition énergétique, car elle risquerait de porter atteinte aux positions dominantes des acteurs en place.(4)

Des lignes à privilégier

Il y a dans tout cela l’indice d’une aliénation de l’homme contemporain, non plus seulement en termes de relations de travail ou de situation sociale, mais dans la reconnaissance de sa réalité proprement humaine, avec ce qu’elle comporte d’espérance et d’incertitude, d’interrogations sans réponse, de capacité à se projeter et à inaugurer des relations pacifiées. Tout cela est bridé et réduit à des besoins formatés dans la société marchande.

« L’événement Jésus »

Au-delà et en-deçà des Églises, il a pu être le révélateur de ces « choses cachées depuis l’origine du monde » dont parle René Girard, et dont la principale est la mise au jour de la tromperie qu’il y a au fond du pouvoir des puissants. De la singularité de sa personne rayonne une universalité qui peut rejoindre chacun dans les sources et chemins qui lui sont propres, dans l’articulation entre ce qui est reçu du collectif et ce qui lui est irréductible.

C’est ce que lit le philosophe marxiste Alain Badiou dans les écrits de Paul(5), non pas héraut d’une nouvelle religion, mais appelant à la reconnaissance de l’humanité entière en chaque personne. Bonhöffer ouvrait aussi, dès 1944, la voie d’une lecture profane de l’événement Jésus.

Les religions instituées et le dialogue interreligieux

Les grands courants religieux n’en restent pas moins présents. Leur horizon commun de respect de l’être humain, d’entraide matérielle et de consolation spirituelle répond à un ardent désir de libération. En cela le dialogue interreligieux peut être fécond. Mais ses limites sont celles d’appareils qui composent avec les pouvoirs en place. Les rencontres de notables et d’intellectuels ont peu de poids face aux menées de politiques qui dressent les communautés et les individus les uns contre les autres, jouant sur leurs différences de cultes et de croyances, pour que l’injustice régnante reste cachée. Le grand historien et politologue libanais Georges Corm montre à quel point l’histoire du Moyen-Orient contemporain est liée à ce détournement des forces religieuses en fonction des logiques des pouvoirs(6).

L’interspirituel et l’interconvictionnel

Depuis le siècle des Lumières, l’humanisme reste ainsi marqué par l’ambiguïté du religieux. Sont apparues des représentations de l’homme qui ne se réfèrent pas aux religions. Il y a une foi dans le devenir de l’homme à travers la promotion de ses droits et de ses aspirations face à l’amour et à la mort. Il s’agit de vraies spiritualités athées ou agnostiques. Il y a le grand mouvement bouddhiste qui n’a rien de monolithique, mais dont l’un des thèmes majeurs est la compassion à l’égard de tout ce qui existe, donc à l’égard de tout être humain. Ces forces, au-delà du sacré et de ses obscurités, peuvent coopérer pour que l’enjeu de l’accomplissement spirituel ne soit pas lui aussi manipulé en fonction d’intérêts entre autres financiers. Jean-Baptiste de Foucauld, fondateur de l’association « Démocratie et spiritualité», tient que l’exclusion passe en premier lieu par le déni de la dimension spirituelle de ceux que l’on entend exclure.

L’interspirituel a ainsi une consistance et représente une chance pour l’humanité. Le dialogue interconvictionnel en relève dans le contexte européen, prise de conscience politique de la nécessité de rassembler, venant de religions, convictions et cultures différentes, des forces décidées à réfléchir « aux problèmes de la cohésion sociale et de la laïcité dans une Europe multiculturelle et multiconvictionnelle. »(7) [voir ci-contre]

Ces différents efforts vont dans le sens d’une tâche commune dont un élément déterminant est l’apprentissage du vivre ensemble dans une démocratie repensée à frais nouveaux. Ils cherchent à construire la «maison commune» de l’humanité, consciente de son interdépendance et des risques mortels qu’elle court aujourd’hui à s’entre-déchirer.

Jean-Bernard Jolly

1) Serge Tchakhotine, Le Viol des foules par la propagande politique, Gallimard Poche, Tel. Première édition en français, Gallimard, 1939.

2) Citation tirée du site http://1libertaire.free. fr/BiopolitiqueDominationMentale.html. La même page renvoie à un bref article de Michel Foucault, « Introduction à la vie non fasciste », qui reste d’une actualité brûlante.

3) Voir l’entretien qu’il a donné au journal La Croix, 4 juillet 2013, « Instaurer une nouvelle politique de l’esprit ». Un de ses derniers livres est intitulé États de choc – Bêtise et savoir au XXI e siècle, Fayard/Mille et une nuits, 2012.

4)Journal Le Monde, 19 juillet 2013, « Nucléaire, gaz de schiste et énergie, le coup de

colère du patronat », p. 1.

5) Alain Badiou, Saint Paul – La fondation de l’universalisme, PUF, 1998. Compte rendu

d’Henri Verdier dans la revue Approches, n°100, 1999, p. 109-132.

6) Georges Corm, Pour une lecture profane des conflits : sur le « retour du religieux » dans les conflits contemporains du Moyen- Orient, Paris, La Découverte, coll. « Cahiers libres », 2012.

7)Site : http://fhedles.fr/nos-actions/groupeinterconvictionnel-g3i/

Pour une culture laïque interconvictionnelle, fondement de pratiques démocratiques interconvictionnelles, conditions pour bien vivre ensemble dans une Europe plurielle

Interconvictionnel qualifie un dialogue, des pratiques qui permettent aux différentes convictions présentes, qu’elles soient religieuses, philosophiques, athées ou agnostiques, d’être exprimées ensemble dans le respect mutuel des uns et des autres à propos de questions concernant la société, pour arriver à un compromis sans compromission. Il inclut les convictions des responsables des religions et courants de pensée et aussi celles des différents courants de pensée au sein de chaque religion ou courants philosophiques ou écoles de pensée.

Une telle attitude interconvictionnelle conduit chaque personne à ne pas imposer aux autres ce qu’elle perçoit de la vérité et à reconnaître dans l’autre un frère ou une soeur en humanité, aussi digne qu’elle, dont les convictions peuvent l’aider à progresser dans son humanité et dans la réalisation d’un bien-vivre ensemble, fruit d’une culture laïque interconvictionnelle.

Elle est une des conditions de l’existence d’un État, neutre vis-à-vis des religions et courants de pensée, instituant une séparation avec les institutions religieuses ou philosophiques, mettant en oeuvre les droits de l’homme, et soucieux de mettre en place des espaces permettant un débat interconvictionnel et démocratique sur les questions de société.

François Becker

 




Témoignages AG Parvis St Chamond

Assemblée Générale des Réseaux du Parvis : des Témoignages :

Samedi 1er Décembre 2012

ASSEMBLEE GENERALE DES PARVIS

Des familles ROMS à Saint Etienne

Ils étaient lointains – perdus dans de pauvres villages de ROUMANIE ou dans des bidonvilles et dans les années 2005 – 2006 ils sont devenus nos voisins, ils sont devenus notre prochain. Comme tous les autres Européens, ils avaient acquis le droit de circuler librement dans toute l’Europe, mais en France ils étaient considérés comme des touristes ne pouvant séjourner plus de 3 mois. Beaucoup ont été reconduits dans leur pays d’origine… Ils sont revenus poussés par la misère, ils sont toujours là… 3 ou 400 à St Etienne et à St Chamond…

Comme 180 d’entre eux étaient devenus nos voisins de quartier en squattant deux écoles désaffectées, nous sommes allés les voir avec les militants de l’Association solidarité Roms. Il y avait là des familles entières avec grands-parents, parents, ados, garçons et filles, bébés et jeunes femmes enceintes. A force d’ingéniosité, de débrouillardise, ils ont réussi à se constituer de petits lieux de vie à l’intérieur des classes de l’école, serrés les uns contre les autres. La Mairie de droite de l’époque les tolère et leur laisse accès à l’électricité et à l’eau. Elle fait installer une grande benne à ordures dans la cour. Installation absolument nécessaire pour les Roms capables de ramasser une quantité incroyable d’objets divers et d’en jeter la moitié qui ne peuvent servir à rien.

Le travail des militants engagés dans l’Association solidarité Roms a été d’abord un travaild’accompagnement social. Travail accompli notamment par des femmes – je le souligne aujourd’hui devant cette assemblée préoccupée de la place des femmes dans nos sociétés – Des femmes qui ont assuré l’organisation de la scolarisation des enfants – visite médicales – inscriptions – suivi dans les écoles – jeux pour enfants le mercredi… Elles ont assuré aussi le suivi médical des enfants, des bébés et des adultes en facilitant les visites à l’hopital, la venue d’un camion-radio  sur place pour le dépistage de la tuberculose, etc…

Un soir, nous avons fait avec eux une veillée à l’église toute proche pour que les « paroissiens » fassent un peu mieux connaissance avec l’histoire de ce peuple qui est en transhumance depuis des siècles… Peuple souvent méprisé et maltraité et même persécuté à l’égal des Juifs par les Nazis dans les années noires.

Avec eux  – au Jour de l’an 2007, nous avons organisé une merveilleux réveillon dans leur squat au son de l’accordéon et autour d’un plat bien de chez eux. Il fallait voir un de nos prêtres de 70 ans danser avec une grand-mère Rom.

Et puis au début de l’été 2008, la Préfecture a offert un retour en Roumanie à plusieurs familles et elle a fait évacuer les autres qui se sont réfugiées sur un terrain municipal vacant pour y construire des cabanes…et leur errance a continué jusqu’à aujourd’hui…

Présence chrétienne. Dans l’Association Solidarité Roms  plusieurs militants sont chrétiens, d’autres loin ou très loin de toute conviction de type religieux. Mais comme dit Martin Hirch – lui-même fils d’un père juif et d’une mère protestante – « je ne veux m’enfermer dans aucune religion – et j’ai aimé qu’à EMMAÜS il y ait des mécréants et des vrais croyants accomplissant les mêmes gestes, vivant la même solidarité. La frontière n’est pas entre croyants et incroyants mais entre d’une part : ceux qui se posent des questions et s’interrogent sur le sens de leur vie et d’autre part : ceux qui ne cherchent plus rien et qui pensent que tout le monde doit être sur le même modèle » (fin de citation) .

A St Etienne des chrétiens ont donc bougé. L’Evêque auprès des différents préfets. Des prêtres – des militants d’ACO – du CCFD et d’autres se réunissent régulièrement ; le diocèse a offert un local pour l’Assocation solidarité Roms… Nous avons passé dans une église le film LE BATEAU EN CARTON qui raconte l’histoire des Roms… et nous avons organisé des rencontres – des conférences pour une meilleure approche de ce peuple… L’important étant de faire tomber les préjugés et les jugements racistes qui sont encore monnaie courante ici comme ailleurs. Protestants et catholiques ensemble nous avons aidé des familles Roms chrétiennes à constituer un groupe de prière et à trouver un lieu pour prier deux jours par semaine.

Notre travail a donc été aussi un travail de conscientisation de nos concitoyens et d’interpellation constante du pouvoir politique. Depuis 6 ans, il est impossible de compter le nombre de lettres à la Préfecture, à la Municipalité, au Conseil général, au gouvernement français, à nos députés et sénateurs pour que soit pris en compte la situation des familles Roms qui sont chez nous. Nous avons interpellé de la même manière les élus de droite et de gauche… – En août 2010, Sarkozy avait frappé très fort dans son fameux discours de Grenoble et les Roms avaient été impitoyablement chassés de leurs squats et des terrains occupés illégalement à St Etienne et ailleurs.  Nous avons dénoncé fortement ces mesures inhumaines. En 2012 certaines promesses de François Hollande nous avait donné quelque espoir, mais elles n’ont pas été suivies d’effet.  Aujourd’hui donc la lutte politique  doit  continuer notamment pour que soient abolies les  mesures transitoires propres à la France qui interdisent pratiquement aux Roms de s’insérer dans le monde du travail. De petits progrès ont été faits, mais on est encore loin du compte. Il n’est pas interdit d’espérer.

Nous avons bien conscience que le problème est complexe et qu’on ne s’en tire pas avec des YAQUA. Mais nous prenons la défense des familles Roms parce que sont des personnes humaines dont les droits fondamentaux sont bafoués Et pour nous disciples de Jésus – l’évangile nous indique avec clarté et force que l’accueil de l’étranger n’est pas une simple option que l’on pourrait accepter ou refuser.

Si nous voulons continuer de vivre d’Evangile, il nous faut d’abord ouvrir les yeux.

Jésus a reproché au riche de n’avoir pas VU Lazare qui mendiait à sa porte. Jésus a félicité le Samaritain qui s’est arrêté en chemin pour VOIR le blessé couché dans le fossé. D’autres étaient passé SANS VOIR .

Les familles ROMS – et les autres personnes à la rue – allez donc les voir – allez leur parler –  considérons-les comme des frères et sœurs en humanité. Je terminerai s’il vous plaît par un petit brin de chanson que chantait Anne Van Der love je crois il y a 40 ans déjà…

« Si vous voulez parler de ces pays lointains

Où l’on meurt de misère et de faim

Des enfants du Biafra et des petits Indiens

A 2 pas de chez moi – allez voir mes voisins.

A 2 pas de CHEZ TOI – VA DONC VOIR TES VOISINS. »

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Les jeunes, au-delà de Vatican II, aujourd’hui         Anthony Favier

Je tiens, tout d’abord, à ne pas parler ici « des » ou « au nom des » jeunes mais seulement apporter un témoignage et quelques réflexions fondées sur mon expérience personnelle dans une association du Parvis. La « jeunesse », comme bien d’autres identités sociales, a une part de fiction. Il s’agit d’un passage plus que d’un état dont on serait bien peine d’établir quand elle commence et finit. De surcroît, s’intéresser aux « jeunes », sans égard à d’autres éléments que sont les appartenances sociales, économiques, religieuses et culturelles n’aurait pas vraiment de pertinence.

Les personnes de mon âge avec qui je vis ne me semblent d’ailleurs pas se distinguer de nos contemporains en général. Ils se débattent entre les joies et les peines. Ils oscilleraient peut-être davantage, toutefois, entre une posture confiante et optimiste, car l’horizon des possibles est encore vaste devant eux, et, en même temps, une certaine défiance face à une société qui, malgré leurs diplômes, leur formation, leur bonne volonté, ne leur donne pas vraiment leur place, à travers des emplois fixes et suffisamment rémunérés notamment.

Ce que dit Vatican II sur la jeunesse ne les concerne sûrement pas forcément. Je ne sais d’ailleurs pas trop quelle mémoire mes camarades d’âge ont de cet événement. Je me suis amusé en préparant ce témoignage à reprendre dans les actes du Concile ce qui renvoyait explicitement à la jeunesse. J’y ai trouvé beaucoup de mises en garde en fait. Quelques extraits : « la transformation des mentalités et des structures conduit souvent à une remise en question des valeurs reçues, tout particulièrement chez les jeunes : fréquemment, ils ne supportent plus leur état ; bien plus, l’inquiétude en fait des révoltés » (Gaudium et Spes, 7) ou encore « alors que grandit de jour en jour leur importance sociale et même politique, [les jeunes] apparaissent assez peu préparés à porter convenablement le poids de ces charges nouvelles […] ils prennent leurs propres responsabilités et désirent être parties prenantes dans la vie sociale et culturelle ; si cet élan est pénétré de l’esprit du Christ, animé par le sens de l’obéissance et l’amour envers l’Église, on peut en espérer des fruits très riches » (Décret sur l’Apostolat des laïcs, 12)… Comme si l’institution catholique sentait bien au milieu des années soixante qu’un conflit de génération était en train de se nouer en Occident. Il éclaterait sur les campus américains au milieu de la décennie, chez nous au printemps 68 et jamais plus l’exercice de l’autorité, l’imposition de la norme, le fonctionnement de la hiérarchie ne seraient comme avant.

Je ne pense d’ailleurs pas à titre personnel qu’il faille nécessairement chercher dans ses pages du Concile concernant la jeunesse un message facilement mobilisable pour notre temps. De manière générale, Vatican II peut être autant pris comme un départ, qu’il faut célébrer et rappeler assurément, mais pas un nouveau catéchisme qui aurait réponse à tout. Il est situé dans une histoire et une époque qui avaient ses enjeux propres mais qui diffèrent peut-être des nôtres. Le Concile est, de surcroît, le fruit d’un compromis institutionnel  entre une majorité d’évêques, qui voulaient aller de l’avant, et d’une minorité puissante de cardinaux de Curie, qui ne voulaient pas vraiment changer les choses. Cette situation permet aujourd’hui à ceux qui refusent de voir la séparation que le Concile a induit de promouvoir, malheureusement au nom des textes qu’il a produit, une « continuité » qui est peut-être même un aménagement ou une restauration du catholicisme tridentin.

S’il faut parler de la jeunesse du point de vue de Vatican II, je préfère nettement me fier aux premières lignes de la constitution pastorale sur l’Église dans notre temps Gaudium et Spes « les joies et les espoirs, les tristesses et les angoisses des hommes de ce temps, des pauvres surtout et de tous ceux qui souffrent, sont aussi les joies et les espoirs, les tristesses et les angoisses des disciples du Christ, et il n’est rien de vraiment humain qui ne trouve écho dans leur coeur…» (GS, avant-propos). Peut-être un peu lyriques, j’avoue que ces lignes me parlent beaucoup. Pourquoi ? car elles posent le principe d’une communauté de croyants et de croyantes solidaires des enjeux sociaux de leurs temps. Des chrétiens capables par eux-mêmes, à la lumière de l’Évangile, de discerner, au ras du social et là où ils se trouvent, ce qui s’accomplit de juste. Capables de voir un Dieu d’amour présent, quand bien même cela dépasserait l’action des Églises instituées et les groupes confessionnels. Ce texte trace, me semble-t-il, un cap encore valide : sans certitude trop forte ni posture dogmatique, chercher à se rendre humain parmi les autres humains, qu’ils soient croyants ou non, chrétien ou d’une autre religion, pour travailler à une plus grande unité du genre humain et une plus grande justice.

Sur cette voie, s’inscrire en tant que chrétien dans la jeunesse de notre époque est possible, même si, je ne vous le cacherai pas cela n’est pas toujours simple ou évident. Pour des jeunes chrétiens, il est tentant de céder à la posture identitaire, sous son versant victimaire — en déplorant sans cesse la fin d’un monde chrétien bien souvent fantasmé — ou sous son versant intransigeant — en se faisant un point d’honneur à ne rien céder d’une tradition qu’on ramènerait à l’intégralité de la foi. Croire en Jésus, tel qu’on peut l’approcher dans les Évangiles que nous avons reçus, cela reste, à mes yeux, une démarche critique. Elle nous appelle à ne pas sacraliser plus que tout le pouvoir religieux de son temps, sans le refuser, mais lui accorder une juste place et chercher le compagnonnage de ses frères et de ses soeurs, de surcroît s’ils et elles sont en difficulté.

Je partirai maintenant de mon expérience de membre mais aussi d’un des responsables de l’association David et Jonathan à Lyon. Je reviens du weekend que l’association organisait à destination des jeunes de 18 à 30 ans dans la banlieue parisienne. Ce temps est souvent fort pour la trentaine de personnes qui le vivent. Venues de toute la France, parfois sans le dire à leur famille ou amis, elles se rencontrent pour échanger sur leur situation. Il s’agit toujours un peu des mêmes témoignages qui ressortent des échanges. La difficulté de se saisir comme porteurs d’un désir minoritaire qui, quand bien même ne définit pas l’entièreté d’une vie, lui donne un visage si particulier. Faire l’épreuve de l’insulte, du rejet, sous une forme violente et explicite, ou, plus insidieusement peut-être, sous une forme paternaliste avec la pitié, ou bien encore sous une forme déshumanisante avec le silence, c’est encore malheureusement fréquent. Confondre dans son malaise ce qui relève de soi et ce qui relève de la haine venant de l’autre que l’on intériorise, se rendre coupable au-delà de ses propres responsabilités, c’est encore le sort de bien des jeunes homosexuels.

Dans ce processus, et même si l’image de l’homosexualité dans la société évolue et peut parfois être même reconnue positivement, restent les discours religieux. Malgré les années qui passent, ils semblent très rarement être des ressources possibles pour bien vivre ce qui est finalement assez courant et ne mérite pas un traitement honteux ni compassionnel. Dans cette situation, être en relation à Jésus-Christ, aux Évangiles, trouve souvent un écran : « l’institution » et il devient souvent tentant de tout rejeter. Le message originel et ses déclinaisons historiques et sociales diverses. Lorsque les responsables du weekend ont demandé ce qui avait été vécu comme temps fort parmi les jeunes présents, j’ai été surpris de voir que beaucoup répondaient le temps de prière. La possibilité de célébrer ensemble, à visage découvert, l’expression de leur foi reflétait sûrement le désir d’avoir retrouvé une communauté. Même si on n’est pas croyant, il n’est pas facile de se sentir rejeté de l’Église de laquelle on peut avoir été élevé ou qu’on a connu jeune.

L’autre pratique essentielle de David et Jonathan est celle du groupe de parole. Chaque nouveau dans les activités de l’association est mis au courant: il importe de se garder de faire des généralités et la consigne est de « parler au je »… En responsabilité à Lyon, j’anime avec un camarade un groupe similaire pour les jeunes. Peut-être que sous l’influence de notre époque on accorde beaucoup d’importance à l’individu et à son bien-être. Après tout, tant mieux, après des décennies où on accordait peu crédit à la psychologie et la parole individuelle. Mais, comment articuler, pour autant, l’expérience individuelle, la mise en mot de sa souffrance, à l’ouverture aux autres ? En permanence, le risque menace de partir de soi sans parvenir à s’intéresser aux autres.

Je reste en effet convaincu que l’expérience de foi reste là quand on parvient, même dans ses limites, de voir l’autre et d’agir pour l’autre. Je ne peux pas accéder au Christ des Évangiles sans m’ouvrir à ce que vivent les autres. À vrai dire, une des expériences les plus marquantes qu’il m’arrive de vivre en tant que responsable associatif à David et Jonathan c’est de voir passer un jeune du mal être, à l’acceptation de soi et à l’action pour les autres. Évidemment, ce n’est pas tout le monde qui arrive à cette articulation. Certains ont la foi, d’autres le sens de l’action pour les autres, certains ni vraiment l’un ni vraiment l’autre, mais après tout je ne suis pas là pour les juger. Je reste simplement convaincu qu’il n’y a pas de plus beau témoignage de l’actualité du message du Christ qu’une foi qui parvienne à agir pour autrui.

S’il y a une expérience des jeunes au Parvis, elle ne doit pas d’ailleurs différer de celle de leurs aînés. Elle est en accord avec celle qui s’exprime dans le réseau : l’attention aux plus petits, aux déshérités, à ceux qui sont du mauvais côté de la barrière ou au bord du chemin (1). L’action pour la justice au nom du commandement d’amour contenu dans les Évangiles ne nous empêche pas non plus  de pointer les éventuelles faiblesses de nos groupes religieux d’origine quand leurs rites, leurs langages, leurs pratiques éconduisent la domination et les abus de pouvoirs. Mais le chemin reste étroit pour se maintenir entre l’humanisme, qui, par définition, ne connaît pas de frontières religieuses, et l’affirmation de la dimension particulière du christianisme. Comment le faire sans imposer, inclure et non exclure ?

Plus que jamais il me semble important de développer deux dimensions pour prolonger cette vie chrétienne peut-être à la marge des institutions religieuses mais au cœur de ce monde. La première c’est la formation. Nous avons besoin d’un lieu pour articuler l’expérience de chacun à celle des autres, aux générations qui nous ont précédés  également, car non, nous ne partons pas à chaque fois de rien. Où vit-on cette transmission dans les réseaux ? Le bulletin, les assemblées générales, assurément, mais il importe encore plus de développer, et c’est la deuxième dimension que j’aimerais rappeler ici, ce qui est aussi capitale aujourd’hui : l’information. Quelle place sur les réseaux sociaux, sur l’Internet en général, de la vie et de la réflexion des Parvis ? Assurément, le temps est aussi là venu !

(1) voir notamment : ENTREMONT, Cécile (juin 2011) « Un monde nouveau : l’Évangile », éditorial du numéro de la revue des Réseaux du Parvis consacré à ce thème.

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Réflexion théologique

Être chrétien dans le monde

Questions qui se posent, et celles qui ne se posent plus.

Annie Grazon

Dans les statuts de « Nous sommes aussi l’Eglise », il est dit que l’association a pour but de rejoindre les combats citoyens en faveur de tous les droits humains sans distinction d’origine et de culture, en liaison avec les réseaux nationaux, européens, et internationaux.

Cela se traduit concrètement par notre engagement en tant qu’association, pour des causes telles  que l’appel à l’audit pour la dette publique, ou l’appel à la rencontre avec le frère venu d’ailleurs,      et en tant que groupes ou individuels dans des actions de terrain comme les cercles de silence , toutes les actions de soutien à ceux qui sont exclus pour une raison ou une autre, tout ce qui est engagement pour la dignité humaine.

L’engagement de vie est premier, et la réflexion théologique est seconde lit-on dans le hors série de Parvis sur la théologie de la libération, hors-série à l’initiative de NSAE.

Pourtant, il ne s’agit pas seulement de travailler à changer les structures socio-politiques et économiques qui asservissent l’homme,  il faut aussi nous libérer nous même de tout ce qui nous empêche de vivre pleinement humain, à la suite de Jésus.

Il s’agit de marcher sur  notre propre chemin d’humanité, de vivre notre foi d’une manière libre et responsable, dans la modernité présente pour pouvoir  vivre avec justesse la relation avec autrui, personnelle et collective, fondée sur le commandement de l’amour.

En ce sens, la recherche de l’intériorité pour chacun de nous n’est pas facultative

Les deux combats sont à mener en même temps, ils se nourrissent mutuellement.

C’est d’ailleurs  depuis des années notre fil conducteur à NSAE.

Les thèmes de nos dernières assemblées générales sont significatifs:

Comment l’engagement pour la justice et la lecture de l’évangile se fécondent-ils mutuellement ?

(2010)

Comment l’évangile donne-t-il  sens à nos combats de libération ?  (2011)

et cette année :A quelles expériences le mot Dieu renvoie-t-il pour un disciple de Jésus aujourd’hui ? (2012)

La commission NSAE et Évangile, que j’anime,  fait un travail de défrichage pour l’ensemble de l’association.

Après avoir mis pas mal d’énergie à dénoncer des situations inacceptables dans l’Eglise, nous cherchons plutôt aujourd’hui à revisiter notre héritage chrétien, avec des hommes ou des femmes qui cherchent à repenser la théologie pour qu’elle soit en adéquation avec notre sensibilité, nos connaissances et  notre intelligence de chrétiens du 21° siècle, et  pour qu’elle soit audible pour nos contemporains.

Plusieurs fois, nous nous sommes inspirés de textes de  théologiens ou prophètes de notre temps, spécialement  Odette Mainville, canadienne, José Maria Castillo, espagnol, Gui Lauraire, Jean-Marie Kohler ou Jacques Musset , français, ce dernier étant l’intervenant à notre AG de janvier prochain.

Il est intéressant de voir que tous avancent dans le même sens et que les mêmes intuitions se retrouvent chez les uns et les autres, même si elles sont formulées un peu différemment.

L’une d’elle, essentielle, est que nous ne pouvons connaître Dieu que par l’humanité de Jésus.

Nous ne pouvons pas sortir de notre condition humaine, fragile et limitée, pour connaître Dieu en soi, le transcendant, le tout autre.

C’est en Jésus seulement que nous pouvons l’approcher, et c’est à partir de la condition humaine qu’humblement, nous pouvons chercher celui qui nous fait vivre.

Pour nos contemporains, Dieu n’est plus une évidence.

Si nous voulons que la Bonne Nouvelle qui nous fait vivre soit crédible pour eux, nous devons revisiter notre héritage chrétien avec un regard critique, en partant, non plus de Dieu, mais de l’expérience humaine, sous toutes ses dimensions, du message et de la pratique de Jésus.

Le dieu qui nous a été présenté pendant des siècles dans l’Eglise, et qui continue à l’être, un dieu extérieur à nous, qui gouverne le monde, qu’il faut supplier pour qu’il nous soit bienveillant, ce dieu a été fabriqué par l’homme pour combler ses faiblesses et ses limites.

Les premiers hommes qui craignaient la foudre par exemple suppliaient dieu de les en protéger, aujourd’hui encore, le dieu vers lequel on s’adresse pour telle ou telle situation, celui qu’on dit tout puissant serait indifférent à tous les malheurs qui frappent l’homme et le monde ?

Cette question est objet de scandale pour beaucoup de nos contemporains qui ont quitté les certitudes proposées par l’Eglise institutionnelle.

Et en ce sens, les chercheurs actuels de Dieu qui partent du préalable que ce dieu extérieur et tout puissant n’existe pas, rejoignent les athées et cette possibilité de dialogue n’est pas inintéressante.

Mais, à  la suite de précurseurs comme Marcel Légault, ils voient  Dieu dans cette force vitale qui nous anime au plus profond de nous-même, et qui nous fait plus que nous-mêmes. Déjà Pascal disait « l’homme passe infiniment l’homme »

Dans l’évangile, Jésus appelle cette source d’humanisation, son Père et il nous invite à le prier en esprit et en vérité.

Cette façon nouvelle de concevoir Dieu change profondément la relation que nous avons avec lui,  c’est un retournement complet qui peut être déstabilisant, parce qu’il remet en cause des certitudes héritées depuis notre enfance,  mais en même temps, il est vraiment libérateur.

Cette démarche exigeante a des conséquences multiples.

La prière par exemple s’en trouve complètement modifiée.

Nous ne prions plus Dieu de bien vouloir satisfaire nos demandes, mais nous nous prions nous mêmes de faire le nécessaire pour qu’advienne plus de justice, plus de fraternité, dans le sillon tracé par Jésus de Nazareth.

C’est beaucoup plus respectueux pour nous-mêmes, mais aussi pour Dieu que nous  ne cherchons plus à mettre à notre service.

La liturgie des messes devient souvent  imbuvable, avec ses incantations répétées à un dieu tout puissant.

A ce sujet, je repense au travail fait par la commission sur l’article d’une théologienne canadienne qui remet en cause la manière de vivre la consécration.

Elle nous dit que le jeudi saint, Jésus n’a pas pu réunir ses disciples pour leur dire «  adorez-moi », mais qu’il les a réunis pour leur dire qu’ils devaient le suivre dans son don de vie pour les autres.

Le « faites ceci en mémoire de moi » s’entend comme un appel à s’engager activement à sa suite pour ceux qui sont notre prochain.

L’idée de la vocation, de dessein de Dieu sur le monde n’est plus cohérent avec la nouvelle approche de Dieu.

Dieu n’est pas le grand manipulateur qui organiserait nos vie, qui aurait un dessein qu’on aurait seulement à trouver et à accomplir.
Dieu est au plus intime des humains, à la manière d’une présence inspirante qui nous accompagne sans peser sur nos libertés, avec un infini respect.

C’est Jésus qui nous aide à le découvrir, Jésus qui aide chaque être humain rencontré à naître à lui-même et à vivre en inventant son propre chemin d’humanité.

Parmi les questions qui se posent, il y a la notion de la divinité de Jésus, et celle aussi de sa résurrection.

Jésus est-il de nature divine, ou est-il simplement un humain exceptionnel, en adéquation parfaite avec lui-même et avec celui qu’il appelle son Père et dans ce cas là, c’est aussi la notion de Trinité qui est remise en cause.

On peut en discuter en prenant nos références chez des exégètes sérieux, mais la question est posée.

De même pour la résurrection de Jésus.

Il y a quelques années, dans un numéro de Témoignage Chrétien,  Jacques Noyer disait que pour lui, la résurrection de Jésus devait être prise dans un sens symbolique, à savoir qu’après 2000 ans, il était toujours vivant et présent dans le coeur et la vie des chrétiens.

Je me souviens qu’à l’époque, dans notre groupe NSAE du Cher, cet article avait provoqué des remous importants entre ceux qui adhéraient à cette façon de voir les choses et ceux qui la refusaient.

Les théologiens auxquels nous nous référons disent qu’il n’est pas sacrilège que de soumettre à la critique l’héritage doctrinal élaboré au cours des siècles, et qu’il n’est aucune question qui ne puisse être réexaminée, pour tous ceux qui désirent vivre de l’esprit de Jésus, sans renoncer à réfléchir d’une manière exigeante, avec les données d’aujourd’hui.

L’un d’eux dit « nous ne sommes qu’au commencement de la réflexion sur la nouvelle façon d’appréhender la théologie ».

Cette recherche de théologiens de différents pays est  une vraie richesse , aussi, malgré les difficultés liées à la langue, privilégier les différents réseaux qui échangent ces avancées est capital.

Les chercheurs de sens qui prennent le risque d’être incompris, d’être stigmatisés par l’autorité hiérarchique, ont un courage certain, et ont besoin du soutien de la base pour continuer à ouvrir des chemins nouveaux.

C’était une des priorités du document d’orientation NSAE pour 2012




AG Parvis déc 2012 ateliers : les comptes rendus

Assemblée Générale – PARVIS déc 2012 –

Compte rendu de l’atelier N° 1

3 points (défis)  sont ressortis des débats :

–     le problème de la transmission.

–        les actions auprès des exclus.

–        les  femmes dans l’Eglise.

1)     La transmission.

Nous constatons la difficulté de transmettre les valeurs de l’Evangile (solidarité, justice, partage …) à nos enfants et petits-enfants.

Mais nous constatons aussi que ces valeurs existent toujours, mais qu’elles se sont sécularisées.

De plus, les jeunes se les approprient entre eux, par les réseaux sociaux en particulier. Ils sont passés du « père » aux « pairs ».

D’où la nécessité pour nous, si nous voulons être entendus, de rentrer dans ces réseaux, pour faire savoir ce que l’on fait, nos réflexions etc…

2)     les actions auprès des exclus.

Il est indispensable d’apporter sa goutte d’eau au service des autres.

Plusieurs témoignages d’action au service des exclus : demandeurs d’asile, sans papiers, sans logement, …

Ceci dans une action collective, en participant à une chaîne de solidarité, dont les acteurs sont chrétiens ou non, mais se retrouvent sur un chemin d’humanité.
C’est un combat de longue haleine.

Mais nous nous sentons souvent démunis, en particulier face à la pauvreté.

3)     les femmes.

Les clercs ont toujours du mal à accepter et reconnaître la place des femmes.

Quelques exemples :

–        L’une, qui a suivi une formation théologique, ne se voit proposer aucune participation par l’équipe de prêtres (Mission de France).

–        L’autre, chargée depuis de nombreuses années de 3 paroisses, très appréciée par les paroissiens et les gens qu’elle accueille, n’est pas reconnue par l’évêque, ni les prêtres du secteur. Et, bien sûr, elle n’a pas le droit de baptiser, alors que c’est elle qui a cheminé avec les familles pour la préparation du baptême.

–        Les femmes de prêtres  sont ignorées ; mais la conférence épiscopale reconnaît leur existence quand il s’agit de faire des économies à propos du calcul de la retraite.

Mais, heureusement, récemment, en Alsace (régime concordataire), quand l’Eglise ne veut pas reconnaître une femme en lui refusant la pension de reversion, le Tribunal administratif casse cette décision.

Espérons que ce jugement fera jurisprudence !

Certaines religieuses mènent aussi ce combat. Autrefois soumises, voire infantilisées, beaucoup sont des maîtresses-femmes.

Voir le combat des religieuses américaines.

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Assemblée Générale de St Chamond –Parvis2012-

Compte rendu de l’atelier N ° 2

Thème : quels défis majeurs pour la société et l’église dans les 10-15 ans à venir .

D’abord un constat : on assiste à un chamboulement, un éclatement du monde actuel qui entraîne

*une crispation de certains groupes, au sein de la société ou des églises ; cette crispation conduit à de l’intégrisme ou du communautarisme ;

*un manque de perspective à long terme, en économie et en politique, allant de pair avec la course au profit à court terme et le traitement de l’humain et du vivant en général comme une marchandise ;

*des transferts de populations et un brassage des cultures et des religions qui se vit souvent dans la confrontation ;

*un développement de la communication virtuelle au détriment de la communication personnelle ;

*l’augmentation des écarts de richesses entre groupes sociaux ou pays (avec l’exception des pays émergents).

Face à ce constat quels sont les défis à relever ?

*développer des lieux de Résistance pour promouvoir une société plus juste (où l’économie soit au service de l’Homme) et plus Solidaire, tels les collectifs  de défense des sans-papiers, les groupes CCFD …

*développer des espaces de dialogue entre les cultures et les religions ou les traditions spirituelles pour favoriser la tolérance, le respect des différences tels le café Théo et l’association des enfants d’Abraham sur Chambéry …

*orienter l’éducation dans le sens de l’écoute de l’Autre, du respect des différences, d’une vision critique des faits qui favorisent le débat et une communication véritable. A noter que des jeunes professeurs préfèrent parfois démarrer dans un établissement en ZEP où ils estiment pouvoir être plus à l’écoute des jeunes et travailler réellement en équipe.

*prendre en compte les questions environnementales…occasion d’une prise de conscience pour les peuples de

leur unité face à un enjeu qui engage l’avenir de l’’Humanité.

*il est noté, concernant plus particulièrement les jeunes, que des lieux existent (Taizé, Scouts et guides de France…) où ils peuvent vivre une spiritualité connectée à leur vécu et prenant au sérieux leurs rêves … là réside une source d’Espérance  pour relever les défis de demain…un défi reste cependant à relever à ce sujet : celui, pour les adultes, de s’ouvrir à cette Espérance créatrice et innovante !

En conclusion

Le monde actuel est porteur de multiples raisons de craintes pour l’avenir…mais il n’est pas foutu ! …il y a dans les espaces de Résistance et les alternatives un nouveau monde en germe qui nous donne « mille raisons d’Espérer »…et d’Agir.

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Assemblée Générale Les Réseaux du Parvis –St Chamond 2012-    atelier 3

Réactions aux interventions de l’après-midi

Positif :

– Variété – qualité et profondeur de la réflexion – richesse

– Petites interventions concises + intervention d’Elfriede très riche, à creuser

– Intervention d’Anthony : souci de la suite, du renouvellement de Parvis

Inquiétude : Que faire ? Choix ouverts pour prolonger, pour la cohérence des associations

Ce qui a « choqué » :

– Analyse de l’Islam trop positive. Mais des réflexions existent dans l’Islam = témoignages de cette évolution

– Violences faites aux femmes ; mais reconnaitre aussi les violences faites aux hommes. Les hommes sont perturbés par la situation nouvelle des femmes mais statistiquement ce  n’est pas du même ordre.

Les Roms : un véritable problème qui mobilise. Rôle de citoyen et de chrétien : les reconnaitre dans leur humanité ; mise en cause des expulsions successives. L’Eglise n’est pas assez présente sur ces situations malgré le travail de terrain des prêtres.

Dans nos associations, comment faire avancer les choses ? (Avenir de Parvis, objectifs, quels partenaires ?)

– Participation à des manifs pour les sans-papiers, aux cercles de silence

A Marseille :

– Travail avec solidarité Roms/Secours Catholique

– Réflexion : La bonne nouvelle a-t-elle un avenir ? – Comment la Bible ouvre la liberté de chacun – dépasser les peurs – la diversité des pratiques liturgiques dans l’histoire.

Evolution des associations : des abandons mais un noyau actif (Nancy) – petit groupe de réflexion = peu de réflexion mais partage du pain – soutien et accueil de jeunes en difficulté

Orléans : restaurant social – accueil des immigrés récents (familles)

Val d’Oise : Temps de partage, lieu de parole et d’écoute – enquête « Comment vivons-nous notre référence à l’Evangile et avec qui ? », diffusée par le biais des paroisses, des réseaux de connaissances

Questions et remarques concernant le manque de jeunes

– Ils s’engagent plutôt dans des actions ponctuelles.

– Question de l’accueil : on est bien accueilli dans les Réseaux du Parvis mais tout le monde se connait depuis longtemps et il est difficile de s’intégrer.

– Parvis ne pourrait-il pas retenir un stand (430 €) aux Semaines Sociales (public jeune) ?

– Les questions que se posent les jeunes ne sont pas les nôtres (jeunes tradis / jeunes athées non concernés par notre histoire). Les jeunes cherchent des rencontres sportives et conviviales.

– On n’a pas transmis notre foi comme on l’a reçue ; d’une génération à l’autre les valeurs évangéliques choisies ne sont pas les mêmes.

– Les sermons des prêtres sont décalés par rapport à ce que vivent les jeunes. Ceux-ci s’orientent vers des actions de générosité et de solidarité. Peut-être vont-ils plus tard s’orienter vers la spiritualité (mais attirance du bouddhisme).

– Difficulté du vocabulaire avec les jeunes : création et fin du monde, genèse, résurrection.

Solidarité

– Ne peut-on repérer les défis de notre société ? Le premier serait de replacer l’homme au centre.

– Remettre le monde à l’endroit et l’homme au centre

– Humaniser au lieu de sacraliser.

Participants

NSAE Lille

NSAE Paris

Croyants en Liberté St Etienne

Espérance 54 Nancy

SEL 85 (Solidarité, Eglise, Liberté)

Chrétiens aujourd’hui Orléans

Chrétiens sans frontières 95

Amis de Parvis

Un observateur venu de la région lyonnaise (Jean-Gérard Oriol, 69630 Chaponost)

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Atelier 4

Toute mes excuses pour le retard … En relisant mes notes et encore plus celles de mon binôme rapporteur ce qui domine dans les interventions, c’est le ras le bol sur le manque de démocratie dans l’Eglise, les laïcs n’ayant pas la parole et aucune possibilité de décision, encore plus les laïcs femmes !sur la compromission des évêques avec le pouvoir politique, et la tristesse que les évêques n’osent parler que lorsqu’ils sont à la retraite. L’Eglise ne représentait  plus grand chose pour la plupart

Les défis soulignés : la participation des jeunes à nos mouvements, ou plutôt susciter des mouvements de jeunes qui agissent sur la société au nom de l’Evangile,  Comment rejoindre tous ceux qui ont quitté l’Eglise et pourtant veulent continuer  à être chrétien, Comment mieux se constituer en groupes de pressions  pour agir sur les questions de société contre la misère, contre l’exclusion. Nous n’avons pas émis beaucoup de solutions….. !

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Assemblée Générale de St Chamond –Les Parvis 2012-

Atelier N°5

Comment vivre les défis du monde d’aujourd’hui ?

Lister les défis les plus importants

Comment sont-ils portés par les associations du Réseau et par la Fédération elle-même ?

► Lutter contre la misère, la pauvreté, les inégalités l’injustice. Améliorer les rapports Nord/Sud. Lutter contre la marchandisation. Revoir le système économique financier et politique. Il y a trop d’écarts entre les riches et les pauvres. Les inégalités sont trop importantes.

► L’Ecologie : protéger la planète, consommer plus responsable…

► Lutter contre les guerres, promouvoir la paix, la non violence, lutter contre les totalitarismes. Défendre le droit d’avoir une autre opinion, d’être en désaccord, insoumis sans être jugé immoral. Lutter contre le développement des armes, du nucléaire, lutter contre les fondamentalismes.

► L’altérité, la dignité humaine des immigrés, apprendre le respect, lutter contre l’individualisme, l’indifférence. Lutter contre le mal de reconnaissance des êtres, apprendre à comprendre l’autre. Articuler l’engagement individuel et collectif. La responsabilité co-partagée des hommes et des femmes.

Considérer l’autre comme un être humain.

Plus de vivre ensemble, vers une éthique chrétienne/humaniste, sortir du paraître des fonctions des gens (l’identité sociale).

►L’éducation, la transmission, le langage : mieux communiquer, chercher un langage nouveau, spirituel.

► Poursuivre vers un oécuménisme inter-religieux, inter-spiritualités, inter-convictionnels. Se libérer de l’Institution écclésiale. Partager le message évangélique pour une évolution vers un autre monde. Sortir du clivage d’une seule vérité.

Le réseau « Parvis » nous permet d’avoir une vision plus large, de réfléchir et de mutualiser nos engagements en s’appuyant sur un réseau solidaire.

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Atelier N°6

Sujet traité : quels défis rencontrons-nous ? Comment notre association essaie-t-elle de les relever ?

11 Personnes, 9 associations représentées

1- Attitude en tant que chrétien face à la reconversion écologique : Fonctionnement en commissions pour réfléchir et débattre de la fin de vie, des ministères, de l’éclairage apporté par l’Evangile. Essayer de prendre des décisions individuelles, d’avoir du poids. Appel à intervenants qualifiés (entr’autres, rencontre avec l’évêque Dominique Lebrun ; bonne écoute, consensus même, mais aucune suite concrète) Participation aux Assises chrétiennes de l’écologie où étaient présents de nombreuses personnalités telles Pierre Rahbi, Jean-Marie Pelt… Résultats peu probants : nous sommes tributaires de notre façon de vivre, de notre confort…

2- Comment tenir debout physiquement et moralement pour être disponible à autrui et ouvert au monde ? Problème difficile à résoudre vu l’âge avancé des participants et le non-renouvellement des partants.

3- Egalité entre  femmes et hommes, au-delà des apparences et des fausses affirmations. Constat assez négatif sur les progrès relativement nuls (voir la faible participation des femmes dans le domaine politique). Sociologue invité pour apporter son aide.

4- Comment affirmer sa foi face à autrui, quelles que soient ses convictions, tout en restant à l’écart de l’institution telle qu’elle est aujourd’hui ? Intervenante venant de l’Ain, lequel diocèse subit les dégâts causés par l’évêque Bagnard. Ne pas renoncer à affirmer ses convictions, lesquelles font parfois réfléchir les personnes souvent enfermées dans des a-priori.

5- Comment transmettre sa foi aux jeunes ? Couple protestant-catholique. Pratiquent l’œcuménisme en collaboration entre catholiques et protestants avec associations de divers bords :CCFD, ACAT, CIMAD, le Nid… Organisés en réseau pour palier aux membres pas assez nombreux du fait du vieillissement. 1 ou 2 dates dans l’année pour un rassemblement avec conférence : on y débat de problèmes communs, des évènements de l’actualité comme les révolutions arabes. Parfois, rassemblements Catholiques-Protestants dans un lieu de culte (église ou temple) ; toutes les opinions sont acceptées. Principe : à mieux se connaitre, on s’accepte mieux. Cette année, marche en ville avec les Musulmans. Partage de repas . Par le biais du CCFD, les jeunes, très sensibles à l’injustice, s’y associent.  Ils sont chargés d’actions précises, ce qui les motive.

6- Défi de la solitude face à la peur que les gens ont les uns des autres ? Ouverture à d’autres associations dont l’une aide au financement d’engagements personnels  dans diverses œuvres. . Célébrations non conventionnelles.

7- Défi environnemental : comment l’intérêt aux pauvres peut-il se concilier avec  l’intérêt collectif ?

Ouverture à d’autres associations. Célébrations non traditionnelles.

8- .Défi environnemental. Comment concilier l’intérêt collectif et l’intérêt des pauvres ? Ne peuvent travailler seuls ; doivent obligatoirement collaborer avec d’autres associations. A l’extérieur, pour bien se battre, il faut être bien armés : comprendre les raisons des problèmes, les identifier. Pourquoi en est-on là aujourd’hui ? Pourquoi les inégalités et la pauvreté augmentent-elles ? Essayer de comprendre les rouages (voir film « les nouveaux chiens de garde ») Référence au combat contre Monsento, pour une autre agriculture.

9-     –   Place des personnes âgées en particulier dépendantes Moyenne d’âge élevée du groupe (entre 80 et 90 ans), mais personnes actives intellectuellement qui se retrouvent dans des lieux d’échanges spirituels et intellectuels.  Sensibilité écologique .Visites dans des maisons de retraite.  Mais, baisse d’efficacité avec l’avancée en âge. D’où obligation de réduire ses activités

10- Pour David et Jonhatan , combat pour la justice, afin que chacun trouve sa place dans la société, quelle que soit son orientation sexuelle. Lutter contre l’hostilité chrétiens-homosexuels et homosexuels-chrétiens. Association qui fête ses 40 ans d’existence. Défi de se faire connaitre et respecter réussi davantage avec les non religieux. L’Eglise reste officiellement très hostile ; mais complicité de prêtres ou pasteurs qui accompagnent le groupe local. Certaines églises sont ouvertes aux homosexuels et transsexuels comme St Méry à Paris. Beaucoup de médias s’intéressent à D.et J. ; les réactions des évêques de Paris et Lyon contre le mariage gay ont accru ces contacts !   A Orléans, plusieurs associations se retrouvent pour des célébrations qu’on n’appelle plus célébrations eucharistiques, mais partage du pain et du vin. Soutien spirituel, moral, fraternel, aux associations impliquées dans la présence à autrui. Rencontre avec J-P Denis : pas convaincante ! verrouillage de tout ce qui peut fâcher.

11- Problème de la communication, même à l’intérieur de Parvis : comment transmettre à l’extérieur nos débats, nos combats ? nos positions ? Représentant de Partenia 2000.  Souvent de beaux discours écrits, mais qui restent dans les tiroirs ; « Publiez ce que vous payez ».  Pour communiquer efficacement, il faut arriver à se comprendre et à intéresser l’autre. Rédaction d’un bulletin.

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Atelier 7


Convictions et fondamentaux :

– Besoin de conversion, de se travailler personnellement.

– Mouvement de la vie, confrontation permanente entre mort et résurrection.

– Se former dans des sessions bibliques, théologiques, juridiques, économiques, historiques…

* Respect de l’autre, dignité pour tous

* Quête d’ordre spirituel, adhésion au Christ, à ses valeurs

* Lutter contre les injustices, la violence

* Solidarité locale et internantionale

Temps forts d’espérance et avec qui ?

* Cercles de silence

* crédit solidaire, micro-réalisation

* lutte contre les injustices : prisons, Roms…

* Action pour le développement durable

* actions de solidarités

* les lectures peuvent bousculer : Michel Serres, Joseph Moingt; Edgar Morin…

*Les semaines sociales

* Les forums sur la laïcité

Rejoindre des amis de longue date : la Vie Nouvelle, Témoignage Chrétien, CCFD, ACO, JOC, ATD Quart-Monde, Partenaires de luttes en Palestine, au Liban, en Amérique Latine…

Des défis actuels : l’écologie, diminuer la facture énergétique, rechercher la résolution des conflits, privilégier la paix, construire un autre monde où l’argent ne serait pas le centre du monde, lutter contre les discriminations, lutter avec les plus démunis, lutter contre toutes les violences… Faire confiance à l’inventivité des jeunes…

Des défis pour les femmes : la capacité à prendre des responsabilités avec courage et détermination. La reconnaissance de leur intuition et de leur approche de la vie… Redonner du sens…

L’Egalité entre hommes et femmes ne veut pas dire identique…

En conclusion : nos expériences de vie nous mettent en marche, même avec nos faiblesses, nos diversités. Partout il y a cet appel à la vie. Ouvrons-nous à l’inventivité des jeunes , des « autres ». Il faut croire en la vie, en l’humanité de chacun.

Nous rappelions qu’il faut s’engager et débattre sans se battre !…

« N’ayons pas peur » comme le rappelait le Pape Jean-Paul 2. Pour cela il nous faut savoir « lâcher-prise » et ne pas avoir peur du vide…

Nous avons toute notre vie pour mettre au monde…

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AG Parvis de Saint Chamond

Compte rendu de l’Atelier n° 8

participants :

animateur : Fernand JEHL (Jonas Alsace-Strasbourg)

et dans le  désordre :

Marie Odile Gérardin Communautés Chrétiennes de Base : particulièrement communauté de la Cité Paris

Elfriede Harth

René Pierre Menot Croyant en Liberté 42

Jean Riedinger Espérance 54

Didier Vanhoute GIF (Groupe International Français)

Jean Claude Barbier assemblée fraternelle des chrétiens unitariens

Jean Marie Constantin Chrétiens  sans Frontieres 61 (Orne)

Bernadette Krommenacker Jonas Vosges

réponse des participants à la question : comment les associations tentent-elles  d’affronter les défis du monde contemporain à la lumière de l’ évangile ?

Un petit échange préalable : Jean Claude Barbier demande de séparer ce qui concerne Parvis et ce qui concerne Council 50. Il situe notre interrogation dans le domaine de l’éthique.

Elfriede rappelle ce qu’est Council 50. La commission ne répond pas vraiment à J.Cl. Barbier mais on n’abordera pas spécifiquement Concil 50 non par volonté de séparer mais de fait.

Jean Marie Constantin (Chrétiens sans frontières Orne) souligne ses liens personnels avec la mission de France et met l’accent sur l’activité en réseaux de l’association. Selon les activités et les thèmes ces réseaux se diversifient. L’association s ‘associe avec un regard évangélique sur ces différents domaines avec d’autres CMR-MRJC-ACO-JOC-AEP-chrétiens  sans frontières… »etc… Il est essentiel de ne pas  rester isolés, seuls. Importance du terrain au niveau des problèmes du vécu des gens.

Didier Vanhoute développe davantage au nom du GIF les engagements et défis internationaux. Il y a  des associations sur le plans international dont l’action est « écclésio-centrée » et  d’autres qui  s’intéressent davantage aux problèmes sociaux et politiques posés par les exclus, la pauvreté, les conséquences de la  « crise »…etc IMWAC (plutôt écclésio-centrée) vient néanmoins de reconnaître dans ses objectifs le besoin pour l’Eglise d e s’engager pour la justice sociale et les droits humains. IMWAC  a un caractère planétaire marqué. Le réseau Européen joue un rôle (grâce à F.Becker) comme ONG au conseil d e l’Europe. Il a aussi pour souci les problèmes de l’Union européenne, de la laïcité en Europe. Liens avec la plate forme du Parlement pour la laïcité en politique..

J.Claude Barbier fait remarquer qu’il faudrait tenir compte d’abord (passage non obligé par l’anglais comme langue  d’échange) de la francophonie. Rapport à développer avec par exemple les Belges de PAVES * (cf. le rôle des Eglises libres de Bruxelles), avec Culture et Foi au Québec, et avec l’Afrique francophone où il y a des implantations unitariennes.

*PAVES est en lien permanent avec Parvis au sein  du réseau Europe et liberté (remarque de Didier).

Réaction de Jean Marie Constantin que peut il y avoir de  commun entre une association locale (comme Chrétiens  sans Frontières 61 (Orne) ou  d’autres associations locales  de même type qui ont  des activités concrètes  avec des « gens de le base », les personnes en difficultés ou qui s’interrogent sans avoir de grandes compétences mais la volonté de réfléchir et d’ agir par elles mêmes sur leurs problèmes quotidienset les activités internationales qui demandent outre des compétences linguistiques, des compétences économiques, politiques, la capacité de se situer sur des terrains d’expertise auxquels les gens de base n’ont pas  d’accès facile voire pas d ‘accès du tout.

Aprés une « réponse »  provisoire: les problèmes étudiés internationalement sont les mêmes que  ceux que vit la base, les organisations internationale s ‘appuyant sur l’expérience des groupes locaux, le  tour de table reprend.

Jean Riedinger :

Espérance 54 est un lieu de prise de parole et d ‘échange libres de toute organisation institutionnelle d’Eglise, à la lumière de l’évangile et dans le cadre du service des êtres humains mais il n’y a pas  d’objectif précis et durable défini.

Les adhérents- entre 25 et 30- se retrouvent  dans trois groupes qui ont chacun une vie  autonome. Ces groupes sont composés de militants de diverses associations ou en activité sur divers terrains. Leurs réunions même quand elles sont organisées sur un thème choisi en commun, sont des échanges dont la fécondité repose sur des  expériences personnelles ou collectives diversifiées. Les personnes vivent ainsi individuellement ou à quelques un(e)s dans divers réseaux ou activité de base :  par exemple, aumônier de MRJC et des portugais, travail avec les  femmes en prison ou les familles de détenu(e)s, équipe de chrétiens de l’enseignement public, RESF, DAL, LDH ,engagement paroissial, études d’exégèse, défense de la laïcité, associations musulmanes, intervention à la  radio diocésaine, réactions à des événements diocésains. Espérance 54 participe de temps en temps à des manifestations publiques  interconvictionnelles (droits des palestiniens,  défense des libertés, cercles du silence) mais aussi réunions de débats et d ‘échange avec le CCFD, le Secours catholique, les amis de la Vie, l’association France Palestine…etc. Nous avons l’occasion de tenter-parfois avec un certain succès une ouverture vers des gens intéressés par une  question précise (fonctionnement et ravage de l’économie néolibérale- problème de l’eau sur le plan mondial-vie des palestiniens- la vie et la souffrance dans une prison « moderne » à Nancy- l’histoire de l’Islam…) Une équipe est facilement tournée vers une analyse de la vie  de Parvis, l’autre plus tournée vers ses engagements humanitaires  à la lumière de l’évangile est fortement abonnée à la  revue Parvis et s ‘en sert.  Il y a  aussi un aspect convivial (repas communs)  dans nos équipes. Une troisième équipe disparaît petit à petit (amis âgés, malades, morts)  Certains parmi les plus âgés trouvent aussi dans les groupes une sorte de communauté d’accueil entre chrétiens libres. En fin l’initiative dite PARTVIE est l’occasion pour 8 d’entre nous de nous retrouver dans un partage « spirituel » de la Vie du pain et du vin une fois tous les  deux mois.

Ce bilan peut sembler riche. Il est en fait celui de plusieurs années et chaque faits cité ne mobilise le plus souvent que très peu de personnes  -une seule parfois- d’Espérance 54 à la fois. .Mais aussi petit soit les godets, tel est  le terreau de l’association.

Bernadette Krommenacker Jonas Vosges

Souligne le soucis  d’ouverture de l’association vers le CCFD, la MRJC. Mais aussi grâce à un pasteur une ouverture vers l’Eglise Réformée. Jonas Vosges est connue de l’évêque avec lequel il y a des rapports qui peuvent être positifs, voire coopératifs, ou plus tendus.

Travail important au sein de l’action pour les sans papiers.
L’association ne se contente pas de la défense des cas concrets (et il y en a beaucoup) mais se pose des questions sur l’origine de l’immigration. Comprendre ce qui se passe chez eux. Pourquoi ils  sont  venus  chez nous.

Le but n’est il pas  qu’ils ne soient plus contraints de s’exiler..

Les personnes engagées  dans cet accueil et cette défense des droits humains des sans papiers rencontrent des difficultés à cause des différences de mentalités, de la manière dont les  intéressés pensent leurs droits, des cultures et donc  des façons de vivre  différentes. Il y a  régulièrement des cercles du silence à St Dié et Epinal.

La diversité nationale, ethnique, religieuse des ces personnes et les questions que posent leur venue facilite l’ouverture de l’association à la réflexion et l’action internationales

Marie Odiler Gérardin (communauté de base de Paris)

La communauté de base de Paris cité organise des célébrations qui ont pour fondement la relation entre l’évangile et la vie concrète.

De nombreux thèmes sont abordés et étudiés dans la communauté: l’Europe, l’Ecole, la Laïcité, l’écologie…etc

La communauté a des liens avec des communautés espagnoles et  italiennes

La  communauté est un lieu à la fois d’animation et d ‘engagement spirituel

(On notera le lien entre spiritualité et intelligence  des réalités socio-politiques : note du rapporteur)

René Pierre Menot (Croyant en Liberté 42)

L’association est composée de personnes engagées dans des organisations comme par exemple celle qui vit la solidarité avec les Roms.

Elle est un lieu de partage à partir de ces engagements.

Mais mettre en place des réseaux est difficile

L ‘association dépense beaucoup d’énergie, dit René Pierre, à se situer par rapport à l’Église. Elle  se heurte  (et se fatigue?) dans ce domaine aux tiraillements  permanents entre les intégristes et les autres. L’avis est émis d’une perte de temps à critiquer les décisions du Vatican.

Comment réunir les gens est une question de fond.

réaction de J.M. Constantin : nous organisons, par exemple, des veillées de Noël. C’est là que se rencontrent beaucoup de gens de toutes sortes. Y compris des musulmans.

Fernand JEHL (Jonas Alsace-Strasbourg)

Une activité importante : la revue Vague d’Espérance (rédacteur J.P.Blatz)

Un  thème a été abordé par le groupe de Strasbourg : La  désobéissance des prêtres autrichiens (approche mal préparée dit Fernand)

Exemple de Thème de réflexion abordé réussi : la place des femmes  dans la société et la  place des femmes dans l’Église. Comment a fonctionné la  réunion sur les femmes :

Importance de la convivialité, des interventions courtes, et laisser parler les gens : que puissent  s’exprimer tout autant et sans obstacle les coups de gueules et les coups de cœur.

Synthèse : Qu’on le veuille ou non la  femme est préparée dans la société à la soumission et  dans l’Église à la sous-mission.

A la suite de la réflexion sur les femmes une proposition est faite que le 8 mars, journée des femmes, devienne aussiune journée des femmes dans l’Eglise. Proposition en a été faite à l’évêque. Tout à fait d ‘accord dit il. Mais à condition…Si le conseil pastoral diocésain en est d ‘accord. Mais on ne sait pas si l’évêque doit poser la question au conseil  ou si celui ci doit se saisir (comment?) de la question. Jusqu’à présent on est dans le flou et il n’y a pas de réponse. Le 8 mars approche !

Il est aussi fait état de la  réunion des quatre groupes de Jonas Alsace à Sélestat sur le thème de interconvictionnel avec François Becker. Méthodologie de l’interconvictionnel et mise en pratique possible.

Jean Claude Barbier (assemblée fraternelle des chrétiens unitariens)

Nous sommes dans une période forte de déchristianisation en Europe au moins. D’où la nécessité d’une solide formation qui distingue bien la métaphysique, la théologie, l’exégèse, l’approche  scientifique…etc. J.Cl. Barbier affirme  qu’il n’a pas réussi à former un groupe local sur la base de la formation.. C’est pourquoi il a fait le choix  d’uneassemblée fraternelle en ligne. Dans cette  assemblée il est un laïque comme les autres.

On trouve ainsi  en ligne des éléments d’information, un cycle de formation, un  forum, des célébrations dont les participants à distance géographique se retrouvent ensemble grâce à Internet..

Il faut absolument utiliser facebook.

C’est là que l’on trouve l’avenir, les jeunes.

C’est un moyen de communication indispensable.

La formation indispensable se heurte à la crispation des institutions  ecclésiales et à leurs réflexes de  défense et de pouvoir.

Didier Vanhoutte

revient  sur la question des rapports entre le vécu de base  des associations locales et la vie des grands réseaux internationaux. Je pense que son intervention a permis à la commission  de trouver le sens profond de la vie dont Parvis n’est qu’un des lieux possibles.

Didier insiste sur le fait que les questions abordées dans les réseaux comme le réseau européen Eglise et Liberté ou Imwac sont inspirées et animées  par la vie concrète de la base locale. Ce qui se passe  dans l’Orne se passe aussi avec des variantes  dues aux diversités de l’histoire et de la culture en Catalogne, au Brésil, en Afrique noire. Les réseaux font connaître,  rassemblent la vie des associations et constatent que ces questions se posent partout de manière sinon identique du moins  semblable et qu’il y a  des problématiques locales qui ont en réalité  une dimension nationale, internationale, mondiale.

Le GIF (groupe international français) – entre autres lieux de rencontres – dans le Parvis – a pour fonction d’expérimenter ce lien entre les associations et les problèmes mondiaux. (J’ajouterai qu’il en est de même dans leur  spécialisation de l’OCL (qui a aussi une vocation européenne et qui peut s’ouvrir plus largement au monde) ou du Groupe Eglise et Société .Note du rapporteur))

Le  réseau Européen vit de l’expérience des groupes qui forment par  exemple P.A.V.E.S en Belgique ou les Redes cristianas en Espagne réseaux aussi importants que les réseaux  du Parvis en France et qui sont engagées très fortement, par leurs associations, sur le terrain concret. .

De même partout dans le christianisme se pose le problème des célébrations, des eucharisties.
Voir aussi des actions comme « publiez ce que vous payez » en direction des pays africains

Avec l’Amérique latine surtout nous recevons l’expériences de communautés de base engagées  dans la théologie de la libération-théologie dont il nous est possible  d’envisager une version européenne par exemple.

Conclusion de l’atelier

Les associations sont la racine de l’herbe qui couvre la terre entière..

Ou encore les associations en vivant sont comme les braises sous la cendre

Tant qu’il y a des racines ou de la braise il y a l’espérance.

Bien sur les liens ne sont pas parfaits, mais il est indispensable que les associations regardent ce qui se passe au delà de leur horizon et s’aperçoivent que ce qui se passe là bas est lié à ce qui  se passe ici et qu’il y a  donc une sorte de mondialisation de l’action « prophétique ».

Et inversement les réseaux internationaux ne peuvent vivre et être fécond que si ce sont les expériences concrètes des associations de base qui irriguent leur activité et lui donnent une âme. Le  défi à retenir c’est donc le lien réciproque entre le local et l’international

Jean RIEDINGER rapporteur de l’atelier n° 8

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Assemblée Générale St Chamond – Parvis 2012-

Atelier N°9

–        Refonder la société à partir de différents regards, par exemple l’ACAT, le CCFD…

–        Avoir le souci du frère

–        Le respect de la dignité de la personne par exemple le problème des Roms, des sans papiers, les restos du cœur…

Répondre de façon urgente à tous ces défis.

Nous sommes les témoins d’un Dieu incarné, la vie est première…

Il faut retrouver le chemin de la foi qui est chemin de sens

La richesse de la Fédération est de savoir gérer la grande diversité des associations malgré les difficultés que cela entraîne.

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Compte rendu atelier 10

Vivre les défis du monde d’aujourd’hui, pour notre groupe c’est d’abord écouter et aller vers l’autre.

LES ENGAGEMENTS DE CHACUN

Le groupe est divers et les engagements de leurs associations le sont aussi :

Visiteur de prison : on  apprend beaucoup à la fois des détenus et de leurs familles.

Association pour rendre visite et aider les personnes isolées.

Réseau Chrétiens-Immigrés.

Participation à la Banque alimentaire.

Soutien, aide administrative et recherche d’emplacements pour les gens du voyage.

Une autre association s’occupe de visiter les personnes âgées et de les aider dans les actes de la vie courante.

Plus généralement, de nombreux participants sont mobilisés aux côtés des sans-papiers, dans les cercles ce silence ou à ATD-Quart Monde.

CONSTAT

Il ne s’agit pas seulement de répondre aux demandes individuelles, mais aussi de faire un travail plus politique, d’engagement militant.

Ceci dit, agir sur le terrain, c’est souvent un cadeau, plus qu’un don et il faut aller au-delà du ponctuel, prendre le temps, créer des liens dans les villes, mais aussi les villages. Militer avec des non-chrétiens, c’est se rendre compte que leurs valeurs sont souvent les mêmes et que nous avons beaucoup à faire ensemble. Il ne s’agit pas d’imposer  notre propre vision du monde mais d’aller avec empathie dans celui de l’autre et à cet égard l’intervention d’Elfried nous a beaucoup marqués. Montrer à quelqu’un qu’il est peut-être rejeté par la société, mais qu’il à des choses à nous apprendre, qu’il est important à nos yeux et aux yeux de Dieu. C’est aussi lui permettre de reprendre confiance en lui et changer le regard sur des populations méprisées, rejetées ou ignorées.

Aimer les gens pour s’aimer soi-même a-t-on entendu. En d’autres termes, cela nous fait vivre notre vie d’humain, interroge nos certitudes bien-pensantes. Faire de toutes petites choses en direction de personnes différentes, c’est aussi vivre l’évangile autrement.




Intervention Elfriede Harth AG Parvis

Intervention Elfriede Harth AG Parvis : La question des femmes…

La question des femmes 50 ans après le Concile Vatican II

On m’a invitée pour parler sur « la question des femmes » 50 ans après le Concile Vatican II, un peu pour faire bilan, mais aussi, dans l’optique de la préparation du cinquantenaire de la clôture de Vatican II, en 2015. J’ai prévenu que je ne parlerai pas sur ce qui se passe au sein de l’Eglise institutionnelle, où la hiérarchie s’obstine à promouvoir une théologie de l’inégalité entre femmes et hommes qui entre autres est en flagrante contradiction avec le sacrement du baptême. Je ne parlerai pas non plus de la résistance des religieuses américaines au Vatican. Mais je préfère regarder un peu la question des femmes dans ce monde sur lequel Vatican II voulait que s’ouvre l’Eglise. Ce monde dans lequel nous, la communauté des disciples de Jésus, femmes et hommes, devrions être le sel et la levure.

Comme l’a montré la théologie féministe, les femmes ont joué un rôle très important dans la vie de Jésus et aussi après, dans les premières communautés chrétiennes, mais aussi tout au long de l’histoire du christianisme. La plupart du temps leur présence et leur action sont cependant restées invisibles et dévalorisées.  Ou alors, par exemple avec les procès aux sorcières, les femmes ont servi de bouc émissaire ou de surface de projection pour toutes les angoisses et complexes des hommes, et notamment des hommes d’Eglise.

Cela a beaucoup changée depuis le Concile. Non pas parce que les femmes soient plus actives qu’autrefois, mais probablement plutôt parce que leur présence et leur action ont gagné en visibilité. Parce qu’elles ont pris la parole et commencé a parler en première personne, à se dire elles-mêmes, et parce qu’elles rejettent de plus en plus de se laisser définir par les hommes au pouvoir et d’avoir des comportements normés par une culture patriarcale.

J’ai choisi de structurer mon exposé en partant d’un document du Pape Jean XXIII publié en 1963, peu après l’inauguration du Concile Vatican II et deux mois avant sa mort. Il s’agit de l’encyclique Pacem in terris – Sur la paix entre toutes les nations, fondée sur la vérité, la justice, la charité, la liberté.

On peut y voir son testament. Elle fut rédigée sous le coup de la crise des missiles à Cuba et de la menace d’une guerre nucléaire. Pour la première fois dans l’Eglise, un pape se dirige non seulement aux catholiques mais à toute personne de bonne volonté. Et l’encyclique reconnaît la légitimité des Droits humains, elle s’en approprie en quelque sorte. Avec cette encyclique, nous assistons à une conversion de l’Eglise. Après les avoir combattus, l’Eglise se met désormais en scène comme la grande défenderesse des Droits humains. Zèle qui diminue cependant depuis quelque temps. Serait-ce parce qu’elle se voit de plus en plus acculée dans la défensive quant à l’état des Droits humains en son propre sein ?

Pacem in terris est également l’encyclique qui nous indique comment Jean XXIII diagnostiquait les trois défis centraux du monde auquel l’Eglise devait s’ouvrir. Qu’il définît comme les trois signes du temps.

J’ai choisi de regarder comment des femmes ont contribué au façonnement de la réalité que nous vivons dans les trois domaines retenus par le Pape, et qui ont eu et ont une grande influence aussi sur la vie au sein de notre communauté ecclésiale.

Je cite :

« 40 – D’abord la promotion économique et sociale des classes laborieuses. Celles-ci ont, en premier lieu, concentré leur effort dans la revendication de droits surtout économiques et sociaux ; puis elles ont élargi cet effort au plan politique ; enfin au droit de participer dans les formes appropriées aux biens de la culture. Aujourd’hui, chez les travailleurs de tous les pays, l’exigence est vivement sentie d’être considérés et traités non comme des êtres sans raison ni liberté, dont on use à son gré, mais comme des personnes, dans tous les secteurs de la vie collective : secteur économico-social, culturel et politique.

41 – Une seconde constatation s’impose à tout observateur : l’entrée de la femme dans la vie publique, plus rapide peut-être dans les peuples de civilisation chrétienne ; plus lente, mais de façon toujours ample, au sein des autres traditions ou cultures. De plus en plus consciente de sa dignité humaine, la femme n’admet plus d’être considérée comme un instrument ; elle exige qu’on la traite comme une personne aussi bien au foyer que dans la vie publique.

42 – Enfin l’humanité, par rapport à un passé récent, présente une organisation sociale et politique profondément transformée. Plus de peuples dominateurs et de peuples dominés : toutes les nations ont constitué ou constituent des communautés politiques indépendantes.

Voilà donc sur quoi je vous invite à réfléchir aujourd’hui :

Dans un premier temps nous regarderons le monde du travail. Dans un deuxième temps nous nous arrêterons sur les femmes comme sujet politique et la réorganisation de l’espace public et privée, et finalement on réfléchira un peu sur la question des femmes et la décolonisation.

Premier signe des temps : Les travailleurs rejettent un modèle économique et social qui nie leur humanité ou Une éthique sociale féministe de la libération

Cela fait donc plus de 50 ans qu’ils ont rejeté ce système. Et – où en sommes-nous aujourd’hui ? Avons-nous réussi depuis 50 ans l’humanisation du système économique et social?

La crise actuelle semble le contredire : Le phénomène de l’exclusion ne cesse de grandir, accompagné d’une augmentation flagrante des maladies psychiques, de la consommation de tranquillisants. La  croissance économique va de pair avec une dégradation de l’environnement et l’exode de populations toujours plus nombreuses de leur milieu d’origine.

Les remèdes proposés par ceux qui nous gouvernent ne semblent pas avoir l’effet désiré. Pourquoi ? Ne serait-ce peut-être parce qu’ils n’osent pas changer de regard, d’abandonner un paradigme démodé ?  Comment pourraient-ils trouver des remèdes aux maux engendrés par le patriarcat s’ils s’accrochent à gérer le monde selon cette logique ?

C’est l’hypothèse d’un groupe de féministes des pays européens de langue allemande, qui à partir du postulat que le patriarcat est moribond se sont lancées dans une analyse féministe de notre monde actuel dans le but de rendre possible le Bon Vivre pour toutes et pour tous. (www.gutesleben.org)

Que disent-elles ?

Elles affirment qu’il faut recadrer le concept d’économie et le libérer de l’emprise du fondamentalisme néolibéral. Elles produisent une éthique sociale féministe de la libération.

Contrairement au dogme du fondamentalisme néolibéral l’économie n’est pas le Marché. Le mot « Economie », qui est d’origine grecque, est composé de deux notions : oikos – maison, dans le sens de la cellule sociale constituée par l’ensemble de tous ceux et celles qui composent la grande famille, a l’époque de la polis grecque, y compris les esclaves et les animaux domestiques. Ils sont tous propriété du chef de la maison et lui sont donc tous et toutes assujettis. Puis nomos l’administration.

Alors selon la définition classique de l’économie il s’agit administrer les biens et services d’une maison ou d’une société pour satisfaire les besoins de tous ceux qui en font partie.

Cela implique que nous sommes des êtres nécessiteux. Que nous avons des besoins qui doivent être satisfaits. Nous dépendons les uns des autres. Nous ne pouvons pas exister au singulier, mais nous sommes par nature des êtres au pluriel. Comme nous le professons d’ailleurs : nous sommes créés à l’image d’un Dieu trinitaire.

Nous avons été créés dépendants et nécessiteux. Et cela commence avec notre naissance, notre nativité.  (Pour toute cette partie voir Ina Praetorius : http://www.youtube.com/watch?v=7NcHkwSqKRo). Car avant d’être des mortels, nous sommes d’abord des êtres qui avons pris forme et avons passée les premiers mois de notre existence dans une matrice ou utérus : dans le corps vivant d’une femme. Et à la naissance, en sortant de la matrice de notre mère, nous avons continué à vivre dans une matrice plus large, dont nous dépendons et qui est constituée par l’environnement naturel et social dans lequel nous baignons et sans lequel toute vie est impossible.  A notre naissance, il a fallu que l’on prenne soin de nous pour survivre. On nous a absolument tout donné et cela dans la gratuité absolue : La nourriture, la protection, le langage, etc…

Ce sont des faits que le patriarcat a toujours essayé d’effacer, de rendre invisibles, car ils mettent en question un postulat central de la vision patriarcale du monde, celle de l’existence d’êtres autonomes. Le modèle de l‘être humain est l’Homme autonome. Aujourd’hui et dans la culture dominante, c’est l’homme blanc, de classe sociale supérieure, dans la force de l’âge, hétérosexuel, en bonne santé…. Il constitue la mesure de l’humain, le reste étant considéré comme « des minorités » : les femmes, les enfants, les vieux, les malades, les étrangers, les personnes de couleur, etc… Cet « Homme autonome » se considère libre. Libéré de travailler pour satisfaire ses besoins vitaux, puisque ceux-ci sont satisfaits par le travail d’autres êtres hiérarchiquement inférieurs : les femmes, les esclaves, les étrangers, les pauvres, les animaux domestiques, etc…  Et il se consacre à définir le monde et à contrôler les autres.

Voici comment dès l’antiquité grecque s’est produite une polarisation du monde entre deux sphères opposées et hiérarchisées :

Dieu

Esprit

Théorie

Infini

Polis

Homme

Liberté

Autonomie

Contrôle

Parole

matière

corps

pratique

finitude

oikos

femme, esclave, étranger, animaux

domestiques

besoins

dépendance

service

le nommé, ce dont on parle

Depuis ce temps, la définition de base de l’économie n’a pas changé, de même que pas non plus le désir d’occulter notre (inter)dépendance intrinsèque. Avec l’industrialisation la division du monde est « enrichie » en haut par la monétarisation du marché et en bas par l’amour.

Monnaie / Marché

amour

On crée une nouvelle sphère d’indépendance supposée : Le marché monétarisé, c’est-à-dire régi par l’argent et les lois de sa multiplication à travers le système de l’intérêt. Voici ce qui occupe dorénavant ce que l’on entend par « économie ». « L’oikos » c’est-à-dire l’espace dans lequel sont satisfaits plus de la moitié de tous les besoins humains, est ignoré, occulté, rendu invisible et considéré une grandeur négligeable. Et il est délégué à des êtres dont on ne comptabilise pas le travail, des êtres rendus invisibles également. Et le pire est que les personnes qui effectuent ces tâches si importantes, comme une mère de famille, diront elles-mêmes « qu’elles ne travaillent pas ». La dépendance est donc occultée dans ce système patriarcal, car elle est considérée honteuse, puisqu’elle est contraire au postulat d’autonomie. La reconnaître exigerait de se reconnaître redevable.

Pour les féministes auxquelles je me réfère,  il ne faut pas voir une antinomie ou contradiction entre autonomie et (inter)dépendance, mais il faut comprendre que la liberté a toujours lieu dans la relation, qu’il s’agit d’une liberté relationnelle.

Comme le remarque la théologienne protestante Ina Praetorius (http://www.inapraetorius.ch/index-fr.php), au moment des Lumières, Dieu a été déplacé vers la sphère inférieure, la religion étant devenue une affaire privée. La science et la raison prennent la place de la religion, et en compensation les sentiments sont introduits dans la sphère inférieure. On distingue dorénavant également entre culture et nature :

Science

Raison

Culture

dieu/religion

sentiments

nature

Le marché devient donc maintenant l’espace de l’indépendance supposée et le propriétaire d’argent devient synonyme de l’Homme. La polis, l ‘Etat, devient « l’épouse de monsieur le Marché », lui devient donc subalterne et est soumise à son contrôle. L’Etat et les familles doivent se charger des dépendants, de la satisfaction de leurs besoins. Et l’Etat doit garantir la stabilité monétaire, politique et juridique, fournir des infrastructures, passer des lois pour alléger le poids fiscal des riches, etc..  Garantir tout ce qu’il faut pour que Monsieur le Marché puisse triompher et célébrer son expansion.

Mais le système entre en crise au fur et a mesure que les êtres définis comme inférieurs n’acceptent plus le rôle qui leur est attribué, et que la nature, l’environnement, ce que nous appelons la création, ne supporte plus les dégâts qui résultent du découplage des sphères d’indépendance supposée.  Contrairement à l’argent qui est une fiction – par ailleurs très utile -, qui appartient au monde virtuel, les océans, les déserts, les forêts, les glaciers,  etc. ainsi que nos corps vulnérables sont bien réels.

Que faire ?

Nos féministes proposent plusieurs axes d’action, dont je vous en présente deux :

1/ le développement de ce qu’Ina Praetorius appelle la « merdologie », (http://www.pelicanweb.org/solisustv06n12page2inapraetorius.html) une discipline composée de la théorie, de l’économie et de l’éthique de la merde. Il s’agit de réfléchir et de prendre conscience de ces secteurs de l’économie qui dans notre société sont considérés particulièrement « ingrats », mais indispensables, et notamment le travail domestique (en particulier des tâches telles que changer des couches et nettoyer les WC), le travail des soins aux personnes dépendantes (encore changer des couches et nettoyer des WC) et le travail dans l’agriculture (nettoyer l’étable). Il s’agit de penser et de rendre visibles tous ces aspects fondamentaux de notre existence qui sont rendus invisibles, considérés honteux, tabou, et qui sont a la base des rapports de pouvoir et de genre. Il s’agit de questions écologiques, liées au recyclage, à la décharge des ordures et des déchets,  de l’économie des soins, de la canalisation et des systèmes sanitaires et d’hygiène, de l’agriculture (voir aussi : http://www.youtube.com/watch?v=JKqQVuiUDHE), etc… qui fait ce travail ? Que ferions-nous si personne ne voulait plus faire ces travaux ? Quel en est le statut social, la rémunération…..

2/ s’engager dans le mouvement pour un Revenu de Base Universel Inconditionnel et suffisant pour garantir une vie en dignité. Il s’agit de promouvoir l’idée de séparer travail et revenu. Il s’agit de questionner le mythe qu’il faut travailler pour avoir un revenu. Que les personnes perçoivent des revenus qui correspondent à l’utilité de leur travail pour la société. Que seulement une activité rémunérée par de l’argent est du travail.

Et puis, notre système économique détruit de plus en plus d’emplois rémunérés, par la rationalisation, l’automatisation, etc… en même temps, beaucoup d’activités utiles et nécessaires ne sont ni reconnues ni rémunérées et bien de besoins humains et sociaux ne sont pas satisfaits, car ils impliquent un travail que personne ne veut faire, parce que les gens qui voudraient le faire sont occupées a gagner de l’argent.

Un Revenu ou allocation de base universelle et inconditionnelle libérerait les gens, car ce n’est que lorsque je ne dois pas être rentable que je peux opter pour faire des choses productrices de sens et non pas d’argent. Malheureusement je ne peux pas approfondir plus toute cette question passionnante, mais il y a des vidéos en français qui peuvent donner des détails plus concrets sur le sujet (voir notamment : http://www.youtube.com/watch?v=03gfl-tgrG8, et visiter le site : http://revenudebase.info). Il existe depuis trente ans un mouvement international pour le Revenu de Base qui organise des Congrès tous les deux ans. Je viens d’assister au 14e Congres qui s’est tenu au mois de septembre près de Munich et j’y ai rencontré des activistes français, espagnols, néerlandais, américains, belges, canadiens, brésiliens, japonais, de l’Inde, africains, etc… Il y a déjà des projets pilotes très prometteurs dans plusieurs pays du Sud, comme en Inde, an Afrique, au Brésil. En Suisse, une pétition a été lancée au printemps pour recueillir 100.000 signatures pour demander au Parlement de modifier la constitution et en faire un droit constitutionnel. Ils sont à quelques 47.000 signatures. Une pétition au niveau européen a échoué pour des raisons formelles, mais elle vient d’être révisée et relancée.

Deuxième signe des temps : Les femmes deviennent sujet politique et réclament la reconnaissance de leur Droits humains – Réorganisation de l’espace publique / espace privé

La maitrise de leur fécondité, la mécanisation/automatisation du travail domestique et la division sociale toujours plus poussée du travail en général a eu des répercussions profondes sur la vie des femmes.  Maitrise de la fécondité, mécanisation du travail domestique et approfondissement de la division sociale du travail sont des phénomènes qui se conditionnent mutuellement. Le progrès de la recherche a permis de produire la pilule et en même temps de développer l’industrie et le marché de l’électroménager. Mais il fallait en parallèle créer le besoin pour ces produits ainsi que le pouvoir d’achat pour les consommer. Quoi de mieux que de faire participer le plus grand nombre de femmes au marche de l’emploi, les éloigner du domicile, pour créer le besoin de diminuer le poids du travail domestique, afin qu’elles aient le temps suffisant pour vaquer à ces deux sortes d’occupation. A condition aussi qu’elles fassent moins d’enfants. Et puis, si elles disposaient d’une rémunération, elles pouvaient payer ces produits électroménagers qui allaient leur faciliter la vie en mécanisant une partie des tâchés ménagère. On peut dire que ceci est, dans une large mesure une réalité aujourd’hui – au moins dans le monde occidental. Ce qui reste par contre encore à parachever est que les hommes, qui voient désormais diminuer le poids de leur responsabilité de fournir les moyens financiers nécessaires à la famille, assument leur part dans le travail domestique.

L’indépendance économique des femmes et la maitrise de leur fécondité assortie  d’infrastructures sociales de prise en charge des enfants, des personnes âgées et des malades pendant qu’elles travaillaient à l’extérieur de leur foyer, sans que les hommes les remplacent dans ces activités ou les partagent équitablement, allait avoir des répercutions énormes sur l’institution de la famille telle qu’elle s’était développée depuis la révolution industrielle. Dans la société pré-industrielle, comme on a vu, la famille était un ensemble économique relativement autosuffisant où chaque membre apportait quelque chose à l’ensemble. La grande famille était la norme. Et selon l’hypothèse du sociologue allemand Ulrich Beck dans son livre écrit avec sa femme, Elisabeth Beck-Gernsheim, « Le chaos complètement normal de l’amour » (1990), l’industrialisation allait amener deux grands bouleversements : 1/ la séparation du lieu de travail et du domicile et 2/ la grande famille cédait la place à la famille nucléaire constituée d’un couple et leurs enfants. La famille devient alors une institution à caractère féodal, les relations du couple des relations de servage : le mari fournit « protection » et les moyens d ‘acheter de quoi vivre, la femme est réduite à la servitude au domicile, doit obéir à son époux et est redevable de la corvée, c’est-à-dire du travail domestique non rémunéré et dont se produit une dévalorisation croissante. En fait, l’industrialisation a signifié une régression pour le statut des femmes, qui était meilleur ou tout au moins, moins mauvais dans des périodes antérieures.

Mais avec la maitrise de leur fécondité les femmes peuvent vivre dans leur propre chair ce que les hommes ont toujours vécu : la séparation entre sexualité et procréation. Et avec l’indépendance économique, elles s’affranchissent aussi de la servitude propre au modèle de famille de l’époque industrielle. Le patriarcat est fortement ébranlé. Les femmes n’ont plus besoin de « protection » masculine et les hommes ne peuvent plus prétendre à leur serf privé. Le taux de divorce peut être pris comme indicateur de ces changements. Il monte en flèche.

Le féminisme de la deuxième vague apparaît et revendique que le privé est politique. La famille comme lieu de socialisation du système de pouvoir patriarcal entre en crise, le patriarcat en souffre les conséquences. Et 50 ans après Pacem in terris et de Vatican II, nous avons des femmes à la tête de plusieurs pays du globe et le pluralisme des modes de vie devient une réalité de plus en plus culturellement acceptée. Le privé a triomphé du politique.

Le patriarcat est mortellement blessé par toutes ces évolutions et ses plus grands partisans s’organisent pour sa défense. Surgissent les différents fondamentalismes, qui au-delà quelques différences superficielles sont tous d’accord sur une chose : la misogynie. La femme incarne pour eux l’Autre, celui qui doit être défini, contrôlé, dominé et/ou « protégé ». Se réclamant les gardiens de la tradition, les représentants sur Terre de leur Dieu,  les seuls et légitimes détenteurs de La Vérité, ils partent tous en croisade contre les droits des femmes, qui symbolisent le droit à la différence, le droit à l’altérité, le droit à la pluralité. La famille nucléaire hétérosexuelle procréatrice de type féodal est érigée en modèle unique et sacré depuis la nuit des temps. Les femmes sont expropriées de leur corps qui devient soit couveuse pour les uns, objet sexuel ou marchandise pour les autres,  et elles sont bannies de l’espace publique, sauf quelques exceptions qui servent d’alibi. La sécularisation et la laïcité, c’est- à – dire l’acceptation de l’altérité, du pluralisme, sont combattues, si non explicitement, alors par la manière d’agir.

Une conclusion importante qu’on peut donc tirer de tout ceci est que toute lutte contre les fondamentalismes et pour la laïcité doit partir nécessairement de la reconnaissance et de la promotion des droits des femmes, des droits de l’Autre.

Et un symptôme de plus pour l’ébranlement du patriarcat est que face à la montée des fondamentalismes, nous assistons à une sécularisation grandissante, qui peut paradoxalement aller tout à fait de pair avec ce que l’on nomme un « retour du religieux ».

Regardons le cas du fondamentalisme catholique qui est celui que nous subissons en chair propre. Le Concile Vatican II avait préconisé la liberté religieuse et la liberté de conscience. Or loin de concevoir ces libertés dans leur intégralité et dans l’ensemble de l’esprit des Droits humains, pour le Vatican elles sont instrumentalisées pour réclamer des privilèges.  L’Etat doit se limiter dans ses prétentions de contrôle et son droit de regard en ce qui concerne les activités de l’Eglise, même lors que celles-ci ne sont pas de l’ordre strictement spirituel mais de l’ordre économique.  Ainsi : pas de droit de grève pour les 1,3 millions de salariés d’entreprises du secteur social (éducation, santé, personnes âgées, etc..) appartenant a l’Eglise en Allemagne, et cela au nom de la liberté de religion. (Quoique  peut-être aura-t-il bientôt des évolutions dans ce domaine, vue une décision toute récente d’un tribunal allemand en la matière). Voilà que l’Eglise se porte en grande défenderesse de la séparation de l’Eglise et de l’Etat. Ce qui ne l’empêche pas pour autant d’encaisser les impôts de l’Eglise ni d’exiger des financements publics de différentes sortes. Liberté religieuse. Or, quand la hiérarchie s’arroge à son tour le droit de se mêler de processus législatifs, quand le Vatican/Saint Siege participe par exemple aux travaux des Nations Unies et tente d’imposer au monde entier ce qu’il considère être la doctrine catholique en matière de maitrise de leur fécondité par les femmes, auxquelles elle ne reconnaît pas de liberté de conscience en matière d’avortement, il se revendique comme Etat et prétend parler au nom non pas du petit millier de citoyens de la Cité du Vatican, mais de la communauté catholique universelle, voire de l’humanité entière.

Mais dans la société européenne au moins, la séparation du religieux institutionnel et du politique est de plus en plus un acquis culturel, s’il ne l’est pas dans les lois de tous les pays. Et plus encore, aujourd’hui pour la grande majorité des fidèles catholiques, et non seulement en Europe mais dans le monde entier, on peut parler d’une sécularisation de deuxième degré, car dans leur vaste majorité nous pratiquons la séparation entre l’Eglise institution et la foi. Il suffit de penser à la pratique de la contraception.

Il faut cependant rester très vigilants, car les fondamentalismes s’allient entre eux, se professionnalisent de plus en plus en matière de lobbying politique et savent instrumentaliser le langage des Droits humains et  toutes les institutions politiques modernes. Et ils dominent très bien les moyens modernes de communication.

Troisième signe des temps : Les femmes comme décolonisatrices ou « Ne me libérez pas, je m’en charge ! »

Il y a tout juste quinze jours, j’ai assisté à un colloque organisé par le Collectif Féministe pour l’Egalite (CFPE) à Paris, une organisation née du débat sur le port du voile musulman.  Une des intervenantes a proféré, à un moment donné, l’exclamation suivante : « Ne me libérez pas, je m’en charge ! » Cet énoncé résume très bien ce que l’on pourrait appeler la décolonisation de la pensée. Comme le dit le Thinktank interreligieux féministe en Suisse ( http://www.interrelthinktank.ch) dans la présentation de leur Manifeste de 2011 intitulé « Liberté des femmes et religion sont conciliables » : « On discute de la religion sur la base de ses manifestations et symboles extérieurs – et généralement de manière négative. Ceci est particulièrement vrai concernant les “religions immigrées”. La religion est souvent utilisée en politique comme instrument pour identifier et définir une culture normative. Elle sert à définir et à défendre une « culture et des valeurs  chrétiens dominants » contre les diverses populations et cultures de migrants. Bon nombre de féministes et quelques groupes de gauche font l’équation entre « religion » en tant que telle et fondamentalisme, discrimination des femmes et obscurantisme. Leur lutte pour les droits des femmes est souvent aussi une lutte contre la religiosité. Les débats féministes sur l’égalité de genre et les droits des femmes privilégient souvent un concept occidental absolutiste de l’émancipation qui impose comment des femmes croyantes non occidentales (et en particulier musulmanes) devraient s’émanciper. Une telle attitude nie leur droit à l’autodéfinition et à l’auto-détermination. Par le matraquage permanent du stéréotype de « la » femme musulmane opprimée, toute une religion est stigmatisée comme misogyne. En même temps, cela fait le jeux de groupes d’extrême droite qui soutiennent la libération de femmes musulmanes opprimées tout en promouvant l’islamophobie et la xénophobie ».

Dans cette partie je ne m’attarderai pas sur le processus de réorganisation géopolitique de la planète qui a eu lieu après la fin de la Deuxième Guerre mondiale et qu’on nomme décolonisation. Car mes connaissances dans cette matière extrêmement complexe sont insuffisantes. Je ne veux retenir que le fait que les populations et les territoires qui se trouvaient sous la domination politique et économique directe et patente des puissances européennes se sont libérées, dans des conflits sanglants, de ce joug, pour succomber à une nouvelle forme de domination, moins immédiate et visible, mais au moins aussi violente, sinon plus violente encore.

La colonisation avait été justifiée par le paradigme patriarcal et raciste de la suprématie de l’Homme blanc, compris comme le produit le plus achevé de l’Histoire universelle,  la mesure du progrès et du bien. Et l’Allemagne nazie a montré les résultats de la mise en pratique méticuleuse de cette idéologie.

L’analyse féministe des rapports de genre dans une société patriarcale a permis de comprendre le paradigme central qui polarise la réalité et crée une hiérarchie entre ces deux poles opposés, le masculin incarnant la norme et le féminin la déviance et la déficience. Or, en matière de colonisation nous trouvons le même paradigme. L’Autre, le non européen, le non-blanc, sa société, sa culture, sa religion, son système économique, tout est défini dans des termes de déficience, de manque, d’imperfection, dans un monde polarisé et ou l’Homme blanc et son monde occupent la sphère hiérarchiquement supérieure et « l’Autre » la sphère inférieure.

Et il faut se rappeler que les colonisateurs se sentaient dépositaires d’une mission divine d’aller prêcher à toutes ces populations « ignorantes » et donc « infidèles » la Bonne Nouvelle d’un Dieu (mâle, blanc et aux yeux bleus) qui attendait qu’ils prennent leur croix sur leurs épaules pour le suivre au Calvaire, afin d’être sauvés de leur péchés, de toutes leurs « idolâtries » et de leurs Dieux, qui par définition ne pouvaient pas être le Bon Dieu car ils étaient autres.

Et il faut prendre conscience que nous avons été toutes et tous si profondément « évangélisés » dans cette pensée qu’on la retrouve partout dans toutes les formes de connaissance du monde développées en Europe et en Occident depuis 1500 ans. Or, c’est avec la décolonisation, avec l’expansion de l’impérialisme néolibéral et la crise de l’Etat-Nation et des identités collectives, qui résultent de la croissance de la domination politique des corporations multinationales et transnationales, ou pour le dire autrement, par la globalisation, qu’a partir du féminisme, qui est un humanisme critique de libération, nous arriverons peut-être à une prise de conscience et une compréhension de cet assujettissement de la pensée. Alors peut-être arriverons-nous à nous en libérer, à décoloniser la pensée.

Il faut partir d’une épistémologie féministe, c’est-à-dire de la question : comment est-ce que nous connaissons ce que nous connaissons, en tant que femmes, c’est- à -dire en tant qu’Autre ? C’est en nous situant donc dans l’altérité, dans la perspective de l’Autre, de celui ou plutôt de celle qui n’est pas La Norme, que nous osons entrer en dialogue avec les autres « Autres » : les non blanches, les pauvres, les non hétérosexuelles, les malades, les vieilles et les jeunes, les étrangères, les musulmanes voilées et non voilées, etc.. et que nous les écoutons. Nous leur donnons la parole, ou plutôt, nous nous taisons. Et nous permettons qu’elles la prennent et se disent elles-mêmes, qu‘elles se définissent ainsi que leurs désirs, leurs conceptions du Bon Vivre. Et voilà que nous découvrons les théologies féministes indigène, noire, womaniste, mujerista, musulmane, queer, éco-féministe, etc…

Et nous constatons qu’il y a discordance avec le message de la Pensée Unique. De la pensée hégémonique. Qu’il y a des perspectives alternatives, des définitions alternatives et multiples de ce qu’est une femme, de ce qu’elle souhaite faire de sa vie, des moyens de son émancipation et de ce dont elle aspire à se libérer. Ce n’est pas a à nous, en tant qu’Occidentaux en crise identitaire ou à quiconque de leur imposer ce qu’est l’émancipation de la femme, ni de ce qu’est une femme libre.

Et ce dialogue nous amène à nous questionner sur notre propre libération en tant que femmes et par delà en tant qu’hommes aussi. Est-ce que nous sommes libres ? Ou est-ce que peut-être nous ne faisons que nous conformer à un modèle culturel hégémonique façonné et imposé par le Marché, par les médias et la consommation ? Par un marché de l’emploi régi par la loi du profit et de l’argent ? Est-ce que nous avons part au Bon Vivre  ou ne sommes-nous pas plutôt des rouages aliénés dans un système inhumain et deshumanisant qui détruit notre planète et plonge des populations entières dans la misère, la transhumance, la guerre, etc…

Ce dialogue nous permet également de comprendre que nous devons être très vigilants quant à l’instrumentalisation néocolonialiste de la lutte pour les droits des femmes… Les grandes machines de façonnage de l’opinion publique, qui sont très souvent dans les mains de potentats économiques, font du matraquage systématique des stéréotypes des femmes dans les pays autres que les nôtres, ou dans des cultures autres que les nôtres. On nous montre systématiquement ces femmes comme des victimes soumises et vulnérables. Ce faisant on prépare le terrain pour justifier que « l’Homme blanc aille défendre des femmes brunes de l’oppression par des hommes bruns ». Et on dissimule en même temps toute l’oppression dont sont victimes les femmes – et aussi les hommes – dans nos pays et nos cultures. Il suffit de penser au culte du corps et à la sexualisation à outrance de notre société. Il suffit de penser à la violence de genre dans nos pays « développés » , il suffit de penser à l’oppression des femmes au sein de notre propre Eglise.

Conclusion :

Je termine sans offrir des solutions ni donner des réponses, mais simplement ayant posée quelques questions et suggéré quelques pistes.

Nous nous définissons comme membres d’une communauté de disciples basée sur l’enseignement de l’Evangile. C’est un message de libération. Il nous dit que nous avons le droit et l’obligation de voir par nos propres yeux, de marcher de nos propres pieds et ce faisant de faire notre propre chemin, de sortir de nos prisons quelles qu’elles soient. Comme j’ai appris auprès d’Asma Lamrabet, une théologienne féministe musulmane marocaine que je ne peux que vous recommander (voir : http://www.gierfi.org/) , le postulat de ne croire qu’en un Dieu unique, de ne pas admettre d’autres Dieux à côté de lui (ou d’elle) est libérateur dans le sens que cela me permet de m’affranchir de toute soumission à qui ou à quoi que ce soit : ni le pape, ni l’argent, ni le sexe, ni la consommation, ni la carrière, ni rien d’autre. Comme le disait Teresa d’Avila : Solo Dios basta : Dieu seul suffit.  J’ai aussi appris d’elle que le Coran est un message de libération au même titre que l’Evangile. (Mais qu’il faut savoir le lire, comme il faut savoir lire l’Evangile). Qu’en fait il ne veut pas instituer une nouvelle religion mais rappeler le message libérateur de la Bible, que les gens avaient tergiversé et oublié entretemps. Et qu’elle travaille à déblayer la conception patriarcale qui domine le monde musulman actuel pour revenir aux sources, au texte lui-même et rappeler qu’il s’agit d’un message libérateur et d’équité des genres. Qu’il est une source et un outil pour l’émancipation des femmes musulmanes, dans la loyauté à leur culture et leur tradition.

Jésus proclame un Dieu de la vie, et il cherche à libérer toutes les personnes qu’il rencontre de la souffrance, de la faim, de la maladie, de la peur, de l’exclusion. Alors comme disciples nous devons continuer sur cette voie :

–        Dans un système économique ou l’emploi rémunéré devient de plus en plus précaire et rare, nous pouvons œuvrer pour que toute personne ait droit à un revenu qui lui permette de vivre une vie en dignité et vaquer aux occupations qui donnent sens à sa vie et qui créent du tissu social. Nous pouvons également, comme le dit Marcela Lagarde, une féministe mexicaine, nous engager dans la « maternisation de la société et la dématernisation des femmes », c’est-à-dire faire en sorte que toutes les activités vouées à prendre soin des personnes soient revalorisées et ne plus considérées comme le champ réservé par obligation aux femmes au prix de leur auto-négligence.

–        Dans le champ du politique, nous pourrions prendre conscience du fait que tout est politique, non seulement ce qui se passe au niveau des institutions de l’Etat, mais aussi dans la vie privée et la famille. Nous pouvons nous engager dans la lutte contre les fondamentalismes. Pour ce faire il faut lutter pour les droits des femmes et de l’Autre, mais en veillant que la lutte pour les droits des femmes et de l’Autre ne soit pas instrumentalisée. Qu’elle ne serve par exemple pas de prétexte pour justifier une guerre « humanitaire », comme ce fut le cas en Afghanistan ou cela pourrait être le cas en Afrique. Je voudrais profiter pour attirer votre attention sur un manifeste d’Aminata Traoré, féministe et femme politique malienne qui lutte contre ce qu’elle appelle « la guerre par procuration » qui risque d’éclater au Mali, s’il y a intervention étrangère.

–        Dans le champ que j’ai appelé la décolonisation de la pensée, nous pourrions procéder à un profond examen de conscience pour analyser jusqu’à quel point nous avons des attitudes racistes inavouées. Jusqu’à quel point nous sommes convaincus de notre supériorité par rapport à d’autres nations, cultures, religions et classes sociales, parce que nous analysons leur réalité à travers nos grilles de lecture, sans faire l’effort de nous mettre dans leurs chaussures et regarder les choses à travers leurs yeux. Cela demande un gros effort de dépaysement. Mais le faire est incroyablement enrichissant. D’un point de vue religieux c’est cela que l’on appelle l’inculturation de l’Evangile. Or nous savons à quel point le Vatican en est hostile, au point même de revenir à la messe en latin. Ici je conseille vivement d’organiser des échanges avec des théologiennes féministes musulmanes, par exemple. Ou avec des féministes musulmanes vivant en France (Par exemple Zahra Ali, voire : http://vimeo.com/46138616), particulièrement stigmatisées et devenues l’objet d’une grande hostilité.

Merci de m’avoir écoutée.




Dialogue Elul – Charbonneau

« Le christianisme est-il la cause de la destruction de la nature ?

Le dialogue Ellul-Charbonneau »

Une conférence de Frédéric Rognon

Professeur de philosophie de la religion à la faculté de théologie protestante de Strasbourg.

Annoncée par un titre en forme de question et de provocation au milieu des Journées d’été « Autour de la Terre » organisées à Poulancre, la conférence de Frédéric Rognon, professeur de philosophie des religions à l’université de théologie protestante de Strasbourg, nous a permis de mieux découvrir deux penseurs du XX e siècle, puisque Jocelyn Pibouleau de l’association Révolutives était déjà venu parler d’Ellul à Poulancre en 2009 lors d’une rencontre sur « Ecologie et spiritualité »

Nous avons, par ce biais, pu prendre un peu de recul philosophique et remis en perspective la question écologique à partir de tout un substrat culturel – en l’occurrence chrétien – mais aussi historique, économique, social et politique.

Dialogue de deux pensées.

Contemporains nés au début du siècle passé et disparus tous deux au milieu des années 1990, Jacques Ellul et Bernard Charbonneau sont aujourd’hui considérés comme précurseurs des réflexions qui nourrissent l’écologie politique. Le premier, théologien protestant et sociologue, grand connaisseur de l’oeuvre de Marx, enseignait l’histoire des institutions et l’histoire sociale à la faculté de droit et l’IEP de Bordeaux tandis que le second, agrégé d’histoire-géographie, enseignait dans une école normale d’instituteurs des environs de Pau. Bernard Charbonneau, observateur du bouleversement profond des paysages et des modes de vie dans sa région du sud-ouest, théorise « la grande mue » et signe en 1937 un des premiers textes d’écologie au sens où nous l’entendons aujourd’hui : Le Sentiment de la nature, force révolutionnaire. De son côté, Jacques Ellul écrit en 1949 La Technique ou l’enjeu du siècle, technique qui nous fera, dit-il, devenir en quelques décennies pratiquement une autre espèce. Face à ces enjeux auxquels ils réfléchissent, ces deux intellectuels – qui sont aussi des amis et n’ont pas cessé de s’inspirer, d’échanger et de débattre – agissent localement, par exemple dans un mouvement de lutte grâce auquel la côte aquitaine échappera aux projets de bétonnage qui le menaçaient, et dans d’autres engagements.

Un diagnostic sur notre époque :

la Technique, la Propagande

Leurs analyses de la société dans laquelle nous vivons pourraient pourtant porter au pessimisme. Pour Ellul, l’emprise de la technique sur notre monde est presque totale. Même à l’époque de la guerre froide, les oppositions idéologiques finissent selon lui par s’annuler dans une identique course à la technique qui assujettit et discrédite la dimension politique. La technique s’immisce et influence tous les domaines de notre vie, de l’art au sport en passant par notre intimité, notre façon d’échanger et de penser. Or dans la vision d’Ellul, la course à la technique semble aveugle en ce qu’elle se nourrit essentiellement d’elle-même : la société technicienne serait celle où l’on fait les choses parce que nous avons le moyen de les faire, sans s’interroger véritablement sur le sens, sur les fins.

Le second volet de la critique d’Ellul porte sur ce qu’il appelle les « propagandes sociologiques », ces injonctions insidieuses et parfois contradictoires qu’un certain conformisme social nous pousse à assimiler sous couvert d’esprit du temps.

La table ronde sur l’agriculture qui a suivi « Exploiter ou cultiver ?  » nous a apporté des exemples frappants de ces injonctions contradictoires (arrachage systématique, modes d’élevage productivistes), mais aussi des sursauts de la conscience qui permettent d’y résister.

La dimension spirituelle

C’est justement là que s’établit un lien dialectique entre les deux versants de la pensée d’Ellul, entre la description sociologique désespérée d’un monde qui court à l’abîme et une réflexion théologique dans laquelle il semble puiser des raisons d’espérer peut-être, et certainement un ressort pour agir et résister. En effet, pour continuer à vivre dans une telle société, il ne s’agit pas par exemple de renoncer à ce que permet la technique, à ce que permet la technique, mais de cesser de l’idolâtrer pour ne pas la laisser décider du sens de notre vie.

Dans cette dimension spirituelle, à travers l’importance accordée à la conscience critique individuelle qui fait la dignité de l’être humain se rejoignent encore Bernard Charbonneau, agnostique en recherche et Jacques Ellul, chrétien protestant, même si leurs voix divergent sur la question de la responsabilité chrétienne dans la crise écologique que nous connaissons.

Tradition chrétienne et crise écologique

Cette discussion entre Ellul et Charbonneau est à restituer dans le contexte plus large des réactions suscitées par la publication en 1967, dans la revue Science, de l’article de l’historien Lynn White sur « Les racines historiques de la crise écologique », qui met en cause la tradition chrétienne et son anthropocentrisme.

Concernant notre relation à l’environnent, Charbonneau voit dans la tradition chrétienne à la fois l’antidote et le poison, puisque c’est dans des pays de culture chrétienne que s’est produit le saccage le plus grave de la nature mais aussi que sont nés les mouvements de défense de la nature. Ainsi, la mise en cause du christianisme dans la crise écologique vise plutôt l’idéologie de sociétés sous-tendues par une religion chrétienne majoritaire et ses institutions. Là encore, les exemples proches ne manquent pas, à travers les injonctions productivistes de l’après-guerre relayées par les Jeunesses Agricoles Catholiques et autres groupes issus de l’Eglise « pour la bonne cause », en l’occurrence celle de « nourrir la planète », avec les conséquences en termes de déséquilibres écologiques, économiques et géopolitiques que l’on connaît aujourd’hui.

Le dialogue Ellul-Charbonneau invite à repenser

les rapports entre

humains et à leur

environnement

sur le mode

d’une égale

dignité, d’une

responsabilité

partagée.

Double entente

de la « subversion du christianisme »

Dans son livre de 1984, La Subversion du christianisme, Ellul expose clairement sa critique d’un christianisme devenu religion, institutionnalisé, figé, qui trahit la dimension radicalement subversive du message évangélique.

S’il aboutit par son travail sociologique et philosophique aux mêmes observations que Charbonneau et condamné la caution chrétienne donnée, parmi d’autres, à l’avertissement de la nature, Ellul juge que ce n’est pas la révélation biblique qui est responsable des dérives productivistes, mais au contraire, que ces dernières ont été rendues possibles par notre éloignement de la révélation biblique. Dans ses réflexions théologiques et sa pratique de l’exégèse, Ellul relit les textes en les dépouillant de la gangue des traductions successives et surtout de la traduction. On cite souvent la Genèse à ce propos, et le malentendu au verset 1, 28 « Remplissez la Terre et dominez-la » sur ce dernier terme, que le contexte et l’étymologie hébraïque nous invitent bien davantage à comprendre au sens respectueux et responsabilisant de « prendre soin ».

Vivacité des réseaux

Comment se défaire de tels malentendus ? Comment entendre des messages aussi radicaux, du point de vue de l’ordre établi et de la doxa, sans en faire d’autres slogans ? Comment affûter notre conscience critique ? Comment résister aux effets de propagande de la technique pour la technique, à l’inertie de la société majoritaire, à notre propre instinct grégaire ? Charbonneau et Ellul ont pensé et agi relativement à l’écart, misant tout sur l’expérimentation et le témoignage, la vivacité des petits groupes et des réseaux qui se tiennent à l’écart de tout enjeu de pouvoir… comme au hameau provisoire, pacifique et sans prétention de Poulancre, où nous apprenons sans cesse à échanger les uns avec les autres et avec tout ce qui nous entoure.

Et après ?

Cette réflexion à la croisée de l’histoire sociale des religions et de l’ « éco-spirituelle », à travers les parcours de Charbonneau et d’Ellul, éclaire donc le lien entre écologie et pensée politique, projets de société, au-delà du seul souci de la « nature », concept souvent mal défini et à double tranchant.

Ce à quoi nous invite le dialogue entre Ellul et Charbonneau est à repenser nos rapports à ce qui nous entoure et nous fait vivre, c’est-à-dire d’une part les rapports de l’homme à son environnement, de quelque nature qu’il soit (autres espèces animales, ressources naturelles, mais aussi monde des objets, etc.), et d’autre part les rapports des hommes entre eux, et à les repenser à l’encontre de tout abus de pouvoir, sur le mode d’une égale dignité, d’une responsabilité partagée.

Il ne s’agit pas en effet de chercher à revenir à un quelconque « ordre naturel », aussi chimérique qu’injuste en réalité, pas nécessairement d’appeler à un réenchantement magique du monde, et surtout pas de renoncer aux efforts de la raison dans l’organisation de notre vie sur Terre, rendue certes plus complexe du fait de nos propres aspirations. Efforts plus que jamais nécessaires contre les tendances à la naturalisation (racialisation, sexualisation, etc.) d’un certain nombre de nombre de questions politiques et sociales, toujours à même de ressurgir pour stigmatiser et exclure.

Sophie Aude.

Présidente 2012 de l’ACB.