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Compte rendu du CA Parvis 30 janvier 2021

Vous pouvez cliquer ICI pour accéder au compte-rendu du Conseil d’Administration de la Fédération des Réseaux du Parvis. Il a eu lieu le Samedi 30 janvier 2021 par zoom, compte tenu de la situation sanitaire actuelle.

En introduction, Jean-Pierre Macrez a proposé une méditation inspirée de la prière finale de Fratelli que vous pouvez également trouvez annexé au compte rendu.

Bonne lecture.

Compte-rendu du Conseil d’Administration




Revue N° 102, janvier-février 2021 : Actualité et pluralité des religions

L’homme doit assurer sa survie non seulement sur terre mais aussi après sa mort. Pour ce faire il crée des divinités à son image, tantôt protectrices en cette vie, tantôt accueillantes dans un au-delà imaginé. Des mythologies naissent, diverses selon les époques et les latitudes. Progressivement s’imposent des mono- théismes pour lesquels un Dieu créateur aurait révélé des vérités sa- crées aux humains.

Les monothéismes, particulièrement le christianisme et l’islam à prétention universaliste, pratiquent le prosélytisme jusqu’à devenir monistes dans certaines régions du monde. En terre d’islam s’est éta-

blie une confusion entre les pouvoirs politique et religieux. En terre de chrétienté, l’Église catho- lique a obtenu le soutien des souverains en contrepartie d’une soumission au pouvoir temporel.

Après la Réforme, la pluralité religieuse apparaît en Europe, du moins dans le Saint-Empire Germanique, au prix, il est vrai, d’une guerre, celle de Trente Ans (1618-1648). En France, elle prend des aspects négatifs. Avec l’Édit de Nantes (1598), la monarchie française tolère la pré- sence de plusieurs confessions chrétiennes au sein d’un même État. Par la révocation de ce même Édit (1685), le pluralisme est éradiqué, les Réformés perdant le droit de manifester leur foi.

Au XIXe siècle, les découvertes scientifiques laissent entrevoir une disparition de certaines croyances religieuses qui tentent de comprendre l’univers par une lecture fondamentaliste de certains textes bibliques. Simultanément, le marxisme veut la mort des religions, soutiens de la société capitaliste qui combat la lutte des classes et empêche l’avènement d’une société socia- liste.

Au XXe siècle, des théologiens, parlant de la « mort de Dieu », témoignent de l’évolution des mouvements spirituels dans des sociétés occidentales gagnées par la modernité et la sécu- larisation. Les sociologues constatent une exculturation du christianisme annonciatrice d’une possible disparition des religions communément qualifiées de révélées. Toutefois, en ce début du XXIe siècle, dans le monde, et aussi un peu en France, les médias continuent à parler des religions, plus souvent en mal qu’en bien. Au catholicisme sont attachés des scandales alors que l’islam inspire la peur car certains mènent des guerres ou tuent en son nom.

En France, depuis la loi de séparation de 1905, le pluralisme religieux peut se développer librement. L’islam est désormais la religion d’un nombre important de jeunes Français. Par ailleurs, de plus en plus de citoyens se disent agnostiques ou athées. Face à cette multiconfes- sionnalité, la République doit apprendre à gérer la pluralité des formes de croyances et de non- croyances. Vouée au vivre-ensemble, elle doit être capable de rassembler les sentiments identi- taires pluriels de ses membres en les fondant sur la cohésion sociale nécessitant l’adhésion à des valeurs communes. Cette politique ne peut se construire que dans le dialogue, la tolérance, le respect et une liberté authentique de pratiquer ou non toutes les religions.

Quand elles ne sombrent pas dans la faction ou le fanatisme, les religions trouvent leur place dans une société française de pluralisme religieux, dans le respect de cette norme de régulation et de convergence qu’est la laïcité, gage d’un équilibre entre une volonté intégratrice et un respect différentialiste.




Introduction à la lecture de l’Evangile

Introduction à la lecture de l’Evangile

Evangiles, traces précieuses, irremplaçables qui restent de Jésus! Perception par la première communauté chrétienne du Message et de l’Action du célèbre Nazaréen! Il appartient à chaque génération de donner VIE, avec son génie propre, à ces textes de référence. Ceux-ci offrent, alors, un regard renouvelé sur notre humaine condition! Mais, on a, souvent, cherché à les sacraliser. On les a, ainsi, figés, les privant de leur capacité à dynamiser une société qui évolue sans cesse !

Au gré de l’histoire, les textes évangéliques ont suscité :
• Adoration idolâtre, par les uns, ouvrant sur un fondamentalisme, lecture littérale aux conséquences les plus avilissantes pour l’intelligence humaine !
• Interdiction de lecture, par des autorités s’arrogeant le droit de décider de la seule interprétation légitime du texte : méprisant l’intelligence des autres, soucieux, surtout, de maintenir leur pouvoir au sein de leur société!
• Aujourd’hui, fastes, «liturgisation», sacralisation d’une lecture confisquée, afin de sauvegarder une interprétation unique et officielle, tendance «dogmatique» ! Soutenus, en cela, par des communautés charismatiques faisant le jeu du cléricalisme!
Et si on se contentait d’aborder ces écrits en les contextualisant avec l’aide de spécialistes, historiens, exégètes, théologiens…
Les LIBERER et les laisser aller à LEUR DYNAMISME PROPRE.
Les lire, non dans l’unique langue cléricale,
mais, comme à la première Pentecôte,
dans la continuité de l’ESPRIT de Jésus.
CHACUN L’ENTENDANT DANS SA PROPRE LANGUE :
c’est-à-dire, dans sa propre CULTURE
Avec ses propres INTERROGATIONS
Avec ses propres DOUTES
Avec ses propres RESSOURCES
Il n’y a pas une façon UNIQUE
– d’entendre
– et de mettre en pratique
La PAROLE EVANGELIQUE.
Le rôle de l’autorité dans l’Eglise ne serait plus de DIRE la VERITE, mais : – de guider dans la RECHERCHE de la VERITE
– et de SAUVEGARDER la PAIX et l’UNITE
dans la DIVERSITE des CHEMINEMENTS.
L’EGLISE proclame l’Evangile PAROLE de DIEU.
Mais, on ne peut proclamer l’Evangile PAROLE de DIEU
Sans qu’elle ne devienne, d’abord, PAROLE HUMAINE !
C’est-à-dire : parole POUR l’homme !
discutée, partagée, méditée, contextualisée, assimilée.
Actualisés par l’intelligence et le cœur, les textes de référence deviennent paroles de VIE, signes de la présence de l’ESPRIT ouvrant l’avenir, en donnant sens au quotidien.

 

E V A N G I LE « F E R M E N T » d’ H U M A N I S A T I O N

« Et, chacun l’entendait dans sa propre langue »

A la lumière des diverses approches (historiques, théologiques, poétiques, mystiques…) qui en ont été faites à différents moments de l’histoire, voici comment je reçois, aujourd’hui, personnellement, JESUS et son MESSAGE ?

La préoccupation de ceux qui ont écrit les Evangiles n’était pas de faire un rapport méticuleux des faits et gestes de Celui qui avait profondément marqué leur existence. Ils ne cherchaient pas plus, à recueillir la littéralité de ses paroles… Témoigner de l’expérience vécue avec Jésus et de leur perception de ses orientations, leur importait davantage. Ils voulaient transmettre l’état d’esprit qui les animait après ce passé commun. Ils introduisaient paroles et gestes de leur Maître en images bibliques familières à leurs contemporains. Ils avaient compris, en fréquentant une telle personne, que cette dernière voulait leur transmettre, moins une doctrine, qu’une manière d’aborder la vie, en la dynamisant et en l’ouvrant aux autres et à tout l’univers. Ainsi, les textes évangéliques rapportent la vision et le vécu de la première communauté chrétienne.

Ce goût d’une vie « pleine » expérimentée au contact de Jésus, ils voulaient la communiquer, à leur manière, en s’adaptant à la culture de leurs contemporains. Ils avaient compris que ce voyageur de Palestine ne voulait pas que ses disciples soient des clones, des répétiteurs, comme les scribes de l’époque. Il leur avait fait savoir qu’il était bon pour eux, qu’il s’en aille, afin qu’ils reçoivent son Esprit, c’est-à-dire, qu’ils prennent de la distance, par rapport à lui, pour comprendre l’ESSENTIEL de son MESSAGE et le DIFFUSER d’une manière PERSONNELLE et accessible aux nouvelles générations. Cette préoccupation explique les variantes qui existent entre les différents Evangiles. Ceux-ci sont écrits pour des publics différents, à des dates différentes. Le souci de traduire le sens d’un message leur apparaît plus important que la « littéralité » d’une parole dite ou d’une scène vécue.

Les mots de l’Evangile ne sont pas des paroles « sacrées », « intouchables », possédant en elles-mêmes une force quasi-magique, qu’il suffirait de répéter pour qu’elles portent du fruit. Comme toutes les paroles humaines, elles deviennent efficientes quand elles sont situées dans leur contexte, puis, discutées et assimilées. Car, c’est, alors, que chacun peut les comprendre, dans sa propre langue, sa culture, (C’est-à-dire, personnellement) comme il est dit dans le récit de la Pentecôte. Les auteurs des Evangiles désiraient, tout simplement, RE-SUSCITER, auprès de leurs lecteurs ou auditeurs, la dynamique qu’ils avaient vécue en fréquentant ce personnage qui avait marqué leur existence.

Les paroles mises par eux, sur les lèvres de Jésus sont l’expression paisible, et parfois forte, d’une pensée personnelle qui se dit en toute liberté. Elles contrastent avec les discours des « officiels » de l’époque qui se contentent de répéter (avec plus ou moins de conviction), ce qu’on leur avait appris. Jésus a une parole qui lui est propre, en harmonie avec tout son être à la portée de ses contemporains. Elle se présente comme une incitation pressante à prolonger les enseignements du passé sur des chemins nouveaux. Elle brise les carcans que consolide une lecture rigide de la tradition, soutenue par les pouvoirs en place. C’est pour cela que Jésus intéresse les foules et qu’on le suit. Ses paroles touchent chacun, personnellement. Mais, il ne cherche pas à les manipuler : il fait appel à la réflexion, tire ses exemples de la vie de tous les jours, utilise les paraboles pour que chacun puisse faire son cheminement. Les mots qu’il prononce sont une invitation à prendre un chemin de LIBERATION.

Son attitude et ses prises de positions appellent à la BIENVEILLANCE. Il porte un regard positif sur les gens qu’il rencontre, hormis ceux qui mettent de lourds fardeaux sur les épaules des autres, les prétentieux, les hypocrites et ceux qui blessent les enfants. Il invite à fuir toute attitude moralisatrice qui crispe et porte à une soumission sans aucune dynamique. Dans ce but, il inverse les critères de jugements : ce n’est pas, d’abord, la fidélité rigoureuse à des pratiques religieuses souvent surannées qui qualifie chacun en tant qu’homme. C’est l’authenticité et la capacité d’attention à ses semblables qui détermine la valeur de sa spiritualité. Car, cette attitude le sort de son « ego » et l’ouvre sur une spiritualité authentique qui peut, éventuellement, déboucher sur la représentation possible d’un Dieu Bienveillant. Sans la conscience et le vécu de la FRATERNITE qui engendre la SOLIDA1RITE, prières et sacrifices perdent sens et valeur. « Quand tu viens présenter ton offrande, si tu t’aperçois que ton frère a quelque chose contre toi, va d’abord te réconcilier avec ton frère… » Toute représentation, toute approche d’une transcendance bienveillante, sont incompatibles avec une rupture volontaire de fraternité dans le cœur. « Au soir de notre vie nous serons jugés sur l’amour » ( voir « Vie spirituelle et Bienveillance »)

En corollaire, Jésus met en garde contre la volonté de puissance et la dictature de l’argent qui aveuglent, durcissent le cœur et sapent le développement harmonieux de l’humanité. Ses diatribes contre ceux qui abusent de leur pouvoir, en méprisant les faibles, sont nombreuses. Il clame l’extrême difficulté du riche à participer activement à la construction du Royaume promis qui n’est pas autre chose que l’établissement, ici et maintenant, de l’HARMONIE au sein de nos sociétés dans lesquelles chacun tient sa juste place. Il est des régimes pieux et guindés (pharisaïques ou cléricaux…) qui stérilisent ou corrompent les personnes qui s’y trouvent enfermées. On comprend, ainsi, que les petits et les exclus de Palestine, se trouvent, d’emblée, au diapason de l’enseignement de Jésus.

C’est dans cette perspective que les Evangiles font dire à Jésus qu’il est « le CHEMIN, la VERITE, la VIE ». C’est une déclaration importante qu’il convient d’approfondir car elle est stimulante.

La vérité est ce qui donne fondement et cohérence à l’existence de chacun. Elle ne se donne qu’à ceux qui la cherchent. Elle ne se distribue pas. On ne la reçoit pas d’une manière passive Il faut la faire en cheminant, comme il est dit en Saint Jean. Jésus ne donne pas une vérité achevée et définitive, mais des indications pour la constituer. Cela veut dire, que vouloir se mettre à son école, c’est, aussi, se mettre en route, entendre divers points de vue, les écouter, pour briser ses clôtures, évoluer et quitter les routines stérilisantes.

La vérité n’est pas pure construction conceptuelle abstraite, car, si géniale soit-elle, elle ne peut jamais rendre compte de la totalité du vécu. Elle est ce qui donne un « plus » à la vie en lui donnant un éclairage supplémentaire…Elle dynamise, ainsi, l’existence. En lien avec la réalité, elle est VIE ! Elle stérilise quand elle devient « dogme ».

De ce fait, la vérité a toujours besoin d’ajustements, car, la vie est mouvante… Le quêteur de sens est constamment « en chemin ». Il cherche à rénover son expression de la vérité, attentif aux signes de l’existence, à l’appel des personnes. Par sa vie et son enseignement, Jésus met toujours ces trois notions en relation constante. Le « chemin » est démarche vers une « vérité » qui n’est vérité que si elle donne « extension » et « plus grande plénitude » à la VIE. Cette « vérité », jamais entièrement conquise, ouvre des « chemins » nouveaux, pour s’ajuster aux aspirations de la REALITE. Jésus fustige la caste des dirigeants religieux qui ont tendance à la figer. Alors, un décalage se fait jour entre l’« existentiel » et le « conceptuel »

Par ailleurs, la « vie », à son tour, perd son sens, si elle n’est plus une quête d’authenticité, de « vérité ». Elle abandonne sa dynamique si elle n’est plus en « chemin ». La « vie » n’est rien si elle n’est EXISTENCE, c’est-à-dire surgissement et adaptation permanents. Aussi, Jésus se présente, non comme un modèle à copier, mais, comme un VIVANT qui donne « en-vie » de s’engager dans une semblable perspective ouverte et toujours en recherche. Celui qui se croit arrivé est mort. On est en vie tant que l’on se trace un chemin qui donne plus de goût à son existence, et plus d’ouverture dans sa relation avec l’autre.

Pour tout dire, brièvement, chaque homme, comme Jésus, est invité à être en capacité de dire : « Je suis la voie, la vérité et la vie ». On est un « mort vivant », en tant qu’être humain, si ces trois quêtes ne sont pas associées dans le parcours de chacun. Il apparaît que Jésus veut faire sortir l’homme d’une société fermée, figée et « dogmatique » dans laquelle fidélité serait synonyme d’acceptation d’une vérité découverte, une fois pour toute, par les générations qui nous auraient précédés. Tout homme qui rentre dans cette démarche dynamique devient « messie » comme Jésus. Il est signe de RESURECTION.

Aussi, dans cette perspective, la réunion de ressourcement des premiers chrétiens consistait en un repas qui célébrait la VIE par le partage du pain et du vin : reprise d’un rite ancien avec un sens nouveau. Ces rencontres sont présidées par un Presbytre, désigné par élection parmi les anciens. Il a une fonction hiérarchique provisoire de coordination qui lui donne une autorité d’ordre spirituel tout en restant laïc. Mais au bout de deux siècles, selon l’analyse de Loïc de Kérimel, cet Ancien est remplacé par une personne ordonnée, cette dernière quittant le monde du laïcat pour accéder à un ordre sacerdotal. Il change de nature. « Trans-substancié » à son ordination, il dispose du pouvoir de trans-sbstanciation sur le pain et le vin. Et la table du partage devient l’autel du sacrifice. La fraction du pain, acte central de la Célébration qui actualise la vivifiante présence de Jésus, fait place à un acte quasi magique, de l’ordre du sacré. La présence du prêtre devient, ainsi, centrale, sinon indispensable à la vie et à l’avenir de l’Eglise. Car, rien d’essentiel ne peut se faire en son absence.

On quitte, alors, l’esprit évangélique des origines. La possession d’un pouvoir a supplanté la notion de service. Ceux qui ont accédé au niveau de la cléricature ont pris l’habitude de vouloir tout régenter, se pensant héritiers et possesseurs d’une vérité intangible. S’il est normal, et même nécessaire, qu’à tout moment de l’histoire, une institution se mette au clair, fasse le point et dise ses convictions et orientations selon la philosophie et la mentalité de l’époque, cela ne justifie pas la transformation en vérité définitive, de ce qui ne devrait être que formulation temporaire pour éclairer une étape. C’est ainsi que l’Eglise s’est présentée comme « tenante » et « distributrice » d’une vérité qui devient abstraite à partir du moment où elle est impuissante à résoudre le quotidien de ses adeptes. Le commun des mortels a du mal à comprendre les formulations qu’on l’oblige à croire et à proclamer dans un « credo » qu’il est interdit de contester sous peine d’être déconsidéré, sinon exclu. Il faut un CATECHISME pour que les fidèles puissent intégrer l’essentiel des dogmes. Il devient plus important d’apprendre que de cheminer, de se soumettre plus que de chercher. L’Eglise se place, ainsi, davantage dans la mouvance des scribes et pharisiens que dans celle de Jésus.

Pourtant, on devrait savoir que, si une vérité incontestable et définitive est proclamée dès le départ, une pensée unique tend à s’établir, le sectarisme progresse. Parler de dialogue, au sein de l’institution devient supercherie. Car, ceux qui osent mettre en doute les affirmations officielles sont, a priori, objets de suspicion. L’authenticité de tout échange est mis en danger. Mais, ni institution, ni personne ne peuvent empêcher chacun de penser librement. Tôt ou tard, les questions surgissent Car, sans cette activité, on ne peut exister vraiment. Alors, l’Eglise doit renoncer à régenter les esprits, pour ne pas courir le risque mortifère de se couper de la VIE et de voir beaucoup de chrétiens quitter, silencieusement, l’institution.

Elle a besoin, à toute époque de se remettre dans le sillage de Jésus qui a ouvert une ère nouvelle. Il est celui qui est ATTENDU comme étant un ACCOMPLISSEMENT : il est « compréhensible » par tous, car, sa personnalité se présente, en harmonie avec la tradition. Mais, il y a, aussi, en lui SURGISSEMENT de l’ INATTENDU. Il apporte un nouveau regard sur l’humanité en brisant les frontières et en dénonçant les pratiques sclérosantes imposées qui briment les consciences, coupent des autres, et empêchent d’emprunter lucidement les chemins de l’AVENIR. La libre réflexion théologique de chaque époque doit apporter une aide à découvrir l’esprit du message évangélique pour que chacun puisse, comme à la Pentecôte, « l’entendre dans sa propre langue », c’est-à-dire, dans sa culture, au sein de ses préoccupations et interrogations du moment.

Il est bon, alors de se souvenir, qu’au travers du récit mythique de l’enfance, apparaissent des nouvelles approches de l’homme inaugurée par Jésus. La PAIX, (harmonie, bonheur, plénitude), est annoncée, non seulement, à l’homme religieux, non seulement à l’homme juif, mais à tout homme dont la volonté est BONNE, c’est-à-dire sincère, ouverte, en quête d’authenticité. Les premières attentions se portent, non vers les personnalités religieuses et politiques, mais vers les petits et moins considérés, les bergers. Et sa venue est guettée non par la caste des savants juifs, mais par des érudits étrangers. Le contexte dans lequel se situe cette annonce, déborde l’espace religieux. Il est possible d’en faire une lecture simplement humaniste. Le texte lui-même le permet, il est UNIVERSEL.

Le récit du massacre des innocents et la fuite en Egypte, suggèrent que cette nouvelle approche de l’humain apportée par Jésus ne va pas de soi. Des oppositions, allant jusqu’aux persécutions, vont naître. Car, on ne peut, dans cette perspective, continuer sa route sans bousculer les habitudes et sans rester insensible aux questions des autres. Il y a, en effet, un renversement des valeurs : être en harmonie et en fraternité avec ses semblables est plus important que l’accomplissement d’un rite ou l’assistance à une cérémonie religieuse. La loi est au service de l’homme et non l’inverse. Les interdits qui n’ont plus de sens sont appelés à disparaître. Ces injonctions faciles à proclamer font naître des résistances, car, la tendance de tout homme et de toute société va vers une reconduction des habitudes passées. Et, souvent, les personnes qui tiennent le haut du pavé, profitent de cet état des choses. Elles usent, alors de toutes leurs influences et pressions pour que rien ne change. Disposant de la puissance et de l’argent, elles soumettent à rude épreuve ceux dont « le cœur pur » perçoit avec lucidité les changements indispensables à l’établissement d’un monde plus humain.

Cette PAIX annoncée n’est pas une vision romantique, comme on vient de le souligner. Elle exige accueil et ouverture. Elle appelle à remodeler, aussi souvent que cela est nécessaire, lois et institutions pour que la société soit vivable pour tous. Cette paix est recherche d’harmonie. Elle est le résultat de conflits non évités, mais résolus . Elle demande de l’intelligence et du cœur, car il faut quitter routines et coteries. Jésus lui-même paiera de sa vie, la fidélité à cette démarche qu’il enseigne. « Si le grain ne meure… ». A toute époque, chacun doit apprendre à mourir à son moi individualiste pour recevoir la grâce de participer, en son temps, à la construction du royaume qui n’est pas fuite de ce monde, mais, ouverture à l’universel.

L I B E R A TI O N

En définitive, on peut comprendre que Jésus libère l’homme, tout simplement, en l’incitant à vivre toujours davantage, son humanité. C’est, ainsi, qu’il devient Sauveur ; et non, en acceptant, d’une façon morbide d’odieuses souffrances imposées par son Père avec la complicité des hommes. Par son vécu, il incite chacun à une profondeur de vie et une légèreté d’être qui est LIBERATION. Sa façon de mourir dit à chacun de ceux qui se réclament de lui, que la fidélité à cette manière de vivre LIBRE, OUVERTE et AIMANTE, dépasse l’attachement à sa propre existence.

Jésus, le Messie attendu, surprend. Aussi est-il REJETE par ceux qui pensent détenir une vérité écrite une fois pour toute. Il est ACCUEILLI par les petits et les pauvres de cœur qui sont en attente d’un « plus », comme le dirait le philosophe, François Jullien. Seuls ceux qui ne sont pas enclos dans des certitudes et des frontières, peuvent le RECEVOIR. Ainsi, Les érudits du cru sont déroutés, tandis que les savants venus d’ailleurs et les petites gens se sentent pris en considération. Les étrangers font partie du cercle concerné par les ouvertures proposées. « Il comble de biens les affamés, et renvoie les riches, les mains vides »

Ouverture des cœurs et des esprits ! Renversement des perspectives ! Les frontières sont abolies !

Encore une fois, les textes évangéliques ne sont pas « sacrés ». Ils ne sont pas paroles de Dieu comme on le proclame dans les églises. Ils sont précieux ! Ils sont la trace laissée par les paroles et les actes de Jésus chez les premières générations de ses contemporains. Une compréhension purement littérale des pages rapportées, à la manière des fondamentalistes, risque d’en cacher le sens profond, l’orientation, l’esprit. On ne prêche pas l’Evangile. On aide à le découvrir, au moyen de l’exégèse, de la discussion, de la méditation…

BIENVEILLANCE

L’Evangile, Bonne Nouvelle, dit aussi la capacité de Jésus à aller vers tous, sans a priori. Cette virginité d’attitude face à l’autre est le fruit d’une grande paix intérieure qui élimine la crainte chez l’interlocuteur et instaure un climat de confiance. Chacun peut ainsi rester dans l’authenticité et livrer sa propre pensée, sans être paralysé par la peur d’un jugement. L’Evangile est riche en dialogues qui permettent aux personnes que rencontre Jésus, de faire émerger leur véritable personnalité (Zachée, la Samaritaine, le Centurion…).

Cette bienveillance, nourrie d’une intense vie spirituelle, demeure en sa Passion, en dépit de la haine qui s’exprime autour de lui. « Père, accorde leur le pardon, ils ne savent pas ce qu’ils font ». Geste suprême d’humanité couronnant la vie de Jésus ! La capacité de BIENVEILLANCE, ne serait-elle pas le signe irrécusable de l’accord avec la BONNE NOUVELLE de l’Evangile ? Toujours envisager ce qui reste de bon chez autrui, sans jamais le mépriser, et sans pour autant perdre de sa lucidité. La bienveillance ne nie pas ce qui est mauvais, mais le dépasse pour en tirer le meilleur possible. La bienveillance re-suscite le désir d’un « plus » de vie en autrui.

R E S S O U R C E M E N T

Les disciples avaient perçu dans l’attitude de Jésus, l’importance que revêtaient pour lui ces moments de silence, d’intimité avec sa source (il l’appelait son Père) quand il se retirait dans la solitude. Aussi lui demandèrent-ils, un jour, de leur apprendre à prier. Les évangiles nous rapportent la réponse de Jésus dans la formule du « Notre Père ». Il ne s’agit là, sans doute, que d’une transcription, dans la conception religieuse de l’époque. Des générations de chrétiens ont répétés cette prière aux paroles sobres, y mettant, sans doute, des sens différents selon les préoccupations religieuses de leur temps et leur vision personnelle.

La prière du « Notre Père » enseignée par jésus, inaugure une spiritualité dans laquelle la relation à un au-delà de soi, n’est jamais soumission aveugle aux dictats d’une puissance despotique. Il s’agit d’un ressourcement permanent où l’on se retrouve en s’abandonnant à ce souffle, à cette dynamique qui nous donne d’exister. La proximité et la confiance sont telles que l’on sait que cet abandon ne sera jamais perte de son autonomie ni de son authenticité. Et, en s’écartant pour prier, et, on se retrouve plus proche de tout être vivant, et plus en harmonie avec la nature, lorsque l’on revient au milieu des siens.

La prière n’est pas centration sur soi. Elle devient évasion et perversion, si elle empêche de voir la souffrance des autres, refusant les liens de solidarité. Réclamant, indignés, le droit à sa « messe », se mettant à part de l’effort national exigé de tous, certains chrétiens, plus ou moins soutenus par bon nombre d’évêques, donnent une piètre idée du message évangélique. L’absence d’empathie, de solidarité est incompatible avec un véritable temps de ressourcement.

Commentaire
Je livre, ici, une interprétation personnelle, une façon de comprendre cette prière. Elle ne prétend rien imposer, mais voudrait, seulement, inviter chacun à faire sien, à sa manière, ce texte répété, à l’infini.

NOTRE PERE

Un destin commun peut susciter rivalité et concurrence. Cette perception du vécu entre les hommes suggère l’idée d’une transcendance terrifiante qu’il faut se concilier. Dans ce cas, Dieu ne peut être Père ! Par contre, le sentiment de fraternité, en quête d’une destinée commune, engendre la solidarité et peut faire naître la perception d’une transcendance bienveillante. Invoquer un Dieu Père prend du sens. On ne peut se sentir proche d’une Source dynamisante si l’on est en conflit permanent avec d’autres. C’est pour cela que Jésus a déclaré qu’il était absurde d’aller prier un Dieu proche et bienveillant, si l’on n’avait pas dissipé tout malentendu conscient, avec quelqu’un de proche.

Mais, qui est ce père ? Proximité, autorité, affection caractérisent cette source. On pourrait aussi bien l’appeler mère, ou source…Car, prier, c’est se mettre à l’écart de ses préoccupations habituelles, se décontracter psychiquement et physiquement, pour se sentir proche de cette force qui nous dépasse mais qui nous fait exister : NOUS et les AUTRES. Cette force, cette énergie que l’on ne peut définir totalement sans le faire disparaître ! L’essentiel est de s’établir dans une relation de confiance déférente.

Afin de pouvoir appeler Dieu « Père », il est nécessaire d’être, véritablement, en lien de fraternité avec lui. C’est central dans le christianisme : l’amour de Dieu est impossible, sans l’amour du prochain.

Dire « Notre Père », est un acte personnel d’abandon qui signifie, à la fois, la PROXIMITE avec sa SOURCE et avec ses frères, les HOMMES.

QUI ES AUX CIEUX

Cette source qui alimente toute vie, et, à laquelle on s’adresse, quelle qu’en soit sa conception, dépasse chacun. Elle est inclassable. Elle échappe à toute définition. C’est comme dans l’amitié ou l’amour : vouloir tout expliquer, détruit la relation ; Ce qui n’exclut pas une exigence de lucidité et d’authenticité.

QUE TON NOM SOIT SANCTIFIE

Toute relation de confiance exige un moment de « lâcher-prise ». Un « apriori » favorable s’impose. Accepter, sans tout comprendre dans l’immédiat, ce qui parvient de cette source, est la condition indispensable pour que ce donné qui nous vient par elle, serve au bien de chacun. Cette dotation de la nature n’est ni juste ni injuste. Celui qui sait avoir de la gratitude fait fructifier ses dons. Bénir cette origine (quelle qu’elle soit) et les aléas de la vie, empêche haine et jalousie favorisant ainsi une vie sociale harmonieuse.

QUE TON REGNE VIENNE

Que cette vie qui tend à se répandre en plénitude en chacun, parvienne à dynamiser tout être vivant. En formulant ce vœu, on s’incite, individuellement à faire alliance avec les forces de vie contre les inerties et les forces destructrices de mort.

QUE TA VOLONTE SOIT FAITE SUR LA TERRE COMME AU CIEL

Que cette force que l’on sait bienveillante ne soit pas dénaturée par nos dissensions. Par cette demande on renforce en soi-même la volonté d’ s’engager ici-bas, dans une action de mise en œuvre des mouvements de solidarité.

DONNE-NOUS, AUJOURD’HUI, NOTRE PAIN DE CHAQUE JOUR

On sait bien, que si l’on croit à une transcendance, celle-ci n’a nul besoin qu’on la sollicite pour qu’elle donne à toute personne, à chaque instant, ce dont elle a besoin pour faire face aux heurs et malheurs de l’existence. Mais, le fait de formuler la demande, crée chez celui qui sollicite, l’attitude de disponibilité indispensable pour recevoir la grâce appropriée, toujours disponible. Il s’agit de se mettre dans une attitude de réceptivité qui ne laisse pas passer l’inattendu qui serait meilleur que ce que l’on demanderait spontanément.
Ce pain qui est demandé est à la fois nourriture du corps et de l’esprit. Mais il est demandé collectivement, il est nourriture pour l’individu et pour la collectivité. Le pain demandé est toujours un pain partagé. Recevoir ce pain quotidien est invitation à la fraternité et à la solidarité.

PARDONNE-NOUS NOS OFFENSES COMME NOUS PARDONNONS A CEUX QUI NOUS ONT OFFENSES

Ce contact avec la source fait naître en soi une soif d’authenticité. On n’ose pas se trouver face à cette présence BIENVEILLANTE avec quelque acrimonie vis-à-vis de l’un ou l’autre de ses semblables. On ne peut être au clair avec Dieu, sans être au clair avec son prochain ; et, l’on ne peut solliciter le pardon de Dieu, si l’on ne sait pas pardonner à son prochain.

La prière authentique, selon l’Evangile, ne doit jamais éloigner du prochain, ni le mettre entre parenthèse. Une prière fuite ou refuge n’est pas chrétienne.

Cela signifie, également, que c’est, principalement, en blessant le prochain que l’on offense Dieu que nulle blessure ne peut atteindre. Celui qui veut haïr Dieu ne peut que se faire du mal à lui-même en établissant du désordre dans son affectivité. Demander pardon à Dieu c’est lui demander de guérir le désordre que tout désir malveillant crée en celui qui veut mal agir. Quand on pardonne à son prochain qui nous a fait mal, on se préserve, aussi, d’un mal supplémentaire.

NE NOUS LAISSE PAS ENTRER EN TENTATION

Ce que Dieu a fait, ne peut être source de mal. C’est parce qu’il y a dérèglement en notre désir, que quelque chose qui nous est extérieur, peut devenir incitation au mal, c’est-à-dire tentation. Par cette demande, on prie Dieu d’être bien proche en nous, pour que sa force nous aide à bien gérer nos désirs afin qu’ils se dirigent toujours vers ce qui est dans l’ordre des choses, c’est-à-dire, vers ce qui est bon pour nous et pour les autres.

MAIS, DELIVREZ-NOUS DU MAL

Que par la proximité, la présence intime de Dieu en chacun, toute séquelle du mal qui nous a touchés, n’ait plus d’influence sur nous, et, finisse par disparaître. Que toute envie d’un mal futur ne nous atteigne plus.

C O N C L U S I O N

Le covid-19 est survenu, brisant, une fois de plus, le rêve de « toute-puissance » de l’homme. N’est-ce pas l’occasion de faire la vérité sur nos modes d’action et de penser ? Le moment est venu de quitter routines sclérosantes et dogmatismes paralysants. Ceux qui se considèrent comme héritiers d’une spiritualité chrétienne se doive
nt de revisiter, comme tous, avec tous, leur manière de vivre « en société ».
Il est urgent, en même temps, de s’interroger sur la manière de « célébrer », de « prier ». La messe est l’exemple frappant de cette obligation de formules et rites répétitifs qui n’ont guère de sens, aujourd’hui. Le « partage du pain », souvenir et rappel du message fondamental de fraternité, dans un contexte de simplicité a fait place au renouvellement du sacrifice de la croix sous l’autorité d’une personne sacralisée, dans un cadre sacralisé. Tout est « sous contrôle » du clerc : présence réelle et parole de Jésus ! Il est urgent de sortir de ce cadre magique et infantilisant !

Dois-je espérer, sans trop y croire, que « l’Eglise officielle », après la crise, INNOVERA et ne se contentera pas de RESTAURER ?

ANNEXES

I C I e t M A I N T E N A N T

L’ A U J O U R D’ H U I de l ’ E V A N G I L E
VIVRE, c’est se tenir, à chaque instant DISPONIBLE à l’apport de l’INSTANT PRESENT
• C’est, évacuer la nostalgie débilitante qui voudrait sur- valoriser le passé, en faire un « paradis perdu », le temps des « révélations »…
La remplacer par la tendresse et la force du souvenir qui éclairent et soutiennent l’action PRESENTE
• C’est, demeurer, à TOUT MOMENT, sensible à la présence de l’AUTRE pour ne pas courir le risque de perdre toute humanité en restant prisonnier de son ego.
• C’est, savoir lâcher prise, ICI et MAINTENANT, pour que fatigue et déconvenue n’éteignent, ni l’enthousiasme ni la capacité d’admiration qui favorisent la bienveillance.
• C’est, bâtir des projets enracinés dans le PRESENT sans lequel toute perspective tournerait en rêve ou demeurerait pure idéologie
• C’est, reconnaître ses LIMITES apprendre à compter sur les autres : renoncer à croire à sa toute-puissance afin que chacun trouve une place dans la construction de la fraternité, qui est le seul royaume annoncé par Jésus.
• C’est, faire le point : méditer, donner du sens, distinguer l’essentiel de ce qui est secondaire, savoir pardonner, demander pardon, accepter l’imperfection…actions spirituelles qui, pour être efficaces s’inscrivent dans l’ « ICI et MAINTENANT »
En fait, TOUT SE JOUE AU PRESENT ! Jamais la VIE n’existe ailleurs !
Et, pourtant…
Les individus et les institutions ont tendance à magnifier le PASSE : ce dernier, PHARE qui éclaire les actions présentes, devient un PORT qui tient lieu de refuge et empêche d’inventer l’AVENIR.
La fidélité est rarement pure reconduction du passé. Le parcours de Jésus en est une parfaite illustration. Ses actes et ses enseignements proclament que tout approfondissement spirituel ou toute avancée humaine s’effectuent dans la DISPONIBILITE à l’instant présent.

La rencontre avec la Samaritaine, si riche de sens n’aurait pu avoir lieu, si le désir de contact avec cette personne n’avait été plus puissant que les freins des habitudes. On ne parle pas à une femme. La chape des idées passéistes n’a pas empêché Jésus, de prendre son temps, ici et maintenant, pour engager cet entretien dont le contenu spirituel nourrit, encore, aujourd’hui ,une multitude de personnes.

L’Evangile interpelle encore : exclusions et préjugés restent toujours des obstacles à la communication et à la compréhension entre les cultures.

Jésus est toujours en état de disponibilité lorsqu’il chemine en Palestine. Il peut, alors, percevoir l’attente particulière de Zachée, la bonne volonté du Publicain détesté, la foi ardente de la Cananéenne, du Centurion…Ces personnes s’en vont encouragées, parce que Jésus n’est pas passé à côté d’elles sans les voir. Une vraie rencontre a lieu quand rien n’empêche d’être pleinement présent dans un « ici et maintenant ».

Cette attitude évangélique fait défaut, chaque fois qu’une personne côtoyée, étiquetée a priori ne se sent pas reconnue dans ses vraies intentions. On ne partage le « meilleur de soi » qu’avec ceux qui, par leur attitude bienveillante, donnent envie de révéler les vrais désirs cachés au fond de soi.

Jamais Jésus ne refuse de résoudre un problème par soumission à des interdictions anciennes brandies par les plus hautes autorités. Venir au secours du prochain ou guérir, un jour de sabbat sont prioritaires. Les interdits alimentaires et prescriptions rituelles de purification, ne résistent pas quand il s’agit d’accueillir, de recevoir…Faire œuvre d’humanité, ici et maintenant n’a pas à se soucier d’ordonnances désuètes.

Que de fossés restent creusés entre personnes de bonne volonté, parce que coutumes, rites, pratiques, interdits, totalement obsolètes, s’imposent toujours. La vie sociale est plombée : les injonctions du passé font obstacles à la recherche d’une bonne entente pour le présent

L’authenticité de l’ « ici et maintenant » a priorité sur la pratique religieuse ou le temps de prière. La réconciliation avec son frère doit être faite avant d’aller offrir un sacrifice. Les disciples sont tentés de prolonger la bienheureuse expérience spirituelle de la Transfiguration ;mais, Jésus les presse de descendre de la montagne. Les spectateurs de l’Ascension, tentés de rester fixés sur l’au-delà, sont priés d’aller chercher Jésus sur terre.

Certains courants religieux , aujourd’hui, sous prétexte de spiritualité, sont tentés de fuir les engagements, en s’évadant dans un monde irréel qu’ils pensent plus proches de Dieu.

Les « Béatitudes » nous engagent à prendre le présent à bras le corps, quelle qu’en soit la pénibilité, car elles nous offrent une espérance dès ici-bas. Jamais l’Evangile ne prêche la désertion. Tout est DON, tout est GRACE pour celui qui sait bien regarder toutes les facettes du PRESENT

TOUT SE JOUE ICI ET MAINTENANT !

A U T O M N E

 

Quand le soleil reste toujours proche de l’horizon et que le rayonnement de sa chaleur se fait parcimonieux, quand l’énergie en nos organismes se distribue paresseusement, quand, sournoisement, apparaissent douleurs et malaises, quand des dysfonctionnements font naître en nous des peurs, quand la vivacité en nos esprits, ralentit …faut-il désespérer et tout laisser aller à vau l’eau, traîner sa triste existence au risque devenir un boulet pour son entourage ?

Ne serait-ce pas, au contraire, une dernière occasion, de se donner de
NOUVELLES PERSPECTIVES ?

L’arrière-saison est, alors, riche de promesses : souvenirs et apports du passé deviennent matériaux pour se donner des projets modestes et réalistes, nourris par l’ expérience. Un automne ensoleillé peut encore réchauffer et revigorer les années qui attendent…

Repenser avec une joyeuse RECONNAISSANCE aux moments de BONHEUR peut faire germer de nouveaux projets. Ce regard plein de tendresse sur le passé donne le sourire et porte à envisager le présent avec optimisme! Garder, malgré certains désagréments qui surviennent, humour et sourire, répand la bonne humeur et crée une atmosphère de bienveillance. Faire naître, par sa simple présence, des espaces de joie et de sérénité, représente un cadeau inestimable à la génération plus jeune confrontée aux préoccupations plus immédiates. Plus de place au repli sur soi !

Et l’automne, n’est plus perçu comme étiolement des forces, mais devient la saison des récoltes. Les fruits du présent révèlent la vérité du passé. C’est le temps de la sagesse avant l’arrivée de l’hiver. C’est le temps où se tissent les liens entre les générations. C’est le temps où, loin d’être inutiles, ceux qui ne sont plus dans la « vie active », contribuent ainsi à créer l’avenir.

N’occulter aucune plage du passé : blessures, séparations provoquées par la mort ou les drames de l’existence… Y trouver la force pour faire face à l’ « aujourd’hui ». Recevoir en sa chair la douleur issue de la souffrance de ses enfants ou de ses proches, et, souvent, se contenter d’être auprès d’eux, une présence, constitue un relais, qui les aide à construire la route d’un bonheur possible à partir de la réalité de ce qu’ils sont.

Automne, saison des illusions perdues, mais, chemin d’un avenir moins utopique où l’écoute, la prise en considération de l’autre, l’attitude bienveillante, sont souvent, plus efficaces que paroles moralisantes ou activités fébriles. La douloureuse expérience de l’impuissance face à la souffrance physique ou morale de personnes proches, apprend sérénité et discrétion qui permet la proximité avec les personnes en difficulté.

Le souvenir de ce qui a réussi donne confiance, le rappel des insuffisances et échecs incite à la modestie. La conscience accrue de ses faiblesses souligne ses limites. HAUTEUR et SUFFISANCE s’émoussent, laissant ainsi paraître plus de douceur et d’humanité. Le besoin des autres qui se fait plus pressant, ouvre à la constante exigence de la solidarité. Se sentir plus petit, sans se dévaloriser, rétablit la vérité sur soi et rend plus proche des autres, car l’humilité éloigne la peur qui biaise les relations.

C’est la saison des tranquilles retrouvailles où l’on peut donner du temps au temps, car, disparaît l’urgence de l’action qui éloigne des proches. Il n’est plus question, comme dans la vie professionnelle, de fonctions prestigieuses ou dévalorisées mettant les dialogues en porte-à-faux. Des liens se créent ou se recréent. Les paroles échangées mettent du baume sur les souffrances ou les ruptures du passé… Et les dernières années peuvent s’écouler dans une ambiance de paix et de vérité.

Mais, cette période qui enseigne douceur et simplicité, n’est pas le temps de l’inactivité. La disponibilité accrue rend plus attentif aux besoins qui se font jour ; proches, famille, enfants petits enfants, société… Et le bénévolat offre de larges plages d’engagements qui pallient les besoins non satisfaits par les organismes officiels. C’est ainsi qu’initiatives, créations naissent de ceux qui ont quitté les activités classiques. Bousculés par la vie, ayant perdu des illusions, on peut penser que ces aînés investiront leurs énergies en des actions qui valent la peine.

Automne saison des profonds labours désintéressés qui préparent les printemps à venir. L’ambition de ceux qui s’apprêtent à partir est de contribuer à l’amélioration de la future génération…C’est leur ultime chemin de BONHEUR .

H I V E R

Les jours s’en vont…les années passent…Les moments de grande activité se font plus rares, les sens perdent de leur acuité, le corps devient plus raide. L’esprit réagit avec plus de lenteur et plus laborieusement. Les réflexes qui facilitaient la vie quotidienne, deviennent inadaptés et provoquent des maladresses aussi bien dans les actions que dans les échanges. Des tensions peuvent naître et des incompréhensions peuvent se multiplier. On serait portés à se claustrer, volontairement, dans une société qui impose un confinement général…

Il n’est pas facile d’entrer dans cette saison où tout se calfeutre, où tout se fige. Le sifflement de la bise remplace le bruissement des tempêtes automnales. Le silence d’une atmosphère gelée, fait oublier l’activité champêtre de la période précédente qui récoltait les fruits de l’année, ou préparait les sols pour les semences, promesses d’une vie attendue. Les images qui s’offrent, maintenant, à chacun évoquent plus une stagnation, une fin, qu’une renaissance ou un nouveau départ… Ne serait-ce pas l’occasion d’un dernier combat contre la fatalité ? La génération qui suit n’en attend pas moins des aînés qui s’apprêtent à prendre le grand départ.

Le temps est venu pour les personnes qui se trouvent moins mobiles de rejoindre les agglomérations. Il n’est plus question de revendiquer, dans une fière volonté d’indépendance, un habitat isolé. On ne peut plus se passer de l’aide des autres. La proximité physique favorise un rapprochement parfois surprenant, de personnes qui s’étaient superbement ignorées, des années durant. Naissent, alors, camaraderies, tendresses et amitiés nouvelles qui font porter des regards neufs sur un passé révolu et sur un avenir qui n’aura pas tendance à traîner en longueur. La modestie et le réalisme des projets qui se font jour, donnent sens et dynamisme au court chemin qui reste à parcourir. Relire avec d’autres le passé, sans refuser de regarder fautes et lacunes, est une façon de se racheter, et, peut-être, s’il n’est pas trop tard, de renouer avec des relations que l’on croyait perdues. Cet hiver des actions devient, pour ceux qui en ont la volonté, la saison d’une recrudescence d’humanité, même chez ceux qui s’en croyaient démunis.

Avec des amis et des proches, il est possible d’apprendre à accepter avec humour ratés et maladresses… Mais, cela ne va pas de soi. Rigidité corporelle, souvent ponctuées de douleurs, difficultés de communication créent maldonnes, tensions et incompréhensions. Aussi, est-ce une période de la vie qui nécessite la patience. Mais, il arrive, plus fréquemment, que l’on soit un peu dérouté par ce qu’apporte le monde extérieur. La parole des autres, mal entendue, risque d’être mal comprise. Il importe, alors, de cultiver en soi, une habitude d’apriori de bienveillance vis-à-vis des personnes et face à ce qui advient ; car les apparences sont particulièrement trompeuses dans ces moments où la perception plus laborieuse de tout évènement, crée de l’agacement. En effet, on n’accepte pas aisément, l’amoindrissement de ses facultés !

Des renversements de fonctions s’accomplissent, d’une façon peu perceptible, dans un premier temps, mais, irrévocablement ! D’éveilleur des connaissances, on devient demandeur de nouveaux savoirs dont on n’a pas la maîtrise. Les décisions importantes nous échappent, progressivement. La société évolue sans notre participation qui devient de moins en moins efficace. On reçoit de plus en plus de conseils. On veille discrètement sur nous. Des paroles et des regards s’échangent, en catimini… Bref ! On voudrait nous écarter, à la fois pour nous soulager et par peur de nos maladresses. Amis et proches, parce qu’ils aiment leurs aînés, malgré leurs travers, veulent les aider, parfois « malgré eux », … comportement qu’ils ont appris de ces mêmes personnes qui agissaient de la même façon, quand ils étaient plus jeunes !

Le moment est venu où l’on inaugure une nouvelle manière d’être présent à l’autre… Moins vif, on intervient moins dans les échanges. Il devient plus difficile de prendre la parole, car, on est plus lent et on voudrait introduire plus de nuances. Alors, quand on veut donner son opinion, il est déjà trop tard : la conversation a progressé. Parler donnerait l’impression que l’on serait à côté de la plaque, brisant le cours normal de la conversation…On finit par se taire, courant le risque de trop s’y habituer…Le plus important est d’apprendre à mieux écouter, puisqu’on parle moins. Manifester que l’on est activement présent devient une autre forme de participation . On devient plus écoutant que parlant. Et, on réalise que le simple fait de porter intérêt et « d’être présent » à ce qui se dit, devient une autre forme de participation. Il n’est pas si facile de maintenir, ainsi, en éveil sa capacité d’attention ! Passer, sans nostalgie ni sentiment de culpabilité, d’une participation dynamique, à une présence plus modeste et plus tranquille, c’est tout simplement accepter d’agir en harmonie ce que l’on est devenu en cette saison de sa vie.

On apprend, ainsi, le détachement. Et, ceux qui comptaient, un peu trop sur nous, prennent davantage leur place, tandis que l’on expérimente, ce que l’on savait déjà théoriquement, que le monde « peut continuer à tourner sans nous ». Et, tout est bien, ainsi. C’est la vérité des choses.

On est entré dans la saison, parfois un peu trop calme, pour ceux qui ont toujours en mémoire un passé actif. Mais, c’est le moment essentiel où le futur se dessine. Celui-ci n’attendant que le regard bienveillant de ceux qui ont accompli leur tâche. Il est plus digne de laisser volontairement sa place que de se faire agressivement bousculer par la génération montante !

Du temps où l’on était plus alerte, on parlait et discutait, on riait ensemble; des connivences se manifestaient, parfois bruyamment. On était heureux du plaisir que provoquait notre présence aux enfants et petits- enfants. Peu à peu, ces manifestations se sont faites plus discrètes. Un certain éloignement s’est créé. Chaque génération a sa vie propre. Ceux et celles qui comptaient trop sur les aînés, ont besoin, pour se donner une marge d’autonomie. Une distance, sans perte d’affection est utile à tous. Elle est dans l’ordre des choses. Elle rendra moins douloureuse la séparation définitive que l’âge rend proche !

On se rend compte qu’un nouveau monde se fait jour, à travers la jeunesse qui monte. Pour rester, jusqu’à la fin, fidèle aux exigences de son humanité, il suffit de regarder avec une lucidité bienveillante, cette remontée de la vie qui ne nous appartient plus. Il est bon de ne pas se laisser gagner par la nostalgie et l’aigreur afin que le grain semé par sa génération, ne pourrisse pas, mais, meure pour donner du fruit nouveau…La froidure et la dureté de l’hiver protège la formation d’une vie nouvelle.

Cette saison annonciatrice d’un départ plus proche, apprend l’humilité, la pauvreté. « Il restera de toi, ce que tu as donné ». Seul, comptera, alors, ce que tu auras fait, sans te mettre en avant. Car, ce que tu as donné, tu l’as toi-même reçu. Et, c’est, spontanément, que jaillira de toi, une expression de reconnaissance, au souvenir des personnes rencontrées, car, toutes, ont contribué à faire de toi ce que tu es. Rien de plus vivifiant, rien de plus pacifiant, que de côtoyer une personne qui prend congé de la sorte !

Ultime cadeau que toute génération devrait laisser à celle qui suit !

Jacques Attali était à Jérusalem lors du passage à l’an 2000.
Il rapporte le fait suivant :
A la Porte de David,
les Evangélistes attendaient le RETOUR du MESSIE,
des Juifs attendaient la VENUE du MESSIE ;
Un membre des autorités juives leur dit :
« Le MESSIE ne passera pas par la Porte de David,

C’est celui qui est BIENVEILLANT
qui est MESSIE pour AUTRUI »

 




Ordination des femmes

Ordination des femmes

Historique et arguments

 

Historique

C’est en mai 1962, pendant la période préparatoire du Concile Vatican II (1962-1965), que la jeune juriste suisse Gertrud Heinzelmann fait parvenir à la commission préparatoire une requête circonstanciée qui, pour la première fois, confronte l’Église à la situation faite aux femmes au nom de la Tradition, et au postulat de l’égalité à tous les échelons de la vie ecclésiale. Elle espérait, dans la ligne de Jean XXIII, obtenir un aggiornamento alors que l’Église catholique n’avait même pas actualisé sa position vis-à-vis de la philosophie des lumières, et encore moins à l’égard du mouvement des femmes avec son contexte socio-culturel et juridique.

Le concile, débuté le 11 octobre 1962, en tient compte dans une certaine mesure, du moins dans le principe, puisque la constitution pastorale Gaudium et Spes, dans son chapitre 29, dit : « Vu que tous les êtres humains ont une âme raisonnable et sont créés à l’image de Dieu, vu qu’ils ont la même nature et la même origine, vu que, sauvés par le Christ, ils ont la même vocation et destination divine, il faut reconnaître l’égalité fondamentale de tous les êtres humains (…). Toute forme de discrimination touchant les droits fondamentaux de la personne dans la vie sociale et culturelle, qu’elle soit fondée sur le sexe ou la race (…) doit être dépassée et éliminée comme contraire au dessein de Dieu ».

Toutefois, les oppositions sont nombreuses et les démarches en faveur de l’ordination n’aboutissent pas. Cette déclaration n’inclut pas la possibilité pour les femmes de recevoir l’ordination car elle parle des « droits fondamentaux de la personne dans la vie sociale et culturelle », et ne comprend pas l’ordination dans ces droits.

Partons d’un constat : l’ordination des femmes est souhaitée, et pas seulement comme un vœu pieux. C’est demandé instamment, depuis plus d’un demi-siècle. Des évêques ont déjà fait des propositions en ce sens : en 1970, au 1er synode des évêques à Rome, les évêques du Canada ont présenté cinq recommandations, élaborées auparavant au cours d’une session de travail avec une soixantaine de femmes, et acceptées par eux (un vote de 64 oui sur 65 votants).

« -Que l’on déclare clairement et sans équivoque que les femmes sont des membres à part entière de l’Eglise, avec les mêmes droits, privilèges et responsabilités que les hommes,
– Que le prochain Synode écarte toutes les barrières dressées contre les femmes,
– Que les femmes qualifiées aient accès au ministère,
– Que l’on encourage la présence et l’activité des femmes dans toutes les organisations de l’Eglise,

Dès 1970, en France et en Belgique, était fondée une Amicale des femmes aspirant au ministère presbytéral, animée par Valentine Buisseret et Béatrix Dagras. Sous la pression épiscopale, cette amicale dut interrompre ses activités et renoncer à publier comme prévu les témoignages de femmes réunis.

Des femmes ressentent un appel vers les ministères ordonnés. Ignoré ou réprimé, cet appel est toutefois parfois authentifié par des pasteurs, des communautés chrétiennes ou des proches, comme cela apparaît dans l’enquête menée par Pauline Jacob pour sa thèse de doctorat : L’authenticité du discernement vocationnel des femmes qui se disent appelées à la prêtrise ou au diaconat dans l’Église catholique du Québec (Université de Montréal, 2006)

Par ailleurs, en 1970, Marie-Thérèse Van Lunen Chenu et le prêtre belge Pierre de Locht (expert à Vatican II) fondent l’association Femmes et Hommes en Église, un groupe de chrétiennes et chrétiens féministes. Il a pour but le partenariat évangélique entre femmes et hommes et le développement de la parité dans l’Église et la société. En 2011, l’association devient FHEDLES (Femmes et Hommes, Égalité, Droits et Libertés dans les Églises et la Société)

Au Québec, dans les pays anglo-saxons et en France, ces associations et groupes de réflexions, quoique assez peu nombreux par le nombre des adhérents, deviennent des éléments dynamiques faisant connaître les aspirations nouvelles ; Dans les revues et les périodiques, ainsi que dans des livres spécialisés, ils développent des argumentaires persuasifs qui font avancer la cause des femmes. Par exemple dans Concilium, nombreux articles et numéros thématiques: *n° 77 (1972), Thème : « Election et consensus dans l’Eglise », Y. Congar ; Des livres : AUBERT Jean-Marie, La Femme, antiféminisme et christianisme, Paris, Cerf, 1975. – BERERE Marie-Jeanne ; DUBESSET, Mathilde, Les femmes dans l’avenir de l’Eglise, Accès des femmes aux ministères ordonnés, Ed collectif Jacques Gaillot, 2000

En 1977, le Vatican s’inquiète des débats menés par les chrétiens progressistes ; sous le pontificat de Paul VI paraît la déclaration de la Congrégation pour la doctrine de la foi Inter insigniores qui s’oppose à l’admission des femmes au ministère presbytéral. : « l’Église catholique tient que l’ordination sacerdotale des femmes ne saurait être acceptée, pour des raisons tout à fait fondamentales. Ces raisons sont notamment: l’exemple, rapporté par la Sainte Écriture, du Christ qui a choisi ses Apôtres uniquement parmi les hommes; la pratique constante de l’Église qui a imité le Christ en ne choisissant que des hommes; et son magistère vivant qui, de manière continue, a soutenu que l’exclusion des femmes du sacerdoce est en accord avec le plan de Dieu sur l’Église»

Malgré les réactions critiques qu’elle suscite émanant non seulement des associations féminines catholiques, mais aussi des cercles de théologiens et voire d’autres autorités romaines (Commission biblique et secrétariat pour l’unité des chrétiens) écartées de la rédaction dudit document, le texte n’est pas démenti par le Vatican.

En 1978, sont publiés les résultats d’une étude psychologique menée auprès de 110 femmes aux Etats-Unis. Mentionnons qu’une docteur de l’Église comme sainte Thérèse de Lisieux fit part de son désir d’être prêtre, y renonçant par humilité à l’exemple de François d’Assise et par la découverte profonde que la vocation baptismale à l’amour est à la source de tous les appels particuliers.

Entre 1970 et 1997, en France ont lieu des synodes dans une quarantaine de diocèses. A chaque fois, des débats sont organisés et des votes effectués pour manifester les désirs des chrétiennes et chrétiens engagés. J’en ai fait l’expérience en 1988-90, lors du Synode d’Evry, en étant délégué synodal des équipes animatrices de notre secteur pastoral. Les quelque 500 délégués synodaux, après avoir entendu des exposés donnés par d’éminents experts en ecclésiologie comme le dominicain Hervé LEGRAND, ont voté des motions significatives : 80 % de oui en faveur de l’ordination presbytérale d’hommes mariés ; 61 % de oui pour l’accès des femmes aux ministères ordonnés, y compris à la prêtrise. Ces motions ont été portées à Rome par l’évêque d’alors, Mgr Herbulot. Evidemment, aucune réponse !

ARGUMENTS THEOLOGIQUES

En 1990, un rayon de lumière ! L’organisme très officiel de l’Eglise de France, le CNPL (Centre National de Pastorale Liturgique), publie une étude particulièrement fouillée et exhaustive à propos de l’ordination des femmes : un article du dominicain Hervé LEGRAND, directeur des thèses de doctorat en théologie à l’Institut catholique de Paris, dans le livre « Rituels, Mélanges offerts au Père Gy » Le Cerf 1990. Le titre :« TRADITIO PERPETUO SERVATA ? la non-ordination des femmes : Tradition ou simple fait historique? » L’article, qui suppose une lecture attentive, formule de manière claire une réponse à tous les faux arguments qui font pression contre l’ordination des femmes. Une réflexion malheureusement trop peu lue par les instances ecclésiales, évêques, curés, théologiens, laïcs en formation, etc…Hervé Legrand développe les points suivants, dont je ne puis donner ici que quelques lignes, en citant tout de même plus longuement le 5ème point, le « In persona Christi » ! :

« Est-ce que l’on peut refuser l’ordination presbytérale aux femmes
1.- au nom de Jésus ? Réponse : Mais Jésus, en choisissant douze hommes comme Apôtres, ne prétend pas exclure les femmes. Il annonce qu’il vient rassembler les 12 tribus d’Israël…

2- Au nom des premières communautés chrétiennes ? « Vous tous, baptisés dans le Christ, vous avez revêtu le Christ. Il n’y ni Juif ni Grec, ni esclave, ni homme libre, ni l’ homme ni la femme… » » (Galates 3, 27)

3- Au nom de l’anthropologie ? Au nom de la Bible, on ne peut pas affirmer que les femmes doivent être exclues d’une charge pastorale, en raison de leur « nature » ou de leur vocation propre. Mais LA CULTURE CHANGE, et aussi l’anthropologie En Occident, les relations hommes/femmes sont entrées dans une phase de redéfinition profonde…

4- Au nom du symbolisme appliqué à la personne du prêtre ? Tout détenteur de la charge pastorale: doit pouvoir représenter le Christ comme époux, comme tête et comme pasteur de l’Eglise. En Occident c’est devenu une évidence commune que des femmes peuvent s’acquitter aussi bien que les hommes des fonctions de représentation et d’autorité sociales. Ces mêmes femmes pourraient donc plausiblement représenter la foi de l’Eglise et sa communion tout aussi bien que des hommes, à condition d’être ordonnées pour agir in persona Christi et bénéficier des mêmes pouvoirs.
5- Au nom du pouvoir conféré au prêtre ? IN PERSONA CHRISTI Cette expression joue un rôle clé dans le débat. Il convient de s’y attarder et d’en percevoir la genèse et les nuances possibles. D’abord, que recouvre cette expression latine ? Aux yeux de l’Eglise actuellement, le prêtre agissant « in persona Christi » s’identifie à la personne du Christ. Quand il prononce sur le pain et le vin les paroles dites de la consécration, c’est le Christ lui-même qui parle par sa bouche. Ce rôle d’identification est plus fort qu’une simple représentation, celle qu’exercerait quelqu’un agissant « au nom de », par exemple un ambassadeur parlant au nom de son gouvernement…

Cette lecture du « in persona Christi » remonte à la théologie scholastique, au XIII° siècle. A cette époque, on a voulu tout préciser, tout expliquer, notamment le moment de la prière eucharistique où le pain et le vin sont changés au corps et au sang du Christ. Il fut décidé que cet instant précis serait le récit de l’Institution. En disant « Ceci est mon corps, ceci est mon sang », le prêtre, identifié au Christ, réalise efficacement le signe sacramentel. Il a même pouvoir que le Christ. Dans ce contexte, certains pensent qu’il y a une raison de convenance –voire d’obligation- à ce que le prêtre soit un homme et non une femme.

Par corollaire, cette sacralisation a beaucoup marqué la personne du prêtre et la justification de son statut à part. Elle a aussi entraîné une focalisation sur le pouvoir institutionnel au sein des structures de l’Eglise. C’est au XIII° siècle que le pouvoir du pape s’affiche sur les rois et sur tous les fidèles… Et pas question alors de confier des responsabilités à des femmes. Telle eucharistie célébrée, telle Eglise proposée.

Mais on peut interroger ce pouvoir absolu de consacrer, proclamé au nom du « in persona Christi ». En réalité, 1) ce pouvoir n’est pas immédiat ,2) il est à interpréter dans un contexte d’épiclèse, 3) il n’est pas nécessairement la source des autres pouvoirs.

1) Ce pouvoir n’est pas immédiat. Le prêtre n’agit pas in persona Christi de façon immédiate dans l’Eucharistie, dans une démarche d’autorité et de pouvoir sur le pain et le vin. Il lui faut être d’abord in persona Ecclesiae; c’est-à-dire habilité par l’Eglise à bénéficier de ce pouvoir, et donc être ordonné à cette fonction.

2) ce pouvoir est à interpréter dans un contexte d’épiclèse. Dans l’Eglise ancienne, on ne se soucie pas du moment précis où les dons sont consacrés ; c’est toute la prière eucharistique qui est considérée comme consécratoire, et l’on attache une particulière importance à l’épiclèse, c’est-à-dire à l’invocation de l’Esprit sur les dons, afin que le Père les consacre lui-même. Le récit de l’Institution n’est que le rappel, la mémoire de l’événement fondateur de l’Eucharistie ; il se coule dans l’ensemble de l’anaphore. Les prières eucharistiques orientales ont gardé ce schéma et la théologie qu’il sous-tend. Le pouvoir du prêtre se réduit à une intercession efficace : debout face au levant, avec tout le peuple de Dieu derrière lui et en son nom, le prêtre supplie le Père d’envoyer l’Esprit Saint. Dans ce contexte, le prêtre apparaît davantage comme un homme de non-pouvoir ; sa distance avec le Christ est mise en valeur.
Grâce à Vatican II, nos prières eucharistiques ont remis en valeur l’épiclèse ; les fidèles sont parfois invités à s’y associer par des refrains qui font écho à la prière du prêtre. Mais trop souvent elle passe inaperçue ou presque, tant demeure forte la focalisation sur le récit de l’institution.

. 3) Ce pouvoir sacramentel n’est pas nécessairement la source des autres pouvoirs.
Selon la tradition de l’Eglise ancienne, les prêtres président à l’Eucharistie parce d’abord ils président à la vie de leur communauté, à sa foi et à sa communion. L’ordre inverse ne se vérifie pas. Celui qui préside à tout cet ensemble, c’est celui-là qui est habilité à présider l’eucharistie, moyennant l’ordination appropriée. Ce n’est qu’au 13° siècle qu’on fera l’inverse, à savoir: celui qui est ordonné pour l’eucharistie (pouvoir de célébrer la messe) est habilité à recevoir une charge pastorale (pouvoir de juridiction).

Une telle lecture du « in persona Christi » ne saurait fermer la porte à une chrétienne, dès lors qu’elle serait reconnue capable de représenter la foi de l’Eglise et de veiller à sa communion. Autrement dit, avant d’être ordonnée prêtre, elle devrait être en charge d’une communauté. (ce qui est évidemment valable aussi pour les hommes !) De par son ordination elle serait alors située en altérité vis-à-vis des autres fidèles. Ceux-ci reconnaîtraient qu’ils reçoivent le salut du Christ… La chrétienne ordonnée agirait in persona Christi.

Pour les femmes, l’action in persona Christi ne serait pas une nouveauté. Les fidèles n’ont pas lieu d’être troublés par des actions in persona Christi réalisées par des femmes. Ces dernières en font déjà, -un peu comme Mr Jourdain faisait de la prose sans le savoir.. En effet, tout ministre des sacrements agit in persona Christi. Or, dans la tradition latine, les femmes, comme leurs époux, sont reconnues comme ministres de leur sacrement de mariage.

Les femmes peuvent aussi baptiser validement. Et à la messe, quand une femme à l’ambon proclame un passage des Ecritures, elle agit in persona Christi. En effet, Vatican II affirme dans la constitution sur la liturgie : « Chaque fois que la Parole de Dieu est proclamée, c’est le Christ qui parle à travers les Ecritures ». La femme prête donc sa voix au Christ, tout comme un homme. Habilitée à donner le pain de la Parole, pourquoi ne le serait-elle pas à donner aussi le pain et le vin de l’Eucharistie ?

En résumé, là où il serait plausible socialement qu’une chrétienne puisse représenter la foi et la communion de l’Eglise, la présider à ce titre, il serait également plausible qu’elle puisse représenter le Christ. Quand cette plausibilité sociale existe, et quand les contenus ecclésiologiques et théologiques du ministère pastoral sont respectés, de quel poids pèserait l’absence d’identité sexuelle entre le Christ et le ministre?

De très peu de poids, y compris pour la présidence de l’eucharistie, car celle-ci n’est pas une action théâtrale. Au théâtre, on ne voit pas une femme représenter le Christ. Mais nous ne sommes pas au théâtre ! Nous sommes ici dans le MYSTERE, le sacrement. Dans cette perspective, la représentation du Christ au titre de la foi et de la communion est décisive.

4- Au nom d’une tradition bimillénaire ?
La non-ordination des femmes est un fait historique indéniable, une coutume constante qui représente une manière d’agir appropriée aux conditions dans lesquelles l’Eglise a vécu jusqu’ici. Ce n’est pas une Tradition au sens fort, où se manifesterait la volonté révélée de Dieu sur son Eglise…. Alors cette coutume, assimilée pour beaucoup à une tradition bimillénaire, pourrait-elle subir un changement ?
En bien d’autres domaines des raisonnements impressionnants ont voulu empêcher de faire « ce qu’on n’avait jamais fait » et pourtant on a changé: la réitération du sacrement de pénitence, la détermination de la matière et de la forme du sacrement de l’ordre, le prêt à intérêt, le nombre des sacrements, la sacramentalité de l’épiscopat, etc…

Suite de l’historique

Cette position argumentée de manière imparable honore le niveau intellectuel des théologiens français, mais elle ne va malheureusement pas être suivie d’effet du côté de Rome.
1994 : Une année avec le jour et la nuit ! D’abord une bonne nouvelle ! Le Synode général de l’Église anglicane avait adopté en 1992 l’ouverture du sacerdoce aux femmes. Le samedi 12 mars 1994, l’évêque de Bristol, Barry Rogerson, ordonnait 32 femmes prêtres en sa cathédrale. En tout, plus de 3 500 femmes ont été ordonnées prêtres depuis. Neuf ans plus tôt, En juillet 1985, l’Église d’Angleterre avait voté l’admission des femmes au diaconat, vote ratifié par le Parlement en 1986. Les premières femmes diacres ont été ordonnées en 1987.

Mauvaise nouvelle : la réaction presque immédiate du pape Jean-Paul II, qui dit en substance : pas de ça chez nous ! Il publie, le 22 mai 1994, la lettre apostolique « Ordinatio sacerdotalis » qui reprend les deux raisons invoqués par Paul VI en 1977. La faiblesse des arguments (comparée à la richesse des arguments contraires développés par Hervé Legrand) s’accompagne d’une fermeté dans le ton et du recours à l’autorité papale refusant toute échappatoire… La cause serait définitivement entendue : « je déclare, en vertu de ma mission de confirmer mes frères (cf. Lc 22,32), que l’Église n’a en aucune manière le pouvoir de conférer l’ordination sacerdotale à des femmes et que cette position doit être définitivement tenue par tous les fidèles de l’Église. »
Mais nous ne sommes plus au temps du Syllabus (8/12/1964) avec ses anathèmes, ni au temps de Pie X en 1903, décrétant que les fidèles ne sont que des brebis vouées à suivre les décrets de la hiérarchie. La lettre de Jean-Paul II fut suivie par la déclaration Responsium ad dubium de la Congrégation pour la doctrine de la foi en 1995. Son préfet, le cardinal Joseph Ratzinger, y déclare que la doctrine du ministère sacerdotal réservé aux hommes a un caractère infaillible. Autant de textes mal reçus parce que trop peu crédibles (comme Humanae vitae en 1968 de Paul VI). Les mouvements féministes redoublent leurs actions ; de nouveaux organismes se créent, par exemple Le réseau international du mouvement pour l’ordination des femmes Catholic Women’s Ordination (CWO) au Royaume-Uni, Brothers and Sisters in Christ (BASIC) en Irlande, Stichting VrouMens aux Pays-Bas et le réseau Femmes et Ministères au Québec.

En dépit de ces positions de plus en plus négatives qui se font entendre au Vatican, de nombreux colloques pastoraux et synodes se tiennent dans les diocèses de différents pays européens: on y prône l’accession des femmes au diaconat et la poursuite des discussions relatives à leur ordination.

Il y a aussi des actions ponctuelles plus hardies chez quelques femmes qui franchissent le Rubicon et défient les autorités officielles en se faisant ordonner par un évêque validement institué : une affaire « valide » mais pas licite. A ce degré d’exaspération devant les interdits du Vatican, quel effet peut bien produire une excommunication automatiquement déclarée ? Encouragées par le mouvement Roman Catholic Womenpriests, ces femmes autrichiennes et d’autres pays, qui ont des bases théologiques sérieuses et sont dans une optique non-violente, reçoivent l’ordination dans un vaisseau hors cathédrale, sur le Danube, ou bien, comme Geneviève Beney, sur la Saône. Internet salue l’événement le 7 juillet 2005 : Geneviève Beney, femme et prêtre en France. La France connaît désormais sa première « femme prêtre». Agée de 56 ans, diplômée de théologie et mariée à un protestant, Geneviève Beney est catholique. Elle a été « ordonnée » prêtre de l’Eglise catholique le samedi 2 juillet 2005 à Lyon. La cérémonie s’est déroulée sur une péniche de tourisme naviguant sur la Saône et le Rhône, non loin de la colline de Fourvière qui abrite le siège de l’archevêché de Lyon. Vocation assumée ou provocation orchestrée, le geste de Geneviève Beney est condamné par l’autorité cléricale. Mais pour Christian Terras, directeur de la revue catholique progressiste ‘Golias’, il s’agit d’« une transgression prophétique ».

Depuis son ordination, Geneviève préside à des célébrations: « la transgression va encore plus loin que l’ordination puisque, à la demande de communautés ponctuelles, j’ai célébré baptêmes, eucharisties, première communion, mariage. Je joins deux photos de la cérémonie, très participative, du 22 juin 2019 (assemblée d’environ 80 personnes). Tout ça sans tapage mais avec joie et intensité.

Théologiens et canonistes donnent aux textes du Vatican le degré d’obligation qu’ils méritent. Et là, trop peu de fidèles sont avertis de ces subtilités ;généralement, on entend dire : le pape a parlé, la cause est entendue ! Mais non ! Là encore, une explication d’Hervé Legrand est très utile. Hervé Legrand, interview dans Réforme du 4 juin 2020 (n° 3853) p. 9 – une question dogmatique. Dans le grand public et même parmi le clergé, on a compris la décision de Jean-Paul II excluant l’ordination des chrétiennes comme définitive et même infaillible. Ce qui est inexact : selon le droit canonique, une décision définitive peut-être révisée au même niveau d’autorité. De plus, la décision de Jean-Paul II était de nature disciplinaire. Aussi sévère soit-elle à ce registre : un évêque, un provincial de religieux, un professeur de théologie dans une faculté reconnue par le Saint-Siège qui exprimeraient publiquement une opinion différente perdraient leur charge, cette mesure n’est pas pour autant d’ordre dogmatique. L’appui que Jean-Paul II croit trouver dans l’ordre voulu entre hommes et femmes par le Dieu Créateur comme dans la décision souverainement libre de Jésus de ne choisir que des hommes dans le groupe des Douze et la référence qu’il fait à sa propre autorité ne suffisent pas à rendre cette décision infaillible. Son préfet de la Congrégation pour la doctrine de la Foi, le Cardinal Ratzinger l’a reconnu, conformément aux critères ordinaires servant à interpréter le degré d’autorité des documents du magistère. De ce fait, la foi catholique n’est engagée que par l’énoncé de Paul VI, combien plus mesuré : « L’Eglise catholique ne se sent pas autorisée à ordonner les femmes ».

Il est nécessaire de connaître la valeur exacte des décisions du magistère pour éviter des troubles aux croyants en cas de changements possibles. Car le magistère lui-même, pour des raisons vraiment chrétiennes, a modifié de nombreuses positions toujours tenues jusqu’alors . C’est ainsi qu’il récuse désormais la peine de mort ; qu’il promeut la liberté religieuse après l’avoir condamnée ; de même que l’œcuménisme avec les frères séparés, jusqu’alors désignés comme « hérétiques » et « schismatiques ». Jusqu’à maintenant, seul des hommes peuvent représenter la foi et la communion de l’Eglise. L’avenir dira si on reconnaîtra la même capacité aux chrétiennes, car l’enjeu n’est pas féministe mais chrétien. Mais, si on s’y refusait, il est très important de savoir que ce n’est pas parce que notre foi l‘exclut.

Rome, 8 juillet 1997. Plus inquiétant, le document publié par le Vatican le 8 juillet 1997, car il veut museler les synodes diocésains en leur enlevant la faculté de débattre et de voter sur les questions qui fâchent : ordination d’hommes mariés, de femmes, les divorcés remariés, etc… Désormais, les évêques ne pourront plus mettre les questions à l’ordre du jour. « Ils pourront régler ce qui est de la participation des fidèles non ordonnés à la liturgie, – déterminer les conditions pour conserver l’Eucharistie chez soi ou l’emporter avec soi en voyage, fixer les règles pour l’exposition de l’Eucharistie par des fidèles non ordonnés ;- établir des règles pour les processions (NB- si le ridicule pouvait tuer, il y aurait combien de morts à la curie romaine ?), déterminer les cas de nécessité de l’absolution collective, en tenant compte des critères établis d’un commun accord avec les autres membres de la Conférence Épiscopale – établir des règles pour les célébrations dominicales en l’absence de prêtre ».

Dans la pratique, cette « instruction » a causé beaucoup de préjudices aux synodes diocésains organisés depuis 1997 ; les évêques, dont la plupart sont formatés pour ne pas faire de vagues, s’y conforment à la lettre, et les délégués synodaux sont condamnés à un ordre du jour privilégiant la vie intérieure et l’engagement social dans leurs communautés –choses bonnes en soi- mais pas sans une vision d’avenir qui inclut des ministères nouveaux. Un exemple : le 4 octobre 2020, le diocèse d’Evry a commencé un nouveau synode, avec pour thème « Evangéliser en prenant soin », comme le bon Samaritain -thème en rapport avec la pandémie actuelle. Mais « prendre soin », cela peut vouloir dire aussi se soucier de l’avenir des communautés, notamment des personnes qui demain exerceront des ministères, hommes ou femmes… L’évêque actuel applique les consignes préconisées en 1997, malgré la prise de parole d’un groupe contestataire, « Galates 3,27 » qui demande de revenir aux libres propositions faites par le synode de 1988/90. Et ils ont pour eux le pape François qui, dans sa lettre au peuple de Dieu, du 20 août 2018, demande que les fidèles s’expriment et s’engagent dans la lutte contre le cléricalisme et les abus sexuels et favorisent la synodalité.

Soucieux de répondre à cette demande du pape, un groupe d’intellectuels et de hauts responsables a publié en juillet 2020 la plaquette « Transformer l’Eglise catholique », quelques propositions recueillies par Michel Camdessus. Par deux notes théologiques, Hervé Legrand apporte sa contribution, notamment en plaidant pour élargir la manière d’appeler aux ministères. Depuis Vatican II, on voit que l’appel au diaconat permanent se fait auprès d’adultes compétents qui vivent au sein des communautés locales. Pourquoi n’en serait-il pas ainsi pour les futurs prêtres ? L’appel intérieur, le volontariat n’était pas la pratique courante dans l’Eglise des premiers siècles, mais bien l’appel direct fait par les responsables des communautés. Et en 2021, nous avons conscience que cet appel peut être fait aussi bien à des femmes qu’à des hommes.

2010 – 2020 Ces dix dernières années, différents mouvements se sont formés pour le renouveau dans l’Eglise. Le comité de la jupe, devenu la CCBF (Conférence catholique des baptisé-e-s francophones), qui organise un « Conclave des femmes » pour débattre de l’avenir de l’Église catholique. L’association regroupe une grande partie des personnes qui aspirent à un renouvellement des structures. Anne Soupa et Christine Pedotti en sont les fers de lance, et leurs écrits contribuent à maintenir la flamme. Devant les lenteurs à faire bouger les choses, elles provoquent des discussions et posent des gestes (la candidature à l’évêché de Lyon) par des moyens médiatiques, afin de réveiller la torpeur des chrétiens découragés. De son côté, le pape François stimule les plus motivés, quitte à prendre parfois des méthodes qui surprennent et font dire : un pas en avant, un pas en arrière. Le 26 octobre 2019, dans le document final du Synode pour l’Amazonie, les pères synodaux font la requête suivante : « Nous demandons que le ministère institué de “la femme leader de communauté” soit créé et reconnu »,

Depuis les années 2000, la mondialisation accélère les échanges et les moyens d’action. Un simple exemple, qui a le mérite de s’inscrire dans un contexte œcuménique. Depuis ces années-là, le diocèse d’Evry est en jumelage avec le diocèse anglican de Guildford en Angleterre ; échanges et visites s’intensifient. A l’automne 2000, une délégation du conseil pastoral diocésain, évêque en tête (Mgr Dubost) , s’est rendue là-bas et a glané des informations susceptibles de nous inspirer : « La multiplication des ministères ordonnés permet à beaucoup de paroisses de garder un curé… L’Eglise d’Angleterre, passé le choc initial, compte un nombre croissant de femmes prêtres (elles sont 65 dans le diocèse de Guildford). Elle a aussi formé et coopté des prêtres (hommes et femmes) continuant à exercer une profession, donc sans rémunération par le diocèse, ainsi que des prêtres ordonnés spécialement pour un « ministère local » (généralement des personnes à la retraite désirant se consacrer à un ministère complet, après formation, dans leur seule paroisse). Le diocèse de Guildford compte maintenant plus de 400 ministres ordonnés, soit trois fois notre chiffre en Essonne. » (Info 91, N° 355, 28/10/2000).
Pourquoi ce qui est valable à Guildford ne le serait-il pas à Evry ou dans n’importe quel diocèse catholique ? L’œcuménisme, c’est aussi s’inspirer des réalisations ecclésiales venues d’autres confessions chrétiennes, quand elles sont dans le droit fil de l’Evangile bien compris. Nous ne sommes pas assez naïfs pour penser que les difficultés disparaîtront ; elles sont liées à toute entreprise humaine. Des supérieures de congrégations religieuses saluent l’événement.

Par la mondialisation et ses connexions internet, chaque terrien est immédiatement informé de ce qui se passe à l’autre bout de la planète. On apprend ainsi qu’il y a des femmes appelées à des rôles de leaders dans les différentes religions : chez les juifs, Delphine Horvilleur est femme rabin depuis mai 2008 ; pareillement chez les musulmans : – « Une femme courageuse et déterminée qui se veut comme un symbole du renouveau de l’islam, la théologienne franco-algérienne Kahina Bahloul, âgée de 39 ans, est instituée la première imame de France ; le vendredi 21 février 2020 a lieu son premier prêche dans une petite salle louée à Paris. (20 minutes).

Et chez les cathos ? Rien ! Pas plus chez les orthodoxes. Bien sûr, il y a la pratique des femmes qui font des lectures à la messe, qui prêchent lors des assemblées de la parole, qui font la catéchèse, etc… Mais rien d’institutionnel jusqu’au 12 janvier 2021. Chez les évêques français, c’est un silence assourdissant, à part quelquefois l’archevêque de Poitiers, Pascal Wintzer. Même parmi les hauts responsables les plus en vue, on en voit encore qui pensent que, au moment de la consécration, le prêtre doit être un homme, puisque Jésus était un homme: « les hommes seuls, agissant en place du Christ, ont ce privilège de pourvoir célébrer l’eucharistie et par voie de conséquence d’accéder au sacerdoce » (Noosphère N° 10, juillet 2020, p.29). Ces évêques seront-ils motivés pour plaider en faveur de prêtres femmes ? Trop de célibataires masculins exercent des fonctions où les décisions se prennent de manière pas assez concertée ; ils prêchent la foi et l’espérance en la vie, mais font-ils des gestes qui parlent ? Le pape François veut accorder plus de places aux femmes, et il le fait en partie… Certaines décisions importantes iraient peut-être plus vite si le numéro deux du Vatican était une cardinale femme ouverte et libre ?! C’est théoriquement possible et le Saint Esprit doit bien connaître des noms ! Christine Pedotti le pense aussi : « Le pape François pourrait oser un pas un peu plus grand en appelant des cardinaux qui ne soient ni prêtres ni évêques, des laïcs qu’il pourrait choisir hommes et femmes. » (Témoignage chrétien, 21/1/2021)

12 janvier 2021 : voici un « nouveau pas » du pape François. Il publie le motu proprio Spiritus Domini, qui ouvre aux femmes les ministères du Lectorat et de l’acolytat. A cette annonce, j’ai eu, je l’avoue, un instant de doute, car le décalage est grand entre la pratique courante dans nos assemblées depuis cinquante ans et l’absence d’une théorie nettement affirmée. Dieu merci, des femmes, et notamment des religieuses, ont été plus positives avec leur « Merci, Saint Père ! » Cette nouvelle disposition est une confirmation du chemin de l’Eglise en reconnaissant le service de tant de femmes qui ont pris soin et prennent encore soin du service de la Parole et de l’Autel … A partir des fonts baptismaux et ensuite de l’onction chrismale, nous tous et toutes, hommes et femmes baptisés, sommes rendus participants de la vie et de la mission du Christ et nous sommes rendus capables du service à la communauté », ajoutent les supérieures générales : « Nous sommes ordonnés les uns aux autres, ministres ordonnés et non ordonnés, hommes et femmes, dans une relation réciproque. »

Et puis, ce texte sur le lectorat et l’acolytat va permettre aux femmes de pénétrer dans l’espace sacré, là où des clercs et des laïcs mal informés ont jeté un interdit, comme on le voit à Paris dans certaines églises, et aussi en province, en Vendée et ailleurs. Changer les mentalités, ça prend du temps !

28 janvier 2021 : spiritus Domini suscite une toute autre analyse de la part de Paola Cavallari, membre de la Coordination théologique italienne (dans Golias 657 du 28 janvier 2021). Elle écrit : « Le motu proprio reste muet quant à la question du sacerdoce féminin… La lettre de François au cal Ladaria différencie les ministères institués (laïcs) et les ordonnés (prêtres) ; les ordonnés ne relèvent que des hommes… le pape se réfère à J.Paul II « l’Eglise n’a en aucune façon la faculté de conférer aux femmes l’ordination sacerdotale » Le sacerdoce baptismal des femmes est donc mutilé, puisqu’elles ne peuvent accéder à tous les ministères… La réticence vient de loin, explique Alexandre Faivre ; les ennuis des laïcs remontent au temps de la primitive Eglise, où « une grande multitude de prêtres avait adhéré à la foi » (Ac 6, 7b), ce qui a provoqué un repositionnement dans un sens sacralisant… les différences dans le monde ecclésial sont inscrites dans un établissement clérical, hiérarchique et excluant… La seule possibilité pour affirmer une réelle égalité entre hommes et femmes dans l’Eglise résiderait-elle dans l’ordination sacerdotale ministérielle des femmes ? Non ! Surtout si ce ministère reste sur le terrain sacralisant et sacrificiel… La conception du clergé, comme différence ontologique, s’est de plus en plus renforcée.

Dans les Eglises, la reconnaissance des différences de charismes entre hommes et femmes et l’égalité des « dons » originaires de la Ruah (l’Esprit) nécessite un tournant, une conversion structurelle… Que demandent les femmes ? Lors de la rencontre « Nous sommes toutes Anne Soupa », de nombreuses femmes qui font partie d’un réseau d’associations ont exprimé une option très différente : ne pas demander, mais agir, parce que le temps de l’exclusion douloureuse, de l’invisibilité féminine et de la demande de permission, a pris fin…. Il s’agit de remettre en cause par les fondements le concept même de sacerdoce ministériel, comme médiation nécessaire entre le peuple et Dieu, confié aux mâles, pour arriver à édifier, au contraire, une Eglise caractérisée par des ministères. C’est-à-dire des services pour le peuple de Dieu, tous ouverts aux femmes et aux hommes. Ministères découlant du sacerdoce commun enraciné dans le baptême.

Et demain ? Octobre 2022, le synode des évêques sur la synodalité.

Dans la société civile et les milieux scientifiques, de multiples projets fleurissent et nous reportent à des dates hypothétiques qui rendent rêveurs : 2030, 40, 2050 et plus, alors que les octo et nonagénaires de nos églises se disent, on verra cela de là-haut ! Qu’en sera-t-il du projet des femmes prêtres ? Fixons modestement l’horizon vers 2022, avec la perspective d’un synode sur la synodalité ! Le pape François y tient beaucoup ! L’Eglise d’Allemagne s’exprime déjà à travers un synode national qui annonce les réformes à faire : Dès Décembre 2019, une lettre est adressée aux catholiques d’Allemagne par le groupe Wir sind Kirche :

« Depuis le 1er décembre 2019 est lancé le Synode de l’Église d’Allemagne, à l’initiative des laïcs. Les auteurs proposent quatre thèmes de discussion : « Pouvoir et séparation des pouvoirs dans l’Église, Participation commune et association à l’envoi en mission ; Le ministère sacerdotal aujourd’hui ; Femmes dans les ministères et les fonctions de l’Église ; Trouver l’épanouissement dans les relations – Vivre l’amour dans la sexualité et le partenariat ». Les auteurs de cette lettre veulent aider à « une prise de conscience d’un renouvellement adéquat, cherchant  à reconnaître les signes des temps, contribuant ainsi à  vivre en chrétiens et à faire Église à partir de l’Évangile et des réalités contemporaines dans un esprit œcuménique ».

Le 23 janvier 2021, pour la journée mondiale de la communication, le pape François invite à un retour à l’essentiel, en reprenant les paroles de Jésus : « Viens et vois ». Un appel qui s’adresse à toute femme et tout homme, laîc ou ministre ordonné :

« La bonne nouvelle de l’Evangile s’est diffusée dans le monde grâce à des rencontres de personne à personne, de cœur à cœur. Des hommes et des femmes qui ont accepté la même invitation, “Viens et vois”, et qui ont été frappées par un “surplus” d’humanité qui transparaissait dans le regard, dans la parole et dans les gestes de personnes qui témoignaient de Jésus Christ. Tous les instruments sont importants, et ce grand communicateur qui s’appelait Paul de Tarse aurait certainement utilisé la poste électronique et les messages sociaux. Mais ce furent sa foi, son espérance et sa charité qui impressionnèrent ses contemporains qui l’écoutaient prêcher et qui eurent la chance de passer du temps avec lui, de le voir au cours d’une assemblée ou d’un entretien individuel. Ils constataient, en le voyant à l’action dans les lieux où il se trouvait, combien son annonce de salut dont il était porteur par la grâce de Dieu était vraie et féconde pour la vie. Et même là où ce collaborateur de Dieu ne pouvait être rencontré en personne, sa façon de vivre dans le Christ était témoignée par les disciples qu’il envoyait (cf. 1 Co 4, 17) ».

6 février 2021 : Nathalie Becquart est une religieuse française Xavière, un ordre d’inspiration jésuite. Le pape François l’a nommée samedi 6 février à un poste très important du Vatican, le synode des évêques, où elle aura le droit de vote, et dont elle devient numéro 2 – plus exactement sous-secrétaire. Ne vous fiez pas au mot «secrétaire», le poste correspond plutôt un statut de vice-ministre. Et de niveau international. Ce n’est pas une première au Vatican, mais cette nomination est rare pour une femme. Des générations de jeunes catholiques français connaissent bien Nathalie Becquart. De 2008 à 2018, elle occupa des responsabilités nationales relatives à la pastorale des jeunes au sein de la Conférence des évêques de France. Elle a ainsi accompagné des milliers de jeunes pour les Journées mondiales de la jeunesse (JMJ) à Sydney en Australie, à Madrid en Espagne, à Rio de Janeiro au Brésil, à Cracovie en Pologne et, plus récemment, au Panama.

A l’heure où le vaccin anti-covid 19 prend son envol, ne pourrait-on pas rêver d’un vaccin anti sclérose théologique qui, chez les chrétiens de tout milieu, serait une prévention efficace contre les peurs irraisonnées face à l’évolution des mentalités ? Le synode d’octobre 2022 sera-t-il le moment de grâce où quelques-uns des objectifs catholiques seront atteints ? A la grâce de Dieu ! Et de préférence, comme pour le vieillard Siméon, APRES le moment où des millions d’espérants auront vu briller la Lumière des Nations sur le visage des femmes ordonnées chez les catholiques… Ensuite, on pourra chanter le «Nunc dimittis… Maintenant Seigneur… »

Claude Bernard
25 février 2021

 

 

En mémoire d’elle

« On ne progresse jamais sans mémoire, on n’évolue pas sans une mémoire complète et lumineuse »

C’est François, évêque de Rome, qui dit cela dans sa dernière Lettre encyclique (1). Et relisant un merveilleux petit livre de Gabriel Ringlet (2), je me rends compte qu’il parle d’un texte d’Evangile qui m’a beaucoup touché pendant le confinement dû à la covid-19 : il s’agit de Mt 26,6-13. J’ai donc voulu méditer ce passage de Mt (ou de Mc 14, 3-9 qui lui est parallèle), en approfondir l’étude, et si possible, en tirer quelques orientations pour le présent.

Situons l’épisode que rapportent Mc et Mt. Les grands prêtres et les anciens ont pris la décision d’arrêter Jésus et de le tuer. La fête de Pâque est proche. Jésus est à Béthanie. Invité par Simon le lépreux, Jésus est allongé à table dans sa maison. Une femme – anonyme – vient et répand un parfum de grand prix sur la tête de Jésus. Ce qui provoque l’indignation des disciples. On aurait pu, en effet, vendre ce parfum et donner l’argent aux pauvres. Mais Jésus réagit en faisant l’éloge de cette femme : « elle a accompli une bonne œuvre, anticipant et préparant ainsi mon ensevelissement ». Et le récit s’achève ainsi : « Partout où sera proclamé cet évangile dans le monde entier, on racontera aussi, en souvenir d’elle, ce qu’elle a fait ».

C’est là la traduction de la TOB. Je préfère celle de Sœur Jeanne d’Arc, beaucoup plus proche du texte grec original : « Partout où sera clamée cette bonne nouvelle, dans le monde entier, on parlera aussi de ce qu’elle a fait, en mémoire d’elle. » Ou encore la Bible de Jérusalem (BJ) : «… on redira aussi, à sa mémoire, ce qu’elle vient de faire… » (3)

Tout de suite après, c’est la trahison de Judas, la préparation du repas d’adieu, dans une ambiance pascale, et le repas lui-même avec ce que l’on appelle l’institution de l’Eucharistie. Il est intéressant de noter cette proximité, dans le texte, de l’onction de Béthanie et de la Cène.

Dans le troisième Evangile synoptique, celui de Luc, on ne trouve pas l’épisode lu en Mc et Mt, du moins dans le même contexte. Mais on trouve ailleurs, en Lc 7, 36-50, un récit qui n’est pas sans quelque parenté.

Jésus est allongé pour prendre un repas chez un pharisien. Vient une femme – anonyme, mais désignée comme pécheresse – et, derrière Jésus couché à table, elle baigne ses pieds de larmes, les essuie avec ses cheveux, et y verse le parfum qu’elle avait apporté. Le pharisien s’étonne et s’indigne. Alors Jésus, à l’aide d’une parabole, fait la leçon au maître de maison, et l’éloge de la femme qui a beaucoup aimé, et se devinant pardonnée, a ainsi montré sa reconnaissance.

Il se trouve que ce récit de Lc a quelques traits communs avec la scène que rapporte le quatrième Evangile, dans un contexte proche de Mc et Mt. Il s’agit de Jn 12, 1-8. La Pâque est proche (Jn 11, 55). Jésus est à Béthanie. Un dîner est offert en son honneur. Marthe sert, et Lazare, son frère, est parmi les convives. Une femme, désignée par son nom, Marie, oint les pieds de Jésus avec un parfum de grand prix, et les essuies avec ses cheveux. L’indignation des disciples est ici mise au compte du seul Judas. Mais Jésus fait l’éloge de Marie, qui a agi ainsi en vue de son ensevelissement. Et Jn, comme Mt et Mc, ajoute : « Des pauvres, vous en avez toujours avec vous, mais moi, vous ne m’avez pas pour toujours ». (Jn 12, 8 cf. Mt 26, 11 et Mc 14,7)

Voilà en tout cas le geste d’une femme qui a beaucoup marqué les premières communautés chrétiennes, puisque, sous des formes différentes, surtout Lc, tous les évangiles le rapportent. Et, au moins chez Mc et Mt, il convient d’en faire mémoire.

Il est un autre récit évangélique où il est demandé de faire mémoire. Il s’agit de Lc 22, 14-20 : c’est le dernier repas de Jésus avec les siens, repas au cours duquel il anticipe symboliquement ce qu’il va vivre peu après, le don total de lui-même sur la Croix : « Il prit du pain et après avoir rendu grâce, il le rompit et le leur donna en disant : « ceci est mon corps donné pour vous. Faites ceci en mémoire de moi. » (Lc 22, 19) (4)

On trouve chez Paul un récit semblable, en 1Co 11, 23-26. Mais si Paul a bien la même invitation à faire mémoire avec le pain, il la renouvelle pour la coupe : « Cette coupe est la nouvelle Alliance en mon sang ; faites cela, toutes les fois que vous en boirez, en mémoire de moi. » (1 Co 11, 25)

Le récit de la Cène et de sa dimension eucharistique, nous le trouvons aussi en Mc 14, 22-25 et Mt 26, 26-29… mais sans l’invitation à faire cela en mémoire de Jésus. C’est que la perspective n’est pas tout à fait la même.

Mc et Mt font référence à Ex 24, 8(« Ceci est le sang de l’Alliance que Yahvé a conclue avec vous… »), mettant ainsi en valeur la continuité avec l’Alliance du Sinaï. Or de celle-ci, il allait de soi qu’il fallait en faire mémoire, le Seigneur l’avait demandé par l’intermédiaire de Moïse : « Ce jour-là, vous en ferez mémoire et le solenniserez comme une fête en l’honneur de Yahvé » (Ex 12,14). Il s’agit, bien sûr, du jour de la libération d’Egypte, dont on fera un mémorial annuel. (cf. encore Ex 13, 9 ; Dt 16, 3… L’alliance du Sinaï est comme la signature de cette libération et s’inscrit dans le même mémorial.) Cette Alliance s’accomplit pleinement en Jésus donnant sa vie sur la Croix.

Lc et Pl insistent sur la nouveauté, rappelant la prophétie de Jérémie ; Jr 31, 31-34(« Voici venir des jours où je conclurai avec la maison d’Israël une alliance nouvelle… »). C’est de cette Alliance nouvelle et décisive parce que scellée dans le sang du Christ, véritable agneau Pascal, que nous sommes invités à faire mémoire.

Parlant de la femme qui, humblement, l’a oint de son parfum, Jésus dit : « On parlera de ce qu’elle a fait, en mémoire d’elle ». A la Cène, Jésus dit : « Faites ceci en mémoire de moi ». J’ai déjà signalé, à propos de Mc et Mt, la proximité textuelle de l’onction de Béthanie et du repas d’adieu. Et Gabriel Ringlet d’écrire : « Il ne faut pas séparer les mémoires. Il ne faut pas séparer les repas. Il ne faut pas oublier que deux ou trois jours auparavant, lors d’une autre Cène, chez Simon le lépreux, il a dit avec la même force : « faites ceci en mémoire d’elle ». (o.c. p.62)

Or on les a bien séparées, ces mémoires, au fil de l’histoire. Peut-être même a-t-on laissé la première dans l’ombre, alors qu’on valorisait la seconde. Il est vrai que l’invitation de Jésus à faire mémoire de lui, avec les gestes du pain et du vin, a très vite pris une tournure cultuelle, rituelle. Et l’on sait que le rite, avec son caractère répétitif, entretient la mémoire. Iln’en a pas été ainsi pour l’autre mémoire. Et pourtant … ! Il était difficile, pour une Eglise très patriarcale, d’imaginer un rite dont une femme aurait été le célébrant ! C’est la « mémoire sélective » qui a joué. Et cela s’est bien ressenti dans le contexte de pandémie que nous vivons. C’est regrettable.

Mais « faire mémoire », c’est quoi ? Dans les textes bibliques, le mémorial a une grande importance. Il ne s’agit pas seulement de se souvenir d’un événement passé. Certes le mot hébreu Zâkar a bien le sens de « se souvenir », mais aussi de rappeler, conserver. Et la manière dont ce terme est utilisé en précise le sens. Il s’agit de s’enraciner dans un peuple qui se reconnaît peuple de Dieu. Du coup, faire mémoire, c’est entrer dans la mémoire de Dieu qui, lui, n’oublie pas et se souvient de son Alliance. Il s’y engage : « Je me souviendrai de mon alliance entre moi, vous et tout être vivant quel qu’il soit » (Gn 9,15). Et il tient parole : « Il s’est toujours rappelé son alliance, mot d’ordre pour mille générations …alliance perpétuelle pour Israël » (Ps 105 (104), 8-10).

L’Alliance a établi une relation étroite entre Dieu et le peuple. Pour le croyant, faire mémoire renouvelle cette relation. Il se souvient des hauts-faits de Dieu dans l’histoire, sachant que Dieu est toujours fidèle, toujours activement présent. Son amour est à l’œuvre aujourd’hui, comme hier et demain. Ainsi, la mémoire domine le temps, elle est conscience d’un présent qui domine le temps.

Quoi d’étonnant, puisque c’est l’Esprit Saint qui est la clé de la mémoire « Le Paraclet, l’Esprit Saint que le Père enverra en mon nom, vous enseignera toutes choses et vous fera ressouvenir de tout ce que je vous ai dit » (Jn14, 26 cf. Jn 16,13).

Or, et je me réfère ici à Christian Duquoc : « L’Esprit est source de communion, non abolition des différences », « …l’esprit institue la différence comme richesse… », « Suscitant la différence comme fondement de la communication, l’Esprit est « charité et amour » ». (5)

Clé de la mémoire, l’Esprit nous rappelle les actes et les paroles de Jésus, il nous en fait découvrir toute la profondeur, toute la richesse. Il nous relie à la réalité historique de Jésus, il nous le fait reconnaître dans sa vraie personnalité ; « Nul ne peut dire « Jésus est Seigneur » si ce n’est par l’Esprit Saint » (1 Co 12, 3). Il nous dit que nous ne sommes pas le Christ, que nous avons mission d’être ses témoins, et il nous invite à entrer dans l’attitude filiale de Jésus, reconnaissant Dieu pour Père et les autres comme des frères.

En mémoire d’elle En mémoire de moi Il s’agit pour nous d’actualiser, de donner corps dans notre aujourd’hui, à ces actes et paroles d’autrefois, afin de maintenir ouverte l’espérance en l’avenir dont ils sont porteurs. Et d’abord parce qu’ils visent la Passion, la mort et la résurrection de Jésus qui sont le cœur de notre foi chrétienne. « Avant la fête de la Pâque, Jésus sachant que son heure était venue, l’heure de passer de ce monde au Père, lui, qui avait aimé les siens qui sont dans le monde, les aima jusqu’à l’extrême » (Jn 13, 1). Toute la vie terrestre de Jésus a été marquée par cet amour : accueil, disponibilité, attention, prédilection pour celles et ceux qui avaient le plus besoin d’être aimés, parce qu’ils étaient les moins considérés dans la société d’alors. A la Cène, Jésus révèle ce que fut réellement sa vie : un libre don de soi. A travers les gestes du repas et les paroles qui disent le sens qu’il leur donne, il devance sa mort en présence de ses disciples, c’est-à-dire de ceux qui vont le livrer, le renier, l’abandonner… et il leur fait don de cette mort. Le pardon est déjà à l’œuvre.

Se donner librement implique de vouloir aller jusqu’au bout, jusqu’à l’extrême. Pour Jésus, ça veut dire laisser les autres disposer de lui, au lieu d’en disposer lui-même. « Je donne ma vie » : « Ma vie est à vous, entre vos mains ».

Dans l’Eucharistie, Jésus continue à se donner au-delà de la finitude humaine, parce que celui qui est allé jusqu’à l’extrême de l’amour, Dieu-Père l’a ressuscité, et l’a fait Seigneur et Christ. Seul un vivant peut se donner, s’offrir dans la durée de l’histoire. Sans la résurrection, le mémorial risquerait de n’être qu’un simple souvenir humain. Il faut tenir ensemble Vendredi saint et Pâque.

Le don que Jésus fait de lui-même à la croix, et dont l’Eucharistie fait mémoire, manifeste le don du Père qui, par amour, livre ce qu’il a de plus précieux, son Fils. Voilà Dieu : il n’a rien d’autre à donner que lui-même, mais il se livre à fond par amour… …et il nous appelle à faire de même.

Quand Jésus dit « prenez et mangez, ceci est mon corps », ces mots ne s’adressent pas au pain comme tel, mais au pain en train d’être rompu et partagé entre ceux qui sont là, et qui sont appelés à devenir à leur tour corps du Christ. Et, comme à la multiplication des pains, il y aura des restes, pour que la Cène continue à se vivre au fil du temps, et à susciter des membres vivants de ce corps en les nourrissant du Christ ressuscité, par l’action de l’Esprit Saint.

La communauté qui célèbre se souvient que si elle veut vraiment suivre le Christ, elle est invitée à mettre au cœur de sa vie la même option. Elle s’affirme prête à dire à la suite de Jésus : ma vie est à vous, voici ma vie donnée pour vous. Faire mémoire, ce n’est pas seulement écouter la Parole, et recevoir le Corps et le Sang du Christ, c’est entrer vraiment dans la dynamique du don de soi : se livrer aux autres, être disponible aux besoins des autres… Si le témoignage de vie ne suit pas, le rite est vide. Quand il rappelle le repas du Seigneur, Paul va fort : si votre Eucharistie ne construit pas la communauté et n’anime pas le témoignage, vous mangez et buvez votre propre condamnation ! (1Co 11, 17-34).

Se livrer soi-même, à la suite de Jésus ; c’est aussi ce que nous dit Jn 13, 2-20« …il les aima jusqu’à l’extrême. » et l’évangéliste Jean enchaîne avec un geste de Jésus qu’il est le seul à rapporter : Jésus dépose son vêtement, se ceint d’un linge, et se met à laver les pieds des disciples et à les essuyer avec le linge, avant de remettre son vêtement et de reprendre place à table. C’est bien dans le contexte d’un repas que cela se passe, et dans un climat dramatique ; l’heure est venue, et Judas poussé par le diable pense déjà à livrer Jésus.

Jésus reprend pour les disciples ce que Marie a fait pour lui, quelques versets plus haut (Jn 12, 1-3). C’est aussi le geste accompli sur lui par la femme anonyme et pécheresse de Lc 7, 36 s ; par la femme anonyme de Mt 26, 6-13, et de Mc 14, 3-9.

On peut penser que c’est d’elle(s), de cette femme (ou de ces femmes, peu importe) que Jésus a appris ce geste : cette attitude de profonde humilité et de service. Ne peut-on pas dire que, déjà, Jésus lui-même fait cela « en mémoire d’elle(s) » ? Du coup « en mémoire d’elle » et « en mémoire de moi » se rejoignent.

D’ailleurs toutes deux ont, selon les paroles de Jésus, la même perspective. « En répandant ce parfum sur mon corps, elle a préparé mon ensevelissement » (Mt 26, 12 cf. Mc 14, 8 ; Jn 12, 7). C’est donc bien dans la mort et la résurrection de Jésus que l’onction de Béthanie prend tout son sens. Les rites de la mort, l’embaumement du cadavre, ne pourront se faire pour Jésus, puisque les femmes ne le trouveront pas au tombeau. Ce qui se révèlera alors inutile est ici anticipé, sur un corps vivant…

Quant à l’Eucharistie, à travers les gestes et les paroles sur le corps et le sang, c’est bien la mort en croix et la résurrection qui sont en jeu. C’est bien ce qui est le cœur de notre foi chrétienne qui est désigné par ces deux mémoires, inséparablement.

« Voulez-vous honorer le corps du Christ ? Ne le méprisez pas quand il est nu… Quelle utilité d’avoir une table garnie de coupes d’or en l’honneur du Christ quand lui-même est dévoré par la faim ? Secourez-le d’abord dans sa pauvreté et puis vous ornerez sa table avec ce qui vous restera… Tout en l’honorant dans la maison de Dieu, ne méprisez pas votre frère qui est accablé : ce temple-là est bien plus important que l’autre ! » (6) Jean Chrysostome – comme bien d’autres Pères de l’Eglise – n’a pas oublié que : « des pauvres, vous en avez toujours avec vous », et que le souci de leurs besoins et la mise en œuvre des moyens d’y répondre, sont premiers par rapport au culte.

Nous vivons un moment difficile : pandémie, menace terroriste, incertitude… Nous prenons conscience de notre fragilité. Mais aussi, si nous réfléchissons un peu, de notre interdépendance, et pas seulement entre nous, les humains, mais aussi entre nous et l’univers entier. Dans ce contexte, ma foi chrétienne m’interroge et me suggère quelques réflexions. Si nous avions gardé vivante la « mémoire d’elle », et si nous n’avions pas réduit la « mémoire de moi » à la seule messe, nous pourrions vivre ce temps de manière positive. C’est du moins ainsi que je m’efforce de le vivre.

Je n’oublie pas qu’un sacrement ne se réduit pas à un rite. Le plus important est la grâce qu’il communique, le fruit qu’il porte. Dans l’Eucharistie, le fruit nous est révélé en Jésus : il s’agit du don de sa vie pour que les autres vivent ; il s’agit de se donner pour réaliser la fraternité, la communion. Se livrer soi-même, à la suite de Jésus, comme lui, même si c’est bien petitement ! Si la messe ne conduit pas à faire communauté, communauté vivante et rayonnante, elle n’est qu’un rite … peut-être vide. Si elle ne conduit pas à des gestes concrets au niveau des relations humaines, à des actes d’amour reflétant la générosité et la tendresse divines manifestées en Jésus, elle n’est qu’une « pratique » cultuelle sans impact sur la vie réelle. Or c’est le service de la vie qui compte.

Je n’oublie pas davantage que le mot eucharistie veut dire « action de grâce ». C’est beaucoup plus vaste que la seule messe. Pendant ce temps d’incertitude, je suis en admiration devant le dévouement extraordinaire de soignants, devant l’engagement de tant de médecins, d’infirmières…pour prendre soin des malades. Admiratif devant les personnes qui vont vers les gens en difficulté, se préoccupant de leurs besoins, leur apportant le nécessaire. Admiratif devant celles et ceux qui, malgré les risques, assurent au mieux leur service social. Admiratif devant tant de gestes de solidarité… La liste serait longue ! Alors oui, il y a de quoi rendre grâce, faire eucharistie, pour tous ces gestes que tant de personnes accomplissent en donnant le meilleur d’elles-mêmes.

… Et je crois que cela est aussi l’œuvre de l’Esprit saint, ce grand souffle d’amour de Dieu dans le cœur des humains, croyants ou pas. Car : « l’amour de Dieu a été répandu dans nos cœurs par l’Esprit Saint qui nous a été donné » (Ro 5, 5). A moi, à nous, chrétiens, de saisir cela dans notre prière et d’en faire eucharistie. Nous sommes le peuple de l’action de grâce.

Ces personnes-là, se souciant du corps de la sœur, du frère en humanité, ont fait « cela en mémoire d’elle ». L’important n’est pas qu’elles l’aient su ou non. L’important n’est pas de savoir, mais d’agir, de faire. N’est-ce pas ce que nous dit l’Evangile en Mt 25, 31-46, dans cette scène grandiose du jugement dernier ? Le Fils de l’homme ne nous demande pas si nous avons eu notre messe, mais si nous avons servi notre sœur, notre frère, affamés, assoiffés, nus, prisonniers… car ce que « vous avez fait à l’un de ces plus petits qui sont mes frères, c’est à moi que vous l’avez fait. » Et qu’importe, dit Jésus, que vous m’ayez reconnu ou pas… ce qui compte, c’est que moi, je vous reconnaisse comme celles et ceux qui ont été des relais efficaces de mon amour.
Nous n’avons pas eu la messe pendant quelques semaines, quelques mois peut-être. Nous étions sur pied d’égalité avec toutes celles, tous ceux qui étaient privés de quelque chose d’important à leurs yeux. Mais n’était-ce pas l’occasion de nous rappeler que, dans la messe, il y a la table du pain et du vin, mais il y a aussi la table de la Parole. Et la Parole de Dieu restait à notre disposition. Nous pouvions la lire, la méditer, et même la partager, les moyens modernes offrent tant de possibilités.

Nous pouvions aussi vivre ce « manque de messe » occasionnel en profonde solidarité avec les nombreux chrétiens catholiques qui sont, eux, privés de la messe des mois, voire des années entières, pour des raisons purement juridiques. La même institution qui leur dit que l’Eucharistie est au cœur de la vie des croyants, leur dit en même temps : vous, vous ne pouvez pas l’avoir faute de prêtres… alors que tous les baptisés sont prêtres, prophètes et rois. Mais il faudrait pour cela que cette institution accepte de se réformer, de se convertir, d’évoluer, au lieu de se replier sur des traditions purement humaines qu’elle s’est données en d’autres temps. Que faisons-nous pour travailler à cette indispensable évolution, ne serait-ce qu’en la portant dans notre prière si nous ne pouvons pas davantage ?

Et rappelons-nous que vivre la grâce eucharistique, ce don de soi pour vivre en communion fraternelle, est la manière la plus vraie de « faire mémoire du Christ ». Et que servir les autres, surtout les plus petits, être attentifs à leurs besoins et à leurs attentes, est lamanière la plus authentique de « faire mémoire d’elle ».

Nous finirons bien par sortir de ce moment critique. Aura-t-il contribué à me faire grandir dans une vie spirituelle plus intense, dans une prière personnelle plus fidèle, et surtout dans le don du meilleur de moi-même dans les contacts plus rares que je pouvais avoir avec les autres ?

Oui, ce pouvait être un temps de réflexion profonde et de conversion :
– pour la société, appelée à plus de sagesse. Nous savons bien que si nous retombons dans les erreurs du passé, si nous continuons à sacrifier les humains au profit, nous connaîtrons d’autres crises, et plus graves peut-être,
– pour l’Eglise, privée pour un temps de ses repères habituels, et appelée par là-même à se demander si d’autres manières d’être ne seraient pas à explorer, avec audace.

Pour ma part, je n’accepte plus d’entendre des propos tels que celui-ci (si commun !) : les femmes ne peuvent pas accéder à un ministère ordonné, parce que Jésus n’a choisi que des hommes. Y a-t-il un seul Apôtre dont Jésus nous a demandé de faire mémoire ? Mais il a bien demandé de « faire mémoire de moi (lui) » et de « faire mémoire d’elle ». « Ne séparons pas les mémoires ».

Notes

(1)Fratelli tutti. Tous frères. Lettre encyclique, n° 249
(2) Gabriel Ringlet, Un peu de mort sur le visage, DDB, Paris, 1997, pp. 60-62.
(3).Mt 26, 13. Le texte grec dit : lalèthèsetai kai o epoièsen autè eis mnèmosunon autès. Textuellement : « il sera parlé aussi de ce que fit celle-ci en mémoire d’elle ». Marc est semblable.
(4) .Lc 22, 19. Le grec dit : toûto poieite eis tèn emèn anamnèsin. Textuellement : « cela faites en la mienne mémoire ».
(5) Christian Duquoc, Dieu différent. Cerf, Paris 1977 p.109.
(6) Jean Chrysostome, Sur Mt, hom. 50, 3-4. P.G. 58, 508-509, traduction : Fr. Leduc.

Gui Lauraire




Revue N° 101 : et après… L’Evangile, espérance et libération ?

Edito de Jean-Paul Blatz

 

En son temps, Jésus parlait l’araméen avec ses parents et ses amis. Ses gestes et ses pa roles ont été mis par écrit selon la tradition du midrash qui fit de Jésus le messie attendu par les juifs. Publiés en grec, les évangiles furent desti nés au monde païen. Ignorant la façon dont les juifs comprenaient et écrivaient les Écritures, les nou- veaux chrétiens les ont interprétées d’une manière littérale. Cette vision de la Bible fonda la tradition catholique faisant d’Adam, d’Ève et des rois mages des personnages historiques et des miracles des faits historiques.

 

La rencontre de l’Occident avec des cultures extraeuropéennes fut suivie d’une expansion missionnaire remarquable dont les porteurs, dès le XIXèmesiècle, prirent conscience d’une nécessaire inculturation qui devait passer d’abord par une traduction des textes bibliques dans toutes les langues vernaculaires du monde. Les mission- naires se firent linguistes et ethnologues, aidés par d’innombrables catéchistes indigènes. Cette inculturation, néanmoins incomplète, le latin restant la langue liturgique, connut un nouvel essor grâce au concile Vatican II, à la théologie de la libération et à l’arrivée aux responsabilités, dans les Églises du Sud, d’un clergé autochtone.

 

Or voici qu’en Occident, berceau d’un christianisme ancien hérité des cultures grecque et latine, les nouvelles générations ne comprennent plus le langage de l’Église catholique. Mal- gré les tentatives des pères conciliaires pour réformer l’institution, ses responsables, à de rares exceptions près, se figent dans une interprétation littérale des Écritures, continuent à distinguer un univers sacré d’un monde profane et ignorent le monde contemporain et ses évolutions. Foin des Lumières, de la démocratie et des droits humains ! Dans les églises, le langage reste abscons. Certains prédicateurs ne se soucient ni des désirs, ni des préoccupations des fidèles et se réfugient dans un passé reconstitué. Le christianisme disparaît de la vie quotidienne, la sécularisation s’installe.

 

Dans les Réseaux du Parvis, nous avons conscience, depuis longtemps, de cette situation. Pour d’autres, l’après-confinement en est un révélateur. Le déconfinement sera peut-être aussi un accélérateur de cette évolution qui a commencé à vider les églises bien avant la découverte de la Covid19. En Occident, l’Église catholique connaît une rupture inhérente à la mise en place progressive d’une nouvelle civilisation dominée par les progrès scientifiques, l’aspiration à la démocratie, la recherche individuelle du bonheur et la persistance d’injustices liées à l’ultrali- béralisme économique.

 

Face à ces changements, nous sommes convaincus que le message du Christ, une fois débar- rassé d’interprétations et de traditions peu évangéliques, sera à nouveau source de vie pour nos contemporains. Nous croyons que la foi dans le Ressuscité permettra encore longtemps à des femmes et des hommes de donner sens à leur vie et de promouvoir la justice et la fraternité dans le monde. C’est dans cet esprit que nous entamons une nouvelle étape dans la vie des Réseaux du Parvis.

 

Jean-Paul Blatz




Compte rendu du C.A du 19 septembre 2020 par visio-conférence

Vous pouvez cliquer ICI pour accéder au compte-rendu du Conseil d’Administration de la Fédération des Réseaux du Parvis.

Remarque préliminaire : les conditions d’une réunion par zoom étant moins souples que lors d’une réunion en présentiel, et le temps plus compté, Jean-Pierre Schmitz a accepté de ne pas faire oralement son rapport sur l’international et l’a envoyé ensuite par mail. Anthony
Favier n’avait pas non plus pu évoquer les activités des Amis du 68 et a également envoyé sa contribution. Ces éléments sont en italiques dans le texte.

Bonne lecture.

Compte-rendu du Conseil d’Administration




C.A du 19 septembre 2020 par visio-conférence

Remarque préliminaire : les conditions d’une réunion par zoom étant moins souples que lors
d’une réunion en présentiel, et le temps plus compté, Jean-Pierre Schmitz a accepté de ne
pas faire oralement son rapport sur l’international et l’a envoyé ensuite par mail. Anthony
Favier n’avait pas non plus pu évoquer les activités des Amis du 68 et a également envoyé sa
contribution. Ces éléments sont en italiques dans le texte.

Introduction – méditation

Commentaire en liberté de l’évangile de la rencontre à Emmaüs, par Christiane Bascou :

Sur le chemin d’Emmaüs, la visibilité de Jésus ressuscité est de … zéro.
-malgré la rencontre, le cheminement et le dialogue avec les discipes
-malgré le travail commun sur les textes bibliques et la joie qui en découle
– C’est uniquement par leur geste de partage (ils proposent à l’inconnu de partager leur
repas) que les deux disciples de base vont permettre, vont donner une visibilité à Jésus.
Celui-ci refait alors symboliquement avec eux à l’auberge le geste qui fonde et symbolise
l’action fraternelle des chrétiens, (non pas le repas eucharistique actuel, où dans les faits,
tous reçoivent passivement un morceau partagé par un seul, mais le partage effectif et
fraternel, des uns aux autres, qui fait de chaque chrétien un acteur de sa foi, et qui a donné
toute sa force au geste symbolique). Cette action, appelée à tort ‘multiplication des pains’, a
été initiée après un discours sur la montagne et réitérée par la suite par les foules qui
suivaient Jésus dans les périphéries (par exemple près de Magadane sur la mer de Galilée –
Mt 15,29-39). A cause de Jésus, dont les paroles : « Donnez-leur vous mêmes à manger »
étaient on-ne-peut-plus claires … ils l’ont fait ! Et ceux qui les ont vus faire l’ont fait aussi :
celui qui avait donnait, celui qui n’avait pas prenait.




Revue N°100 : demain commence aujourd’hui… Changement ? Recommencement ?

L’infolettre :

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Recension du livre : « Manifeste pour un christianisme d’avenir » par Jean-Marie Kohler

Plaidoyer pour un christianisme d’avenir

La lecture du Manifeste pour un christianisme d’avenir récemment paru chez Karthala éclairera et réjouira celles et ceux qui, attachés à l’Évangile de Jésus de Nazareth, s’interrogent sur la portée actuelle du christianisme et veulent contribuer à en sauvegarder l’essentiel. Que faire de ce précieux héritage, pléthorique et souvent contradictoire, qui se délite après deux millénaires de sublime rayonnement et de trahisons sans nombre ? N’est-ce pas vers un naufrage annoncé que dérivent les Églises qui le fossilisent pour pérenniser de façon illusoire leur puissance passée ? Faut-il donc se résigner à la mainmise des mouvements évangéliques, charismatiques et identitaires sur ce patrimoine ? Ou faudra-t-il résolument reprendre la route ouverte par le Nazaréen ? Toujours neuve et créatrice est l’humble Parole initiale qui, avec ou sans religion, en deçà et par delà toutes les constructions dogmatiques,  balise la voie prophétique du plus intégral des humanismes, la voie subversive et divine des béatitudes et des paraboles.   

À l’origine de cet ouvrage, une démarche hors les murs qui s’est voulue pragmatique et évolutive. Une journée d’études rassemblant autour de travaux théologiques novateurs près de 150 militants et penseurs de diverses appartenances, invités à confronter leurs croyances et leurs questions face au devenir profane et religieux du monde  contemporain. Lancement d’une recherche conjuguant approches théoriques et engagements sur le terrain, en collaboration avec des associations œuvrant à ce double niveau. Au programme, l’analyse des publications de John Shelby Spong et de Joseph Moingt respectivement par Jacques Musset et Jean-Pol Gallez, deux conférences de Jean-Marie Bourqueney, et une synthèse produite par Robert Dumont. Outre plusieurs autres contributions intéressantes, le livre rapporte une partie des échanges intervenus avec l’assemblée. 

Parmi les nombreux thèmes abordés figure en premier le problème du fondamentalisme et des multiples formes de traditionalisme qui pétrifient et décrédibilisent les Églises. Il est de fait que le christianisme n’est concevable qu’à partir de ses racines, des Écritures et de la Tradition, mais il ne peut vivre et se transmettre qu’en symbiose avec les cultures humaines qui évoluent au fil de l’histoire. D’où l’absolue nécessité de réinterpréter sans cesse les récits et les « vérités » du passé pour cheminer vers l’inaccessible transcendance qui offre aux hommes de pouvoir enfanter l’amour et Dieu en ce monde, et de tisser ainsi l’éternité. Le Credo de Nicée a permis de penser la foi au IVème siècle, mais ses énoncés ne sont plus plausibles aujourd’hui. Les prodigieux progrès des sciences physiques, biologiques et humaines obligent à tout repenser sans relâche, en tension entre la Parole fondatrice et l’évolution de l’humanité conjointement avec son environnement, surtout en ce temps de mutations plus radicales encore que ne le furent celles du passage au néolithique.

Qu’en est-il de Dieu ? Sont récusées les représentations de la divinité qui, depuis des millénaires, prévalent jusqu’à nos jours. Images d’une toute-puissance arbitraire surplombant l’univers et les humains, exigeant de ceux-ci soumission et prières pour échapper aux malheurs et obtenir les bienfaits qu’ils espèrent et une promesse d’immortalité. Une conception relevant d’une ère civilisationnelle révolue qui s’avère désormais indigne à la fois de Dieu et de l’homme, car servile et marchande. La réflexion théologique et la spiritualité actuelles situent Dieu au cœur de la vie et au plus profond de l’homme, parfois même jusqu’au sein de la matière en tant que dynamique créatrice. Du Dieu Père révélé par les évangiles au Dieu perçu comme énergie cosmique par la théologie du Process, le lecteur est invité à s’interroger sur les projections théologiques proposées dans l’ouvrage en partant de l’intime expérience de son rapport personnel au divin. 

Pour ce qui est de Jésus, les analyses fournies dans ce livre s’attachent plus à ce que l’exégèse permet aujourd’hui de savoir du vécu et du message de ce prophète galiléen qu’aux spéculations dogmatiques dont il a fait l’objet par la suite. Surinvesti par les Églises pour fonder le christianisme comme religion, son supplice ne pouvait pas être imaginé et voulu par un Dieu de sagesse et d’amour pour sauver l’humanité d’un supposé péché originel, et l’enseignement de sa vie importe plus que sa mort glorifiée pour elle-même. Ce qui a mené Jésus au Golgotha, c’est la contestation de l’ordre établi par son annonce universaliste d’un Royaume de justice assurant paix et bonheur aux pauvres et autres laissés-pour-compte, c’est l’opposition à la puissance politico-religieuse des prêtres et des docteurs de la Loi. Un assassinat pour défendre le Temple de Jérusalem et les privilèges liés au culte et à ses retombées économiques. Suprême témoignage d’une vie donnée pour libérer les humbles.

Décisives pour comprendre l’évolution du christianisme sont les analyses que l’ouvrage consacre à la naissance de l’Église en rapport avec une christologie présentant Jésus comme le Fils unique de Dieu venu instaurer une nouvelle religion. Ébauchée très tôt dans le prolongement de la théologie des sacrifices de la religion juive, la lecture sacrificielle de la mort de Jésus, proclamé ultime et souveraine victime expiatoire, a conduit à l’émergence d’une caste sacerdotale sacralisée et à une vision hypertrophiée et magique de l’eucharistie – clés de voûte du catholicisme romain, aux antipodes des perspectives originelles de l’Évangile. Alors que le « culte en esprit et en vérité » devait se substituer aux immolations et rites du Temple, que la « pureté du cœur » devait l’emporter sur les obsessions de la pureté rituelle et sur le moralisme, et alors que l’Évangile avait inauguré un humanisme laïque placé sous le signe d’une fraternité sans frontières, le christianisme a été intrinsèquement perverti par le cléricalisme et s’est peu à peu réifié en religion. Conçue dans le judaïsme, conceptualisée dans le cadre de la philosophie grecque, romaine et fille de l’Occident politique ensuite, cette religion est à présent prisonnière de son passé.

Réformer de nouveau, voire refonder le christianisme. L’ouvrage propose de pertinentes perspectives pour avancer dans cette direction. Tous les intervenants se sont accordés pour considérer que c’est au niveau des options doctrinales que se trouve la source du conservatisme mortifère et de la corruption systémique de la religion chrétienne – de ses dérives politico-organisationnelles, spirituelles et morales. Ne réaménager que les structures ecclésiastqes et les pratiques cultuelles, les ministères, la liturgie et la discipline, serait vain. Mais il revient aux lecteurs de découvrir, d’évaluer et de conjuguer les apports originaux de chacune des théologies exposées dans l’ouvrage – l’importance de l’herméneutique chez Spong, l’insistance de Moingt sur le rôle de l’Esprit et du sacerdoce baptismal dans la vie personnelle et communautaire, le dynamisme créateur d’une divinité présente en tout ce qui existe pour Bourqueney, etc. La recherche ainsi entreprise a, bien entendu, vocation à s’enrichir d’apports complémentaires – comme notamment ceux, d’un holisme très créatif, de José Arregi.

Est-il permis, pour conclure, de s’interroger sur le titre de l’ouvrage ? S’agit-il vraiment d’un « manifeste » traçant – avec la cohérence et la force souhaitables sous cet intitulé – des perspectives claires et sûres pour un « christianisme d’avenir » ? Par quels engagements pratiques donner corps aux visées théoriques ? Il va sans dire qu’il n’est pas aisé de se dégager des ruines du passé et de l’hétérogénéité des présupposés anciens et actuels qui encombrent l’horizon du christianisme. L’ardent désir d’ouverture évangélique et le souci de rigueur intellectuelle et éthique qui ont animé la journée d’études du 5 octobre 2019 ont cependant été de nature « manifestement » prophétique. Et la quête inédite ainsi entamée est à poursuivre pour essayer d’élaborer un nouveau plaidoyer ou « manifeste » qui sera mieux à même, dégagé des matériaux de la déconstruction aujourd’hui incontournable, de dévoiler pour l’époque présente l’Évangile de Jésus de Nazareth dans sa lumineuse et universelle simplicité. 

Jean-Marie Kohler

 

A paraître dans la revue Parvis N° 100




L’avenir de Parvis

Un questionnaire à remplir et à renvoyer à la Fédération des Réseaux du Parvis : 68 rue de Babylone 75007 PARIS

Questionnaire adressé aux groupes membres de la Fédération des Réseaux du Parvis

I Votre association ou groupe : ………………………..……

  1. A quoi êtes-vous le plus attachés dans votre association ?
  2. Faites-vous : un bulletin ?  (0/N) – des recensions de conférences ? (0/N), de vos travaux ? (0/N),
  3. de célébrations ? (0/N)
  • Les communiquez-vous habituellement à la Fédération par le biais des correspondants ? (0/N)
  • Y a-t-il des personnes ressources dans votre association, dans des domaines particuliers ?

théologie (0/N ) – histoire  (0/N )- exégèse  (0/N ),- informatique (0/N ) – réseaux sociaux (0/N )

– liens avec des personnalités  (0/N), dans quel domaine? – autres ? Lesquels ?

  • Vos adhérents se renouvellent-ils ? (0/N)
  • Sur quoi avez-vous travaillé en 2019 – 2020 ?
  • Comment envisagez-vous l’avenir des Réseaux du Parvis ?
  • Comment envisagez-vous l’avenir du message de Jésus ?

II La Fédération des Réseaux du Parvis

  1. A quoi êtes-vous le plus attachés dans les Réseaux Parvis (à maintenir en priorité) ?
  2. Avez-vous des liens avec d’autres groupes de la Fédération ?  (O/N) Lesquels ?
  3. Seriez-vous prêts à :
  4. partager des calendriers de conférences ou de rencontres des différentes associations,

pour créer des échanges d’idées ? (O/N)

  • partager des liens utiles trouvés sur Internet ? (O/N)
  • mettre en réseau et mutualiser des savoir-faire, des compétences, des connaissances ? (O/N)
  • Quels pourraient être les axes de réflexion communs à la Fédération ?
  • défis d’un nouveau christianisme
  • revisiter la théologie
  • revisiter notre anthropologie
  • autres : lesquels ?
  • Quelles sont vos propositions pour améliorer le fonctionnement
  • du bureau ?
  • du C.A. ?
  • de la Fédération ?
  • Etes-vous intéressés par les livres édités par Temps Présent ? (O/N)
  • Feriez-vous la promotion des livres de Temps Présent auprès des réseaux de libraires indépendants ? (O/N)

III Ouverture

  1. Pouvez-vous citer, dans votre commune, département, région, des associations qui œuvrent pour des

causes proches des nôtres (dignité de toute personne, solidarité, démocratie, autres visages d’Eglise…) ?

  • Y a-t-il des jeunes dans certaines de ces associations ? Lesquelles ?
  • Avez-vous des liens avec certaines ? (O/N)
  • Lesquelles par le biais de votre groupe ?
  • Lesquelles par l’intermédiaire de vos membres ?
  • Quels intérêts verriez-vous à des rapprochements ? Autour de quels objectifs ?
  • Seriez-vous d’accord pour essayer d’organiser des échanges et un partage avec des associations humanistes, pour essayer de susciter une « agora » ou toute autre forme de rapprochement ou de collectif, dans l’esprit du Grand Rassemblement de Lyon ?
  • Comment, selon vous, pourrions-nous donner de la visibilité à la réflexion collective partagée ?