Vivre dans une société pluriconvictionnelle: La Revue Parvis N°103 mars-avril 2021

Edito de Jean-Paul Blatz

L’histoire est certainement riche de témoignages individuels de solidarité.

Cependant, du siècle précédent, nos contemporains ont surtout souvenir de déflagrations armées et de génocides pré médités. La violence serait-elle constitutive de la nature humaine au point d’être une fatalité qui diviserait les individus entre bourreaux irresponsables et victimes innocentes ?

Les hommes n’auraient-ils pas prise sur leur propre destin pour faire de leur existence un vivre-ensemble heureux ?

Depuis 1945, les institutions internationales mettent à la disposition des États des chartes et des déclarations permettant l’organisation de sociétés démocratiques. D’incontestables progrès dans le respect des droits humains ont été accomplis dans quantité de pays. Néanmoins, comme les religions qui s’affadissent au contact incessant de la rudesse des relations humaines, les régimes politiques sont victimes d’ambitions disruptives mettant en cause la démocratie représentative. Pourtant elle reste la forme légitime de nos institutions politiques. Dès lors, ne nous appartient-il pas de susciter de nouvelles formes de participation destinées à mieux associer le citoyen à l’élaboration de la décision politique ? Dans ce contexte, la pratique interconvictionnelle a toute sa place.

Depuis plusieurs années, les membres du groupe G3i (Groupe International, Interculturel et Interconvictionnel), qui entretient des liens étroits avec les Réseaux du Parvis, réfléchissent à l’impact des associations humanistes et des religions sur le développement du bien vivre ensemble et contribuent à la cohésion sociale d’une Europe multiculturelle. Ils promeuvent le concept d’interconvictionnalité appelant à faire de la diversité des convictions non un affrontement de «vérités» antagonistes mais une source d’enrichissement individuel et collectif, le fondement même de la démocratie. La pratique de débats permet d’exposer et d’argumenter des convictions différentes, dans un respect mutuel.

Les débats n’ont pas pour objectif de parvenir à un consensus, mais, simplement, de mieux prendre conscience de la complexité des questions évoquées. Essayer de comprendre les convictions d’autrui, c’est aussi refuser de les dévaloriser ou de minimiser leurs différences avec les nôtres. Le dialogue permet également de prendre une distance critique vis-à-vis de soi- même, ou de moduler son propre agir en fonction des souhaits des autres.

Les relations interconvictionnelles ont nécessairement des limites. Considérant que le dialogue est dangereux car il les affaiblirait, certaines personnes le rejettent obstinément. D’autres, inconsciemment, n’en veulent pas sans désirer en connaître les raisons. Des comportements négatifs ne doivent nous détourner ni de l’anthropologie révélée par les sciences humaines, ni de la quête d’une résilience indispensable pour une coexistence pacifiée, quelles que soient la religion ou la philosophie des uns et des autres.

Jean-Paul Blatz

Consulter la Revue Parvis N°103 mars-avril 2021




La Fédération des Réseaux du Parvis apporte son soutien fraternel au centre pastorale Saint-Merry

Nous sommes convaincus que l’arrêt de cette réalité d’Eglise serait une perte immense pour tous ceux et celles qui y sont engagés, mais aussi pour le diocèse de Paris et l’Eglise de France. L’accueil inconditionnel et la coresponsabilité qui s’y vivent sont, pour beaucoup de femmes et d’hommes, des signes de l’Evangile dans la société actuelle. Nous demandons donc instamment à Mgr Aupetit de revenir sur sa décision et d’accepter la demande de dialogue fraternel formulée par l’équipe pastorale. Les difficultés rencontrées peuvent certainement être surmontées par un effort commun. Ce temps de Carême, qui appelle chacune à la conversion, ne doit pas être celui du rejet et de l’exclusion.

Consulter le dossier de témoignages

SOUTIEN AUX MEMBRES DU CENTRE ST MERRY, de la part de la communauté POINT 1 de Rouen.

La situation de crise que vit le centre St Merry nous interpelle tous.
L’une des richesses de nos communautés de base est la mise en pratique de la SYNODALITE que notre Église se doit de promouvoir.
Ainsi, nous savons que dans un dialogue sans cesse renouvelé, nous trouvons le CHEMIN du vivre ensemble dans le respect des DIFFERENCES .

Nous avons besoin les uns des autres pour accomplir la MISSION. Notre communauté en appelle donc au dialogue et manifeste son soutien au centre St Merry. Perdre un lieu d’ouverture, de dialogue entre croyants et incroyants, d’accueil des migrants, de rencontres de communautés peu accueillies dans les paroisses … nous inquiète beaucoup. Qu’en sera-t-il de nos petites communautés de base qui trouvent accueil (ou refuge) au sein de notre Église ?Oui , nous soutenons l’appel au dialogue exprimé par Guy Aurenche.
Nous avons confiance en chacun.

Fraternellement,

Pour la communauté Point 1, l’équipe d’animation.
Référents joignables :
J P Dodelin : jean-paul.dodelin@wanadoo.fr – 02 35 60 96 28
et C Gluck : gluck_eden72@orange.fr – 02 35 74 15 71

Elle vous invite à signer la pétition




Lettre ouverte de Parvis au Pape François « Tous frères et soeurs »…

FEDERATION RESEAUX DU PARVIS

Lettre ouverte au Pape François

Cher Pape François,

Votre lettre d’appel à la fraternité universelle Fratelli Tutti nous a procuré une grande joie.

C’est une parole que nous attendions depuis longtemps, qui peut être entendue par toutes les personnes de bonne volonté et qui stimule notre désir de tracer en toute occasion le sillon de la fraternité.

Merci en particulier de nous rappeler que « la vie, c’est l’art de la rencontre ». Chrétiens du Parvis, nous faisons nôtre votre « rêve d’inter­convictionnalité » indispensable pour construire avec d’autres la culture de l’entraide humaine. Et nous reprenons à notre compte les paroles de Fratelli Tutti que certains d’entre nous ont déjà partagées avec leurs amis musulmans ou athées : « Rêvons en tant qu’une seule et même humanité, comme des voyageurs partageant la même chair humaine, comme des enfants de cette même terre qui nous abrite tous, chacun avec la richesse de sa foi ou de ses convictions, chacun avec sa propre voix, tous frères »… et sœurs !

Dans Fratelli Tutti, votre analyse de la société actuelle ouvre des pistes de réflexion et de vrais chemins pour tous les êtres qui s’efforcent de vivre dans une attitude d’écoute et de respect des autres. Vous­même avez relayé le cri des peuples amérindiens et des pauvres laissés sur le bord de la route par la société mondialisée et le néo­libéralisme. Vous avez plaidé pour la paix, la justice sociale, la reconnaissance des couples de même sexe, la préservation de la planète et des valeurs humanistes. Nous soutenons ces actions ainsi que vos efforts, avec intégrité et humanité, pour assainir notre propre institution catholique et supprimer les blocages qui rendent parfois son message d’amour inaudible.

Car, comme vous le dites, « tout est lié » et l’Église a besoin de revisiter sa tradition et ses dogmes pour notre temps, de s’inscrire sans peur dans le cadre d’États laïques, qui garantissent la liberté de croyance et l’autonomie des décisions politiques. Il lui faut aussi choisir l’écoute (du peuple, des théologiens) et le dialogue (entre clercs et laïcs, hommes et femmes) déjà entamé dans certains pays comme l’Allemagne.

Réseau d’associations de femmes et d’hommes chrétien­ne­s, nous savons et nous comprenons comment l’androcentrisme s’est installé comme modèle structurant autrefois, pourquoi l’Église à sa naissance a copié le fonctionnement monarchique de l’Empire romain. Mais il est temps d’instaurer sur un mode plus démocratique et fraternel les services et responsabilités nécessaires à son fonctionnement et aux liens entre les communautés, sans caste de prêtres mâles sacralisés, isolés et contraints au célibat (avec les dévoiements que l’on sait), dans l’égalité entre les hommes et les femmes (moitié de l’humanité), en fonction des charismes de chacun et sans pouvoir mondain ni surplombant mais simplement au service de ses frères, abandonnant au passage des termes comme « Saint Père », « Monseigneur », « Saint Siège », au profit de « frère Pape », « frère Évêque » etc.

Car le seul sacré selon Jésus, le seul « temple de Dieu », vous le savez bien, est la personne humaine, toute personne, capable d’Amour, dans la Vie toujours offerte sans jugement, condition ni culpabilisation. Que l’Église cesse donc de se tourner vers le passé avec les mots « péché », « contrition », « faute », « soumission », mais se tourne vers l’avenir avec les mots « fraternité », « partage », « enthousiasme », « joie ».

Et la célébration de l’Eucharistie retrouvera son sens originel de partage du pain comme signe de Dieu parmi nous.

C’est tout le sens de la parabole du Samaritain que vous proposez en phase avec notre actualité, celle d’un étranger qui voit par hasard un blessé, nu au bord de la route, s’approche de lui, le ramasse, le met en sécurité, accepte de perdre du temps et d’investir de l’argent pour lui jusqu’à sa guérison. Dans cette histoire, Jésus parie sur le meilleur de l’humain, et encourage à bâtir une société où chacun, même fragile, souffrant ou malmené, sera respecté ou restauré dans sa dignité inaliénable.

À ce propos, plusieurs d’entre nous, travaillant dans des prisons, vous remercient d’avoir cité le cas de personnes démunies, incarcérées de façon « préventive » abusive, partout dans le monde et même en France (entre 1980 et 2020, selon le Ministère de la Justice, le nombre de personnes écrouées a doublé, de 38 913 à 82 860) où le choix du répressif remplace de plus en plus la vraie prévention, celle qui éduque, accompagne et permet de se reconstruire.

Vous insistez aussi sur la nécessité de l’action individuelle et collective pour accueillir dignement les personnes migrantes. Nous y adhérons pleinement mais, comme tous les citoyens de base, nous avons besoin que nos dirigeants portent non seulement des paroles d’espoir chaleureuses mais aussi un vrai témoignage par des actions concrètes, pour nous encourager à faire advenir une société plus juste. C

Nous demandons donc au Vatican de mettre au service de nos frères non seulement des forces spirituelles mais un pourcentage conséquent de ses ressources financières et immobilières pour prioriser l’accueil, le soutien et la dignité des plus démunis, en particulier des migrants de la guerre et de la faim. Nous pourrons alors nous engager avec nos frères en humanité pour que les « derniers » conquièrent ensemble, par leur conscience, leurs mobilisations sociales et une fraternité concrète, la place reconnue par Jésus comme la leur, la première.

Cher Frère François, merci de nous avoir rappelé nos responsabilités et les vôtres pour créer de nouvelles fraternités moins identitaires, plus ouvertes, afin que tous les humains, reconnus comme frères et sœurs, de même dignité et de même fonction, dans la société laïque et dans les religions, non seulement vivent ensemble mais s’épaulent pour que chacun existe pleinement, devenant créateur­créatrice de vie, de partage, de joie.

Nous vous souhaitons longue vie, santé et endurance.

Que la dynamique de l’esprit d’amour vous apporte courage et paix intérieure pour témoigner de la fraternité avec vos collaborateurs et tous les hommes et les femmes de bonne volonté de tous âges. Nous, chrétiens du Parvis, nous engageons à y contribuer, confiants que les jeunes générations inscriront aussi par leur enthousiasme la fraternité dans l’histoire de la Terre, donnant sens et avenir à notre destin commun.

Tous frères et sœurs ! Fratelli e sorelle tutti !

Les Réseaux du Parvis

Lettre envoyée fin janvier par l’intermédiaire du Nonce Apostolique, en copie à la Conférence des Évêques




Compte rendu du CA Parvis 30 janvier 2021

Vous pouvez cliquer ICI pour accéder au compte-rendu du Conseil d’Administration de la Fédération des Réseaux du Parvis. Il a eu lieu le Samedi 30 janvier 2021 par zoom, compte tenu de la situation sanitaire actuelle.

En introduction, Jean-Pierre Macrez a proposé une méditation inspirée de la prière finale de Fratelli que vous pouvez également trouvez annexé au compte rendu.

Bonne lecture.

Compte-rendu du Conseil d’Administration




Revue N° 102, janvier-février 2021 : Actualité et pluralité des religions

L’homme doit assurer sa survie non seulement sur terre mais aussi après sa mort. Pour ce faire il crée des divinités à son image, tantôt protectrices en cette vie, tantôt accueillantes dans un au-delà imaginé. Des mythologies naissent, diverses selon les époques et les latitudes. Progressivement s’imposent des mono- théismes pour lesquels un Dieu créateur aurait révélé des vérités sa- crées aux humains.

Les monothéismes, particulièrement le christianisme et l’islam à prétention universaliste, pratiquent le prosélytisme jusqu’à devenir monistes dans certaines régions du monde. En terre d’islam s’est éta-

blie une confusion entre les pouvoirs politique et religieux. En terre de chrétienté, l’Église catho- lique a obtenu le soutien des souverains en contrepartie d’une soumission au pouvoir temporel.

Après la Réforme, la pluralité religieuse apparaît en Europe, du moins dans le Saint-Empire Germanique, au prix, il est vrai, d’une guerre, celle de Trente Ans (1618-1648). En France, elle prend des aspects négatifs. Avec l’Édit de Nantes (1598), la monarchie française tolère la pré- sence de plusieurs confessions chrétiennes au sein d’un même État. Par la révocation de ce même Édit (1685), le pluralisme est éradiqué, les Réformés perdant le droit de manifester leur foi.

Au XIXe siècle, les découvertes scientifiques laissent entrevoir une disparition de certaines croyances religieuses qui tentent de comprendre l’univers par une lecture fondamentaliste de certains textes bibliques. Simultanément, le marxisme veut la mort des religions, soutiens de la société capitaliste qui combat la lutte des classes et empêche l’avènement d’une société socia- liste.

Au XXe siècle, des théologiens, parlant de la « mort de Dieu », témoignent de l’évolution des mouvements spirituels dans des sociétés occidentales gagnées par la modernité et la sécu- larisation. Les sociologues constatent une exculturation du christianisme annonciatrice d’une possible disparition des religions communément qualifiées de révélées. Toutefois, en ce début du XXIe siècle, dans le monde, et aussi un peu en France, les médias continuent à parler des religions, plus souvent en mal qu’en bien. Au catholicisme sont attachés des scandales alors que l’islam inspire la peur car certains mènent des guerres ou tuent en son nom.

En France, depuis la loi de séparation de 1905, le pluralisme religieux peut se développer librement. L’islam est désormais la religion d’un nombre important de jeunes Français. Par ailleurs, de plus en plus de citoyens se disent agnostiques ou athées. Face à cette multiconfes- sionnalité, la République doit apprendre à gérer la pluralité des formes de croyances et de non- croyances. Vouée au vivre-ensemble, elle doit être capable de rassembler les sentiments identi- taires pluriels de ses membres en les fondant sur la cohésion sociale nécessitant l’adhésion à des valeurs communes. Cette politique ne peut se construire que dans le dialogue, la tolérance, le respect et une liberté authentique de pratiquer ou non toutes les religions.

Quand elles ne sombrent pas dans la faction ou le fanatisme, les religions trouvent leur place dans une société française de pluralisme religieux, dans le respect de cette norme de régulation et de convergence qu’est la laïcité, gage d’un équilibre entre une volonté intégratrice et un respect différentialiste.




Revue N° 101 : et après… L’Evangile, espérance et libération ?

Edito de Jean-Paul Blatz

 

En son temps, Jésus parlait l’araméen avec ses parents et ses amis. Ses gestes et ses pa roles ont été mis par écrit selon la tradition du midrash qui fit de Jésus le messie attendu par les juifs. Publiés en grec, les évangiles furent desti nés au monde païen. Ignorant la façon dont les juifs comprenaient et écrivaient les Écritures, les nou- veaux chrétiens les ont interprétées d’une manière littérale. Cette vision de la Bible fonda la tradition catholique faisant d’Adam, d’Ève et des rois mages des personnages historiques et des miracles des faits historiques.

 

La rencontre de l’Occident avec des cultures extraeuropéennes fut suivie d’une expansion missionnaire remarquable dont les porteurs, dès le XIXèmesiècle, prirent conscience d’une nécessaire inculturation qui devait passer d’abord par une traduction des textes bibliques dans toutes les langues vernaculaires du monde. Les mission- naires se firent linguistes et ethnologues, aidés par d’innombrables catéchistes indigènes. Cette inculturation, néanmoins incomplète, le latin restant la langue liturgique, connut un nouvel essor grâce au concile Vatican II, à la théologie de la libération et à l’arrivée aux responsabilités, dans les Églises du Sud, d’un clergé autochtone.

 

Or voici qu’en Occident, berceau d’un christianisme ancien hérité des cultures grecque et latine, les nouvelles générations ne comprennent plus le langage de l’Église catholique. Mal- gré les tentatives des pères conciliaires pour réformer l’institution, ses responsables, à de rares exceptions près, se figent dans une interprétation littérale des Écritures, continuent à distinguer un univers sacré d’un monde profane et ignorent le monde contemporain et ses évolutions. Foin des Lumières, de la démocratie et des droits humains ! Dans les églises, le langage reste abscons. Certains prédicateurs ne se soucient ni des désirs, ni des préoccupations des fidèles et se réfugient dans un passé reconstitué. Le christianisme disparaît de la vie quotidienne, la sécularisation s’installe.

 

Dans les Réseaux du Parvis, nous avons conscience, depuis longtemps, de cette situation. Pour d’autres, l’après-confinement en est un révélateur. Le déconfinement sera peut-être aussi un accélérateur de cette évolution qui a commencé à vider les églises bien avant la découverte de la Covid19. En Occident, l’Église catholique connaît une rupture inhérente à la mise en place progressive d’une nouvelle civilisation dominée par les progrès scientifiques, l’aspiration à la démocratie, la recherche individuelle du bonheur et la persistance d’injustices liées à l’ultrali- béralisme économique.

 

Face à ces changements, nous sommes convaincus que le message du Christ, une fois débar- rassé d’interprétations et de traditions peu évangéliques, sera à nouveau source de vie pour nos contemporains. Nous croyons que la foi dans le Ressuscité permettra encore longtemps à des femmes et des hommes de donner sens à leur vie et de promouvoir la justice et la fraternité dans le monde. C’est dans cet esprit que nous entamons une nouvelle étape dans la vie des Réseaux du Parvis.

 

Jean-Paul Blatz




CA de septembre 2020 compte rendu

wp-content/uploads/bsk-pdf-manager/2020/10/parvis2020_ca_septembre_compterendu.pdf




Revue N°100 : demain commence aujourd’hui… Changement ? Recommencement ?

L’infolettre :

wp-content/uploads/bsk-pdf-manager/2020/09/Parvis2020_revue100-V1.pdf




Recension du livre : « Manifeste pour un christianisme d’avenir » par Jean-Marie Kohler

Plaidoyer pour un christianisme d’avenir

La lecture du Manifeste pour un christianisme d’avenir récemment paru chez Karthala éclairera et réjouira celles et ceux qui, attachés à l’Évangile de Jésus de Nazareth, s’interrogent sur la portée actuelle du christianisme et veulent contribuer à en sauvegarder l’essentiel. Que faire de ce précieux héritage, pléthorique et souvent contradictoire, qui se délite après deux millénaires de sublime rayonnement et de trahisons sans nombre ? N’est-ce pas vers un naufrage annoncé que dérivent les Églises qui le fossilisent pour pérenniser de façon illusoire leur puissance passée ? Faut-il donc se résigner à la mainmise des mouvements évangéliques, charismatiques et identitaires sur ce patrimoine ? Ou faudra-t-il résolument reprendre la route ouverte par le Nazaréen ? Toujours neuve et créatrice est l’humble Parole initiale qui, avec ou sans religion, en deçà et par delà toutes les constructions dogmatiques,  balise la voie prophétique du plus intégral des humanismes, la voie subversive et divine des béatitudes et des paraboles.   

À l’origine de cet ouvrage, une démarche hors les murs qui s’est voulue pragmatique et évolutive. Une journée d’études rassemblant autour de travaux théologiques novateurs près de 150 militants et penseurs de diverses appartenances, invités à confronter leurs croyances et leurs questions face au devenir profane et religieux du monde  contemporain. Lancement d’une recherche conjuguant approches théoriques et engagements sur le terrain, en collaboration avec des associations œuvrant à ce double niveau. Au programme, l’analyse des publications de John Shelby Spong et de Joseph Moingt respectivement par Jacques Musset et Jean-Pol Gallez, deux conférences de Jean-Marie Bourqueney, et une synthèse produite par Robert Dumont. Outre plusieurs autres contributions intéressantes, le livre rapporte une partie des échanges intervenus avec l’assemblée. 

Parmi les nombreux thèmes abordés figure en premier le problème du fondamentalisme et des multiples formes de traditionalisme qui pétrifient et décrédibilisent les Églises. Il est de fait que le christianisme n’est concevable qu’à partir de ses racines, des Écritures et de la Tradition, mais il ne peut vivre et se transmettre qu’en symbiose avec les cultures humaines qui évoluent au fil de l’histoire. D’où l’absolue nécessité de réinterpréter sans cesse les récits et les « vérités » du passé pour cheminer vers l’inaccessible transcendance qui offre aux hommes de pouvoir enfanter l’amour et Dieu en ce monde, et de tisser ainsi l’éternité. Le Credo de Nicée a permis de penser la foi au IVème siècle, mais ses énoncés ne sont plus plausibles aujourd’hui. Les prodigieux progrès des sciences physiques, biologiques et humaines obligent à tout repenser sans relâche, en tension entre la Parole fondatrice et l’évolution de l’humanité conjointement avec son environnement, surtout en ce temps de mutations plus radicales encore que ne le furent celles du passage au néolithique.

Qu’en est-il de Dieu ? Sont récusées les représentations de la divinité qui, depuis des millénaires, prévalent jusqu’à nos jours. Images d’une toute-puissance arbitraire surplombant l’univers et les humains, exigeant de ceux-ci soumission et prières pour échapper aux malheurs et obtenir les bienfaits qu’ils espèrent et une promesse d’immortalité. Une conception relevant d’une ère civilisationnelle révolue qui s’avère désormais indigne à la fois de Dieu et de l’homme, car servile et marchande. La réflexion théologique et la spiritualité actuelles situent Dieu au cœur de la vie et au plus profond de l’homme, parfois même jusqu’au sein de la matière en tant que dynamique créatrice. Du Dieu Père révélé par les évangiles au Dieu perçu comme énergie cosmique par la théologie du Process, le lecteur est invité à s’interroger sur les projections théologiques proposées dans l’ouvrage en partant de l’intime expérience de son rapport personnel au divin. 

Pour ce qui est de Jésus, les analyses fournies dans ce livre s’attachent plus à ce que l’exégèse permet aujourd’hui de savoir du vécu et du message de ce prophète galiléen qu’aux spéculations dogmatiques dont il a fait l’objet par la suite. Surinvesti par les Églises pour fonder le christianisme comme religion, son supplice ne pouvait pas être imaginé et voulu par un Dieu de sagesse et d’amour pour sauver l’humanité d’un supposé péché originel, et l’enseignement de sa vie importe plus que sa mort glorifiée pour elle-même. Ce qui a mené Jésus au Golgotha, c’est la contestation de l’ordre établi par son annonce universaliste d’un Royaume de justice assurant paix et bonheur aux pauvres et autres laissés-pour-compte, c’est l’opposition à la puissance politico-religieuse des prêtres et des docteurs de la Loi. Un assassinat pour défendre le Temple de Jérusalem et les privilèges liés au culte et à ses retombées économiques. Suprême témoignage d’une vie donnée pour libérer les humbles.

Décisives pour comprendre l’évolution du christianisme sont les analyses que l’ouvrage consacre à la naissance de l’Église en rapport avec une christologie présentant Jésus comme le Fils unique de Dieu venu instaurer une nouvelle religion. Ébauchée très tôt dans le prolongement de la théologie des sacrifices de la religion juive, la lecture sacrificielle de la mort de Jésus, proclamé ultime et souveraine victime expiatoire, a conduit à l’émergence d’une caste sacerdotale sacralisée et à une vision hypertrophiée et magique de l’eucharistie – clés de voûte du catholicisme romain, aux antipodes des perspectives originelles de l’Évangile. Alors que le « culte en esprit et en vérité » devait se substituer aux immolations et rites du Temple, que la « pureté du cœur » devait l’emporter sur les obsessions de la pureté rituelle et sur le moralisme, et alors que l’Évangile avait inauguré un humanisme laïque placé sous le signe d’une fraternité sans frontières, le christianisme a été intrinsèquement perverti par le cléricalisme et s’est peu à peu réifié en religion. Conçue dans le judaïsme, conceptualisée dans le cadre de la philosophie grecque, romaine et fille de l’Occident politique ensuite, cette religion est à présent prisonnière de son passé.

Réformer de nouveau, voire refonder le christianisme. L’ouvrage propose de pertinentes perspectives pour avancer dans cette direction. Tous les intervenants se sont accordés pour considérer que c’est au niveau des options doctrinales que se trouve la source du conservatisme mortifère et de la corruption systémique de la religion chrétienne – de ses dérives politico-organisationnelles, spirituelles et morales. Ne réaménager que les structures ecclésiastqes et les pratiques cultuelles, les ministères, la liturgie et la discipline, serait vain. Mais il revient aux lecteurs de découvrir, d’évaluer et de conjuguer les apports originaux de chacune des théologies exposées dans l’ouvrage – l’importance de l’herméneutique chez Spong, l’insistance de Moingt sur le rôle de l’Esprit et du sacerdoce baptismal dans la vie personnelle et communautaire, le dynamisme créateur d’une divinité présente en tout ce qui existe pour Bourqueney, etc. La recherche ainsi entreprise a, bien entendu, vocation à s’enrichir d’apports complémentaires – comme notamment ceux, d’un holisme très créatif, de José Arregi.

Est-il permis, pour conclure, de s’interroger sur le titre de l’ouvrage ? S’agit-il vraiment d’un « manifeste » traçant – avec la cohérence et la force souhaitables sous cet intitulé – des perspectives claires et sûres pour un « christianisme d’avenir » ? Par quels engagements pratiques donner corps aux visées théoriques ? Il va sans dire qu’il n’est pas aisé de se dégager des ruines du passé et de l’hétérogénéité des présupposés anciens et actuels qui encombrent l’horizon du christianisme. L’ardent désir d’ouverture évangélique et le souci de rigueur intellectuelle et éthique qui ont animé la journée d’études du 5 octobre 2019 ont cependant été de nature « manifestement » prophétique. Et la quête inédite ainsi entamée est à poursuivre pour essayer d’élaborer un nouveau plaidoyer ou « manifeste » qui sera mieux à même, dégagé des matériaux de la déconstruction aujourd’hui incontournable, de dévoiler pour l’époque présente l’Évangile de Jésus de Nazareth dans sa lumineuse et universelle simplicité. 

Jean-Marie Kohler

<www.recherche-plurielle.net>

A paraître dans la revue Parvis N° 100




L’avenir de Parvis

Un questionnaire à remplir et à renvoyer à la Fédération des Réseaux du Parvis : 68 rue de Babylone 75007 PARIS

Questionnaire adressé aux groupes membres de la Fédération des Réseaux du Parvis

I Votre association ou groupe : ………………………..……

  1. A quoi êtes-vous le plus attachés dans votre association ?
  2. Faites-vous : un bulletin ?  (0/N) – des recensions de conférences ? (0/N), de vos travaux ? (0/N),
  3. de célébrations ? (0/N)

  • Les communiquez-vous habituellement à la Fédération par le biais des correspondants ? (0/N)
  • Y a-t-il des personnes ressources dans votre association, dans des domaines particuliers ?

théologie (0/N ) – histoire  (0/N )- exégèse  (0/N ),- informatique (0/N ) – réseaux sociaux (0/N )

– liens avec des personnalités  (0/N), dans quel domaine? – autres ? Lesquels ?

  • Vos adhérents se renouvellent-ils ? (0/N)
  • Sur quoi avez-vous travaillé en 2019 – 2020 ?
  • Comment envisagez-vous l’avenir des Réseaux du Parvis ?
  • Comment envisagez-vous l’avenir du message de Jésus ?

II La Fédération des Réseaux du Parvis

  1. A quoi êtes-vous le plus attachés dans les Réseaux Parvis (à maintenir en priorité) ?
  2. Avez-vous des liens avec d’autres groupes de la Fédération ?  (O/N) Lesquels ?
  3. Seriez-vous prêts à :
  4. partager des calendriers de conférences ou de rencontres des différentes associations,

pour créer des échanges d’idées ? (O/N)

  • partager des liens utiles trouvés sur Internet ? (O/N)
  • mettre en réseau et mutualiser des savoir-faire, des compétences, des connaissances ? (O/N)
  • Quels pourraient être les axes de réflexion communs à la Fédération ?
  • défis d’un nouveau christianisme
  • revisiter la théologie
  • revisiter notre anthropologie
  • autres : lesquels ?
  • Quelles sont vos propositions pour améliorer le fonctionnement
  • du bureau ?
  • du C.A. ?
  • de la Fédération ?
  • Etes-vous intéressés par les livres édités par Temps Présent ? (O/N)
  • Feriez-vous la promotion des livres de Temps Présent auprès des réseaux de libraires indépendants ? (O/N)

III Ouverture

  1. Pouvez-vous citer, dans votre commune, département, région, des associations qui œuvrent pour des

causes proches des nôtres (dignité de toute personne, solidarité, démocratie, autres visages d’Eglise…) ?

  • Y a-t-il des jeunes dans certaines de ces associations ? Lesquelles ?
  • Avez-vous des liens avec certaines ? (O/N)
  • Lesquelles par le biais de votre groupe ?
  • Lesquelles par l’intermédiaire de vos membres ?
  • Quels intérêts verriez-vous à des rapprochements ? Autour de quels objectifs ?
  • Seriez-vous d’accord pour essayer d’organiser des échanges et un partage avec des associations humanistes, pour essayer de susciter une « agora » ou toute autre forme de rapprochement ou de collectif, dans l’esprit du Grand Rassemblement de Lyon ?
  • Comment, selon vous, pourrions-nous donner de la visibilité à la réflexion collective partagée ?