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Introduction à la lecture de l’Evangile

Introduction à la lecture de l’Evangile

Evangiles, traces précieuses, irremplaçables qui restent de Jésus! Perception par la première communauté chrétienne du Message et de l’Action du célèbre Nazaréen! Il appartient à chaque génération de donner VIE, avec son génie propre, à ces textes de référence. Ceux-ci offrent, alors, un regard renouvelé sur notre humaine condition! Mais, on a, souvent, cherché à les sacraliser. On les a, ainsi, figés, les privant de leur capacité à dynamiser une société qui évolue sans cesse !

Au gré de l’histoire, les textes évangéliques ont suscité :
• Adoration idolâtre, par les uns, ouvrant sur un fondamentalisme, lecture littérale aux conséquences les plus avilissantes pour l’intelligence humaine !
• Interdiction de lecture, par des autorités s’arrogeant le droit de décider de la seule interprétation légitime du texte : méprisant l’intelligence des autres, soucieux, surtout, de maintenir leur pouvoir au sein de leur société!
• Aujourd’hui, fastes, «liturgisation», sacralisation d’une lecture confisquée, afin de sauvegarder une interprétation unique et officielle, tendance «dogmatique» ! Soutenus, en cela, par des communautés charismatiques faisant le jeu du cléricalisme!
Et si on se contentait d’aborder ces écrits en les contextualisant avec l’aide de spécialistes, historiens, exégètes, théologiens…
Les LIBERER et les laisser aller à LEUR DYNAMISME PROPRE.
Les lire, non dans l’unique langue cléricale,
mais, comme à la première Pentecôte,
dans la continuité de l’ESPRIT de Jésus.
CHACUN L’ENTENDANT DANS SA PROPRE LANGUE :
c’est-à-dire, dans sa propre CULTURE
Avec ses propres INTERROGATIONS
Avec ses propres DOUTES
Avec ses propres RESSOURCES
Il n’y a pas une façon UNIQUE
– d’entendre
– et de mettre en pratique
La PAROLE EVANGELIQUE.
Le rôle de l’autorité dans l’Eglise ne serait plus de DIRE la VERITE, mais : – de guider dans la RECHERCHE de la VERITE
– et de SAUVEGARDER la PAIX et l’UNITE
dans la DIVERSITE des CHEMINEMENTS.
L’EGLISE proclame l’Evangile PAROLE de DIEU.
Mais, on ne peut proclamer l’Evangile PAROLE de DIEU
Sans qu’elle ne devienne, d’abord, PAROLE HUMAINE !
C’est-à-dire : parole POUR l’homme !
discutée, partagée, méditée, contextualisée, assimilée.
Actualisés par l’intelligence et le cœur, les textes de référence deviennent paroles de VIE, signes de la présence de l’ESPRIT ouvrant l’avenir, en donnant sens au quotidien.

 

E V A N G I LE « F E R M E N T » d’ H U M A N I S A T I O N

« Et, chacun l’entendait dans sa propre langue »

A la lumière des diverses approches (historiques, théologiques, poétiques, mystiques…) qui en ont été faites à différents moments de l’histoire, voici comment je reçois, aujourd’hui, personnellement, JESUS et son MESSAGE ?

La préoccupation de ceux qui ont écrit les Evangiles n’était pas de faire un rapport méticuleux des faits et gestes de Celui qui avait profondément marqué leur existence. Ils ne cherchaient pas plus, à recueillir la littéralité de ses paroles… Témoigner de l’expérience vécue avec Jésus et de leur perception de ses orientations, leur importait davantage. Ils voulaient transmettre l’état d’esprit qui les animait après ce passé commun. Ils introduisaient paroles et gestes de leur Maître en images bibliques familières à leurs contemporains. Ils avaient compris, en fréquentant une telle personne, que cette dernière voulait leur transmettre, moins une doctrine, qu’une manière d’aborder la vie, en la dynamisant et en l’ouvrant aux autres et à tout l’univers. Ainsi, les textes évangéliques rapportent la vision et le vécu de la première communauté chrétienne.

Ce goût d’une vie « pleine » expérimentée au contact de Jésus, ils voulaient la communiquer, à leur manière, en s’adaptant à la culture de leurs contemporains. Ils avaient compris que ce voyageur de Palestine ne voulait pas que ses disciples soient des clones, des répétiteurs, comme les scribes de l’époque. Il leur avait fait savoir qu’il était bon pour eux, qu’il s’en aille, afin qu’ils reçoivent son Esprit, c’est-à-dire, qu’ils prennent de la distance, par rapport à lui, pour comprendre l’ESSENTIEL de son MESSAGE et le DIFFUSER d’une manière PERSONNELLE et accessible aux nouvelles générations. Cette préoccupation explique les variantes qui existent entre les différents Evangiles. Ceux-ci sont écrits pour des publics différents, à des dates différentes. Le souci de traduire le sens d’un message leur apparaît plus important que la « littéralité » d’une parole dite ou d’une scène vécue.

Les mots de l’Evangile ne sont pas des paroles « sacrées », « intouchables », possédant en elles-mêmes une force quasi-magique, qu’il suffirait de répéter pour qu’elles portent du fruit. Comme toutes les paroles humaines, elles deviennent efficientes quand elles sont situées dans leur contexte, puis, discutées et assimilées. Car, c’est, alors, que chacun peut les comprendre, dans sa propre langue, sa culture, (C’est-à-dire, personnellement) comme il est dit dans le récit de la Pentecôte. Les auteurs des Evangiles désiraient, tout simplement, RE-SUSCITER, auprès de leurs lecteurs ou auditeurs, la dynamique qu’ils avaient vécue en fréquentant ce personnage qui avait marqué leur existence.

Les paroles mises par eux, sur les lèvres de Jésus sont l’expression paisible, et parfois forte, d’une pensée personnelle qui se dit en toute liberté. Elles contrastent avec les discours des « officiels » de l’époque qui se contentent de répéter (avec plus ou moins de conviction), ce qu’on leur avait appris. Jésus a une parole qui lui est propre, en harmonie avec tout son être à la portée de ses contemporains. Elle se présente comme une incitation pressante à prolonger les enseignements du passé sur des chemins nouveaux. Elle brise les carcans que consolide une lecture rigide de la tradition, soutenue par les pouvoirs en place. C’est pour cela que Jésus intéresse les foules et qu’on le suit. Ses paroles touchent chacun, personnellement. Mais, il ne cherche pas à les manipuler : il fait appel à la réflexion, tire ses exemples de la vie de tous les jours, utilise les paraboles pour que chacun puisse faire son cheminement. Les mots qu’il prononce sont une invitation à prendre un chemin de LIBERATION.

Son attitude et ses prises de positions appellent à la BIENVEILLANCE. Il porte un regard positif sur les gens qu’il rencontre, hormis ceux qui mettent de lourds fardeaux sur les épaules des autres, les prétentieux, les hypocrites et ceux qui blessent les enfants. Il invite à fuir toute attitude moralisatrice qui crispe et porte à une soumission sans aucune dynamique. Dans ce but, il inverse les critères de jugements : ce n’est pas, d’abord, la fidélité rigoureuse à des pratiques religieuses souvent surannées qui qualifie chacun en tant qu’homme. C’est l’authenticité et la capacité d’attention à ses semblables qui détermine la valeur de sa spiritualité. Car, cette attitude le sort de son « ego » et l’ouvre sur une spiritualité authentique qui peut, éventuellement, déboucher sur la représentation possible d’un Dieu Bienveillant. Sans la conscience et le vécu de la FRATERNITE qui engendre la SOLIDA1RITE, prières et sacrifices perdent sens et valeur. « Quand tu viens présenter ton offrande, si tu t’aperçois que ton frère a quelque chose contre toi, va d’abord te réconcilier avec ton frère… » Toute représentation, toute approche d’une transcendance bienveillante, sont incompatibles avec une rupture volontaire de fraternité dans le cœur. « Au soir de notre vie nous serons jugés sur l’amour » ( voir « Vie spirituelle et Bienveillance »)

En corollaire, Jésus met en garde contre la volonté de puissance et la dictature de l’argent qui aveuglent, durcissent le cœur et sapent le développement harmonieux de l’humanité. Ses diatribes contre ceux qui abusent de leur pouvoir, en méprisant les faibles, sont nombreuses. Il clame l’extrême difficulté du riche à participer activement à la construction du Royaume promis qui n’est pas autre chose que l’établissement, ici et maintenant, de l’HARMONIE au sein de nos sociétés dans lesquelles chacun tient sa juste place. Il est des régimes pieux et guindés (pharisaïques ou cléricaux…) qui stérilisent ou corrompent les personnes qui s’y trouvent enfermées. On comprend, ainsi, que les petits et les exclus de Palestine, se trouvent, d’emblée, au diapason de l’enseignement de Jésus.

C’est dans cette perspective que les Evangiles font dire à Jésus qu’il est « le CHEMIN, la VERITE, la VIE ». C’est une déclaration importante qu’il convient d’approfondir car elle est stimulante.

La vérité est ce qui donne fondement et cohérence à l’existence de chacun. Elle ne se donne qu’à ceux qui la cherchent. Elle ne se distribue pas. On ne la reçoit pas d’une manière passive Il faut la faire en cheminant, comme il est dit en Saint Jean. Jésus ne donne pas une vérité achevée et définitive, mais des indications pour la constituer. Cela veut dire, que vouloir se mettre à son école, c’est, aussi, se mettre en route, entendre divers points de vue, les écouter, pour briser ses clôtures, évoluer et quitter les routines stérilisantes.

La vérité n’est pas pure construction conceptuelle abstraite, car, si géniale soit-elle, elle ne peut jamais rendre compte de la totalité du vécu. Elle est ce qui donne un « plus » à la vie en lui donnant un éclairage supplémentaire…Elle dynamise, ainsi, l’existence. En lien avec la réalité, elle est VIE ! Elle stérilise quand elle devient « dogme ».

De ce fait, la vérité a toujours besoin d’ajustements, car, la vie est mouvante… Le quêteur de sens est constamment « en chemin ». Il cherche à rénover son expression de la vérité, attentif aux signes de l’existence, à l’appel des personnes. Par sa vie et son enseignement, Jésus met toujours ces trois notions en relation constante. Le « chemin » est démarche vers une « vérité » qui n’est vérité que si elle donne « extension » et « plus grande plénitude » à la VIE. Cette « vérité », jamais entièrement conquise, ouvre des « chemins » nouveaux, pour s’ajuster aux aspirations de la REALITE. Jésus fustige la caste des dirigeants religieux qui ont tendance à la figer. Alors, un décalage se fait jour entre l’« existentiel » et le « conceptuel »

Par ailleurs, la « vie », à son tour, perd son sens, si elle n’est plus une quête d’authenticité, de « vérité ». Elle abandonne sa dynamique si elle n’est plus en « chemin ». La « vie » n’est rien si elle n’est EXISTENCE, c’est-à-dire surgissement et adaptation permanents. Aussi, Jésus se présente, non comme un modèle à copier, mais, comme un VIVANT qui donne « en-vie » de s’engager dans une semblable perspective ouverte et toujours en recherche. Celui qui se croit arrivé est mort. On est en vie tant que l’on se trace un chemin qui donne plus de goût à son existence, et plus d’ouverture dans sa relation avec l’autre.

Pour tout dire, brièvement, chaque homme, comme Jésus, est invité à être en capacité de dire : « Je suis la voie, la vérité et la vie ». On est un « mort vivant », en tant qu’être humain, si ces trois quêtes ne sont pas associées dans le parcours de chacun. Il apparaît que Jésus veut faire sortir l’homme d’une société fermée, figée et « dogmatique » dans laquelle fidélité serait synonyme d’acceptation d’une vérité découverte, une fois pour toute, par les générations qui nous auraient précédés. Tout homme qui rentre dans cette démarche dynamique devient « messie » comme Jésus. Il est signe de RESURECTION.

Aussi, dans cette perspective, la réunion de ressourcement des premiers chrétiens consistait en un repas qui célébrait la VIE par le partage du pain et du vin : reprise d’un rite ancien avec un sens nouveau. Ces rencontres sont présidées par un Presbytre, désigné par élection parmi les anciens. Il a une fonction hiérarchique provisoire de coordination qui lui donne une autorité d’ordre spirituel tout en restant laïc. Mais au bout de deux siècles, selon l’analyse de Loïc de Kérimel, cet Ancien est remplacé par une personne ordonnée, cette dernière quittant le monde du laïcat pour accéder à un ordre sacerdotal. Il change de nature. « Trans-substancié » à son ordination, il dispose du pouvoir de trans-sbstanciation sur le pain et le vin. Et la table du partage devient l’autel du sacrifice. La fraction du pain, acte central de la Célébration qui actualise la vivifiante présence de Jésus, fait place à un acte quasi magique, de l’ordre du sacré. La présence du prêtre devient, ainsi, centrale, sinon indispensable à la vie et à l’avenir de l’Eglise. Car, rien d’essentiel ne peut se faire en son absence.

On quitte, alors, l’esprit évangélique des origines. La possession d’un pouvoir a supplanté la notion de service. Ceux qui ont accédé au niveau de la cléricature ont pris l’habitude de vouloir tout régenter, se pensant héritiers et possesseurs d’une vérité intangible. S’il est normal, et même nécessaire, qu’à tout moment de l’histoire, une institution se mette au clair, fasse le point et dise ses convictions et orientations selon la philosophie et la mentalité de l’époque, cela ne justifie pas la transformation en vérité définitive, de ce qui ne devrait être que formulation temporaire pour éclairer une étape. C’est ainsi que l’Eglise s’est présentée comme « tenante » et « distributrice » d’une vérité qui devient abstraite à partir du moment où elle est impuissante à résoudre le quotidien de ses adeptes. Le commun des mortels a du mal à comprendre les formulations qu’on l’oblige à croire et à proclamer dans un « credo » qu’il est interdit de contester sous peine d’être déconsidéré, sinon exclu. Il faut un CATECHISME pour que les fidèles puissent intégrer l’essentiel des dogmes. Il devient plus important d’apprendre que de cheminer, de se soumettre plus que de chercher. L’Eglise se place, ainsi, davantage dans la mouvance des scribes et pharisiens que dans celle de Jésus.

Pourtant, on devrait savoir que, si une vérité incontestable et définitive est proclamée dès le départ, une pensée unique tend à s’établir, le sectarisme progresse. Parler de dialogue, au sein de l’institution devient supercherie. Car, ceux qui osent mettre en doute les affirmations officielles sont, a priori, objets de suspicion. L’authenticité de tout échange est mis en danger. Mais, ni institution, ni personne ne peuvent empêcher chacun de penser librement. Tôt ou tard, les questions surgissent Car, sans cette activité, on ne peut exister vraiment. Alors, l’Eglise doit renoncer à régenter les esprits, pour ne pas courir le risque mortifère de se couper de la VIE et de voir beaucoup de chrétiens quitter, silencieusement, l’institution.

Elle a besoin, à toute époque de se remettre dans le sillage de Jésus qui a ouvert une ère nouvelle. Il est celui qui est ATTENDU comme étant un ACCOMPLISSEMENT : il est « compréhensible » par tous, car, sa personnalité se présente, en harmonie avec la tradition. Mais, il y a, aussi, en lui SURGISSEMENT de l’ INATTENDU. Il apporte un nouveau regard sur l’humanité en brisant les frontières et en dénonçant les pratiques sclérosantes imposées qui briment les consciences, coupent des autres, et empêchent d’emprunter lucidement les chemins de l’AVENIR. La libre réflexion théologique de chaque époque doit apporter une aide à découvrir l’esprit du message évangélique pour que chacun puisse, comme à la Pentecôte, « l’entendre dans sa propre langue », c’est-à-dire, dans sa culture, au sein de ses préoccupations et interrogations du moment.

Il est bon, alors de se souvenir, qu’au travers du récit mythique de l’enfance, apparaissent des nouvelles approches de l’homme inaugurée par Jésus. La PAIX, (harmonie, bonheur, plénitude), est annoncée, non seulement, à l’homme religieux, non seulement à l’homme juif, mais à tout homme dont la volonté est BONNE, c’est-à-dire sincère, ouverte, en quête d’authenticité. Les premières attentions se portent, non vers les personnalités religieuses et politiques, mais vers les petits et moins considérés, les bergers. Et sa venue est guettée non par la caste des savants juifs, mais par des érudits étrangers. Le contexte dans lequel se situe cette annonce, déborde l’espace religieux. Il est possible d’en faire une lecture simplement humaniste. Le texte lui-même le permet, il est UNIVERSEL.

Le récit du massacre des innocents et la fuite en Egypte, suggèrent que cette nouvelle approche de l’humain apportée par Jésus ne va pas de soi. Des oppositions, allant jusqu’aux persécutions, vont naître. Car, on ne peut, dans cette perspective, continuer sa route sans bousculer les habitudes et sans rester insensible aux questions des autres. Il y a, en effet, un renversement des valeurs : être en harmonie et en fraternité avec ses semblables est plus important que l’accomplissement d’un rite ou l’assistance à une cérémonie religieuse. La loi est au service de l’homme et non l’inverse. Les interdits qui n’ont plus de sens sont appelés à disparaître. Ces injonctions faciles à proclamer font naître des résistances, car, la tendance de tout homme et de toute société va vers une reconduction des habitudes passées. Et, souvent, les personnes qui tiennent le haut du pavé, profitent de cet état des choses. Elles usent, alors de toutes leurs influences et pressions pour que rien ne change. Disposant de la puissance et de l’argent, elles soumettent à rude épreuve ceux dont « le cœur pur » perçoit avec lucidité les changements indispensables à l’établissement d’un monde plus humain.

Cette PAIX annoncée n’est pas une vision romantique, comme on vient de le souligner. Elle exige accueil et ouverture. Elle appelle à remodeler, aussi souvent que cela est nécessaire, lois et institutions pour que la société soit vivable pour tous. Cette paix est recherche d’harmonie. Elle est le résultat de conflits non évités, mais résolus . Elle demande de l’intelligence et du cœur, car il faut quitter routines et coteries. Jésus lui-même paiera de sa vie, la fidélité à cette démarche qu’il enseigne. « Si le grain ne meure… ». A toute époque, chacun doit apprendre à mourir à son moi individualiste pour recevoir la grâce de participer, en son temps, à la construction du royaume qui n’est pas fuite de ce monde, mais, ouverture à l’universel.

L I B E R A TI O N

En définitive, on peut comprendre que Jésus libère l’homme, tout simplement, en l’incitant à vivre toujours davantage, son humanité. C’est, ainsi, qu’il devient Sauveur ; et non, en acceptant, d’une façon morbide d’odieuses souffrances imposées par son Père avec la complicité des hommes. Par son vécu, il incite chacun à une profondeur de vie et une légèreté d’être qui est LIBERATION. Sa façon de mourir dit à chacun de ceux qui se réclament de lui, que la fidélité à cette manière de vivre LIBRE, OUVERTE et AIMANTE, dépasse l’attachement à sa propre existence.

Jésus, le Messie attendu, surprend. Aussi est-il REJETE par ceux qui pensent détenir une vérité écrite une fois pour toute. Il est ACCUEILLI par les petits et les pauvres de cœur qui sont en attente d’un « plus », comme le dirait le philosophe, François Jullien. Seuls ceux qui ne sont pas enclos dans des certitudes et des frontières, peuvent le RECEVOIR. Ainsi, Les érudits du cru sont déroutés, tandis que les savants venus d’ailleurs et les petites gens se sentent pris en considération. Les étrangers font partie du cercle concerné par les ouvertures proposées. « Il comble de biens les affamés, et renvoie les riches, les mains vides »

Ouverture des cœurs et des esprits ! Renversement des perspectives ! Les frontières sont abolies !

Encore une fois, les textes évangéliques ne sont pas « sacrés ». Ils ne sont pas paroles de Dieu comme on le proclame dans les églises. Ils sont précieux ! Ils sont la trace laissée par les paroles et les actes de Jésus chez les premières générations de ses contemporains. Une compréhension purement littérale des pages rapportées, à la manière des fondamentalistes, risque d’en cacher le sens profond, l’orientation, l’esprit. On ne prêche pas l’Evangile. On aide à le découvrir, au moyen de l’exégèse, de la discussion, de la méditation…

BIENVEILLANCE

L’Evangile, Bonne Nouvelle, dit aussi la capacité de Jésus à aller vers tous, sans a priori. Cette virginité d’attitude face à l’autre est le fruit d’une grande paix intérieure qui élimine la crainte chez l’interlocuteur et instaure un climat de confiance. Chacun peut ainsi rester dans l’authenticité et livrer sa propre pensée, sans être paralysé par la peur d’un jugement. L’Evangile est riche en dialogues qui permettent aux personnes que rencontre Jésus, de faire émerger leur véritable personnalité (Zachée, la Samaritaine, le Centurion…).

Cette bienveillance, nourrie d’une intense vie spirituelle, demeure en sa Passion, en dépit de la haine qui s’exprime autour de lui. « Père, accorde leur le pardon, ils ne savent pas ce qu’ils font ». Geste suprême d’humanité couronnant la vie de Jésus ! La capacité de BIENVEILLANCE, ne serait-elle pas le signe irrécusable de l’accord avec la BONNE NOUVELLE de l’Evangile ? Toujours envisager ce qui reste de bon chez autrui, sans jamais le mépriser, et sans pour autant perdre de sa lucidité. La bienveillance ne nie pas ce qui est mauvais, mais le dépasse pour en tirer le meilleur possible. La bienveillance re-suscite le désir d’un « plus » de vie en autrui.

R E S S O U R C E M E N T

Les disciples avaient perçu dans l’attitude de Jésus, l’importance que revêtaient pour lui ces moments de silence, d’intimité avec sa source (il l’appelait son Père) quand il se retirait dans la solitude. Aussi lui demandèrent-ils, un jour, de leur apprendre à prier. Les évangiles nous rapportent la réponse de Jésus dans la formule du « Notre Père ». Il ne s’agit là, sans doute, que d’une transcription, dans la conception religieuse de l’époque. Des générations de chrétiens ont répétés cette prière aux paroles sobres, y mettant, sans doute, des sens différents selon les préoccupations religieuses de leur temps et leur vision personnelle.

La prière du « Notre Père » enseignée par jésus, inaugure une spiritualité dans laquelle la relation à un au-delà de soi, n’est jamais soumission aveugle aux dictats d’une puissance despotique. Il s’agit d’un ressourcement permanent où l’on se retrouve en s’abandonnant à ce souffle, à cette dynamique qui nous donne d’exister. La proximité et la confiance sont telles que l’on sait que cet abandon ne sera jamais perte de son autonomie ni de son authenticité. Et, en s’écartant pour prier, et, on se retrouve plus proche de tout être vivant, et plus en harmonie avec la nature, lorsque l’on revient au milieu des siens.

La prière n’est pas centration sur soi. Elle devient évasion et perversion, si elle empêche de voir la souffrance des autres, refusant les liens de solidarité. Réclamant, indignés, le droit à sa « messe », se mettant à part de l’effort national exigé de tous, certains chrétiens, plus ou moins soutenus par bon nombre d’évêques, donnent une piètre idée du message évangélique. L’absence d’empathie, de solidarité est incompatible avec un véritable temps de ressourcement.

Commentaire
Je livre, ici, une interprétation personnelle, une façon de comprendre cette prière. Elle ne prétend rien imposer, mais voudrait, seulement, inviter chacun à faire sien, à sa manière, ce texte répété, à l’infini.

NOTRE PERE

Un destin commun peut susciter rivalité et concurrence. Cette perception du vécu entre les hommes suggère l’idée d’une transcendance terrifiante qu’il faut se concilier. Dans ce cas, Dieu ne peut être Père ! Par contre, le sentiment de fraternité, en quête d’une destinée commune, engendre la solidarité et peut faire naître la perception d’une transcendance bienveillante. Invoquer un Dieu Père prend du sens. On ne peut se sentir proche d’une Source dynamisante si l’on est en conflit permanent avec d’autres. C’est pour cela que Jésus a déclaré qu’il était absurde d’aller prier un Dieu proche et bienveillant, si l’on n’avait pas dissipé tout malentendu conscient, avec quelqu’un de proche.

Mais, qui est ce père ? Proximité, autorité, affection caractérisent cette source. On pourrait aussi bien l’appeler mère, ou source…Car, prier, c’est se mettre à l’écart de ses préoccupations habituelles, se décontracter psychiquement et physiquement, pour se sentir proche de cette force qui nous dépasse mais qui nous fait exister : NOUS et les AUTRES. Cette force, cette énergie que l’on ne peut définir totalement sans le faire disparaître ! L’essentiel est de s’établir dans une relation de confiance déférente.

Afin de pouvoir appeler Dieu « Père », il est nécessaire d’être, véritablement, en lien de fraternité avec lui. C’est central dans le christianisme : l’amour de Dieu est impossible, sans l’amour du prochain.

Dire « Notre Père », est un acte personnel d’abandon qui signifie, à la fois, la PROXIMITE avec sa SOURCE et avec ses frères, les HOMMES.

QUI ES AUX CIEUX

Cette source qui alimente toute vie, et, à laquelle on s’adresse, quelle qu’en soit sa conception, dépasse chacun. Elle est inclassable. Elle échappe à toute définition. C’est comme dans l’amitié ou l’amour : vouloir tout expliquer, détruit la relation ; Ce qui n’exclut pas une exigence de lucidité et d’authenticité.

QUE TON NOM SOIT SANCTIFIE

Toute relation de confiance exige un moment de « lâcher-prise ». Un « apriori » favorable s’impose. Accepter, sans tout comprendre dans l’immédiat, ce qui parvient de cette source, est la condition indispensable pour que ce donné qui nous vient par elle, serve au bien de chacun. Cette dotation de la nature n’est ni juste ni injuste. Celui qui sait avoir de la gratitude fait fructifier ses dons. Bénir cette origine (quelle qu’elle soit) et les aléas de la vie, empêche haine et jalousie favorisant ainsi une vie sociale harmonieuse.

QUE TON REGNE VIENNE

Que cette vie qui tend à se répandre en plénitude en chacun, parvienne à dynamiser tout être vivant. En formulant ce vœu, on s’incite, individuellement à faire alliance avec les forces de vie contre les inerties et les forces destructrices de mort.

QUE TA VOLONTE SOIT FAITE SUR LA TERRE COMME AU CIEL

Que cette force que l’on sait bienveillante ne soit pas dénaturée par nos dissensions. Par cette demande on renforce en soi-même la volonté d’ s’engager ici-bas, dans une action de mise en œuvre des mouvements de solidarité.

DONNE-NOUS, AUJOURD’HUI, NOTRE PAIN DE CHAQUE JOUR

On sait bien, que si l’on croit à une transcendance, celle-ci n’a nul besoin qu’on la sollicite pour qu’elle donne à toute personne, à chaque instant, ce dont elle a besoin pour faire face aux heurs et malheurs de l’existence. Mais, le fait de formuler la demande, crée chez celui qui sollicite, l’attitude de disponibilité indispensable pour recevoir la grâce appropriée, toujours disponible. Il s’agit de se mettre dans une attitude de réceptivité qui ne laisse pas passer l’inattendu qui serait meilleur que ce que l’on demanderait spontanément.
Ce pain qui est demandé est à la fois nourriture du corps et de l’esprit. Mais il est demandé collectivement, il est nourriture pour l’individu et pour la collectivité. Le pain demandé est toujours un pain partagé. Recevoir ce pain quotidien est invitation à la fraternité et à la solidarité.

PARDONNE-NOUS NOS OFFENSES COMME NOUS PARDONNONS A CEUX QUI NOUS ONT OFFENSES

Ce contact avec la source fait naître en soi une soif d’authenticité. On n’ose pas se trouver face à cette présence BIENVEILLANTE avec quelque acrimonie vis-à-vis de l’un ou l’autre de ses semblables. On ne peut être au clair avec Dieu, sans être au clair avec son prochain ; et, l’on ne peut solliciter le pardon de Dieu, si l’on ne sait pas pardonner à son prochain.

La prière authentique, selon l’Evangile, ne doit jamais éloigner du prochain, ni le mettre entre parenthèse. Une prière fuite ou refuge n’est pas chrétienne.

Cela signifie, également, que c’est, principalement, en blessant le prochain que l’on offense Dieu que nulle blessure ne peut atteindre. Celui qui veut haïr Dieu ne peut que se faire du mal à lui-même en établissant du désordre dans son affectivité. Demander pardon à Dieu c’est lui demander de guérir le désordre que tout désir malveillant crée en celui qui veut mal agir. Quand on pardonne à son prochain qui nous a fait mal, on se préserve, aussi, d’un mal supplémentaire.

NE NOUS LAISSE PAS ENTRER EN TENTATION

Ce que Dieu a fait, ne peut être source de mal. C’est parce qu’il y a dérèglement en notre désir, que quelque chose qui nous est extérieur, peut devenir incitation au mal, c’est-à-dire tentation. Par cette demande, on prie Dieu d’être bien proche en nous, pour que sa force nous aide à bien gérer nos désirs afin qu’ils se dirigent toujours vers ce qui est dans l’ordre des choses, c’est-à-dire, vers ce qui est bon pour nous et pour les autres.

MAIS, DELIVREZ-NOUS DU MAL

Que par la proximité, la présence intime de Dieu en chacun, toute séquelle du mal qui nous a touchés, n’ait plus d’influence sur nous, et, finisse par disparaître. Que toute envie d’un mal futur ne nous atteigne plus.

C O N C L U S I O N

Le covid-19 est survenu, brisant, une fois de plus, le rêve de « toute-puissance » de l’homme. N’est-ce pas l’occasion de faire la vérité sur nos modes d’action et de penser ? Le moment est venu de quitter routines sclérosantes et dogmatismes paralysants. Ceux qui se considèrent comme héritiers d’une spiritualité chrétienne se doive
nt de revisiter, comme tous, avec tous, leur manière de vivre « en société ».
Il est urgent, en même temps, de s’interroger sur la manière de « célébrer », de « prier ». La messe est l’exemple frappant de cette obligation de formules et rites répétitifs qui n’ont guère de sens, aujourd’hui. Le « partage du pain », souvenir et rappel du message fondamental de fraternité, dans un contexte de simplicité a fait place au renouvellement du sacrifice de la croix sous l’autorité d’une personne sacralisée, dans un cadre sacralisé. Tout est « sous contrôle » du clerc : présence réelle et parole de Jésus ! Il est urgent de sortir de ce cadre magique et infantilisant !

Dois-je espérer, sans trop y croire, que « l’Eglise officielle », après la crise, INNOVERA et ne se contentera pas de RESTAURER ?

ANNEXES

I C I e t M A I N T E N A N T

L’ A U J O U R D’ H U I de l ’ E V A N G I L E
VIVRE, c’est se tenir, à chaque instant DISPONIBLE à l’apport de l’INSTANT PRESENT
• C’est, évacuer la nostalgie débilitante qui voudrait sur- valoriser le passé, en faire un « paradis perdu », le temps des « révélations »…
La remplacer par la tendresse et la force du souvenir qui éclairent et soutiennent l’action PRESENTE
• C’est, demeurer, à TOUT MOMENT, sensible à la présence de l’AUTRE pour ne pas courir le risque de perdre toute humanité en restant prisonnier de son ego.
• C’est, savoir lâcher prise, ICI et MAINTENANT, pour que fatigue et déconvenue n’éteignent, ni l’enthousiasme ni la capacité d’admiration qui favorisent la bienveillance.
• C’est, bâtir des projets enracinés dans le PRESENT sans lequel toute perspective tournerait en rêve ou demeurerait pure idéologie
• C’est, reconnaître ses LIMITES apprendre à compter sur les autres : renoncer à croire à sa toute-puissance afin que chacun trouve une place dans la construction de la fraternité, qui est le seul royaume annoncé par Jésus.
• C’est, faire le point : méditer, donner du sens, distinguer l’essentiel de ce qui est secondaire, savoir pardonner, demander pardon, accepter l’imperfection…actions spirituelles qui, pour être efficaces s’inscrivent dans l’ « ICI et MAINTENANT »
En fait, TOUT SE JOUE AU PRESENT ! Jamais la VIE n’existe ailleurs !
Et, pourtant…
Les individus et les institutions ont tendance à magnifier le PASSE : ce dernier, PHARE qui éclaire les actions présentes, devient un PORT qui tient lieu de refuge et empêche d’inventer l’AVENIR.
La fidélité est rarement pure reconduction du passé. Le parcours de Jésus en est une parfaite illustration. Ses actes et ses enseignements proclament que tout approfondissement spirituel ou toute avancée humaine s’effectuent dans la DISPONIBILITE à l’instant présent.

La rencontre avec la Samaritaine, si riche de sens n’aurait pu avoir lieu, si le désir de contact avec cette personne n’avait été plus puissant que les freins des habitudes. On ne parle pas à une femme. La chape des idées passéistes n’a pas empêché Jésus, de prendre son temps, ici et maintenant, pour engager cet entretien dont le contenu spirituel nourrit, encore, aujourd’hui ,une multitude de personnes.

L’Evangile interpelle encore : exclusions et préjugés restent toujours des obstacles à la communication et à la compréhension entre les cultures.

Jésus est toujours en état de disponibilité lorsqu’il chemine en Palestine. Il peut, alors, percevoir l’attente particulière de Zachée, la bonne volonté du Publicain détesté, la foi ardente de la Cananéenne, du Centurion…Ces personnes s’en vont encouragées, parce que Jésus n’est pas passé à côté d’elles sans les voir. Une vraie rencontre a lieu quand rien n’empêche d’être pleinement présent dans un « ici et maintenant ».

Cette attitude évangélique fait défaut, chaque fois qu’une personne côtoyée, étiquetée a priori ne se sent pas reconnue dans ses vraies intentions. On ne partage le « meilleur de soi » qu’avec ceux qui, par leur attitude bienveillante, donnent envie de révéler les vrais désirs cachés au fond de soi.

Jamais Jésus ne refuse de résoudre un problème par soumission à des interdictions anciennes brandies par les plus hautes autorités. Venir au secours du prochain ou guérir, un jour de sabbat sont prioritaires. Les interdits alimentaires et prescriptions rituelles de purification, ne résistent pas quand il s’agit d’accueillir, de recevoir…Faire œuvre d’humanité, ici et maintenant n’a pas à se soucier d’ordonnances désuètes.

Que de fossés restent creusés entre personnes de bonne volonté, parce que coutumes, rites, pratiques, interdits, totalement obsolètes, s’imposent toujours. La vie sociale est plombée : les injonctions du passé font obstacles à la recherche d’une bonne entente pour le présent

L’authenticité de l’ « ici et maintenant » a priorité sur la pratique religieuse ou le temps de prière. La réconciliation avec son frère doit être faite avant d’aller offrir un sacrifice. Les disciples sont tentés de prolonger la bienheureuse expérience spirituelle de la Transfiguration ;mais, Jésus les presse de descendre de la montagne. Les spectateurs de l’Ascension, tentés de rester fixés sur l’au-delà, sont priés d’aller chercher Jésus sur terre.

Certains courants religieux , aujourd’hui, sous prétexte de spiritualité, sont tentés de fuir les engagements, en s’évadant dans un monde irréel qu’ils pensent plus proches de Dieu.

Les « Béatitudes » nous engagent à prendre le présent à bras le corps, quelle qu’en soit la pénibilité, car elles nous offrent une espérance dès ici-bas. Jamais l’Evangile ne prêche la désertion. Tout est DON, tout est GRACE pour celui qui sait bien regarder toutes les facettes du PRESENT

TOUT SE JOUE ICI ET MAINTENANT !

A U T O M N E

 

Quand le soleil reste toujours proche de l’horizon et que le rayonnement de sa chaleur se fait parcimonieux, quand l’énergie en nos organismes se distribue paresseusement, quand, sournoisement, apparaissent douleurs et malaises, quand des dysfonctionnements font naître en nous des peurs, quand la vivacité en nos esprits, ralentit …faut-il désespérer et tout laisser aller à vau l’eau, traîner sa triste existence au risque devenir un boulet pour son entourage ?

Ne serait-ce pas, au contraire, une dernière occasion, de se donner de
NOUVELLES PERSPECTIVES ?

L’arrière-saison est, alors, riche de promesses : souvenirs et apports du passé deviennent matériaux pour se donner des projets modestes et réalistes, nourris par l’ expérience. Un automne ensoleillé peut encore réchauffer et revigorer les années qui attendent…

Repenser avec une joyeuse RECONNAISSANCE aux moments de BONHEUR peut faire germer de nouveaux projets. Ce regard plein de tendresse sur le passé donne le sourire et porte à envisager le présent avec optimisme! Garder, malgré certains désagréments qui surviennent, humour et sourire, répand la bonne humeur et crée une atmosphère de bienveillance. Faire naître, par sa simple présence, des espaces de joie et de sérénité, représente un cadeau inestimable à la génération plus jeune confrontée aux préoccupations plus immédiates. Plus de place au repli sur soi !

Et l’automne, n’est plus perçu comme étiolement des forces, mais devient la saison des récoltes. Les fruits du présent révèlent la vérité du passé. C’est le temps de la sagesse avant l’arrivée de l’hiver. C’est le temps où se tissent les liens entre les générations. C’est le temps où, loin d’être inutiles, ceux qui ne sont plus dans la « vie active », contribuent ainsi à créer l’avenir.

N’occulter aucune plage du passé : blessures, séparations provoquées par la mort ou les drames de l’existence… Y trouver la force pour faire face à l’ « aujourd’hui ». Recevoir en sa chair la douleur issue de la souffrance de ses enfants ou de ses proches, et, souvent, se contenter d’être auprès d’eux, une présence, constitue un relais, qui les aide à construire la route d’un bonheur possible à partir de la réalité de ce qu’ils sont.

Automne, saison des illusions perdues, mais, chemin d’un avenir moins utopique où l’écoute, la prise en considération de l’autre, l’attitude bienveillante, sont souvent, plus efficaces que paroles moralisantes ou activités fébriles. La douloureuse expérience de l’impuissance face à la souffrance physique ou morale de personnes proches, apprend sérénité et discrétion qui permet la proximité avec les personnes en difficulté.

Le souvenir de ce qui a réussi donne confiance, le rappel des insuffisances et échecs incite à la modestie. La conscience accrue de ses faiblesses souligne ses limites. HAUTEUR et SUFFISANCE s’émoussent, laissant ainsi paraître plus de douceur et d’humanité. Le besoin des autres qui se fait plus pressant, ouvre à la constante exigence de la solidarité. Se sentir plus petit, sans se dévaloriser, rétablit la vérité sur soi et rend plus proche des autres, car l’humilité éloigne la peur qui biaise les relations.

C’est la saison des tranquilles retrouvailles où l’on peut donner du temps au temps, car, disparaît l’urgence de l’action qui éloigne des proches. Il n’est plus question, comme dans la vie professionnelle, de fonctions prestigieuses ou dévalorisées mettant les dialogues en porte-à-faux. Des liens se créent ou se recréent. Les paroles échangées mettent du baume sur les souffrances ou les ruptures du passé… Et les dernières années peuvent s’écouler dans une ambiance de paix et de vérité.

Mais, cette période qui enseigne douceur et simplicité, n’est pas le temps de l’inactivité. La disponibilité accrue rend plus attentif aux besoins qui se font jour ; proches, famille, enfants petits enfants, société… Et le bénévolat offre de larges plages d’engagements qui pallient les besoins non satisfaits par les organismes officiels. C’est ainsi qu’initiatives, créations naissent de ceux qui ont quitté les activités classiques. Bousculés par la vie, ayant perdu des illusions, on peut penser que ces aînés investiront leurs énergies en des actions qui valent la peine.

Automne saison des profonds labours désintéressés qui préparent les printemps à venir. L’ambition de ceux qui s’apprêtent à partir est de contribuer à l’amélioration de la future génération…C’est leur ultime chemin de BONHEUR .

H I V E R

Les jours s’en vont…les années passent…Les moments de grande activité se font plus rares, les sens perdent de leur acuité, le corps devient plus raide. L’esprit réagit avec plus de lenteur et plus laborieusement. Les réflexes qui facilitaient la vie quotidienne, deviennent inadaptés et provoquent des maladresses aussi bien dans les actions que dans les échanges. Des tensions peuvent naître et des incompréhensions peuvent se multiplier. On serait portés à se claustrer, volontairement, dans une société qui impose un confinement général…

Il n’est pas facile d’entrer dans cette saison où tout se calfeutre, où tout se fige. Le sifflement de la bise remplace le bruissement des tempêtes automnales. Le silence d’une atmosphère gelée, fait oublier l’activité champêtre de la période précédente qui récoltait les fruits de l’année, ou préparait les sols pour les semences, promesses d’une vie attendue. Les images qui s’offrent, maintenant, à chacun évoquent plus une stagnation, une fin, qu’une renaissance ou un nouveau départ… Ne serait-ce pas l’occasion d’un dernier combat contre la fatalité ? La génération qui suit n’en attend pas moins des aînés qui s’apprêtent à prendre le grand départ.

Le temps est venu pour les personnes qui se trouvent moins mobiles de rejoindre les agglomérations. Il n’est plus question de revendiquer, dans une fière volonté d’indépendance, un habitat isolé. On ne peut plus se passer de l’aide des autres. La proximité physique favorise un rapprochement parfois surprenant, de personnes qui s’étaient superbement ignorées, des années durant. Naissent, alors, camaraderies, tendresses et amitiés nouvelles qui font porter des regards neufs sur un passé révolu et sur un avenir qui n’aura pas tendance à traîner en longueur. La modestie et le réalisme des projets qui se font jour, donnent sens et dynamisme au court chemin qui reste à parcourir. Relire avec d’autres le passé, sans refuser de regarder fautes et lacunes, est une façon de se racheter, et, peut-être, s’il n’est pas trop tard, de renouer avec des relations que l’on croyait perdues. Cet hiver des actions devient, pour ceux qui en ont la volonté, la saison d’une recrudescence d’humanité, même chez ceux qui s’en croyaient démunis.

Avec des amis et des proches, il est possible d’apprendre à accepter avec humour ratés et maladresses… Mais, cela ne va pas de soi. Rigidité corporelle, souvent ponctuées de douleurs, difficultés de communication créent maldonnes, tensions et incompréhensions. Aussi, est-ce une période de la vie qui nécessite la patience. Mais, il arrive, plus fréquemment, que l’on soit un peu dérouté par ce qu’apporte le monde extérieur. La parole des autres, mal entendue, risque d’être mal comprise. Il importe, alors, de cultiver en soi, une habitude d’apriori de bienveillance vis-à-vis des personnes et face à ce qui advient ; car les apparences sont particulièrement trompeuses dans ces moments où la perception plus laborieuse de tout évènement, crée de l’agacement. En effet, on n’accepte pas aisément, l’amoindrissement de ses facultés !

Des renversements de fonctions s’accomplissent, d’une façon peu perceptible, dans un premier temps, mais, irrévocablement ! D’éveilleur des connaissances, on devient demandeur de nouveaux savoirs dont on n’a pas la maîtrise. Les décisions importantes nous échappent, progressivement. La société évolue sans notre participation qui devient de moins en moins efficace. On reçoit de plus en plus de conseils. On veille discrètement sur nous. Des paroles et des regards s’échangent, en catimini… Bref ! On voudrait nous écarter, à la fois pour nous soulager et par peur de nos maladresses. Amis et proches, parce qu’ils aiment leurs aînés, malgré leurs travers, veulent les aider, parfois « malgré eux », … comportement qu’ils ont appris de ces mêmes personnes qui agissaient de la même façon, quand ils étaient plus jeunes !

Le moment est venu où l’on inaugure une nouvelle manière d’être présent à l’autre… Moins vif, on intervient moins dans les échanges. Il devient plus difficile de prendre la parole, car, on est plus lent et on voudrait introduire plus de nuances. Alors, quand on veut donner son opinion, il est déjà trop tard : la conversation a progressé. Parler donnerait l’impression que l’on serait à côté de la plaque, brisant le cours normal de la conversation…On finit par se taire, courant le risque de trop s’y habituer…Le plus important est d’apprendre à mieux écouter, puisqu’on parle moins. Manifester que l’on est activement présent devient une autre forme de participation . On devient plus écoutant que parlant. Et, on réalise que le simple fait de porter intérêt et « d’être présent » à ce qui se dit, devient une autre forme de participation. Il n’est pas si facile de maintenir, ainsi, en éveil sa capacité d’attention ! Passer, sans nostalgie ni sentiment de culpabilité, d’une participation dynamique, à une présence plus modeste et plus tranquille, c’est tout simplement accepter d’agir en harmonie ce que l’on est devenu en cette saison de sa vie.

On apprend, ainsi, le détachement. Et, ceux qui comptaient, un peu trop sur nous, prennent davantage leur place, tandis que l’on expérimente, ce que l’on savait déjà théoriquement, que le monde « peut continuer à tourner sans nous ». Et, tout est bien, ainsi. C’est la vérité des choses.

On est entré dans la saison, parfois un peu trop calme, pour ceux qui ont toujours en mémoire un passé actif. Mais, c’est le moment essentiel où le futur se dessine. Celui-ci n’attendant que le regard bienveillant de ceux qui ont accompli leur tâche. Il est plus digne de laisser volontairement sa place que de se faire agressivement bousculer par la génération montante !

Du temps où l’on était plus alerte, on parlait et discutait, on riait ensemble; des connivences se manifestaient, parfois bruyamment. On était heureux du plaisir que provoquait notre présence aux enfants et petits- enfants. Peu à peu, ces manifestations se sont faites plus discrètes. Un certain éloignement s’est créé. Chaque génération a sa vie propre. Ceux et celles qui comptaient trop sur les aînés, ont besoin, pour se donner une marge d’autonomie. Une distance, sans perte d’affection est utile à tous. Elle est dans l’ordre des choses. Elle rendra moins douloureuse la séparation définitive que l’âge rend proche !

On se rend compte qu’un nouveau monde se fait jour, à travers la jeunesse qui monte. Pour rester, jusqu’à la fin, fidèle aux exigences de son humanité, il suffit de regarder avec une lucidité bienveillante, cette remontée de la vie qui ne nous appartient plus. Il est bon de ne pas se laisser gagner par la nostalgie et l’aigreur afin que le grain semé par sa génération, ne pourrisse pas, mais, meure pour donner du fruit nouveau…La froidure et la dureté de l’hiver protège la formation d’une vie nouvelle.

Cette saison annonciatrice d’un départ plus proche, apprend l’humilité, la pauvreté. « Il restera de toi, ce que tu as donné ». Seul, comptera, alors, ce que tu auras fait, sans te mettre en avant. Car, ce que tu as donné, tu l’as toi-même reçu. Et, c’est, spontanément, que jaillira de toi, une expression de reconnaissance, au souvenir des personnes rencontrées, car, toutes, ont contribué à faire de toi ce que tu es. Rien de plus vivifiant, rien de plus pacifiant, que de côtoyer une personne qui prend congé de la sorte !

Ultime cadeau que toute génération devrait laisser à celle qui suit !

Jacques Attali était à Jérusalem lors du passage à l’an 2000.
Il rapporte le fait suivant :
A la Porte de David,
les Evangélistes attendaient le RETOUR du MESSIE,
des Juifs attendaient la VENUE du MESSIE ;
Un membre des autorités juives leur dit :
« Le MESSIE ne passera pas par la Porte de David,

C’est celui qui est BIENVEILLANT
qui est MESSIE pour AUTRUI »