Réseaux du Parvis et l'International... PDF Imprimer Envoyer
Écrit par Les Réseaux du Parvis   
Lundi, 14 Mai 2012 14:19
Parvis, l'International... et une lettre ouverte au Professeur Joseph RATZINGER

Chers amis des Parvis,

Notre fédération a donc décidé, comme vous le savez, de soutenir un groupe de membres de nos associations plus particulièrement engagé à l'international, GIF. 
Les tâches sont très nombreuses et intenses. Certaines de nos associations, et la fédération elle-même participent aux travaux de regroupements internationaux, Le Réseau Européen Eglises et Libertés et le Mouvement International Nous Sommes Eglise IMWAC:International Movement We Are Church, sans parler bien sûr des relations internationales que certains de vos mouvements ont eux-mêmes à l'international, comme la Fédération internationale des prêtres mariés, ou les liens internationaux déjà existants de David et Jonathan. Certains d'entre nous représentent éventuellement ces mouvances dans des instances internationales: le Forum Social Européen, Le Conseil de l'Europe, laPlateforme du Parlement Européen pour la Laïcité en Politique, ou participent à des regroupements associatifs autres, tel les 3i, ou encore l'Atelier Afrique du Réseau Européen. Il importe que vous vous teniez au courant de toutes ces actions capitales pour le progrès de nos idées par l'intermédiaire de vos représentants au CA de Parvis, en lisant la revue, ou en consultant certains de nos sites (Parvis, FHEDLES, NSAE, Partenia, etc.), ceux d'associations elles-mêmes très directement impliquées.

L'une des choses les plus impressionnantes revient à constater la puissante convergence de milliers de chrétiens dont nous sommes proches en Europe, et même dans le monde entier. Et d'observer aussi que le système catholique romain tel qu'il est tente d'endiguer partout la vague qui est en train de se former. Les signes sont partout encourageants et multiples.
La question de la communication reste cependant une inquiétude tant la pratique des langues est déterminante
A titre d'exemple, je vous propose 2 traductions que j'ai faites très récemment, qui se trouvent sur certains sites, et qui sont très emblématiques non seulement de la révolte qui gronde, mais aussi de l'esprit d'initiative qui prévaut partout.

Croyez à ma fidélité,
Didier Vanhoutte



Lettre ouverte au Professeur Joseph Ratzinger, pape Benoît XVI

Cher Joe,

Il y a quelques années lorsque tu étais encore à la tête du Saint Office (« …de la Sainte Inquisition » est, comme tu le sais, toujours gravé dans la pierre en haut du sombre édifice juste à côté de la place Saint Pierre), je t’ai écrit une lettre ouverte au sujet du rôle des femmes dans l’Église catholique. À cette époque, je me suis adressé à toi d’un familier « Cher Joe », me fiant à notre relation de la fin des années 60, début des années 70 lorsque j’étais Professeur Invité de la Faculté de théologie catholique de l’Université de Tübingen, et que tu y étais Professeur Ordinaire. Je l’ai fait pensant que cette forme d’adresse te dirait que j’espérais vraiment que tu ouvres ton esprit et ton cœur pour entendre ce que je voulais te dire. Je n’ai, à cet égard, pas de moyen de savoir si j’ai réussi, aussi peu que ce soit. Pourtant, me fiant à notre « collégialité » passée, je me tourne vers toi de nouveau de cette façon fraternelle.

Je suis troublé que tu aies, particulièrement récemment, donné des signes qui sont en opposition avec les termes et l’esprit du Concile Vatican II, durant lequel, en jeune théologien de premier plan, tu as aidé notre chère Église catholique à passer du Moyen-Âge à la modernité. Plus, alors professeur à notre Université « Alma Mater » de Tübingen, tu as, avec le reste de tes collègues de la Faculté de théologie catholique, publiquement plaidé pour 1) l’élection des évêques par les fidèles, et 2) un mandat limité des évêques (voir le livre Des évêques démocrates pour l’Église catholique romaine, http://institute.jesdialogue.org/ecumenical_press/democractic_bishops).

Maintenant –  http://www.nytimes.com/2012/04/06/world/europe/pope-assails-disobedience-among-priests.html?ref=world – tu réprimandes publiquement des prêtres catholiques loyaux pour avoir fait précisément ce pour quoi tu as plaidé si noblement précédemment. Eux et de très nombreux autres à travers l’Église catholique universelle suivent l’exemple de ta jeunesse, essayant désespérément de faire avancer notre Mère que nous aimons, l’Église, dans la modernité. J’utilise délibérément le mot « désespérément », car dans ta propre terre natale, l’Allemagne, et ailleurs en Europe, les églises sont vides, de même que le cœur de nombreux catholiques qui entendent les mots glaçants venus de Rome et des évêques qui obéissent inconditionnellement (comprendre : les « béni-oui-oui »). Dans mon pays, l’Amérique, lieu de naissance de la liberté moderne, des droits humains et de la démocratie, nous avons perdu – en cette génération seulement ! – un tiers de notre population catholique, 30 millions, parce que les promesses de Vatican II et de sa quintuple révolution copernicienne (en se tournant vers 1- la liberté, 2- ce monde, 3- un sens de l’histoire, 4- la réforme interne, et surtout, 5- le dialogue) ont été si délibérément rejetées par ton prédécesseur, et maintenant de façon croissante par toi.

Joe, tu étais connu comme l’un des théologiens de Vatican II qui ont défendu l’appel du pape Saint Jean XXIII pour l’aggiornamento (la mise à jour) par l’esprit de réforme du retour aux sources originelles stimulantes (ressourcement !) du christianisme (ad fontes ! – aux fontaines !). Ces sources démocratiques, éprises de liberté de l’Église des débuts étaient exactement les « sources »  reconstituantes, les « fontaines » du renouveau qui étaient expliquées par le menu par toi et par tes collègues de Tübingen.

Je te prie instamment de retourner à cet esprit réformateur initial de ta jeunesse. Cet esprit revient à ma mémoire au moment où se prépare la célébration du 50ème anniversaire du Journal des études œcuméniques (JES), que ma chère femme Arlene et moi-même avons créé en 1964. On y trouve, dès la première édition, des articles de ton ami et collègue Hans Küng, théologien de Vatican II, et de toi-même (!), veillant à franchir le gouffre séparateur de la Contre-Réforme qui mettait l’Église catholique à part du reste du christianisme, et en vérité du reste du monde moderne.

Joe, dans cet esprit, je t’exhorte à retourner à tes fontaines réformatrices : Retourne ad fontes !

Pax !

Len

Leonard Swidler, Ph.D., S.T.L. Cette adresse email est protégée contre les robots des spammeurs, vous devez activer Javascript pour la voir.

Auteur de plus de 70 ouvrages dont certains ont fait date

Professeur de Pensée catholique et de Dialogue interreligieux, Temple University

Co-fondateur, Association pour les Droits des Catholiques dans l’Église

Traduction (relue, amendée et acceptée par l’auteur) : Didier Vanhoutte

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VOYAGE EN ALGERIE ORGANISE PAR LES RESEAUX DU PARVIS
29 septembre au 8 octobre 2012



ALGER - CONSTANTINE - SETIF - ANNABA - BISKRA - BOU-SAADA et 3 sites classés au patrimoine mondial : TIPAZA - DJEMILA - TIMGAD

Rencontres et débats organisés sur place (chrétiens d'Algérie - musulmans - cinquantenaire de l'indépendance)

Prix : De 1199 Euros à 1439 selon le nombre de participants (hors visas) et soumis à fluctuations en fonction du prix du carburant et des visites et rencontres supplémentaires pendant le circuit.

Renseignements : Michel ROUSSEL : Cette adresse email est protégée contre les robots des spammeurs, vous devez activer Javascript pour la voir. .
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Lyon 2010... Les Actes.
"Nous sommes encore pleins de cette joie d'avoir été réunis sur le parvis..."
Le rassemblement de Lyon fut un grand moment. Réunir tous les documents nécessaires pour en rendre compte fut à la fois exigeant, car nous voulons être totalement fidèles à l'engagement colectif et passionnant parce que nous nous rendions compte en le faisant, à travers un partenariat assez émouvant avec TC et Golias que nous participions à l'élan d'un christianisme en marche.
Golias a accepté de prendre en charge la synthèse des rapports d'ateliers et Luc Chatel, le rédacteur en chef de Témoignage Chrétien nous a proposé les textes que vous trouverez pour rendre compte de la "table ronde" qu'il a animée. Qu'ils en soient vivement remerciés.
N'oublions pas non plus de préciser que Cécile Entremont, la co-présidente de nos réseaux et Christian Terras, le Directeur de Golias ont eu la lourde tâche de réunir "l'esprit" des feuillets d'espérance, en un temps très court, pendant le rassemblement pour pouvoir proposer aux participants le message d'espérance au soir de la clôture !...
- Les Parrainages
- Les conférences : Lytta Basset... Gabriel Ringlet... Raphaël Picon... Denis Pelletier
- La Table ronde : Quatre jeunes témoignent de leurs engagements respectifs ...
- Les ateliers :
- Promouvoir la justice de l'Evangile
- Le mépris à l'égard des pauvres , forme la plus sournoise de l'arrogance des riches et des puissants ?
- Pauvreté - exclusion
- Un monde injuste : opulence et misère, un système économique pervers : moyens de résistances et de luttes.
- La laïcité sans adjectif : une chance pour le christianisme et pour les religions en général.
- Economie et écologie, nos responsbilités.
- Accueil de l'étranger, défense des droits, cercles de silence.
- Chrétiens et musulmans : un même Dieu et deux mondes qui s'ignorent.
- Comment dire et célébrer la foi chrétienne dans un langage et des gestes contemporains.
- Révolution / subversion évangélique.
- Et si nous parlions d'avenir ?
- Résistances
- Prêtres, religieux et religieuses mariés : (in)fidélité à l'Evangile ?
- Comment dire et inventer une spiritualité pour aujourd'hui ?
Extraits de la conférence de Lytta Basset :
Lytta Basset a mené sa conférence en se laissant porter par le climat de notre rassemblement, et de ce fait elle n’a pas pu nous communiquer un texte écrit de cette conférence. Aussi, nous vous livrons les impressions saisies et mémorisées par Annie Crépin, soutenue par ses notes, et par l’enregistrement audio de l’intervention de Lytta Basset.
Il y a une trentaine d’années, une ouvrière s’écriait : « S’il y a quelqu’un là-haut, il mériterait d’être puni. » Or ce ressentiment à l’égard de Dieu a fait place à l’indifférence envers lui, voire à «l’usure» de Dieu, selon les termes de Maurice Bellet dans Le Dieu sauvage.
Les débats à son sujet se sont affaiblis. On peut désormais parler d’un sentiment d’absence qui a pris la place d’un athéisme de protestation. Cette évolution est due à la sécularisation, mais celle-ci n’est pas seule en cause. Pourtant, nos contemporains ne cessent de se poser la question du sens, y compris et surtout les non-chrétiens. Qu’est-ce que le Divin, que veut-on dire quand on dit « Dieu » ? (d’où les guillemets qui ont été mis dans le titre de la conférence). Le questionnement sur la spiritualité n’est plus le monopole des Églises et se fait en dehors des institutions. Certains, tel André Comte-Sponville, estiment d’ailleurs qu’il n’y a pas besoin de Dieu pour se poser de telles questions et vivre des expériences spirituelles très fortes. Qu’entendons-nous alors par Dieu aujourd’hui ? La question de Dieu est liée à des refus contemporains Ces refus sont fréquents parmi des personnes qui se trouvent en majorité en dehors des Églises ou qui les ont quittées– ce qui déjà en soi pose question.
Il est possible d’en discerner cinq.
D’abord le refus – très sain – de l’inauthenticité et de la langue de bois. Il s’agit de devenir crédible face à nos contemporains dans le langage qui est le leur et d’éviter le « bla-bla religieux ». Communiquer est un acte d’amour. Cet acte conduit à se rapprocher de la personne avec laquelle on veut communiquer. Le messager vit de son message, mais fait aussi partie de celui-ci. Il peut rendre – ou non – vivant son message, rien que par sa façon d’être.
En lien avec ce refus il y a le rejet de l’argument d’autorité : les gens – et c’est tout à leur honneur – veulent penser par eux-mêmes, expérimenter par eux-mêmes, et aspirent à une nouvelle Pentecôte, c’est-à-dire à un langage qui permette la communication interpersonnelle. D’ailleurs, le fait de communiquer nous transforme.
Vient ensuite le refus de l’incohérence. La contradiction qui peut être totale entre les paroles et les gestes, les attitudes, les comportements, plombe le message, ainsi que l’incohérence qu’on peut retrouver au sein des discours eux-mêmes. Dans son ouvrage Aimer sans dévorer, Lytta Basset donne l’exemple suivant : dans d’innombrables ouvrages et commentaires sur les textes bibliques, il est dit que l’amour de Dieu est un don inconditionnel, une pure grâce, mais, trois paragraphes plus loin, il est affirmé qu’Il exige de nous que nous l’aimions en retour. Dans ce refus de l’incohérence, il y aujourd’hui une exigence « holistique» qui veut qu’on s’intéresse à toute notre personne, qu’aucune dimension – qu’elle soit corporelle ou psychique par exemple – ne soit laissée de côté. Or cette exigence rejoint l’anthropologie biblique qui considère la personne comme un tout indissociable. « Soyez un comme votre Père céleste est Un. » Il existe aussi le refus du dogmatisme ecclésial – et de tout dogmatisme – et de la pensée normative. On a le droit d’être intelligent même si on est « Dieu » dans les quêtes spirituelles de nos contemporains Il s’agit de devenir crédibles face à nos contemporains dans le langage qui est le leur et d’éviter le bla-bla religieux. Communiquer est un acte d’amour...
Des témoignages de jeunes :
Aurélie Duchamp
J ’ai 32 ans, je viens de Lyon et je suis ici au titre de CCFD-Terre solidaire. Je suis à l’équipe d’animation du CCFD depuis 2 ans au titre de l’Action catholique des enfants (ACE) de la fédération du Rhône.
On a réveillé un réseau jeunes sur le grand Lyon que j’essaie tant bien que mal de coordonner. À titre personnel, j’ai demandé le baptême à treize ans, je n’ai donc pas forcément une vision de la foi ancrée dans une longue histoire. J’ai demandé le baptême sans vraiment savoir d’où ça venait. Du coup je n’ai pas de tradition ancrée, je vis ma foi comme elle vient, au gré des appels et des rencontres. Je ne sais plus quel a été le premier appel, en revanche je me souviens de celui que j’ai eu à 18 ans : c’était une copine sur les bancs du lycée qui m’a parlé huit heures par jour de l’ACE. On a d’ailleurs failli rater notre bac toutes les deux. C’est comme ça que j’y suis entrée en étant d’abord responsable de club puis responsable fédérale en charge de la formation et de l’organisation de camps.
Puis je me suis retrouvée permanente nationale en charge de la formation et de l’international et j’ai mis mon premier pied à ce titre-là au CCFD. Ce qui m’intéresserait ici, c’est plus de parler d’un processus d’engagement, c’est-à-dire comment, à n’importe quel âge et dans n’importe quel milieu, on en arrive à se prendre en main, à sentir que l’on a un pouvoir d’action sur sa propre vie et que l’on n’est pas baladé de droite à gauche en fonction de ce que les autres ou d’autres choses peuvent nous dire.
Comment être acteurs nous-mêmes de notre vie et avec les autres ; comment on devient acteur dans son quartier, son village, avec ses amis, puis, quand on est un peu plus accompagné et encadré, cela peut même se faire au niveau de sa municipalité, et à d’autres niveaux plus élevés encore, notamment dans les grands débats de société où l’on a quelque chose à dire et où l’on peut faire bouger les choses.
Ce que j’aime avec l’action catholique, notamment avec le CCFD-Terre solidaire, c’est cette prise de conscience que chacun, où que l’on soit, peut faire bouger les choses, chez soi, avec d’autres et avec nos partenaires, qui nous apprennent beaucoup de choses d’un point de vue culturel, tant sur le plan thématique que sur des méthodologies, un processus, une démarche. On est tous en chemin, tous ensemble. Et comme le disait Cécile Entremont tout à l’heure, il n’ya pas d’inquiétude à avoir : on est tous en chemin, jeunes et vieux. Professionnellement je suis ingénieur social en gérontologie, donc j’accompagne des groupes de personnes âgées en grande fragilité pour les aider à monter des projets sur leur quartier avec leur mairie,leur conseil général, toutes les institutions. Et ce que je peux vous dire, c’est que ça marche !
Luc Petitdemange
Moi aussi j’ai 32 ans et je suis au CCFD. Je viens de Mirecourt, dans les Vosges, une petite ville où l’on fabrique des violons et des guitares. Pour vous parler de mes engagements, je vais partir du contexte familial. Contrairement à Aurélie, j’ai baigné dans la religion catholique. Ma grand-mère a fait sa promesse scoute pendant la guerre.
Mon père a recréé un groupe scout à Mirecourt, et ma mère était responsable des catéchistes. J’ai un grand frère et une petite soeur, mais ils ont moins accroché... c’est sur moi que c’est tombé. Serait-ce l’Esprit-Saint ?, me demande quelqu’un dans la salle. Non, l’Esprit-saint, il est venu après. Je l’ai croisé en vélo... au moment de ma confirmation. Je ne voulais pas la faire et je me suis pris l’Esprit-Saint en pleine figure en vélo à contresens sur un trottoir...
En fait, il m’a fait prendre conscience que c’était à moi de poser un « oui, je crois ». J’ai donc demandé la confirmation un peu plus tard, quand j’étais sûr de pouvoir dire « oui, je crois », en aumônerie. Après le catéchisme, je suis en effet allé à l’aumônerie publique.
Parallèlement à ces engagements, j’ai passé 20 ans chez les scouts de France, de 7 à 27 ans. À l’aumônerie j’ai été bénévole puis salarié, et je suis à nouveau animateur bénévole. À côté de cela j’ai fait des études d’Histoire jusqu’à la licence, et je me suis arrêté après car il était compliqué de concilier les études avec le scoutisme et la pastorale des jeunes. À 18 ans, à l’aumônerie, on nous a dit « faites la place aux jeunes ». Vous voyez, déjà là à 18 ans on n’était plus jeune, on nous demandait de dégager ! J’ai donc quitté Mirecourt pour aller à Nancy, ville étudiante, universitaire, où je n’ai pas retrouvé ce que j’avais vécu dans les Vosges en aumônerie : une très grande liberté.
Les aumôniers, à l’époque, même s’ils n’étaient pas d’accord avec ce qu’on leur proposait, avaient l’intelligence de nous laisser faire. Avec les personnes que j’ai rencontrées à cette époque, et qui sont devenues des amis, on est allé très loin, dans tous les sens du terme puisque nous avons fait des voyages à l’autre bout du monde : en Israël, au Brésil. Après ces belles années d’aumônerie, on a eu du mal à retrouver cet esprit, cette convivialité. En 2000, on s’est embarqué dans les Journées mondiales de la jeunesse à Rome.
Il faut bien avouer que ce que l’on a retenu de Rome, c’est surtout la plage et la bonne ambiance... Dans mon cheminement, un des éléments importants, c’est l’humour. En aumônerie et dans le scoutisme j’ai toujours trouvé des gens qui étaient sur la même longueur d’onde. Je crois en l’Amour et en l’humour de Dieu. Rentrés des JMJ, on s’est dit : ce n’est pas mal ce qu’il a fait là, Jean-Paul II, rassembler deux millions de personnes à Rome. Caractère vosgien oblige, on s’est dit : « on doit pouvoir faire quelque chose nous aussi ». Alors on a créé de toute pièce ce qui est devenu le service de la pastorale diocésaine des jeunes. Tout cela pour vous dire, si ça peut vous rassurer, qu’à n’importe quel moment on peut se prendre en mains. Et notre initiative n’était pas contre l’Église. On était à côté. Ils ne se sont même pas rendu compte de ce qui se passait - c’est bien connu, les jeunes dans l’Église, il n’y en a pas. On a donc créé cet événement, une grosse fête, que l’on a appelée Festijeunes, où l’on a voulu faire venir des intervenants de l’extérieur pour qu’ils nous apportent quelque chose de plus. C’était en 2001.
Depuis, il y a un Festijeunes chaque année. On a connu une petite crise il n’y a pas longtemps: certains nous ont dit, à ceux qui ont plus de trente ans, « vous avez fait votre temps, dégagez !». Alors on l’a fait, et on a réussi à transmettre le flambeau aux plus jeunes. Une nouvelle équipe est en train de se mettre en place, même si on reste là pour les accompagner. Parallèlement à cet engagement en Église, au service de l’Église, j’avais besoin de m’engager à titre personnel.
Quand j’étais à la fac, l’engagement le plus évident, c’était le syndicalisme étudiant, mais ça ne me plaisait pas. Vous l’aurez peut-être compris, ma famille était plutôt à gauche, les trotskistes, Attac, tout ça ne m’intéressait pas. Et un jour, on m’a invité à une rencontre internationale du CCFD à Vichy. Là j’ai pu mettre en accord mon questionnement sur la globalisation, sur la mondialisation avec ma foi. Alors je me suis engagé dans le CCFD jusqu’à en devenir un salarié.
Trois questions à... Aurélie Duchamp
S’engager en ces temps de fatalisme et d’individualisme, cela a-til encore un sens ?
Oui l’action collective a encore et toujours un sens ! Oui l’engagement est toujours d’actualité! Les jeunes d’aujourd’hui, les jeunes que je croise dans mes engagements associatifs (CCFD-Terre Solidaire, Action Catholique des Enfants et tant d’autres mouvements de jeunes et services d’Église...) veulent prendre et prennent leur place dans ce monde avec la volonté de faire changer des choses. Par contre, les modalités d’engagement sont différentes des miennes il y a 10 ans... et des plus anciennes ! Mais tous ont des convictions qui les animent, qui nous animent. L’expression en est seulement différente.
Quelle forme peut prendre cet engagement ?
Cette nécessité de s’engager, cette urgence à « faire quelque chose », sans savoir quoi exactement, ne croisent parfois plus des associations, des mouvements, une Église qui proposeraient des actions convenant aux nouvelles façons de vivre, aux contraintes d’aujourd’hui. L’enjeu est donc de donner la confiance, l’espérance dans un futur qui sera meilleur qu’aujourd’hui. On aurait tendance à dire qu’il faut se battre pour que demain ne soit pas pire. Gardons cette visée, peut-être utopique (mais c’est cela qui fait vivre) que demain sera meilleur, et partageons-la.
Quelles satisfactions personnelles trouves-tu dans tes engagements ?
Les mouvements d’action catholique qui m’ont construite continuent à porter ce défi. Ce n’est pas tant le résultat qui compte dans cette visée que le chemin collectif qui nous y amène qui est important. La déception n’existe pas dans cet état d’esprit. Une action proposée ne trouvera peut-être pas un grand nombre de participants, mais le chemin vers la confiance, la rencontre de l’autre, de l’Autre de quelques-uns en sera d’autant plus précieux. C’est la découverte que « je » peux avoir une place dans la société, dans l’Église, dans mon quartier, ici ou là-bas... un pouvoir d’agir, même petit, à notre échelle, qui construit chaque personne, jeune ou moins jeune, qui nous permet de croire que c’est possible et que c’est ensemble qu’on arrivera à construire un monde meilleur.
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Mise à jour le Samedi, 26 Mai 2012 17:20