Solidarité, Eglise, Liberté Vendée (SEL85) PDF Imprimer Envoyer
Écrit par Solidarité, Eglise, Liberté Vendée (SEL85)   
Jeudi, 01 Mars 2012 17:54

S.E.L. 85 (Vendée)    SITE : http://monsite.orange.fr/SEL85


SOLIDARITE
Nous nous voulons solidaires des plus pauvres, des exclus,
en luttant avec eux pour plus de justice et de fraternité,
dans une écoute mutuelle.

EGLISE
Nous voulons participer
à la construction d'une Eglise
où chacun trouve sa place  et soit reconnu dans sa différence.

Nous refusons toute exclusion: divorcés-remariés, homosexuels, prêtres mariés, femmes prêtres...

LIBERTE
Prendre la liberté d'exprimer nos convictions.
Partager nos recherches et tâtonnements dans la quête de Dieu et du sens de la vie.

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CROIRE AUJOURD’HUI  & ETRE CHRETIEN AUJOURD’HUI

Tel était le thème des rencontres à SEL 85 en novembre 2008 et novembre  2009

1. « CROIRE AUJOURD’HUI ?»       novembre 2008

Pour introduire le débat, il avait été proposé aux participants un tour de table où chacun aurait la possibilité de s’exprimer personnellement sur ce thème, oralement ou par écrit, afin de mieux préciser ses propres positions, ses questionnements, ses interrogations.

Quelques témoignages, en vrac : - “je crois au Dieu qui se révèle dans la Bible et qui s’incarne en Jésus de Nazareth, et en ceux qui suivent son chemin. Je cherche à mieux le connaître et à mieux le comprendre, à le rencontrer dans la joies des libérations et de l’épanouissement de la vie, dans le partage avec les autres croyants, dans les groupes d’échanges bibliques... Je dirai que ma foi est de l’ordre de la conviction”.
- “Je crois à l’Amour. C’est le nom de Dieu, et ce qui me parait essentiel, c’est d’avoir de saintes colères”.
- “Mais Dieu, qui est-ce ? Une invention des hommes ? Le grand architecte de l’univers ? Une Personne ? Des Personnes ? C’est Jésus qui a le mieux exprimé Dieu en le comparant à un Père, le père de l’enfant prodigue”.
- “Comment faire référence au Credo qui énumère des affirmations incompréhensibles qui me mettent mal à l’aise, parce que sans signification pour moi aujourd’hui. Je crois en Dieu, mais bien plus difficilement à l’Eglise”.
- “Pour moi, la difficulté est de ne pas croire ! de me libérer des conditionnements de l’enfance, de laisser les influences se décanter, de faire le vide : il en reste toujours quelque chose. Il faut passer par Jésus-Christ pour connaître Dieu”. - “Je ne sais pas trop ce que je crois. Je préfère réfléchir aujourd’hui, en moderne.
Je reste stupéfié par un Jésus capable de dire : ‘la religion est faite pour l’homme et non l’homme pour la religion’.
Une difficulté : la foi en Dieu est devenue de nos jours quasiment impossible, car la notion de Dieu, est devenue équivoque : a mille sens et suscite la méfiance. Qu’est-ce qu’un Dieu ‘Père Tout-Puissant’ (!) qui, paraît-il, intervient dans le monde souvent cruel ? Un Dieu cruel donc, qui continue à s’avancer caché sous l’amour évangélique proclamé ! En fait un Dieu pervers, figure qui a détruit intérieurement tant de chrétiens culpabilisés.
Essayant de dépasser cela tant de théologies qui s’exténuent en contradictions insolubles. La principale : il existe ou n’existe pas ? Cette région-là, le domaine du Dominus, disparaît pour les gens (sauf à rester adeptes d’un Dieu équivoque); ils se contentent de vivre.
Mais la disparition n’est-elle pas le mouvement, la direction-même de nos Ecritures ? D’abord un Dieu farouchement anti-dieux, puis un Dieu tout Autre, innommé, manifesté par un fils de l’Homme, enfin Dieu mourant en Jésus-Christ, après que celui-ci ait dit : ‘il vous est bon que je m’en aille’.
L’originalité qui demeure du christianisme n’est-il pas dans une petite phrase charnière : ‘Et le second commandement est semblable’ ? L’essentiel devient donc : ‘aime autrui en tant que Dieu, comme toi-même. “Dieu, personne ne l’a jamais vu [ni imaginé, ni pensé] dit Jean, mais quiconque aime connaît [!] Dieu”( I Jean 4; 7,12). La divinité se cache-t-elle de nos jours dans nos si malhabiles amours ? C’est cela ma foi : tout centrer sur la plus simple et parfois si crucifiée des relations humaines : l’amour... quand pourtant j’en ai si peu...” - “Dieu nous confie le monde pour en faire un monde d’amour. Si Dieu existe, c’est cela.”
- “Je crois à l’importance de l’Évangile dans ma vie. Je le lis quotidiennement et j’y trouve toujours du neuf. Il m’engage dans une relation avec Jésus, sans intermédiaire, comme une présence dans ma vie. Mais comme Marc, je pose la question : Jésus, qui est-il donc ?”
- “Quand on est arrivé à la dernière période de sa vie, et qu’on jette un œil dans le rétroviseur, il devient manifeste que l’on est passé, que je suis passé progressivement de l’âge des certitudes et des évidences au temps des interrogations et des doutes, d’un état d’inconscience et de non mise en question des conditionnements subis à des exigences de lucidité, de cohérence rationnelle et de critique objective des acquis et des témoignages de référence, pour m’approprier ce que je crois.
Quant à l’essentiel dans ma vie, il s’est déplacé sur le curseur de mon histoire personnelle de l’impatience de l’avenir vers la valorisation du présent, du souci de soi et de l’ambition personnelle vers l’ouverture aux autres et à la conscience de solidarités nécessaires parce que vitales. Si je suis arrivé, me semble-t-il, à une certaine sérénité, à une relativisation de mes problèmes existentiels et de mes croyances, il n’en reste pas moins que, concernant ce que je crois, ou ce que je crois croire, demeure un certain nombre de domaines mal explorés, d’interrogations sans réponse satisfaisante, et dont je pourrai m’expliquer dans le débat”. - “J’aime le monde tel qu’il est. C’est le fruit du travail de tous les hommes. Et ce monde bouge, il avance. Mais l’Église, elle, ne bouge pas !”
- “J’ai eu la foi en naissant. Mais maintenant, qu’est-ce que ma foi ? Je suis frappée par le malheur et la détresse de tant de personnes dans ce monde où l’on vit. Et l’on passe à côté. Alors que des non-croyants sont plus attentifs aux autres que bien des chrétiens”.
- “Croire ? Il y a des croyances à décaper. Heureusement, il y a l’homme. Et je crois en l’homme, même si l’homme est un loup pour l’homme. Ce qui renvoie au sens de l’homme et à ce qu’il est”.
- “Croire, ça nous renvoie à notre condition d’héritiers de ceux qui nous ont précédé dans la foi”.
- “Le Père, c’est le Dieu de Jésus. Lire l’Evangile avec d’autres pour en partager le sens, l’interprétation, pour mieux comprendre la parole qui m’est adressée par Jésus. Faire comme Jésus qui s’isole pour mieux prier son Père et aller vers les autres qui ne sont pas de la communauté”.
- “L’expérience humaine est chemin de foi et peut-être plus que l’Église. Un chemin jalonné de malheurs, de souffrances. Pourquoi un Dieu qui serait “tout-puissant” a-t-il voulu ou permis cela ?”
Le débat s’est ensuite orienté autour de quelques interrogations exprimées par certains. Il s’agissait moins d’y apporter des réponses que d’explorer des chemins d’approche, en relativisant leur caractère de démarche personnelle, voire de les critiquer. Croire et avoir la foi, est-ce la même chose ? et qu’est-ce que croire ? Dans la démarche de “croire,” il convient de distinguer :
- le processus même de la croyance : comment on croit ?
- l’objet de la croyance : ce à quoi ou à qui l’on croit.
Quand je dis “je crois”, par exemple “je crois que Dieu existe”, je veux dire que je tiens pour vraisemblable et à peu près certaine cette existence, et que j’ai de bonnes raisons d’y adhérer, même si l’existence de Dieu n’est pas démontrable par la raison.
Alors que quand je dis : “2 et 2 font 4”, j’en ai la certitude raisonnée et démontrable, vérifiable et reproductible. Je ne le crois pas, j’en suis sûr... et je ne peux pas dire : “je crois que 2 et 2 font 4”, ce qui laisserait planer un doute sur la véracité de cette affirmation,, sur l’exactitude du mécanisme de l’addition. De même que je ne peux pas dire “je sais que Dieu existe”...
Ainsi, croire, c’est adhérer à ce dont on n’est pas absolument sûr, à ce qui n’est pas démontrable par la raison, à ce qui comporte une part d’incertitude, un soupçon de doute.
C’est parce que l’on est pas sûr de savoir que l’on croit. Quand on sait, on n’a plus besoin de croire. L’évidence, la certitude rationnelle, supprime la liberté de croire ou de ne pas croire. “Je sais que Napoléon est empereur”, “je crois que Jésus est Sauveur”.
Quand je récite le “Credo” catholique, je débite un catalogue d’affirmations (je crois en Dieu le Père Tout-Puissant, créateur ...) qui sont autant d’incertitudes que ma raison ne peut démontrer, mais auxquelles, cependant, je peux adhérer par croyance, par confiance à l’égard de ceux qui me les ont transmises, au point de les admettre comme crédibles.
Le croyant religieux exprime sa croyance en terme de foi (du latin “fides” : “se fier à”, “faire confiance à”).
Si croire n’est pas de l’ordre du savoir rationnel, mais vient de la confiance, il relève ainsi de l’affectif, du sentiment, du subjectif, mais aussi du vécu, d’une pratique. Je ne peux pas démontrer ce que je crois, mais je peux l’expérimenter dans ma vie, dans ma relation aux autres. Ainsi, je crois que l’amour est une voie de connaissance de l’autre, et je peux le vérifier dans ma pratique de vie. Croire peut donc être chemin de connaissance et conduire à un savoir. Là où s’arrête la connaissance rationnelle peut alors s’aventurer plus loin la connaissance affective, par confiance, par sympathie, par sentiment d’adhésion, par intuition, en assumant le risque du doute.Ainsi, pour le scientifique, la mort est la fin de la vie. Pour la foi, après la mort un autre vie serait possible. Croire est donc par essence de l’ordre du doute, de l’incertitude, même si le doute peut être surmonté par la confiance, par la foi.
Le doute est dans la croyance, la foi est dans la confiance. La foi est une sorte d’hypothèse qui donne sens à la vie et qui permet de vivre, mais qui ne dit rien sur le vrai, du moins le vrai rationnel ! Quand on dit “Dieu créateur du monde”, de quoi parle-t-on ? Peut-on encore aujourd’hui faire une lecture littérale des récits de la création dans le Livre de la Genèse, comme le revendiquent des fondamentalistes chrétiens et musulmans propagandistes des thèses “créationnistes.”
Alors que Darwin et à sa suite la communauté scientifique ont établi rationnellement la réalité et les théories de l’évolution des espèces vivantes, comment peut-on toujours souscrire, sous prétexte de concordisme avec la Bible et contre les démentis de la paléontologie, à ce que Dieu ait créé “ex nihilo” (à partir de rien) les animaux et l’homme dans leur état d’aujourd’hui ?
Les textes de la Genèse veulent nous dire bien autre chose que ce qu’ils racontent et qui relève du mythe. De la Création, la Genèse nous donne le sens mais ne dit rien du comment. Elle nous dit que Dieu est créateur de l’Univers et du monde des vivants. Il a suscité l’impulsion initiale d’une énergie créatrice dont le processus continu se poursuit par étapes (on peut interpréter ainsi la métaphore des six jours de la création - selon les lois et les aléas de l’évolution. Et l’avènement de l’homme au niveau de la conscience, dans le processus de l’évolution, tiendrait d’un dessein particulier de Dieu de susciter un être à son image et à sa ressemblance, autonome et responsable, qui devient partie prenante de l’oeuvre créatrice toujours en cours. Pourquoi le mal, la souffrance, la violence dans le monde et dans le cœur des hommes ? En créant “hors de lui”, en créant du “non-Dieu”, peut-on en déduire l’hypothèse que Dieu s’exposait à deux conséquences ? :
- Il ne pouvait être qu’en retrait de ce qu’il avait créé. D’où l’apparente absence de Dieu de sa création.
- Créant du “non-Dieu”, Dieu en tant qu’absolu de la perfection ne pouvait que créer du “non-parfait”, de l’imparfait. D’où l’imperfection et le désordre dans le monde et la manifestation du mal, de la violence, de la souffrance dans le cœur de l’homme et dans les relations entre les hommes.
Cette viciation de la création ne tiendrait pas d’une “faute originelle”, ni d’une volonté permissive de Dieu, mais d’un “défaut d’origine”, d’une inévitable imperfection originelle, ce qui n’exonère pas pour autant l’homme (l’Adam), de sa responsabilité individuelle, mais rend mieux compte de la transmissibilité de ce défaut d’origine à tout l’humanité que ne le fait la fable du “péché originel.”
Ainsi Dieu ne serait pas tout puissant quand il prend le risque de créer du “hors-Dieu”. La Création porte en elle l’implication de l’autonomie du monde par rapport à Dieu. C’est la condition de la liberté de l’homme, de son autonomie et de sa responsabilité. C’est une exigence de l’amour.
Si Dieu n’intervient pas, s’il se tait face aux malheurs du monde et des hommes, ce n’est pas qu’il ne voudrait pas, mais c’est qu’il ne le peut pas. Dieu s’est dépouillé de tout pouvoir d’immixion dans le monde.
Et pourtant, il y a eu Jésus ! Jésus s’est dit l’envoyé du Père, le Verbe selon l’apôtre Jean, c’est à dire la Parole de Dieu. Mais il s’est toujours refusé à toute manifestation de puissance. Il s’est au contraire identifié aux plus petits des humains. Et le Père invoqué au plus profond de sa détresse, l’a laissé mourir sur la croix...
Mais ce Dieu absent, ce Dieu silencieux, Jésus nous a dit où le rencontrer : dans la rencontre des autres. “Le lien de l’Absent, c’est l’autre”, comme le dit le théologien Joseph Moingt. Dans le Judaïsme, depuis la Shoah, se développe une théologie de l’absence de Dieu...
Mais peut-on dire pour autant que cette retenue, ce silence de Dieu, soit un désintérêt pour le monde, pour l’humanité ? Si Dieu est amour, s’il nous a suscité par amour, son amour ne peut pas nous faire défaut, même dans l’absence, même si Dieu ne manipule pas nos libertés, ni le cours des événements. Dieu n’est pas maître de l’histoire, ce n’est pas lui qui fait l’histoire, pas plus qu’il ne fait la vie de chacun de nous. Je ne crois plus au providentialisme du quotidien, à un dessein particulier de Dieu dans tout ce qui nous arrive. Notre vie est une aventure aléatoire, fruit du hasard et de notre responsabilité. Dieu respecte notre liberté, il attend et il accueille. Il ne fait pas défaut. Qu’en est-il alors de la prière, si Dieu n’intervient pas dans nos vies ? Prier pour obtenir de Dieu ce que nous croyons nous être utile, la prière de demande, c’est se servir de Dieu, c’est vouloir l’utiliser à notre profit. “Demander et vous recevrez” aurait dit Jésus”. Mais vous recevrez sans doute autre chose que ce que vous avez demandé : vous recevrez des marques d’amour, même si elles sont difficilement interprétables dans l’instant.
Et puis, face au silence de Dieu, le risque est de meubler notre prière de notre propre subjectivité. Notre monologue dans la prière peut se donner l’illusion du dialogue. On y fait à la fois les questions et les réponses. On parle à Dieu et on y fait parler Dieu. Si notre relation à Dieu est une relation d’amour, ce ne peut être que dans la gratuité. C’est dans la gratuité de cette relation que la prière peut trouver sa place et son sens : nous ouvrir à la présence silencieuse de Dieu, découvrir dans l’absence une présence, chercher Dieu non pas dans la complaisance à soi-même, mais dans l’ouverture à l’autre, aux autres et au monde, par la dépossession de soi. Voilà quelques unes des pistes de réflexion qui nous ont été proposées et qui ne prétendent à rien d’autre que d’être des jalons incertains dans notre quête de compréhension des mystères de notre foi. Elles sont plus des hypothèses que des explications. Elles ne demandent pas à être partagées, et les réactions provoquées plaident bien en faveur de la liberté d’interprétation de chacun.
Nous devions clore notre rencontre par une synthèse des convergences et des divergences ayant pu apparaître dans le débat. C’est un exercice difficile et nécessairement réducteur que de tirer de la pluralité des expressions quelques orientations globales.
Très schématiquement, on pourrait dire qu’est apparu un large consensus s’inscrivant dans l’orthodoxie chrétienne et fondant la foi dans la “confiance” accordée à l’Evangile de Jésus et à ses témoins, où l’amour est source de vie et raison de vivre.
Et puis, “alors que Jésus annonçait le Royaume, c’est l’Église qui est venue !”(A. Loisy)... Se retrouvent ainsi les “confiants” à Jésus et les “réticents” à l’Église.
S’est exprimée aussi une critique plus virulente, qui prend en compte la pensée depuis le XVIIIe siècle. Restant chrétienne, elle dit que le Dieu non-dieu est incarné en l’homme même, qu’il reste à vivre l’incarnation, que la résurrection c’est de vivre malgré tout, malgré tout, l’amour. ‘L’amour seul est digne de foi’. Inhumer la ‘foi’ dans la ‘charité’ ? Il y a là une refondation immense possible, qui juge beaucoup d’institutions. Avant de nous séparer, nous a été proposée une lecture à méditer : “les Béatitudes” selon Mgr Ancel, qui se conclut par cette exhortation :
“Bienheureux vous qui savez reconnaître le Seigneur en tous ceux que vous rencontrez. Vous avez la lumière et la véritable sagesse”.
(Rapporteur : J.F. Morineau)

2. "ETRE CHRÉTIEN AUJOURD'HUI : COMMENT ?"  novembre 2009

En prolongation de la réflexion menée lors de notre rencontre de l'année dernière (15/11/08) sur le thème "Croire aujourd'hui", nous nous sommes proposés, en novembre 2009, de poursuivre nos échanges.

Quelques témoignages, entre autres :

Þ         "Je suis chrétienne aujourd'hui quand je dis que je crois en Jésus qui nous dit que Dieu est son Père. Quand je lis avec d'autres la Bible, plus spécialement le Nouveau Testament, en partageant notre interprétation, notre compréhension. Quand dans ma vie j'essaie de faire comme Jésus Christ a fait ou comme il a dit, notamment dans le contact et l'aide apportée à mon prochain : voisin, partenaire…"

Þ         "Être chrétien, c'est vivre avec Jésus cheminant à mes côtés, le reconnaître sur le visage de l'autre, en particulier des petits ; dans les engagements au service des autres."

Þ         "Être chrétien, c'est avoir assez d’amour en soi. Il est difficile de s’affirmer chrétien !

Þ         Mais être chrétien c’est aussi avoir lien avec le Christ transmis par le christianisme. Hélas, il n'y a pas plus manipulable que la figure de Jésus-Christ.

Longtemps, instinctivement, je me suis méfié du Crucifié tel qu’il était présenté. Il en voulait à ce que j’ai de plus précieux : moi-même. Dans notre société, l’athéisme est souvent ainsi la protestation de l’homme vivant.

Il y a deux christianismes mêlés. ‘Le malentendu le plus paradoxal et le plus colossal de toute l’histoire’, dit René Girard.

Dans l'un, une représentation d'un dieu Tout-Puissant, qui exige sacrifice pour apaiser sa colère. Ce fantasme revient dans les bagages de l'intégrisme. Traduction française d’un passage de la messe en latin : ‘Cette offrande, Seigneur, nous te demandons que tu la reçoive en étant par elle apaisé.’

Ce dieu en colère est cruel. Il est cruel si Tout-Puissant. Si capable d’agir dans le monde à nos prières, capable aussi d’envoyer un tsunami un 26 décembre…

Un dieu Pervers : une haine masquée d'amour. Les psychologues savent repérer la ‘névrose chrétienne’. Nous, catéchisés (talibans = étudiants en religion), nous répétons ‘Je crois en Dieu Père Tout-Puissant’. Puissant ? Pour un regard un peu moderne, il est dit là que toute la sexualité se trouve du côté de Lui, et que tout Dieu est au masculin. Les mâles dans l’Eglise en tirent leur puissance. Mes sœurs qui portez jupe, est-ce que cela est abstrait ?

Les plus grandes victimes sont ceux qui prennent très au sérieux ce christianisme là. Même personnellement honnêtes et généreux, ils servent d’alibi à ce qui, dans cette religion de fait, s’oppose le plus opiniâtrement à ce qu’ils veulent et croient servir : l’Evangile.

Et le sanctuaire du dieu pervers est la culpabilité. Ce christianisme culpabilise d'être ce que l'on est.

Dans l'autre, la ‘Bonne nouvelle’, Jésus me sauve du désespoir de n'être que moi-même. Il n’a jamais été l’esclave castré-victimisé d’une représentation féroce.

Il me dit au cœur : tu es totalement accepté, totalement, et en même temps, invité à un chemin de vie : comme tu t'aimes toi-même, aime ton prochain, c'est la même chose qu'aimer Dieu. Sors du ‘suicide’ qui est meurtrier et du ‘meurtre’ qui est suicidaire.

C'est là Voie : joie, service, guérison des peurs et des détresses, accueil, partage, amitié, espérance à travers tout, bienveillance, grande patience, non jugement des personnes (mais jugement des institutions), attention à la vérité, refus des complicités. Honnête courage, travail à court et à long terme, respect, tendresse, fermeté, pardon ! jubilation !

Vous saurez mieux que moi dire comment."

Þ         "Être chrétien, c'est adhérer au message de Jésus de Nazareth, faire confiance en celui qu'il appelle Père et vivre avec le souffle de l'amour qui les relie. Ce qui implique de passer du temps pour essayer de connaître la personne Jésus."

Þ         "Être chrétien, ce n'est pas seulement adhérer à des valeurs, à une morale, à des concepts théologiques, à un Dieu créateur, c'est être en relation avec une personne, avec un Dieu relationnel (Père, Fils et Esprit qui est énergie de l'amour) et qu'on ne peut rencontrer que dans les autres."

Þ         "Jésus nous a révélé sa relation avec un Dieu Père qu'il appelle "abba" (en araméen, l'équivalent de "papa"), un Dieu de tendresse, compatissant, qu'il a contribué, à nos yeux, à humaniser, en le dépouillant de ses attributs anthropomorphistes de l'Ancien Testament : Dieu Tout-Puissant, prompt à la colère, Dieu vengeur, justicier, partisan, demandant aux pécheurs sacrifices et réparations."

Þ         "Être chrétien, c'est faire référence et confiance à Jésus-Christ et à son Evangile, en sa parole et en sa vie, rapportées par des témoins, ses apôtres qui ont engagé leur propre vie pour authentifier leur témoignage.

C'est en témoigner soi-même en parole et en actes. C'est incarner dans sa vie les valeurs évangéliques : amour, justice, universalisme (= catholique), option préférentielle pour les pauvres, les exclus.

C'est participer à la communauté des croyants, des confiants à Jésus Christ, à l'Ecclesia, =assemblée, église. L'adhésion à cette église étant signifiée par le baptême."

Ø         Suit un court débat sur le baptême, comme condition pour devenir chrétien :

Selon la théologie dogmatique et le droit canonique, c'est par le baptême qu'on devient chrétien.

Le baptême comme sacrement est un rite symbolique, mais "signe efficace", c'est à dire qu'il réalise ce qu'il signifie : l'alliance de Dieu avec l'humanité et – ce qui est moins assuré – l'intégration dans l'Église.

Alors, faut-il être baptisé pour être chrétien ? Combien de baptisés ne sont pas ou ne sont plus chrétiens, et combien de chrétiens de conviction ne sont pas baptisés ? (cf. Simone WEIL)

Jacques GAILLOT et coll., dans leur livre « Un catéchisme au goût de liberté », écrivent : « nous croyons que Dieu répand son amour sur tous, sans distinction. Dieu ne limite pas ses dons aux actes sacramentels que l’Eglise peut poser ».

On peut donc être chrétien et se dire chrétien sans être baptisé.

2) AUJOURD’HUI

Dans quel climat vivons-nous aujourd’hui notre condition de chrétien ?

La conjoncture actuelle nous semble caractérisée par quelques constats, qui tiennent à la vie de l’Eglise et au contexte social.

Nous en avons repéré quelques uns, entre autres, au nombre de six :

1.            Distanciation envers l’Eglise

Nous nous situons à S.E.L. 85 dans un courant de chrétienté qui a pris quelques distance avec une sujétion incontestée à une Eglise autocratique, dominée par l’autorité et les pouvoirs d’une hiérarchie cléricale autoproclamée, exclusivement masculine et déniant aux femmes toute fonction ministérielle dans cette église.

Nous ne contestons pas pour autant la signification symbolique et spirituelle de l’Eglise comme assemblée des confiants, des croyants en Jésus Christ.

2.            Affirmation de la liberté et de la responsabilité du peuple de Dieu

Nous revendiquons la liberté et la responsabilité du « peuple de Dieu » dans des communautés d’hommes et de femmes constituées –selon Vatican II- dans leur référence à Jésus-Christ, sans aucune discrimination de sexe, dans leur pratique des valeurs évangéliques, et qui devraient participer à la vie et à l’organisation de leurs communautés, à la désignation de leurs ministres et à la définition des orientations de leurs engagements dans la société.

Et ce faisant, ils font ainsi Eglise.

3.         Retour au traditionalisme

On peut observer dans la chrétienté d’aujourd’hui un retour au traditionalisme, au piétisme cultuel ostentatoire, voire à l’intégrisme religieux, politico-conservateur refusant la liberté religieuse, l’œcuménisme, le dialogue interreligieux, la laïcité de l’Etat, l’ouverture au monde, dans un repli souverainiste et souvent ultranationaliste, et le Concile Vatican II qui, selon eux, en est l’expression et la dérive.

4.            L’intégration des acquis de la République toujours contestés.

Même si la chrétienté du 20ème siècle et l’Eglise dans son ensemble ont progressivement intégré, non sans réticences, les acquis des Lumières et de la Révolution Française, l’affirmation des Droits de l’Homme, qui se confondent avec les droits masculins, l’acceptation des règles de la démocratie et du principe de la laïcité de l’Etat et de la vie publique, dans un climat maintenant apaisé, il n’en reste pas moins que l’Eglise n’a jamais complètement renoncé à reconquérir ses prérogatives perdues (cf. l’accord secrètement négocié par le Vatican avec l’Etat français pour obtenir la validation des titres délivrés par les universités catholiques !...)

5.            Déchristianisation

Depuis le milieu du 20ème siècle et après la guerre 39-45, on a vu apparaître une déchristianisation progressive, du moins selon les critères d’évaluation traditionnelle, c'est-à-dire la pratique religieuse, l’usage des sacrements : baptême, mariage, pénitence, eucharistie, ordinations sacerdotales… Cette désaffection des observances cultuelles ne peut pas pour autant être interprétée comme un recul de la foi chrétienne. Elle participe de la distanciation par rapport à l’Eglise et à son ritualisme.

On ne peut pas exclure non plus comme facteur de « décrochage » depuis l’élection de Benoît XVI-Ratzinger, l’orientation traditionaliste et rétrograde du Vatican. « L’Eglise reste établie sur les rives d’un fleuve où ne coule plus ce que vivent les hommes » (Mgr Etchegaray)

6.            Désacralisation et laïcisation de la société

L’aspect positif de cette désacralisation a été une libération des conditionnements religieux, une responsabilisation des consciences individuelles et une valorisation de la rationalité dans nos façons de penser et dans nos comportements. En somme, une avancée dans notre humanisation.

Mais ces acquis n’ont pas été sans conséquences négatives : régression des valeurs sociales de solidarité, de fraternité, d’engagement collectif, avec développement de l’individualisme, du chacun pour soi, du repli sur les sécurités domestiques, le nivellement au nom de la laïcité du consensus partagé, du droit à la différence, des particularismes culturels, la dévaluation des idéaux, des utopies mobilisatrices, au prix d’un certain relativisme, d’un scepticisme vis-à-vis des valeurs existentielles, de concessions à une certaine médiocrité de la vie au quotidien, par dévitalisation de la vie spirituelle au sens de la vie de l’esprit. En somme, régression matérialisante des raisons et façons de vivre.

Même si face à l’individualisme, ambiant, on fait remarquer que les valeurs de solidarité, d’entraide, de souci des autres, d’ouverture au monde restent bien vivantes et semblent même progresser…

3) COMMENT ?

Comment vivons-nous concrètement notre foi chrétienne, notre appartenance chrétienne, personnellement et dans nos relations aux autres ? Dans des groupes ou en communautés ? Qu’est ce qui nous ressource ?

Chacun avait été invité à apporter son témoignage, oralement ou par écrit, pour nourrir le débat.

Quelques uns de ces apports :

« Difficile de se reconnaître et de se ressourcer dans la vie paroissiale quand elle marginalise les couples divorcés remariés. On reste frustré et l’on ressent le besoin de participer à des assemblées, à des communautés de partage. Nous nous sommes rapprochés de la CIMADE et de ses engagements auprès des immigrés, des sans papiers ».

« Il faut passer du temps pour essayer de comprendre le message et essayer de connaître la personne de Jésus, en utilisant au maximum les apports des sciences modernes : archéologie, histoire, théologie, psychologie… Méditer pour percevoir quel est le Dieu qui peut être appelé Père par Jésus ».

« Ce qui me ressource ? Toute relation qui permet l’expression des personnes : découvertes, réalisations, joie de vivre ensemble. En particulier dans les groupes de partage biblique  comme Mer et Bible ; dans des célébrations où il est fait mémoire du dernier repas du  Seigneur, de sa présence de ressuscité reconnu vivant aujourd’hui au milieu de nous. Toues les actions communes qui visent l’épanouissement de la vie…

Mais aussi le temps de solitude dans la nature, mer, désert, et dans tous les lieux où l’on peut percevoir la beauté, l’immensité qui nous dépassent. Ces moments nous situent à notre propre dimension ».

« Comment je vis ma foi ? Par mes engagements au service des autres : alphabétisation, C.C.F.D., entraide aux personnes seules, accompagnement de familles dans la peine, en deuil (en veillant à ne pas en profiter) participation à la vie de l’Eglise, en préservant ma liberté… au travers de groupes : MCR, Groupe biblique, de courriers de lecteurs, visites guidées d’églises, commentant le message et la symbolique des retables…

En éclairant au mieux ma foi, j’agis selon ma conscience sans être troublé par les foudres vaticanes et leurs relais chez certains évêques ».

« Pour me nourrir : les autres, l’Eucharistie, la Bible… des formations théologiques (Association du P.I.F. à Nantes : Pour une Intelligence de la Foi) ».

« Au travers d’engagement : accueil au secours catholique, SAMU social, participation à des débats, pour faire avancer les consciences, vis-à-vis de l’exclusion, de l’argent, des pouvoirs économiques… ».

« Au cours de mon existence, convaincu que c’était dans l’ouverture aux autres qu’il fallait rechercher l’essentiel de la vie de chrétien, et non pas dans les seules satisfactions de la recherche intellectuelle – qui m’attirait davantage -, je me suis efforcé de façon volontariste de m’engager dans l’action sociale (Secours Catholique, C.C.F.D., Aide à domicile aux personnes) et dans l’action politique (P.S.U.) au travers desquelles j’ai pu trouver une meilleure cohérence de ma vie entre ma foi et mes comportements. Je m’entends dire dans des réunions politiques du PSU où l’on raillait mes engagements chrétiens : « ce n’est pas parce que je suis chrétien que je suis socialiste, mais être socialiste, c’est ma façon d’être chrétien ».

Aujourd’hui où je suis arrivé à l’âge du vieillissement … durable, où j’ai dû réduire sinon abandonner mes activités, mes engagements sociaux et politiques, comment est-ce que je vis mes engagements de chrétien ?

Sûrement davantage dans la réflexion que dans l’action, plus dans le témoignage de l’écrit et de la parole que dans les manifestations en actes, plus dans la culture et l’intelligence de ma foi que dans les relations aux autres.

Je reste néanmoins investi, dans la mesure du possible, à travers un C.L.I.C., dans l’animation de groupe de retraités : conférences sur la retraite et le vieillissement, santé peinture… dépendance et soutien aux familles, qui me permettent d’échapper au nombrilisme et de garder une vie relationnelle et une petite utilité sociale.

Avec l’âge, si le monde dans lequel on vit se rétrécit, j’ai l’impression qu’il en est de même de ma vie de chrétien. En espérant pouvoir, un jour prochain, l’élargir par le haut et, comme le dit le théologien italien Vito MANCUSO, l’épanouir dans la lumière de l’Esprit ».

CONCLUSIONS ?

Il a semblé difficile, à chaud, de tenter une synthèse de témoignages très personnels. On peut cependant repérer trois orientations principales dans le « comment être chrétien aujourd’hui ?» :

1-        Vivre et nourrir sa foi de chrétien dans la relation aux autres : dans le partage d’une vie ecclésiale et sacramentelle, au travers de solidarité sociales,

2-            Développer l’intelligence de sa foi par la culture biblique et théologique en recherche personnelle et en travaux de groupes,

3-        Enrichir sa vie spirituelle par la méditation, la recherche du silence, la prière…

Nous avons terminé notre rencontre, comme d'habitude, par deux lectures à méditer :

Ø         Dans la première, une parabole sur l’attente du Jugement universel, les hommes de tous les temps sont rassemblés au pied du trône, qui reste vide, le juge ne vient pas, certains se poussent près du trône, certains perdent leur place pour aider autrui, et voient venir à eux "le plus pauvre et le plus dolent de tous les hommes", et ce pauvre lève le regard et dit :"c'est moi le Juge, mon frère !"…Et le trône restera vide, à jamais. (Maurice Bellet "la nuit de Zachée")

Ø         Une deuxième nous est proposée d'un texte de Jean Cardonnel, prophète du XXe siècle, dont la voix subversive s'est tue récemment, tirée de son livre "Dieu prend parti" :

"Nous ne sommes pas dans nos intentions, la vérité de nos vies est toute entière dans nos actes".

Rapporteur de la rencontre : J.F. MORINEAU


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4 adhérents de S.E.L.85 ont participé en octobre 2009, à la première MARCHE

des laïcs citoyens dans l'Église

"Canon de Droit Canonique 208"

Vous croyez que l’Évangile est une nouvelle vraiment bonne

Vous croyez que cette bonne nouvelle change la vie, le monde,

et qu’elle l’a déjà fait.

Vous croyez que l’Église a la mission d’annoncer cette bonne nouvelle.

Vous croyez que l’Église ne se donne pas tous les moyens de le faire.

Venez marcher avec nous :

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Nous aimons l’Église

Nous en sommes les membres, les pieds, les mains,

mais aussi le coeur et l’imagination.

Nous avons de grandes richesses et de grandes énergies à offrir au monde.

Hommes, femmes, laïcs ou clercs, mettons-nous en marche.

Parlons-nous, écoutons-nous, partageons notre espérance, rêvons l’avenir

ensemble.

Et faisons-le advenir.


Le comité de la jupe a été fondé par Anne Soupa et Christine Pedotti, fin 2008, à la

suite des propos de Mgr Vingt-Trois, cardinal-archevêque de Paris et président de la

conférence des évêques de France : « le tout, ce n’est pas d’avoir une jupe, c’est d’avoir

quelque chose dans la tête ! ». Le comité s’engage pour une Église prophétique ouverte

à tous sans discrimination de sexe ou d'état de vie.

Le canon 208,: "Entre tous les fidèles, du fait de leur régénération dans le Christ, Il

existe quant à la dignité et à l’activité, une véritable égalité en vertu de laquelle tous

coopèrent à l’édification du Corps du Christ, selon la condition et la fonction propres de

chacun." Code de droit canonique, le droit de l'Eglise

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S.E.L.85 Pourquoi? Comment?

http://monsite.orange.fr/SEL85

C’est environ 400 chrétiens de Vendée qui se sont retrouvés en 1995 pour manifester leur désaccord lors de la destitution de l’Evêque Jacques Gaillot.
En 1999 une centaine d’entre eux s’organisent en association.
« Solidarité Eglise Liberté 85 » est née et adhère bientôt aux Réseaux des Parvis qui regroupe bientôt une quarantaine d’associations.

Lieu d’écoute et d’échange, S.E.L.85 propose conférences, rencontres à thème, pique-nique et son Assemblée Générale annuelle.
Les rencontres avec les associations du Grand Ouest, vivant une démarche proche, y sont appréciées.
Le groupe des Sables d’Olonne participe à l’animation de "cafés-théo".
S.E.L.85 assure une parole publique avec ses Porte-Parole et participe à des conférences de presse.
Son Conseil d’Administration avait rencontré l’Evêque d'alors, Michel Santier qui l’a encouragé à le tenir informé de ses questions et recherches.
Représentés aux Réseaux des Parvis ses adhérents lisent et font connaître sa revue.

Des thèmes variés suscitent la curiosité ou le besoin de formation et d’approfondissement de ses adhérents et de leurs amis.
Démocratie et Eglise.
Dieu serait-il laïque ?
La Mondialisation.
Le chômage et les solutions alternatives.
Eglise et société face à l’évolution.
La violence et la paix.
La connaissance de la Bible et la participation à des groupes d’étude.
Le dialogue inter-religieux.

Pour mieux aborder ces sujets, S.E.L.85 fait appel à des personnalités, spécialistes ou écrivains, c’est ainsi que ses adhérents ont pu rencontrer Gabriel Marc, Jacques Gaillot, Alice Gombault, Gabriel Ringlet, Michèle Buret…

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A.
Dès l’origine nous avons considéré comme fondamental le trépied que constitue le sigle du SEL
« Solidarité, Eglise, Liberté » . C’est notre triple référence fondatrice :
-référence solidarité envers le prochain le plus proche et le plus lointain , sans préférence autre que son service, au-delà des nationalismes étroits des cultures, des religions et des races.
- référence d’Eglise : l’universalisme des valeurs évangéliques n’est rien d’autre qu le bien commun d’un humanisme sans frontière, garanti par la laïcité.
- référence de liberté : nul ne peut être contraint dans sa conscience et dans son existence par la dictature d’idéologies ou le pouvoir de l’argent.
Nous disions : c’est en se faisant solidaires de toutes les pauvretés, matérielles, sociales, culturelles et morales.
C’est en appelant et oeuvrant aux libérations humaines que nous donnons un sens à notre référence chrétienne et que nous pouvons contribuer à réhabiliter l’Eglise, dans la fidélité à sa mission.
Et pour nous-mêmes, SEL 85 devrait être un lien privilégié où, solidaires dans la démarche, libres dans la parole, nous pourrrions sans crainte confronter nos convictions, nos critiques et nos doutes, dans une Eglise dont, malgré tout, nous sommes.

B.
Et puis s’est posée la question de la spécificité de S.E.L. 85, par rapport aux organisations, mouvements, associations où les uns et les autres nous nous trouvons engagés ;
Nous nous sommes accordés sur une définition de SEL 85 qui disait trois choses essentielles :
1. SEL 85 offre un lieu de liberté de parole, un lieu de réflexion, de témoignage, de débat sans contraintes
2. SEL 85 est un lieu ouvert pouvant regrouper des hommes et des femmes, sans les discriminations qu’imposent parfois les Mouvements d’Eglise, chrétiens ou non, chrétiens « en marge », peuvent se retrouver autour de valeurs et de préoccupations communes, d’engagements partagés.
3. Ces hommes et ces femmes s’accordent sur des objectifs communs, en autres de se vouloir proches et solidaires des marginaux et des exclus dans la société et dans l’Eglise. Et pour les chrétiens de s’employer à vivre et révéler une Eglise plus évangélique.

C
C’est la coexistence et l’articulation de ces fonctions sans exception qui font la réalité et l’originalité de SEL 85.
C’est dans la mesure où SEL 85 peut être le lieu et le moyen de trouver, de vivre et de faire ce qu’on ne peut pas trouver, ni vivre, ni faire ailleurs que SEL 85 a sa raison d’être. Autrement dit SEL 85 n’a pas à être et à faire ce qui existe ailleurs et ce qui se fait ailleurs.
Alors où se situerait la spécificité de SEL 85 ?
C’est lors de l’A.G. de SEL 85 du 01/05/99 à Château d’Olonne qu’avait été exprimée l’originalité de SEL 85 comme se situant au niveau de l’articulation entre société et Eglise.
La spécificité de SEL 85 serait de permettre, de réfléchir, de réagir et d’agir sur les problèmes de société, en référence à l’Evangile et sur les problèmes de l’Eglise en référence à la société.
Et nous disions que dans l’élaboration de notre réflexion et de nos projets, nous devions avoir toujours présent à l’esprit, cette double exigence et ce double engagement. Il nous faut tenir les deux bouts à la fois.
Sinon, ou bien on va privilégier les questions de société et l’on donnera dans l’analyse sociologique et dans l’action sociale.
Ou bien on s’intéressera surtout aux problèmes de l’Eglise et l’on risque de se replier sur un nombrilisme confessionnel.
Et c’est bien, semble t il, cette nécessaire interdépendance entre Eglise et société qui a inspiré la contribution de SEL85 au synode diocésain.
Voilà rapidement synthétisé comment nous avions conçu SEL 85 et ce que nous avions voulu en faire.
Un débat s’est alors engagé sur cette conception de SEL 85 et nous nous sommes demandés si elle est toujours d’actualité et si elle correspond à nos convictions et à nos attentes d’aujourd’hui.
On peut seulement rapporter les points principaux émergents.

-Difficulté pour SEL 85 d’être reçu comme tel dans la vie paroissiale, dans l’Eglise diocésaine (cf synode).
- SEL 85 est perçu comme porteur de critiques systématiques, de provocation
Pour l’Eglise comme pour bien des organisations qui défendent leur identité et leur pouvoir, toute critique même positive est ressentie négativement comme une agression.
- Dans une société aujourd’hui de plus en plus sécularisée, l’Eglise doit apprendre à être minoritaire et avoir son influence réduite. Plutôt que de réagir par un repli communautariste, en créant par exemple ses propres organisations, ses propres structures, (enseignement, formation, œuvres sociales et de solidarité…) l’Eglise devrait inciter les chrétiens à partager avec tous des engagements humanistes communs, en proposant de trouver du sens à ce qu’ils vivent.
- Ainsi SEL 85 comme lieu ouvert de liberté, de débat, de parole et de réflexion, a t il pour beaucoup une originalité indispensable.
- « S’il n’y avait pas SEL 85 quelle  serait ma référence sinon à l’Eglise, du moins à l’Evangile ? »

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Avec l'accord de l'intervenant voici le texte de Didier V. lors de l'A.G. de S.E.L. 85 /

Didier Vanhoutte  pour S.E.L. 18 avril 2009  à la Roche s/Yon Chers amis,

Le sujet que vous me proposez est immense. Je ne pourrai guère que l’effleurer de quelques prémices. Mais nous pourrons ensuite dialoguer tous ensemble sur ce scandale qui éclate au grand jour, celui d’une Eglise catholique romaine gagnée au plus haut niveau et de façon caractérisée par l’intégrisme. Car c’est bien de cela qu’il s’agit. Mais est-ce tellement une surprise ? Ne sommes-nous pas, au fond, convaincus que le combat – et c’en est un – que nous menons, dans l’une de ses phases critiques, a commencé il y a bien longtemps ?

Observons l’actualité. Elle foisonne d’exemples désastreux qui justifient notre approche. Pardonnez-moi, mais j’ai envie de commencer par un « coup de gueule ». Parce qu’en ce moment trop c’est trop.Dimanche dernier, c’était la fête de Pâques. Le journal La Croix en proposait une approche dès le N° du 22 mars, en offrant 2 pleines pages à un dominicain, Jean-Miguel Garrigues. Ce dernier nous y livrait une théologie ultra paulinienne sur ce qu’il est convenu d’appeler la Rédemption. Sur « la » goutte de sang qui sauve chacun d’entre nous, et là il reprenait le Pascal le plus janséniste. Il citait Thérèse de Lisieux, le « saint » curé d’Ars (sic), et, au plus fort de l’expression d’un christianisme totalement ecclésiocentré, il reprenait Paul de Tarse de la façon la plus étroite, et assez contestable à mon avis, à travers un élan que le journal a choisi de donner comme titre général à l’article : Le Christ a aimé l’Eglise : il s’est livré pour elle.Vous voyez, l’Eglise est tout. C’est-à-dire que le monde, l’humanité ne sont rien. Ou bien ils ne deviennent quelque chose que pour autant qu’ils lui sont soumis. Il n’est que justice qu’ils ne puissent trouver sens que sous l’autorité du Magistère, dispensateur de la vérité et du droit. Hors de l’Eglise, point de « Salut », ce Salut si chèrement acheté par la grâce du sacrifice. J’ai bien sûr envie de demander d’abord si la vie de Jésus se réduit à sa mort, comme dans le credo pieusement récité, si possible en latin. Que fait-on de son errance et de son enseignement, de ses amitiés, de sa solidarité avec les êtres humains qui souffrent, de son sens de l’accueil, de ses colères, de ses dénonciations, de sa radicalité, de son inflexibilité, de sa tendresse, de sa sensibilité, de tout l’amour dont il fut capable au jour le jour ? Et que fait-on du reste de l’humanité ? N’est-elle pas tout entière appelée à l’Espérance ? Où sont passés le publicain, le bon Samaritain, la Samaritaine, les prostituées qui entreraient avant les religieux de tout poil dans le Royaume ? Les lépreux, les malades de toutes sortes, les malheureux ? Qu’a-t-on fait des Béatitudes ? A-t-on oublié où se cache le visage de Jésus ?Ce Salut dont l’Eglise parle, appelons-le « l’Espérance ». L’Institution se l’est appropriée. Elle l’a en quelque sorte « institutionnalisée », découpée en articles du Droit Canon, rangée dans ses dossiers, ses doctrines, ses antichambres, ses sacristies. Elle a enrégimenté l’Esprit. Elle a déterminé de façon juridique le licite et l’illicite, pour pouvoir sanctionner – si sévèrement il n’y a pas si longtemps. A-t-on oublié que Jésus se déclarait lui-même dans les prisons avec les réprouvés. Et puis, qu’appelle-t-on « Eglise » ? Ce n’est pas si clair, C.L.A.I.R. Est-ce ce petit groupe d’hommes « institués » en clercs qui détiennent « la » vérité, à travers lesquels ledit Salut doit obligatoirement passer ? Eglise, société parfaite… Préfiguration du Royaume… Nous y reviendrons. Laissons pour l’instant ce catholicisme romain obsidional, et abordons frontalement « l’intégrisme ». Traduction de l'espagnol integrista, le terme «intégriste» est, à l'origine, une déclinaison péjorative forgée par les adversaires des catholiques intégraux pour désigner ces derniers, c’est-à-dire ceux qui avaient pour objectif premier de défendre la tradition religieuse. Longtemps limité à la seule désignation des opposants à l'ouverture de l'Église catholique au monde moderne, son usage s'est considérablement élargi depuis les années 1970. Le mot est né au début du XXème siècle. Ce n’est certainement pas un hasard. Mais observer la chose nous oblige à remonter très loin dans le temps. Le christianisme a surgi il y a 2 millénaires du message évangélique comme une libération de l’humanité, historiquement, socialement, politiquement et spirituellement. Persécutés, mais aussi considérés comme une nouveauté irréconciliable avec les traditions du temps, les chrétiens semblaient non solubles dans l’empire romain. Le christianisme était totalement polycentré, divers même sur le plan théologique, avant que, progressivement, Rome, centre du pouvoir politique, ne produisît une Eglise qui l’emporta sur les autres. Le concile de Milan en 313 sous Constantin, puis la décision de Théodose en 380 firent du christianisme la religion officielle de l’empire, excluant, de fait, les anciens cultes. L’Eglise – appelons-la maintenant ainsi – avait partie liée au pouvoir. Devenue autorité morale, liée au divin, elle allait pouvoir faire et défaire empereurs et rois. Dans les convulsions politiques du haut Moyen-âge, elle allait même devenir le point d’ancrage de toute la société européenne, réglementant toute procédure, accédant même au pouvoir temporel et militaire, amassant de grands biens. Vous savez tout cela. Urbain II prêchait la première croisade en 1095, et, pendant 2 siècles, les soldats du Christ allaient répandre la terreur depuis Montségur et Toulouse jusqu’à Damiette, Saint-Jean d’Acre et Jérusalem. Dominique et Torquemada portent la lourde responsabilité d’avoir inspiré pour l’un, puis fait fonctionner pour l’autre l’Inquisition, véritable Gestapo de l’Eglise. L’ordre, le saint ordre de Dieu régnait. Bien sûr, malgré tout, et c’est un vrai miracle, la foi du peuple était vive. Mais exécutions et exactions se poursuivirent longtemps, et dans le monde entier. Pensons aux carnages perpétrés par Cortès et Pizarro lors de la « conquête » du Nouveau Monde pour la gloire du roi très catholique d’Espagne et de la Sainte Eglise. Pensons au sang de la Saint-Barthélemy. Les flammes des bûchers allaient longtemps couver, puisqu’en 1766 on brûlait encore le chevalier de la Barre qui avait refusé de se découvrir devant le Saint-sacrement lors d’une procession.Alors, quand on parle de tradition chrétienne, mon sang ne fait qu’un tour, parce qu’il ne s’agit pas du message de l’Evangile, mais de tout ce qui s’est passé depuis. La tradition nous parle de pouvoir sur le peuple. La tradition nous parle d’obéissance. Pas à Dieu, car Jésus n’a jamais au grand jamais produit ce genre de témoignage, mais à ceux qui se le sont approprié. Alors ce peuple finit par se rebeller. Contestant les sources doctrinales qui justifient l’absolutisme complice aussi bien des Etats que de la papauté, la Réforme est brandie. Elle va secouer l’Europe du XVIème siècle, jusqu’à ce que finalement, en France, le roi « octroie » un édit au Royaume en 1598, l’édit de Nantes. Date capitale : le cujus regio ejus religio est taillé en pièces. Des sujets sont d’une autre religion que leur roi. Il s’agit ni plus ni moins du premier acte décisif de la sécularisation de la société française. Le complexe politico-religieux se voyait pour la première fois contesté dans sa domination totale de la société. On comprend pourquoi le Roi Soleil le révoqua en 1676…Les Lumières allaient approfondir le divorce entre une partie du peuple et l’Institution. L’intelligence et la compréhension du monde semblent déserter le camp de la Tradition. L’Eglise catholique romaine se trouve discréditée en même temps que le pouvoir royal. Voltaire et son Traité sur la tolérance la ridiculisent à l’occasion de l’affaire Calas. Jean-Jacques Rousseau, précurseur tout autant de la Révolution que du romantisme (le grand poète anglais Shelley ne disait-il pas que la langue française méritait d’être apprise parce qu’elle permettait de lire J-J. Rousseau dans le texte ?), Jean-Jacques Rousseau, donc, fut à la fois l’auteur du Contrat social et de La profession de foi du vicaire savoyard ; sa liberté de ton, et l’originalité de sa pensée contribuèrent grandement à discréditer les pouvoirs politiques et religieux, tout en justifiant par ailleurs la validité d’une foi. La Révolution française, fille des Lumières, ne pouvait que remettre totalement en question la place prépondérante de l’Eglise catholique romaine en même temps que le pouvoir royal – voyez donc la constante complicité des deux – en introduisant le serment à la Constitution civile du clergé et en obligeant en quelque sorte les clercs à rompre leur vassalité à l’égard de Rome. Ce fut la première grande fracture effective à l’intérieur du catholicisme français, partagé entre les influences des prêtres assermentés et celle des prêtres réfractaires, ceux qui déclaraient leur fidélité aux idées républicaines, et ceux qui restaient totalement fidèles à la monarchie. L’abbé Grégoire fut l’une de ces incontournables figures définitivement fidèles autant à l’idéal évangélique qu’à l’engagement au côté du peuple. Plus que Lacordaire et Montalembert, Lamennais devait renforcer cette rupture au sein du christianisme français au cours du XIXème siècle. Engagé avec eux dans une œuvre commune, le journal L’Avenir, il finit par rompre avec l’Institution ecclésiale en publiant Paroles d’un croyant en 1834, et Les Affaires de Rome en 1836/37. Avant d’être élu représentant du peuple à l’Assemblée constituante de 1848, il affirme avec force que Dieu ne peut être que du côté de la réforme sociale. Vient alors le XXème siècle. Rappelez-vous. 1894 : création du journal chrétien Le Sillon par Paul Renaudin, repris par Marc Sangnier en 1902. Cette publication exprime le point de vue d’un mouvement qui porte le même nom et qui se veut démocratique et social. Ce mouvement sera interdit par le Vatican en 1910, alors qu’Alfred Loisy avait déjà été excommunié en 1908. Vous vous souvenez de l’une des phrases les plus célèbres de ce brillant esprit, même s’il conviendrait de ne pas l’isoler de son contexte : on attendait le Royaume, et on a eu l’Eglise. Deux événements majeurs se produisent à la même époque. D’une part l’affaire Dreyfus survient qui va non seulement couper la France en deux, mais qui va surtout compromettre largement le catholicisme romain dans le camp anti-dreyfusard. D’autre part le Parlement vote deux lois républicaines essentielles, en 1901 celle qui règlemente la création et le fonctionnement des associations, et en 1905 celle qui proclame la séparation de l’Eglise et de l’Etat. On se souvient de la véhémente protestation de Pie X contre cette loi, puisqu’il en refusa la mise en application, et n’accepta jamais la création des associations diocésaines dans le cadre de la loi de 1901. Les choses ne s’apaiseront qu’avec son successeur Pie XI, il est vrai avec des associations diocésaines créées en dehors la loi de 1901, sur un modèle non démocratique.Au moment où était célébré le centenaire du journal La Croix, j’ai pu voir il y a quelques années une exposition retraçant son histoire. Les numéros qui remontent à l’affaire Dreyfus sont littéralement effrayants. Les articles et les caricatures anti-dreyfusardes y furent d’un antisémitisme forcené. François Mauriac raconta lui-même comment, alors qu’il était enfant, il fut le témoin des rires réjouis de sa famille devant les caricatures les plus racistes du journal. Quand il comprit plus tard la nature réelle de ce dont il était question, il fut atterré. Au cœur de l’affaire Dreyfus et sous la houlette de Charles Maurras – qui n’était pas croyant – se créèrent parallèlement le journal et le mouvement L’Action française. Cette dernière promouvait une monarchie héréditaire et nationaliste, et considérait l’Eglise catholique comme la garante par excellence de l’ordre dont ce système politique avait besoin. Les Camelots du Roi, organisés en véritables unités de combat, seront ses fantassins et les vendeurs du journal. Pie XI interdira tardivement aux catholiques, en 1926, d’appartenir à l’Action française. Le mouvement eut pourtant un rôle déterminant dans les émeutes de 1934. Et si l’on sait en général l’interdiction de Pie XI, on oublie que Pie XII leva cette interdiction en 1939. La date n’a rien d’anodin, et ajoute aux suspicions qu’on peut avoir que ce pape eût quelque sympathie pour le fascisme et le nazisme.Pendant ce temps naissait, malgré tout, l’Action catholique, et les années 20 virent, entre autres, l’apparition de la JOC, de la JAC (qui devait devenir beaucoup plus tard le MRJC) et de la JEC, tous ces mouvements étant à l’avant-garde d’un catholicisme social. Et des dominicains français faisaient courageusement vivre une revue appelée Sept. Elle reprenait un peu le flambeau du Sillon, et, au moment de la guerre d’Espagne, n’hésita pas à dénoncer avec force les méfaits des franquistes, ce qui valut l’interdiction de la publication par le Vatican en 1937. On voit, encore une fois et quoi qu’on en ait, de quel côté penchait l’autorité ecclésiale, alors que l’Opus Dei avait été fondé en 1928 par José Maria Escriva. Mais les dominicains, ne pouvant braver l’interdiction, décidèrent que devait être confiée à des laïcs la responsabilité d’une nouvelle publication. Ce fut la naissance de l’hebdomadaire Temps Présent, cela doit vous dire quelque chose. Si vous voulez davantage de détails, je vous renvoie au livre que Martine Sevegrand a consacré aux débuts de cette histoire. Toujours est-il que survinrent la guerre et le régime de Vichy, et qu’on ne peut cacher les sympathies que l’Institution eut à son égard. Pendant ce temps, des chrétiens s’engageaient dans la Résistance. « Temps Présent » était un moment interdit, et, à son siège, 68 rue de Babylone à Paris, se rencontraient ceux qui créèrent, pour les uns, Témoignage Chrétien, et, pour d’autres, La Vie Catholique. Le Conseil National de la Résistance s’y réunit je crois même une fois. Hubert Beuve-Méry, qui devait créer Le Monde après la Libération, participa un temps à la rédaction du journal, ainsi que François Mauriac, Georges Bernanos et Emmanuel Mounier, entre autres. Yves Congar et Marie-Dominique Chenu firent partie des éminences grises de Temps Présent. Cela mérite d’être dit car non seulement on sait l’influence qu’ils exercèrent sur le Concile Vatican II, mais on se souvient aussi que la réflexion qu’ils menèrent longtemps avant le concile et qui y conduisit les mit un temps en très grande difficulté par rapport à Rome.Ce serait une faute de ne pas rappeler ici que le catholicisme romain, en diabolisant les revendications propres à la classe ouvrière, qui réclamait simplement davantage de justice sociale, ainsi que le respect de sa propre culture, finit par perdre le petit peuple. Non seulement cela montrait que les solidarités – de classe – de l’Eglise catholique romaine étaient ailleurs, mais qu’elle avait aussi une préférence marquée pour la société rurale et pour les structures de la paroisse traditionnelle qui s’avérèrent désastreuses, alors que, pendant toute la deuxième moitié du siècle, l’exode des campagnes vers les villes ne fit que s’accélérer, en même temps que le nombre des vocations sacerdotales s’effondrait dramatiquement. Toujours est-il que l’arrêt brutal de « l’expérience » des prêtres ouvriers allait avoir l’effet d’un coup de tonnerre, déstabiliser gravement les catholiques progressistes, ceux qui étaient déjà sur l’autre bord de la fracture, et ébranler la confiance qu’une partie du clergé pouvait avoir dans sa propre institution.  Pardonnez-moi cet assez long – et pourtant si court – rappel historique. Il fallait montrer que les événements qui viennent de se produire ne sont pas arrivés « par hasard ». Depuis la fin de l’ancien régime, dans lequel prévalait une sorte de superposition entre les « pouvoirs » politique et religieux, cette fracture s’était faite entre un christianisme de mouvement, d’abord sévèrement puni par Rome, et une extrême droite monarchiste, appuyée sur les tendances les plus radicales et droitières de l’Institution catholique romaine, et du côté desquelles, il faut le dire, s’est la plupart du temps trouvée la papauté. L’effondrement des dictatures au moment de la Seconde Guerre Mondiale semblait dissiper le pouvoir de nuisance d’une extrême droite vaincue à la Libération. Mais pourtant la fracture dont je parlais traverse, profonde, tout le XXème siècle. Au-delà de la droite conservatrice, l’Action française interdite était remplacée par Ordre Nouveau, et même l’O.A.S., sans parler du Front National et de divers courants monarchistes. On a pu croire un moment que le Concile Vatican II avait, quant à lui, définitivement laminé cet intégrisme catholique. Il n’en est évidemment rien. Mgr. Lefèvre et la Fraternité Saint Pie X sont rapidement venus le confirmer. Il a cependant fallu que le Concile Vatican II, voulu par Jean XXIII,  nous fasse croire que la réconciliation du catholicisme avec le monde moderne était effective, et que nous nous rendions compte que l’effacement de ce conservatisme échevelé n’était qu’une illusion, pour que le caractère irréconciliable de deux mondes dorénavant profondément séparés devînt patent.Mais pourquoi ce raidissement, alors que la référence des deux versants du christianisme est prétendument la même? Voire. Il convient par ailleurs de constater que l’on trouve une fracture du même type à l’intérieur du protestantisme au sens le plus large, mais aussi, depuis peu, dans le monde orthodoxe.  Eglise, « société parfaite », disions-nous. Allons un peu visiter le Cours sur l’origine de la vie religieuse d’Emile Durkheim. Ecoutons-le. On remarquera d'abord que la société a en elle tout ce qu'il faut pour éveiller dans les individus les sentiments religieux ; elle est pour les membres qui la constituent ce que le dieu est pour les fidèles. Et encore : la raison d'être des conceptions religieuses, c'est avant tout de fournir un système de notions ou de croyances qui permette à l'individu de se représenter la société dont il fait partie, et les rapports obscurs qui l'unissent à elle. S'il en est ainsi, on peut prévoir que les pratiques du culte ne sauraient se réduire à n'être qu'un ensemble de gestes sans portée et sans efficacité ; car l'objet du culte est d'attacher l'individu à son dieu, c'est-à-dire à la société dont le Dieu n'est que l'expression figurée. La thèse de Durkheim est donc que la religion qui domine une société est inséparable de ladite société. Elles sont en quelque sorte consubstantielles. Mais n’oublions pas que Durkheim observait des sociétés qui n’avaient pas acquis la diversité du monde d’aujourd’hui. La laïcité pouvait encore  apparaître comme une idéologie, et non pas comme un cadre juridique constituant le socle même sur lequel doit être fondée une authentique démocratie. Qu’est-ce, au fond, qu’un intégriste ? C’est quelqu’un qui veut préserver « sa » tradition religieuse. Qui tient au monde ancien dans lequel sa « religion » s’était épanouie, dans lequel elle était le tout de la société, et la société elle-même était inconcevable sans cette armature religieuse. Si aujourd’hui elle n’est plus qu’une référence parmi d’autres, c’est-à-dire, d’une certaine manière, seulement « quelque chose », ou un élément isolé d’un ensemble disparate, tout son système de pensée s’effondre. Et sa religion, et la société dans laquelle il se meut disparaissent de concert. C’est pour lui une quasi-mort.Revenons à Emile Durkheim. Les croyances religieuses sont celles qui ont pour objet les choses sacrées. Plus loin dans son cours : L'étude de toute religion comprend deux parties distinctes : celle des croyances et celle des rites. Si le fondement est mis en danger, il reste les formes de la pratique, qui permettront aux croyants les plus conservateurs, par des gestes venus du plus profond de la tradition, d’élever en citadelle une religion mise à l’abri, là-haut. De se mettre à l’écart, mais alors en donnant à la religion une position surplombante, dominatrice, en comptant bien qu’elle pourra ultérieurement reprendre en main la totalité de la société comme ils pensent que c’est sa vocation. De tenter, donc, d’imposer à nouveau à une société que l’on veut régenter les règles considérées comme essentielles, habituellement d’une morale rigoriste, à tendance principalement sexuelle, sans aucune référence à la justice sociale. N’oublions surtout pas que la spiritualité que les intégristes mettront en œuvre est à dominante sacrée, et servira à isoler la caste sacerdotale qui y a accès en la plaçant au-dessus du vulgum pecus, lui donnant tout pouvoir d’arbitrage sur la société.Ecoutons encore E. Durkheim : entre les choses sacrées et les profanes il y a un vide, une solution de continuité. Les rites du culte négatif ont justement pour objet de réaliser ou de maintenir cet état de séparation, d'empêcher ces deux mondes d'empiéter l'un sur l'autre ; de sorte que les actes qu'édictent ces rites ne peuvent être que des prohibitions. Ces rites prendront donc la forme de l'interdit ; le culte négatif est l'ensemble des interdictions rituelles. Ne retrouve-t-on pas là le désir normatif de l’intégrisme, ainsi que la recherche de cette spiritualité désincarnée, aussi étrangère au monde que possible, sublimant la souffrance issue de cette désincarnation dans des rites ancestraux confinant à la magie, et dont seul le petit groupe des initiés, les prêtres, peuvent être les acteurs privilégiés. Une espèce de fuite vers un ésotérisme qui ne dit pas son nom.Je ne crois pas que l’on soit alors si loin des conceptions religieuses de la fin de l’empire romain. Voyez la valeur sacrificielle que prend la messe, opérée par des sortes d’aruspices, à l’aide de toute une série de paroles et de gestes magiques, sous l’égide espérée du prince, lui-même oint du Seigneur. Qui refuserait de sacrifier au deus (ce n’est pas rien que le nom de « Dieu » vienne de ce vocable) serait à la fois rejeté et du cercle des croyants et de celui de la nation. N’oublions pas que si les premiers chrétiens furent persécutés c’est à cause de leur refus de « sacrifier » aux idoles, et parmi les toutes premières se trouvait César, à la fois grand prêtre, dieu et empereur. Tout le monde connaît la célèbre phrase de Marcel Gauchet : Le christianisme est la religion de la sortie de la religion. Ne peut-on pas se demander, en se souvenant de ce que disait Durkheim, si cela ne signifie pas que le christianisme a précisément pour vocation de dissoudre le couple société / religion, permettant du même coup l’affranchissement de la société des codes de la religion, mais aussi une libération spirituelle collective et individuelle par rapport à l’interprétation de l’Ultime, sans que cette libération dispense individu et collectivité d’un engagement social, bien au contraire ?Dès les sociétés primitives, la marque permanente de l’inquiétude métaphysique collective se retrouve dans le culte des morts et des rites qui l’accompagnent. Le culte des morts relie de façon évidente société et religion au même passé. Mais Jésus n’a-t-il pas dit laissez les morts enterrer les morts ? Et si l’on se souvient de l’extraordinaire aventure du pharaon Akhenaton, au XIVème siècle avant notre ère, on ne peut qu’être frappé à la fois de son audace, et de la difficulté qu’il y a à vouloir séparer une société de ses anciennes croyances, ou de la manière qu’elle a de les comprendre tout en libérant les personnes. Souvenons-nous que les Psaumes ont trouvé quelque inspiration dans l’aventure d’Akhenaton.[Akhenaton voulut réformer complètement l’Egypte de l’époque en la débarrassant de ses vieux syncrétismes et de ses idoles. Il instaura le culte d’Aton, dieu unique, et se lança dans une véritable refonte de la société, libérant les individus socialement et culturellement. On devine que son successeur mit « bon ordre » à tout cela en ramenant l’Egypte à la situation précédente et en rétablissant l’absolutisme politique et religieux sous lequel elle était habituée à vivre.]Les premières sociétés chrétiennes vivaient sur le mode du partage. La foi individuelle prenait forme à travers la solidarité, le partage des biens, et la liturgie par excellence était le partage du pain et du vin. Le destin des hommes et des femmes qui entouraient ces chrétiens les concernait, bien sûr, mais ils n’agissaient pas en tentant de s’emparer du pouvoir, et respectaient César. Ils maintenaient avec force leur autonomie par rapport aux pratiques de la société qui les entourait, sans vouloir lui imposer les leurs.  La foi individuelle et collective s’exprimait le mieux dans une espérance qui s’adressait à tous, croyants et non croyants. Cette espérance était universelle, mais chacun avait la liberté de la reconnaître ou non.Cette foi « universelle » était donc par principe « catholique », puisque c’est le sens du mot. On peut vraiment se demander ce que ce « catholicisme » proclamé est devenu pendant les 17 siècles qui ont suivi…On célèbre cette année le centième anniversaire de la naissance de Simone Weil. Vous vous souvenez qu’elle n’a jamais été baptisée. Elle n’a jamais non plus demandé de façon formelle son entrée dans une quelconque Eglise. Pourtant elle est un point de référence, un amer dans les tempêtes que nous vivons en ce moment. Ecoutons-la, en n’oubliant surtout pas qu’elle utilise le mot « catholique » dans son sens étymologique :Je n’ai jamais eu même une fois, même une seconde, la sensation que Dieu me veut dans l’Eglise. […] Le christianisme doit contenir en lui toutes les vocations sans exception, puisqu’il est catholique. Par suite l’Eglise aussi. Mais à mes yeux le christianisme est catholique en droit et non en fait. Tant de choses sont hors de lui, tant de choses que j’aime et ne veux pas abandonner, tant de choses que Dieu aime, car autrement elles seraient sans existence [longue liste, comprenant en particulier la « tradition manichéenne et albigeoise »]. Le christianisme étant catholique en droit et non en fait, je regarde comme légitime de ma part d’être membre de l’Eglise en droit et non en fait, non seulement pour un temps, mais le cas échéant toute ma vie [Lettre au Père Perrin].Vous noterez qu’elle établit une différence entre « christianisme » et « Eglise ».  Elle insiste vigoureusement sur le fait qu’en « pratique » l’Eglise, comme elle dit, n’est pas catholique. Elle en porte le nom, comme il se doit, d’une certaine manière, mais c’est une sorte d’imposture. Est-ce que c’était elle qui était hors de l’Eglise, ou bien est-ce que c’était l’Eglise qui était hors d’elle-même, là précisément où Simone Weil avait voulu subsister ?Une théologienne brésilienne, Ivone Gebara, scandalisée par toutes les affaires qui nous préoccupent, et plus particulièrement par celle de Recife, n’y va pas par quatre chemins. Elle a écrit récemment un texte qui a eu l’effet d’un coup de tonnerre. Elle l’a intitulé Le schisme de la hiérarchie catholique. Elle se saisit d’une réalité qui apparaît de plus en plus évidente : la hiérarchie catholique romaine  se sent capable de juger de tout et de tous, en tout lieu, en toute circonstance. Progressivement mise à l’écart des cercles du pouvoir dans des sociétés qui se sécularisent, elle tente de rétablir à son profit la vieille alliance du trône et de la religion. Je vous propose certains passages de ce texte :La tradition théologique dans la ligne prophétique et sapientielle n’a jamais permis qu’un fidèle, même évêque, parle au nom de Dieu. Et cela parce que le dieu dont nous parlons en notre nom  est à notre image et ressemblance. Le mystère sacré qui traverse tout ce qui existe est inaccessible à nos jugements et interprétations. Le mystère qui habite en tout n’a justement pas besoin de représentants dogmatiques pour défendre ses droits.[…]Je n’identifie pas l’Eglise avec l’Eglise hiérarchique […] L’Eglise est la communauté de femmes et d’hommes disséminée de part le monde et attentive aux personnes tombées sur les routes de la vie, aux porteurs de souffrances concrètes, aux cris des peuples et des personnes en recherche de justice et de soulagement de leurs douleurs aujourd’hui. […] Dans la mesure où ceux qui se croient responsables de l’Eglise prennent leurs distances de l’âme du peuple, de ses souffrances réelles, ils établiront un nouveau schisme qui accentuera encore plus l’abîme entre les institutions de la religion et les vies simples du quotidien avec leur complexité, leurs défis, douleurs et petites joies. Les conséquences d’un schisme sont imprévisibles. Nous revenons donc d’une part à l’appropriation du divin par la hiérarchie catholique romaine (rappelez vous les propos de Jean-Miguel Garrigues que je citais au début), et d’autre part à la fracture qui est en train de s’élargir. Cette fracture est-elle une anomalie ? Ou bien est-il logique qu’une rupture se produise ?Arrivé à ce point, je voudrais, si vous le voulez bien, faire un petit détour mathématique. René Thom, mathématicien français qui reçut au XXème siècle la médaille Fields, qui est aux mathématiques ce que le prix Nobel est à la médecine ou à la littérature, est connu pour avoir émis ce que l’on a ensuite appelé la « Théorie des catastrophes ». Que dit cette théorie en substance ? Que la continuité indéfinie d’une situation, qu’elle soit physique, biologique ou humaine, est illusoire. Que tout système est appelé à connaître de brutales modifications internes, à « sauter » de l’état dans lequel il se trouvait à un autre. Je le cite :Dans la théorie des catastrophes […] on s’efforce de décrire les discontinuités qui peuvent se présenter dans l’évolution [d’un] système. […] L’on passe d’un système différentiel à un autre. […] Le point représentatif « saute » d’une évolution continue décrite par un système d’équations différentielles à une autre évolution continue décrite par un autre système [Paraboles et catastrophes].Le phénomène qu’il décrit là, il l’appelle ailleurs « une bifurcation ». Une goutte d’eau qui fait déborder un vase, un lac qui brusquement se prend en glace, un chien qui vous saute à la gorge, un coup de foudre (au propre ou au figuré), une ampoule qui grille, la grève à la Guadeloupe sont de tels sauts. Il y a un « moment » où un saut se fait, où un seuil est franchi. L’on se trouve alors brusquement dans un système autre que celui qu’il pouvait paraître inimaginable de voir cesser. L’explosion d’une supernova, la mort, ou la fécondation d’un ovule sont de telles « catastrophes » (du grec kata, « vers le bas », et strophê, « action de tourner », « évolution »). La règle semble donc être non pas la continuité, mais la discontinuité des systèmes. Aucun système, qu’il soit étudiable par un physicien ou un sociologue, ne peut prétendre à une quelconque forme d’immortalité. Utilisant une pensée hégélienne rudimentaire, la thèse de Francis Fukuyama, selon laquelle nous serions arrivé à la « fin de l’histoire », c’est-à-dire dans un système définitif, est de ce fait raisonnablement indéfendable.Il ne saurait en aller autrement des religions, ainsi que des structures et des doctrines figées qu’elles mettent habituellement en place. Comme les individus que nous sommes, elles se trouvent dans l’obligation quasi ontologique de changer. De se convertir. De devenir autres que ce qu’elles croyaient devoir être pour toujours. Et comment la nature de ces conversions inévitables, obligatoires, consubstantielles à l’être, peut-elle se faire jour sinon portée par les personnes qui constituent elles-mêmes ces groupes. Refuser toute évolution est alors non seulement contre-nature, mais à proprement parler suicidaire. Cela revient aussi, si l’on veut bien regarder les choses au fond, à refuser Celui qui est le Tout Autre. Pour jamais. A lui refuser la seule rencontre possible qui est celle de la réalité changeante de l’Amour. Tous les échafaudages doctrinaires qui justifient  des arrimages fixistes, tous les faux-semblants qui servent d’écrans à l’authenticité de la pensée, toutes les structures hiérarchiques et sacerdotales qui contrôlent ce dispositif sont disqualifiés depuis l’enseignement du Nazaréen. Oser donc dire je ne sais pas, être prêt à découvrir seconde après seconde ce qu’implique l’exigence de l’Evangile, accueillir l’autre comme porteur de la part de vérité que je n’ai pas, c’est finalement comprendre que le Royaume réalisé n’est pas  encore là, quel que soit l’endroit où se tourne mon regard. Ou bien alors qu’il est déjà là en tant que réalité définitivement imprévisible et changeante. Que la mutation reste ici bas sa nature intrinsèque, et que donc, tout attentifs que nous rende notre foi, nous ne pouvons pas savoir vraiment où elle nous conduira, ni individuellement ni collectivement.On ne peut pas arrêter le temps. Vouloir l’arrêter, c’est mourir. C’est, en tout cas se mettre en marge d’une humanité qui, par nécessité, va. Parce qu’on ne peut qu’aller. Je ne sais pas ce qu’est la vérité. Comme le disait Socrate, la seule chose que je sais c’est que je ne sais rien. Mais il me semble qu’elle est tout sauf immobile. J’ai l’assez forte conviction que nombreux sont ceux de nos hiérarques qui nous ont abandonné, peut-être depuis longtemps, campés à l’arrêt sur leur Aventin. Ils se sont mis à l’écart, délibérément. D’autres proclament qu’ils sont partie intégrante du peuple. Tous, nous nous trouvons devant l’obligation de l’invention, parce que le demain du Royaume n’est pas encore là, et accompagnés des Béatitudes, nous avons à le faire vivre.N’ayons donc pas peur, nous souvenant que l’Espérance nous jette forcément en avant, et, comme Simone Weil le disait dans La Pesanteur et la grâce, Nos racines sont en avant de nous. En quelque sorte, une tradition à venir. Un détachement, une dé-liaison des servitudes des religions habituelles. Un abandon de tout pouvoir absolu et de toute certitude définitive.    Didier Vanhoutte

Mise à jour le Dimanche, 29 Avril 2012 10:30