Décembre 2011 : Face au Nucléaire, quel monde voulons-nous ?
Avec un interview de Jean-Claude Guillebaud
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Face au nucléaire, quel monde voulons-nous ?
Interview accordée par Jean-Claude Guillebaud à la revue Les Réseaux des Parvis
Parvis : L’importance accordée au nucléaire civil et militaire n’est-elle pas un des révélateurs les plus parlants de la logique qui gouverne l’évolution du monde contemporain ?
Jean-Claude Guillebaud : Les enjeux de l’énergie atomique me sont apparus cruciaux dès le début des années 70 quand j’ai couvert, pour le journal « Le Monde », les premières grandes manifestations antinucléaires. Au forcing entrepris par EDF pour convaincre les Français de la nécessité du tout nucléaire s’est vite opposée, résolument non violente et d’emblée transnationale, une puissante résistance citoyenne. J’avoue avoir été séduit par la clairvoyance, la générosité et le courage de celles et ceux qui, comme Solange Fernex, ont lancé cette contestation à Marckolsheim et Fessenheim sans craindre de s’exposer aux coups et à d’éprouvantes grèves de la faim. À la même époque (en 1973), j’ai suivi pour « Le Monde » le « Commando de la Paix » dépêché en Polynésie française par Jean-Jacques Servan-Schreiber pour tenter, avec le général Pâris de la Bollardière entre autres, de gêner les essais atomiques en cours à Mururoa.
Devenu l’ami et l’éditeur de Jacques Ellul après avoir été son étudiant à Bordeaux, j’ai très tôt adhéré à sa critique de la logique technicienne qui, selon lui, détermine une folle fuite en avant de notre civilisation. De fait, à la pointe de la technoscience, les activités liées à l’industrie de l’atome refaçonnent imperceptiblement et en profondeur la société. La croissance de la consommation d’énergie est a priori considérée comme nécessaire et possible de façon illimitée et généralisable. Au plan politique, le nucléaire a fini par jouer un rôle clé jusque dans l’organisation de l’État, servi par une sorte de cabinet noir qui reconfigure les rapports de force au profit des lobbies qu’il représente. La pratique du secret contribue à l’émergence de structures foncièrement antidémocratiques, voire policières et totalitaires. Contrairement à ce que l’on se plaît à faire croire, le problème du nucléaire ne réside pas d’abord dans le retard des remèdes attendus de découvertes scientifiques nouvelles, ou dans les difficultés techniques et économiques que rencontre le projet de substituer des énergies renouvelables à l’énergie atomique. Il réside dans la perversion du modèle de société et des pratiques sociales qu’induit l’atome, et dans la nature même de cette énergie.
Les partisans du nucléaire parlent des dangers de ce secteur comme on parle des dangers de la route, ne se souciant que des précautions à prendre face aux risques immédiats. Mais loin d’être localisés et momentanés, les périls que véhicule l’atome peuvent affecter de vastes régions, voire la planète entière, et peuvent se répercuter sur des siècles, voire hypothéquer l’avenir de l’humanité. Il faut donc intégrer, quand on réfléchit à cette question, une rupture phénoménale de la temporalité humaine. Et, du même coup, l’énormité sans précédent de notre responsabilité. Banalisé, le nucléaire est projeté dans des perspectives de confort puissamment médiatisées, cependant qu’est occultée l’obsession du profit à court terme qui le commande. Voulez-vous revenir à la bougie ou à la lampe à huile, nous dit-on, voulez-vous enlaidir nos horizons avec des forêts d’éoliennes ? Scandaleux chantage qui fausse à dessein toutes les données du problème. Sans même parler de la menace de prolifération de l’armement atomique à la faveur du nucléaire civil, le drame survenu à Fukushima nous remet face à l’essentiel : la vie humaine et la nature sont sacrifiées aux intérêts des opérateurs privés auxquels est déléguée l’exploitation de l’atome. C’est le règne du mensonge, de la manipulation et du racket.
P. : D’où émergent les forces opposées aux politiques dominantes qui, amnésiques des drames du passé et aveugles aux périls actuels, divinisent le progrès ?
J.-C. G. : La résistance populaire qui se lève rappelle ce propos de Friedrich Hölderlin : « Les peuples somnolaient mais le destin prit soin qu’ils ne s’endormissent point ». Un peu partout surgit, en marge des institutions traditionnelles, un mouvement de fond qui conteste les structures, les institutions et les idéologies en place, qui se rebelle contre le désordre social établi présenté comme l’unique et ultime ordre possible. Des projets alternatifs s’élaborent et sont expérimentés avec enthousiasme dans les domaines les plus divers. Certaines propositions des altermondialistes, comme la taxation des transactions financières internationales, sont de mieux en mieux accueillies. Le printemps arabe a balayé de puissantes dictatures longtemps soutenues par l’Occident. Quoique composite et fluctuant, ce mouvement se renforce, débordant les syndicats, les partis politiques, les Églises et les frontières. Les argumentaires officiels se disloquent, le savoir des grands experts se révèle aussi incertain que péremptoire, les discoureurs politiques sont discrédités. Après avoir été érigée en rationalité indiscutable et universelle, la raison calculatrice est désormais accusée d’aveuglement : elle mène droit à la ruine en ignorant que les seules valeurs décisives, celles qui fondent l’homme et sauvegardent la vie, ne se prêtent à aucune comptabilité.
De nouveaux espaces de réflexion, de parole et d’action s’ouvrent. L’arrogance scientiste qui dressait autrefois d’infranchissables barrières entre les savants et la masse prétendue ignorante est démystifiée. Le discours d’intimidation qui accusait systématiquement d’incompétence quiconque n’était pas du sérail n’est plus ni accepté ni pertinent. Il est manifeste que les monumentales erreurs d’analyse commises au cours des dernières années par les économistes les plus renommés de la planète imposent la modestie. L’exaltation du désintéressement de la science n’est plus de mise après les scandales du sang contaminé ou du Médiator qui ont montré que l’appât du gain finit par gouverner la technoscience elle-même. De leur côté, comment les spécialistes du nucléaire pourraient-ils encore avoir le verbe haut après la terrifiante et irrémédiable catastrophe survenue au Japon ? En débattant entre eux de ces problèmes au sein de chaque discipline, les scientifiques découvrent qu’il s’agit en fin de compte de questions « culturelles » autant que scientifiques, et qui débordent leurs compétences. C’est une bonne nouvelle pour la démocratie : tout un chacun est convié à comprendre les enjeux des grandes décisions qui engagent l’avenir et à en assumer la responsabilité.
Il me plaît de noter ici que beaucoup de chrétiens se révèlent d’un dynamisme exemplaire sur les fronts qui contestent l’hégémonie du système ultralibéral, principal thuriféraire de l’atome considéré comme un moteur indispensable pour perpétuer l’ordre dominant. Ils dénoncent la marchandisation du monde et la violence qui en est le corollaire, et ils essayent de remédier à l’injustice dont souffrent les plus vulnérables parmi nous et ailleurs. Leur fidélité à l’évangile ne s’embarrasse pas de l’attitude souvent timorée des institutions ecclésiastiques, voire du désaveu dont ils font parfois l’objet. Sans forcément s’afficher comme tels, les chrétiens sont présents dans les grandes ONG humanitaires comme Attac, Amnesty International, ATD Quart Monde. Le christianisme a ses propres organismes d’intervention qui font un travail remarquable, comme le CCFD-Terre Solidaire. Et je crois important de relever que l’immense majorité des chrétiens se sent directement concernée par les initiatives prises pour faire advenir un monde plus solidaire et plus fraternel à travers les restos du cœur, les banques alimentaires, et de multiples petites ONG. J’ai toujours pensé que c’est là que s’inventent le monde et la démocratie de demain.
P. : Pour sauvegarder l’homme et la création, les visées humanistes et religieuses sont-elles toutes interchangeables ou existe-t-il une spécificité du message évangélique ?
J.-C. G. : Parachevant la tradition prophétique d’Israël, le message évangélique a changé la face du monde. En voici quelques caractéristiques en rapport avec la question qui nous occupe. L’homme a le devoir de prendre soin de la création que la Bible déclare tout entière chère à Dieu, ce qui exclut le droit d’en abuser et de se risquer à la détruire. Bien commun de l’humanité, les richesses de la terre ne sont pas destinées à des minorités sociales, ethniques ou nationales pour leur jouissance exclusive, mais la foi invite au partage dans le cadre d’une frugalité située aux antipodes de l’avidité consumériste. Plus strictement évangélique, et dévoilement du mystère de l’Incarnation, est l’identification de Dieu aux victimes de l’injustice des hommes, et notamment aux laissés-pour-compte de la société actuelle. On voit que ces considérations ne sont pas étrangères à la problématique du nucléaire, à la compétition stimulée par l’atome pour le contrôle des richesses et du pouvoir au mépris de l’idéal de partage fraternel et de respect de la nature. Ce qui est attendu des chrétiens, c’est un effort de lucidité et une réelle audace prophétique.
Mais la foi chrétienne n’a aucun monopole et doit se garder de tout triomphalisme. « Le vrai dialogue commence quand j’accepte l’idée que l’autre peut être porteur d’une vérité qui me manque » a dit l’évêque d’Oran Pierre Claverie peu avant d’être assassiné par des islamistes. Une parole magnifique dont on retrouve l’écho dans le testament spirituel de Christian de Chergé, le prieur des moines de Tibhirine. Il ne s’agit pas de « tolérer » la religion et la personne de l’autre en se murant dans sa propre vérité, mais d’accueillir la part d’humanité et de mystère que l’autre porte en lui d’une façon unique. Le philosophe Cornelius Castoriadis, qui n’était pas chrétien, avançait l’image suivante : « Toute croyance est un pont jeté sur l’abîme du doute ». Un « pont » pour aller vers l’autre, « jeté » pour signifier le caractère décisionnel de l’acte de foi, et « sur l’abîme » pour indiquer que le pont ne supprime pas le doute mais nous permet de l’enjamber. J’ajouterai qu’il existe de multiples ponts pour enjamber nos abîmes, de multiples religions et philosophies recourant à des concepts et des moyens différents pour atteindre le même but, et que les pontonniers ont tous vocation à s’entraider. Défendre ensemble l’homme et la vie contre les projets totalitaires de maîtrise du monde s’avère d’une urgence prioritaire.
Rappelez-vous le Bernanos des « Grands cimetières sous la lune », et François Mauriac, et l’engagement des chrétiens contre la guerre et les tortures en Algérie. Ces témoins ont marqué leur époque. Où en sommes-nous aujourd’hui ? De semblables combats s’imposent contre le cynisme, le vol et le mensonge. Or je suis frappé par le critère qu’utilise l’INSEE pour mesurer le moral des Français : l’envie d’acheter ! C’est insensé. Le désir de consommer n’est-il pas plutôt l’indice d’un état morbide ? Consommez pour soutenir la croissance et faire tourner la machine, clame-t-on, devoir de citoyen ! Mais n’omettez pas de restreindre vos dépenses et de rembourser vos dettes, est-il clamé en même temps ! Injonction paradoxale, disent les psychanalystes... Les nantis s’enrichissent en spoliant les autres, et ils distribuent des crédits en contrepartie de cette spoliation jusqu’à étouffer par l’endettement ceux qui en bénéficient. La crise financière n’est qu’un pan d’une crise qui est globale, et il est clair que le nucléaire relève de la même boulimie et met en évidence les mêmes contradictions. Face à cela, l’évangile n’est pas neutre : ce n’est pas d’énergie que nous avons le plus besoin, mais d’un vivre ensemble respectueux de tous et de l’environnement.
P. : Entre les contraintes de la situation socioéconomique présente et les impératifs non négociables de l’éthique évangélique, quelle société voulons-nous et comment la bâtir ?
J.-C. G. : Je dirai d’abord que personne ne sait ce qui va arriver dans les prochains mois ou les prochaines années, ce que deviendront l’euro et l’Europe par exemple. Une chose est sûre par contre, c’est que nos privilèges de rentiers du monde ne perdureront pas. Nous sommes entrés dans une phase de stagnation, et plus vraisemblablement d’appauvrissement relatif. Le dynamisme des pays émergeants et les revendications de l’hémisphère sud entraîneront une redistribution des richesses qui se fera inévitablement à nos dépens. Mais est-il vraiment dramatique qu’une société qui s’est enrichie de 4 ou 500% en quelques décennies, à la faveur et dans le sillage des trente glorieuses, s’appauvrisse de 10% pour permettre à d’autres d’améliorer leur niveau de vie à leur tour ? En cas de guerre ou de catastrophe naturelle, en période de grande dépression et même d’une façon plus générale, toutes les sociétés sont capables de sacrifices bien plus grands, mais à la condition qu’elles connaissent un minimum de cohésion sociale.
Or cette cohésion ne saurait exister sans un minimum de justice sociale, et force est de constater que nous vivons dans une société où les inégalités ne cessent de s’aggraver. Alors que les revenus des plus riches ont connu une croissance exponentielle, plus de huit millions de Français vivent aujourd’hui sous le seuil de pauvreté avec moins de 950 euros par mois. Demander des sacrifices à ceux qui se sentent déjà sacrifiés ne peut entraîner que l’incompréhension, le refus et la révolte, et les scandales provoqués par la collusion entre le politique et les affaires exacerbent ces attitudes de rejet. Profondément ébranlée par les ententes occultes entre les décideurs économiques et politiques, notre époque est devenue vulnérable aux extrémismes de droite et de gauche qui menacent la démocratie. Là où vient à manquer la confiance, la cohésion sociale s’effondre, et la société tout entière avec elle. La crise financière n’est-elle pas d’abord, dans une large mesure, une crise de confiance ? Même les Églises souffrent de ce mal. C’est dans tous les domaines, y compris celui du nucléaire de toute évidence, que la confiance est foulée aux pieds. Pourquoi cette situation et comment en sortir ?
Le monde vit en ce moment une mutation gigantesque, d’ordre à la fois technologique, économique, géopolitique, écologique. Bien plus profonde que celle qui a marqué la fin de l’empire romain ou la Renaissance, cette mutation s’avère d’une ampleur comparable, d’après Michel Serres, à la révolution néolithique. Le vieux monde est sur le point de disparaître et un monde nouveau est en train de naître, que nous avons du mal à déchiffrer parce que nous n’en avons pas encore les clés. Est-il surprenant, dans ces conditions, que toutes les institutions du vieux monde soient en crise - l’économie et la finance, le politique et la démocratie, la justice et l’éducation, la religion et les Églises ? Comment pourrait-il en être autrement ? Cette crise est aussi grave qu’incontournable, sans retour en arrière ni restauration possibles, et elle nous rend forcément anxieux. Mais participer à l’enfantement de ce monde nouveau est une aventure prodigieuse, la plus passionnante qui soit. Tout est à réinventer. Et là , notre problème n’est pas tant celui des potentialités énergétiques de l’atome que celui des valeurs de la société que nous voulons bâtir pour sauvegarder l’humanité de l’homme.
Propos recueillis par Jean-Marie Kohler
(1) Ce numéro comprendra un dossier entièrement consacré au problème du nucléaire. Pour découvrir la Fédération des Réseaux du Parvis, visitez le site : www.reseaux-parvis.fr. Pour vous abonner à la revue, contactez :
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Arrêt du Nucléaire, quels enjeux, quelles questions ?
Depuis quelques dizaines d’années, le nucléaire civil suscite des réactions passionnées, beaucoup plus que d’autres secteurs d’activités, et beaucoup plus aussi que l’impressionnant stock de bombes nucléaires à travers le monde. La production d’énergie, ses répercussions sur les ressources vitales de la planète et l’environnement sont des enjeux majeurs, et l’émotion que cela génère est normale. Mais il y a aussi plein d’autres sujets de forte inquiétude, certes de natures tout à fait différentes, pour l’avenir de l’humanité, la paix, la santé, la justice etc. et qui préoccupent peu, voire pas du tout l’opinion. Parmi beaucoup d’autres, on pense à certains fléaux de la société (drogue, alcool, tabac), aux bouleversements climatiques, à la faim dans le monde, aux progrès de l’informatique qui envahissent l’espace privé etc. etc.
Concernant le nucléaire civil, la question est de savoir si on peut l’abandonner. En principe, la réponse est oui mais si on se demande à quelles conditions et dans quels délais, alors cela devient extrêmement complexe. Autant il faut rejeter les affirmations simplistes du type « vous voulez revenir à la bougie », autant il est impossible de faire l’impasse sur toutes les questions qui se posent. Il faut essayer de préciser quelques-uns
des enjeux les plus importants, sans prétendre être exhaustif.
Le partage des sources d’énergie
On entend souvent dire : la plupart des pays du monde n’ont pas de centrales nucléaires et ils s’en portent très bien. C’est tout à fait vrai, au moins pour la première partie de cette affirmation C’est un fait, seuls les pays riches, et presque tous d’ailleurs, ont des centrales nucléaires en fonctionnement. Il y a à cela de multiples raisons, mais la première est sans doute que les modèles existants de centrales nucléaires sont tous de forte puissance donc disproportionnés avec la demande d’énergie électrique de pays à faibles ressources.
Il faut ajouter à cela le coût très élevé de construction, les délais, la qualification du personnel d’exploitation, les investissements pour le transport d’énergie etc.
Un pays développé et industrialisé peut-il se passer de sources d’énergie électrique de forte puissance et fonctionnant de manière continue dans le temps avec un prix limité du kwh produit ? C’est le cas des centrales nucléaires et de celles à combustible fossile (charbon, pétrole, gaz etc.) ; à ce jour, les énergies dites renouvelables (éolien, solaire, hydraulique, énergies de la mer et autres) ne satisfont pas ces conditions, même si elles peuvent être tout à fait adaptées à des besoins spécifiques. Pour être tout à fait logique si on parle d’abandon du nucléaire, il faudrait que ce soit un arrêt sinon immédiat du moins à très court terme. Dire que l’on arrête le nucléaire dans 20 ou 30 ans revient à dire que pour le moment on continue, qu’on va devoir entreprendre des rénovations très profondes des installations existantes, avec des frais de maintenance élevés, ou bien à construire de nouvelles centrales avec de nouvelles techniques plus avancées et plus sûres, donc dans tous les cas des investissements très coûteux qui ne serviraient pas pour l’avenir à long terme et qui limiteraient inévitablement les développements des énergies renouvelables.
La vraie question est de savoir si l’on peut à très court terme obtenir une réduction drastique de la consommation d’énergie ; on pourrait certainement faire beaucoup et en peu de temps sur la consommation domestique : éclairage, isolation thermique etc..mais on serait encore loin du compte, car il y a les énormes besoins de l’industrie, des services, des transports etc..Impossible donc d’échapper à une remise en question urgente de tout un mode de vie. En réalité, l’arrêt du nucléaire à très court terme va entraîner une augmentation de la production par combustibles fossiles (fuel, gaz, charbon et dans une moindre mesure bois, schistes bitumineux etc.).
Tout le monde en connaît les conséquences sur l’effet de serre et le réchauffement climatique. Le charbon sera sans doute le plus abondant et le moins coûteux ; mais il ne faut pas oublier les vies humaines perdues dans les mines et les gigantesques quantités de cendres radioactives générées par la combustion du charbon. Les réserves d’uranium ne sont pas non plus illimitées, mais les quantités utilisées sont très faibles ; à titre d’exemple, chaque pastille d’un demi cm3 d’oxyde d’uranium enrichi introduite dans un réacteur nucléaire représente une source d’énergie équivalente à 2,5 tonnes de charbon. Les réacteurs nucléaires du futur, s’ils existent, consommeront encore moins. Tous ces combustibles fossiles vont se raréfier, et finalement disparaître dans les générations à venir et avant cela leur prix risque de devenir prohibitif. Cela va s’accélérer en cas d’abandon du nucléaire. Il y aura donc des choix cruciaux à faire. C omment au niveau international assurer une répartition juste et équitable de ressources énergétiques ?
Progrès scientifiques C’est bien connu, les progrès scientifiques et techniques entraînent une diminution des dangers, même si le risque zéro n’existe pas et n’existera jamais. C’est vrai dans tous les domaines médecine, logement, transports etc..Le nucléaire ne fait pas exception. Les techniques actuelles varient d’un
pays à l’autre, mais pour toutes, ce n’est qu’un stade ; à moins d’abandon total et rapide, il y aura dans ce domaine des évolutions conduisant à des technologies plus sûres, produisant moins de déchets (combustion plus complète) et avec des émissions radioactives plus faibles.
On connaît déjà les grandes lignes de ces évolutions. Les nouvelles générations de réacteurs ont déjà été lancées : surgénérateur (Phénix qui a fonctionné avant son arrêt décidé en 1997), l’EPR . L’abandon du nucléaire aurait des aspects positifs ; on peut le voir comme une libération par rapport à une obligation de progrès scientifique et technique dont l’être humain a en partie perdu le contrôle, comme l’a très bien montré Jacques Ellul.
On peut imaginer des quantités d’activités presque totalement ignorées aujourd’hui et qui apporteraient bienêtre, liberté, développement de la vie sociale etc. avec des besoins limités en énergie. Malgré cela, le progrès des connaissances scientifiques ne peut pas et ne doit pas s’arrêter. Écoutons l’avertissement de Michel Serres (dans Hominescence) : « Nous ne cessons d’apprendre à nos dépens ce que nous risquons d’essayer l’ignorance. »
Risques
Comme pour les coûts, il faut poser la question des risques en prenant en compte toute la chaîne : construction, recherche de combustibles, exploitation, traitement des déchets, mesures spécifiques de protection de l’environnement, démantèlement etc.
Le retour d’expérience montre que, pour le nucléaire, les accidents sérieux en exploitation ont été rares jusqu’ici.
Par contre, les accidents exceptionnels peuvent être gravissimes pour les personnes et l’environnement sur le long terme (et bien sûr les énormes répercussions économiques, financières etc.). Il y a eu Three Miles Island (1979) aux conséquences finalement très limitées, mais surtout Tchernobyl (1986) et Fukushima (2011).
Les causes sont bien connues : à Tchernobyl, conception quasi-préhistorique ignorant les règles de sûreté les plus élémentaires et personnel d’exploitation totalement incompétent. Dans le cas de Fukushima, tsunami d’une ampleur gigantesque (cause de l’accident beaucoup plus que le séisme).
Des accidents graves sont-ils possibles dans les centrales françaises ? La réponse est oui, avec une probabilité très faible mais non nulle. Il faut comparer les choses comparables. Ainsi par exemple, la conception des réacteurs japonais à eau bouillante a été abandonnée par la France dans les années 1970 au profit des réacteurs à eau pressurisée dans lequel le circuit eau-vapeur du réacteur reste strictement confiné à l’intérieur de l’enceinte nucléaire. Les conditions de site sont aussi très différentes.
Concernant le vieillissement, il faut savoir aussi que, en 20 ou 30 ans d’exploitation, la plus grande partie des équipements les plus sensibles ont été au moins une fois soit profondément révisés, soit changés. La question est très générale : dans tous les domaines d’activités, un degré de risque existe ; comment l’estimer ? Dans quels cas doit-on impérativement appliquer le principe de précaution ? Autre question également très générale concernant la protection de l’environnement : la puissance publique peut-elle laisser sans contrôle les activités individuelles ayant des répercussions sur l’environnement ? Cette question est particulièrement cruciale pour la production d’énergie électrique. Une décentralisation extrême, dans laquelle chacun bricolerait à son idée sa petite unité de production électrique, conduirait vraisemblablement à une catastrophe écologique.
Pour se limiter aux deux cas les plus significatifs, nucléaire civil a techniquement réussi en France avec une réalisation sous le contrôle quasi-total de l’État, et a été une déroute aux États-Unis où tout a été laissé au privé.
Les déchets et autres rejets
C’est la question la plus souvent soulevée, et à juste titre, par les anti-nucléaires. La question est d’ailleurs beaucoup plus globale : qu’allons-nous léguer aux générations futures ? Si l’on se limite aux déchets de centrales nucléaires qui, après retraitement, ont la radioactivité la plus élevée et la plus durable, les quantités sont certes limitées, mais il est légitime de s’interroger sérieusement sur les conditions de stockage pendant des durées extrêmement longues.
Si l’on essaie de prévoir ce qui se passera dans trois ou quatre générations, on peut penser que, si le nucléaire n’a pas été abandonné, les chaudières nucléaires à cette date ressembleront autant à celles d’aujourd’hui qu’un TGV ressemble à un train de wagons en bois tiré par une poussive locomotive à charbon. En rêvant un peu, on peut aussi imaginer que la fusion contrôlée aura remplacé la fission, ce qui changera du tout au tout les problèmes d’émissions radioactives et de déchets.
Peut-être également nos arrière arrière... petits enfants sauront-ils comment utiliser sans risque les déchets hautement radioactifs dont nous ne savons pas quoi faire d’autre que les stocker avec le maximum de précautions. Enfin, il ne faut pas oublier les gigantesques quantités de déchets, souvent toxiques et dangereux produits par l’industrie, l’agriculture etc. sans parler de tout ce que la mer rejette sur les côtes (et il n’y a pas que les marées noires !).
Nucléaire civil ou militaire
Les applications civiles et militaires du nucléaire ne sont pas, dans le principe, des domaines séparés par une cloison étanche. Le coeur d’un réacteur de centrale nucléaire peut entrer en fusion avec les conséquences que l’on sait surtout quand il y a perte totale des systèmes de refroidissement comme à Fukushima. Par contre il ne peut exploser car la réaction en chaîne est ralentie par les dispositifs de modérateurs qui permettent de contrôler la fission (ces dispositifs n’existent évidemment pas dans les bombes atomiques). Mais les produits de fission, en particulier le plutonium, peuvent être utilisés pour fabriquer des armements.
Cependant cela reste tout de même assez théorique ; on ne fabrique pas dans son garage une bombe à fission (type Hiroshima) et encore moins thermonucléaire (fusion à hydrogène) du type des armes existant aujourd’hui. Les principes sont pourtant assez simples et facilement accessibles, mais la réalisation est d’une extrême complexité et exige des moyens considérables. Hiroshima, c’était il y a 66 ans, et depuis cette date aucun groupe incontrôlé, terroriste ou autre, n’a réussi à aboutir à un résultat dans ce domaine ; ce n’est sans doute pas faute d’avoir essayé. En fait, on peut faire des dégâts énormes avec des moyens beaucoup plus rustiques et peu coûteux. Il y a eu le 11 septembre, il peut y avoir des attaques chimiques, bactériologiques etc. avec effet psychologique de grande ampleur garanti.
Tout cela devrait nous faire prendre un peu plus conscience des questions de défense, sujet hautement sensible et pratiquement jamais abordé dans les débats électoraux et autres.
                                                                                        Jean-Pierre Schmitz
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La Revue septembre 2011
                           
éditorial Jean-Marie Kohler
Ligne éditoriale Parvis poursuit son chemin Â
dossier : Le CCFD-Terre Solidaire
Humaniser le monde avec et par delà la religion - Guy Aurenche (interview) Â
Cinquante ans de réflexion sur le développement - Thierry Brésillon
La solidarité face aux défis planétaires - Nicole Palfroy 11
Le plaidoyer, un levier de solidarité internationale - Catherine Gaudard
Aidons l’argent à quitter les paradis fiscaux (extraits d’une campagne)
Un groupe intergénérationnel monte un spectacle sur les paradis fiscaux
(entretien avec Océane Peltriaux)
vie des réseaux
Jonas Alsace, IMWAC, Plein Jour, Espérance 54, ECCO, CEDEC, David & Jonathan,
NSAE, AFCU
méditation
Voici l’homme - Guy Aurenche
 L’événement
Les prophètes du 15 mai : les « Indignés » - José Arregi
point de vue
Les catholiques français face au conflit israélo-palestinien - Michel Roussel
d’ici et d’ailleurs 30
Appel au G20 : ne jouez pas avec notre nourriture
Appel aux nuits du 4 août 30
Joseph Comblin : un défi à l’intelligentsia brésilienne
« Hiver ecclésial » en Amazonie équatorienne
avez-vous lu ?
Elia Perroy. Une femme dans son siècle - Temps Présent. Une avant-garde catholique -
La démondialisation - La bible à livre ouvert - « Musulmans, nous vous respectons
et nous vous aimons » - Le pape, la femme et l’éléphant
avez-vous vu ?
Tortures made in USA
courrier des lecteurs
En couverture : ©CCFD-Terre Solidaire
À noter :
• Prochain dossier, à paraître le 15 décembre 2011 :
Face au nucléaire, quel monde voulons-nous ?
• Journées d’été de Poulancre : « Trois jours autour de la Terre » avec une soixantaine de personnes. Riche
et conviviale dans l’ambiance frugale de Boquen, enracinée dans la glèbe et éclairée par autant d’artistes
que d’experts, cette rencontre fera l’objet d’un compte rendu dans la prochaine Lettre (novembre 2011).
• Assemblée Générale des Parvis à Angers les 18, 19 et 20 novembre 2011.
L'éditorial :
Merci à Didier Vanhoutte, rédacteur en chef de la revue pendant huit ans, et à celles et ceux qui ont quitté la rédaction avec lui. Dans le sillage d’Alice Gombault, ils ont forgé un instrument d’échange et de réflexion indispensable, qui a fait largement connaître la créativité et les engagements des Parvis. Tous les lecteurs de la revue se souviendront de leur commune passion pour l’évangile, de leur dévouement à la Fédération, de leurs talents intellectuels et littéraires.
Face au défi qu’il doit relever, le nouveau comité de rédaction rappellera ci-après la ligne éditoriale. Simple et claire à la manière de l’évangile, elle exprime notre commune raison d’être. La fidélité aux perspectives énoncées fonde l’unité qui nous constitue dans notre diversité, la cohérence et la lisibilité de notre identité. Notre tâche est de refléter le regard évangélique que nos associations portent sur la vie du monde, et de rendre compte des initiatives que ce regard suscite.
La sécularisation et la mondialisation bousculent les conditions d’une annonce crédible de l’évangile. Le devenir de Dieu dans la société pluraliste contemporaine se joue désormais loin des sanctuaires. Jean XXIII et Vatican II ont proclamé que la Parole qui est amour commande d’abord de servir les autres, de participer aux luttes que requièrent la justice et la paix. Le sort du christianisme historique et de l’évangile dans le coeur et l’esprit des hommes exige des engagements prophétiques hors les murs.
Le CCFD-Terre Solidaire est exemplaire à cet égard. Inspiré par cinq décennies d’expérience et dépassant les entraves confessionnelles, il mène un multiple travail de résistance et de construction qui est porteur d’une formidable espérance. À travers ses combats politiques pour humaniser le monde et l’ouvrir à la transcendance, le CCFD oeuvre à la libération évangélique annoncée par Jésus. Par delà les discours convenus et les rituels, il enfante sur le terrain le christianisme de demain.
Tel est aussi notre horizon. La prochaine assemblée générale des Réseaux du Parvis aura pour thème « Signes d’espérance dans un monde en ruptures ». Mais notre revue ne vivra que par ceux dont elle a vocation à faire connaître la recherche et les engagements. Le comité de rédaction demande donc à l’ensemble de nos associations de contribuer activement au dynamisme et au rayonnement de la revue en y présentant leurs préoccupations, leurs actions et les pistes inédites qui s’annoncent prometteuses.
                                                                                         Jean-Marie Kohler
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Parvis poursuit son chemin...
Depuis plus de dix ans, la Fédération des Réseaux du Parvis, les Editions Temps Présent, et la Revue « Les Réseaux des Parvis » marchent main dans la main sur une route de confiance mutuelle. Emanation de la Fédération, rédigée par une équipe de ses membres, coéditée par la Fédération et Temps Présent, la Revue remplit de précieuses fonctions. Pour les Parvis, la Revue est un organe de communication interne, un lieu de réflexion et de recherche, une mine de ressources. Pour les lecteurs, qui n'appartiennent pas forcément à un groupe de Parvis, la Revue donne un bon reflet de notre esprit de chrétiens en liberté, ouverts sur les questions du monde contemporain. Et pour Temps Présent, la revue est la concrétisation des valeurs communes partagées avec la Fédération, comme explicité dans la ligne éditoriale, dans la continuité des publications qu'elle a éditées.
En un mot, nous sommes fiers de notre Revue, et nous y sommes attachés ! Aussi un passage de relais entre deux équipes de rédaction, comme celui que nous vivons cette année, est un moment particulier et délicat où il importe d'assurer une continuité à partir d'un bilan positif, mais de permettre la créativité qui porte vers l'avenir. C'est aussi le moment où s'articule la séparation d'avec plusieurs membres de la rédaction et l'accueil de nouvelles personnes. Conscients de l'énergie considérable qu'a apportée à la qualité de la Revue l'équipe animée par Didier Vanhoutte, nous lui adressons de profonds et vifs remerciements. Et heureux qu'une nouvelle équipe se constitue autour de Jean-Marie Kohler qui en a accepté la conduite, nous lui formulons des voeux de constance, de fécondité et d'innovation pour la période à venir. Nous tenons aussi à vivement remercier Micheline Convert, l'ancienne directrice de la Revue, pour sa forte implication au service de cette coédition.
Lucides vis-à -vis des enjeux économiques imposés à toute presse écrite, et face aux effets d'usure qui érodent les abonnements, plus que jamais la Fédération des Réseaux du Parvis et la société Temps Présent s'engagent à soutenir leur Revue. Chaque association de Parvis, chaque lecteur doit s'engager aussi à servir la Revue et à s'en servir, à mieux la connaître et la faire connaître.
Répétons-le : la Revue Les Réseaux des Parvis est la trace écrite d'une expérience unique, celle de milliers de chrétiens " libres, divers et en réseaux ", comme nous nous définissons. C'est le modeste dépôt d'une foi en recherche et en renouvellement, à la fois attachée au message de l'Evangile et ouverte aux problématiques auxquelles l'humanité est confrontée aujourd'hui. Ce sera peut-être une mémoire à transmettre pour la génération qui nous suit. En tous les cas, elle est pour nous la voix de nos indignations, de nos résistances, de nos luttes et de nos espérances : puissions-nous, chacun, chacune, soutenir cette voix et cette réponse qui est la nôtre - parmi d'autres - à l'urgence prophétique criante dans notre monde.
                                                                       Cécile Entremont, Co-Présidente des Réseaux du Parvis.                                                                     Jean-Pierre Schmitz, Co-Présidente des Réseaux du Parvis.                                                                                         Claude Naud, Président de Temps Présent.Â
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Interview de Guy Aurenche
accordée à la revue Les Réseaux des Parvis, n° 51
Humaniser le monde avec et par delà la religion
Face aux drames que connaît le monde actuel, le CCFD-Terre Solidaire déploie une créativité peu commune par ailleurs dans le catholicisme romain. D’où lui vient-elle ?
Le CCFD-Terre Solidaire s’est développé en tension permanente entre la société et l’évangile, porté par un triple mouvement. La première dynamique qui nous anime est celle du monde dans lequel nous vivons. Elle est à l’origine de notre organisme et en a commandé l’évolution. C’est en cheminant avec la communauté humaine au fil des événements, en partageant ses joies et ses soucis, que nous avons lié alliance avec elle, et c’est de là que provient notre crédibilité. Il me semble éclairant à cet égard de souligner que le CCFD est né d’un appel au secours de la société civile, d’une initiative laïque et non pas religieuse. Lorsque la FAO a lancé une collecte mondiale contre la faim en 1960-1961, Jean XXIII, le pape de « l’option préférentielle pour les pauvres », a réalisé que l’Église devait se mobiliser d’urgence pour répondre à cet appel, et qu’elle devait pour cela se joindre aux politiques publiques visant à secourir les plus démunis. Notre appartenance confessionnelle doit être vécue librement à la lumière des réponses que nous apportons aux besoins des hommes et aux exigences évangéliques.
En deuxième lieu, je dirai que notre action se veut radicalement « catholique » au sens étymologique de ce terme, c’est-à -dire universelle, à l’opposé des revendications et des replis identitaires qu’affectionnent certains milieux d’Église. Il faut bien réaliser que nous ne sommes pas catholiques lorsque nous restons dans nos sacristies, lorsque nous ne nous intéressons qu’aux problèmes répertoriés comme prioritaires par l’institution ecclésiastique. Se vouloir catholique oblige au contraire à rejoindre le monde, à se frotter aux grands problèmes contemporains, à prendre le risque d’établir des partenariats aux marges de l’ordre établi, à œuvrer avec les hommes, les femmes et les groupes engagés dans les mêmes combats que nous au service de l’humanité, et ce quelle que soit leur appartenance religieuse, ou leur refus des religions. Je suis profondément heureux que le CCFD puisse ainsi témoigner de la catholicité de la foi chrétienne.
Troisième dynamique essentielle pour nous, celle du partenariat. Les engagements comme les nôtres ne peuvent se vivre que dans l’ouverture aux autres et le partage, dans une solidarité sans cesse à approfondir et des réseaux à étendre. Cela s’impose au sein de l’Église comme avec nos partenaires du Nord et du Sud. Dès sa naissance et jusqu’à présent, le CCFD a constamment cherché à promouvoir la collaboration avec les mouvements partageant l’essentiel de ses convictions, veillant à toujours privilégier la collégialité du pouvoir décisionnel. Abhorrant les enfermements, nous voulons créer des lieux de rencontre, de dialogue et de liberté où il fait bon respirer et vivre l’évangile ou, à défaut de références religieuses, un humanisme ouvert et militant. Nous travaillons sans exclusive avec des mouvements très divers, allant de l’Action catholique ou d’associations protestantes à nombre d’ONG se rattachant à d’autres religions ou dépourvues de toute attache religieuse, comme ATTAC par exemple.
Que beaucoup de nos partenaires du Sud ne soient pas catholiques ne diminue en rien la portée de notre action, bien au contraire. La pluralité culturelle et religieuse de nos relations témoigne de la catholicité de l’évangile et de la nôtre, de l’universalité à laquelle appelle notre foi. Aussi simple qu’exigeant, l’unique critère qui fonde la collaboration avec nos partenaires est le sérieux des programmes à entreprendre en commun au service des hommes, leur inscription dans un processus de transformation sociale du monde par delà les actions de charité ponctuelles. C’est, en d’autres termes, la validité éthique et politique de leurs projets. Un tel partenariat n’est évidemment possible que dans un respect réciproque de ceux qui font alliance, moyennant une franche et ferme volonté de lever de part et d’autre les ambiguïtés qui peuvent exister ou survenir. Cela exige une grande rigueur, une fidélité sans faille à soi et aux autres en même temps qu’une réelle capacité de se remettre en question. Tout le reste se négocie.
Comment conciliez-vous la vocation évangélique à servir les hommes sans considération de religion avec les stratégies parfois très institutionnelles des structures ecclésiastiques ?
Avant de répondre à cette question, je rappellerai l’immense reconnaissance que j’éprouve personnellement envers l’Église, envers cette communauté d’hommes et de femmes qui m’a transmis les paroles d’un certain Jésus de Nazareth et qui se sent chargée de continuer à les transmettre. Je crois que ces paroles sont porteuses de la vie dans sa plénitude, et c’est pourquoi elles fondent de manière indéfectible mon attachement à la communauté ecclésiale. Mais il va de soi que cette fidélité n’implique pas une soumission sans réserve à l’appareil institutionnel des autorités ecclésiastiques. Pour moi, l’Église transcende les structures particulières qu’elle emprunte à travers l’histoire, utiles mais forcément marquées par les vicissitudes humaines. La vraie fidélité ne s’épanouit que dans les lieux de liberté où chacun est appelé à se libérer et à libérer autrui. Tout ce qui va à l’encontre de cela est antiévangélique et finit par étouffer la foi.
Pour ce qui est du CCFD-Terre Solidaire, sa mission n’est pas d’authentifier le témoignage ou de valider le comportement des responsables de l’Église au regard de la foi chrétienne. Notre mission n’est pas de juger les institutions, ni de chercher à leur imposer des réformes correspondant à ce que nous voulons qu’elles soient. Elle est de témoigner de la Bonne Nouvelle directement à travers nos actions sur le terrain, à notre niveau et en dépit de tout, sans nous aigrir et sans nous laisser enfermer dans d’interminables contestations, sans nous épuiser dans d’inutiles affrontements. Notre mission se situe de ce point de vue hors les murs d’une certaine façon. Certes je constate comme tout le monde des insuffisances, des compromissions, des abus de pouvoir, et parfois de terribles contre-témoignages, et je souffre de voir trop souvent l’évangile séquestré et parfois gravement dénaturé. Mais la dénonciation étant vaine et seule la créativité se révélant féconde, l’unique question qui nous taraude est celle-ci : comment pouvons-nous vivre concrètement l’évangile et le partager ? C’est là que nous sommes attendus.
Se rendre audible aujourd’hui oblige à s’immerger dans notre monde et, comme Jésus avec la Samaritaine au puits de Jacob, à en attendre quelque chose : « Donne-moi à boire ! » Respect de la dignité et de la liberté des autres, aux antipodes de l’endoctrinement. Écoute et dialogue pour progresser ensemble. Bien que galvaudé, le terme d’évangélisation ne me gêne pas si c’est bien d’évangile qu’il s’agit. Ce qui compte d’abord, c’est la rencontre et le partage avec le frère en souffrance, et non pas la proclamation fréquemment intempestive du nom de Jésus ou des attributs de Dieu. Une évangélisation que certains qualifieront d’indirecte, mais qui est en fait la plus directe qui soit. Ce ne sont pas les discours qui disent l’évangile et qui en propagent la puissance de vie, c’est le secours humain et matériel apporté à autrui, et notamment aux plus démunis. Que cela ne coïncide pas avec certaines dérives sacralisantes de la religion ne nous chagrine pas au CCFD-Terre Solidaire : Jésus ayant en son temps refusé toute sacralisation de sa personne, les béatifications et les canonisations ne sont pas notre tasse de thé...
Somme toute, cela fait cinquante ans que le CCFD s’efforce de vivre et d’annoncer l’évangile selon ces perspectives, et plutôt rares sont ceux qui contestent la valeur et la portée de son témoignage évangélique sur le terrain. N’est-ce pas un formidable encouragement ? Aucune entreprise humaine n’étant à l’abri des difficultés, il serait évidemment faux de dire qu’il n’y a jamais eu de tensions entre notre organisme et les instances institutionnelles de l’Église. Il y en a eu et il y en aura encore... Mais il me semble infiniment plus important d’insister sur le fait que les responsables de l’Église ont, dans leur ensemble, toujours continué à approuver notre démarche prophétique et à nous soutenir, et les échanges que j’ai régulièrement avec la plupart des évêques de France me permettent d’avoir confiance en l’avenir. Pour surmonter les désaccords, il faut négocier des issues qui sauvegardent l’essentiel tout en tenant compte des contraintes pratiques, le dernier mot devant toujours revenir à l’évangile quel que soit le coût de cette exigence.
Pouvez-vous esquisser les contours de l’alterchristianisme inédit qui est peut-être en voie d’émerger sur le terrain à travers, entre autres, l’action du CCFD-Terre Solidaire ?
Notre boulot n’est pas d’enseigner le catéchisme, mais de susciter des rencontres qui rendent les hommes plus humains, de repérer et de créer des espaces de liberté où se construit la solidarité sous l’égide de la justice et de la paix. En de tels lieux se dévoile, qu’ils aient ou non un label religieux, un au delà de nous-mêmes et de nos collectivités, une transcendance qui dit une Parole nous appelant à devenir ce que nous sommes, et qui peut de ce fait être entendue bien qu’elle vienne d’ailleurs. L’humanisation de l’homme, notre unique voie vers le divin, voilà la seule grande affaire qui nous intéresse. « Au cœur de nos hivers, écrivait Albert Camus, je redécouvrais à Tipasa la présence en moi d’un été invincible ! » L’évangélisation consiste d’abord à aider les autres à redécouvrir en eux et autour d’eux, au cœur de leurs hivers, le prodigieux et permanent miracle de cet « été invincible » qui est la matrice de toute vie. Nous ne savons pas qui est Dieu, mais nous pouvons le trouver et le secourir dans notre prochain. Nous ne sommes pas responsables de tous les maux qui écrasent l’humanité, mais nous sommes responsables de la fragile et puissante espérance qui permet de les surmonter.
Pour éviter que le vin nouveau fasse éclater les vieilles outres, il faut identifier et assumer les changements qui bouleversent l’ordre ancien du monde et de l’Église. L’un des changements les plus décisifs au regard de la religion est la sécularisation, mais celle-ci est souvent mal supportée par le clergé parce qu’elle le dépouille d’une large part de ses prérogatives et de ses pouvoirs. Il s’ensuit, quand l’Église se replie frileusement sur elle-même dans son périmètre sacralisé, qu’elle se coupe des hommes et perd sa crédibilité, qu’elle se condamne à ne répondre qu’à des questions que la société ne se pose plus. Vain soliloque... La position du CCFD-Terre Solidaire s’inscrit résolument, là encore, dans le cours de l’histoire humaine interprétée à la lumière de l’évangile. Loin d’être un handicap, la sécularisation représente à ses yeux, dans la société laïque et pluraliste qui est la nôtre, une chance pour l’évangélisation. Ce n’est que dans la société moderne ou postmoderne telle qu’elle est, avec ses attentes et ses détresses, que le Bonne Nouvelle peut être entendue comme un message de libération, de fraternité et de transcendance.
Annoncer l’évangile aux statues qui peuplent nos églises n’est pas seulement inutile, mais c’est détourner et pervertir la Bonne Nouvelle destinée au monde du dehors. Dans le sillage du prophète Isaïe, Jésus a insisté sur la désacralisation inhérente à son message de libération, se déclarant foncièrement opposé aux sacrifices et aux rituels, et donnant la priorité aux œuvres de justice et d’amour. Mais, rétorqueront certains, l’homme a un besoin congénital de sacré : bien des fidèles âgés ont la nostalgie des cérémonies religieuses de leur enfance et une certaine jeunesse s’enthousiasme pour ce qu’on appelle le retour du religieux. Pour exact que soit ce constat au premier abord, c’est une autre carence qu’il révèle surtout, à savoir l’incapacité de nos communautés à répondre aux attentes du monde contemporain à hauteur d’évangile. Vouloir à tout prix restaurer la religion face aux valeurs du monde n’est pas sans rappeler, triste parallèle, l’appui apporté aux dictatures pour sauvegarder l’ordre social et politique sous couvert de lutte contre l’islamisme...
Alors que la génération montante se détourne massivement des structures religieuses, comment expliquer sa disposition à s’engager au CCFD-Terre Solidaire ?
Si les institutions ecclésiales sont assez couramment perçues comme rébarbatives par la jeunesse, c’est pour un ensemble de raisons complexes. Globalement, les jeunes ont tendance à considérer ces institutions comme éloignées d’eux et de leur univers, enfermées dans une sphère de rites et de doctrines plus ou moins chosifiées dépourvus d’intérêt à leurs yeux. Leur attrait pour le CCFD s’explique par des raisons qui, à l’inverse, valorisent la vie et l’engagement libre et responsable. En premier lieu, nos programmes prennent en compte leur besoin de contribuer à instaurer une plus grande solidarité entre les hommes. Un besoin sincère et très fort qui est souvent minimisé à tort par une société si contaminée par le matérialisme consumériste qu’elle en vient à douter de la générosité de sa jeunesse. La deuxième raison réside dans le fait que le CCFD offre aux jeunes la possibilité de devenir acteurs de la transformation des structures sociales. Au lieu d’enseigner et d’encadrer, le CCFD-Terre Solidaire pratique une pédagogie active en proposant aux jeunes de participer à l’humanisation de la société.
Loin de céder au sentiment d’impuissance et de fatalité que les dominants entretiennent à leur profit, le CCFD croit qu’un autre monde est possible, tâche d’acquérir les compétences nécessaires pour travailler à son avènement, recherche les partenaires disposés à lutter avec lui, et s’engage dans les combats en prenant les risques que cela comporte. Lorsque nous stigmatisons l’iniquité du capitalisme financiarisé qui écrase les faibles et détruit la planète, lorsque nous militons pour une économie sociale et solidaire, pour la souveraineté alimentaire et l’accès à l’eau, pour la taxation des transactions financières internationales et la remise de la dette des pays les plus pauvres, contre les paradis fiscaux qui recyclent l’argent volé et l’argent sale, lorsque nous contribuons à la prévention et à la résolution des conflits en dénonçant les trafics d’armes et en venant en aide aux populations déplacées, lorsque notre service du plaidoyer fait du lobbying auprès du G 8 ou du G 20, nous croyons à la pertinence de nos visées et à l’efficacité de nos actions. Si les jeunes ne se mobilisent plus guère pour la religion, beaucoup d’entre eux sont par contre prêts à se mobiliser pour la cause des hommes.
À une de ses parentes qui se plaignait de l’Église dans les années 30, Teilhard de Chardin a répondu à peu près ceci : « Ma chère cousine, je peux effectivement être d’accord avec vous : actuellement, la saison est un peu lourde ! » Cette concession faite en connaissance de cause par un passionné des hommes et de Dieu m’autorise à dire que la saison est un peu lourde depuis quelque temps déjà , et qu’elle est peut-être toujours un peu lourde dans l’Église comme dans le monde... Mais ce n’est pas cela qui importe le plus. Seule compte l’espérance que nous sommes capables de susciter et de transmettre à ceux qui prendront la relève, seule compte l’espérance que nous mettons en œuvre avec eux malgré les obstacles et les déceptions. Dans son livre intitulé Incipit, Maurice Bellet dit : « Ce qui est premier, ce n’est pas la tristesse, c’est l’amour. » La vie continue, un autre monde est possible, l’aventure de l’évangile se poursuit et engendre sur le terrain un christianisme inédit tout en restant fidèle à la Parole reçue au début et au sillon tracé depuis.
Jean-Marie Kohler www.recherche-plurielle.net Note  (1) Ce numéro comprend un dossier entièrement consacré au CCFT-Terre Sodidaire.
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La Revue : juin 2011Â Â Â Â Â Â Â Â Â Â Â Â Â Â Â Â Â Â Â Â Â Â Â Â Â Â Â Â Â Â Â Â
                         
Editorial : Didier Vanhoutte
"Amis, j'ai la joie de laisser la place avec une grande confiance dans ce qui vient.
Cinq ans déjà de partage, de découverte. Je vous dois tant. Depuis longtemps ce partir est en marche. Je souhaitais n'être qu'un passant, il faut maintenant que je m'efface. Mais nous ne nous quittons pas, car notre bien commun c'est l'Evangile. Il est le coeur de notre voyage partagé d'humanisation..."
Merci Didier et bonne route...
Au sommaire :
- Les journées d'été à Poulancre
- Le dossier : "Un monde nouveau, l'Evangile"
. Incarner l'Evangile dans la modernité
. La politique de Jésus, ou la déchirure
. En france l'injustice règne...
. Etre chrétien dans notre société
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- L'Evènement
- Résistance...
Un nouveau monde : L’Evangile
Dans un monde en mutation, le rapport à la religion est en mutation et les religions elles-mêmes sont en mutation. Alors, que deviendra le christianisme ? Personne ne peut le dire, même si des constats, des réflexions et des propositions sont avancés. Par contre, la problématique engendrée par la marchandisation généralisée s’énonce clairement : «aujourd’hui, la cause est sans équivoque, sublime : il s’agit bel et bien de sauver l’humanité» (Edgar Morin)(1). Or, pour la question de l’humanité nous pouvons encore et toujours nous référer à l’Évangile, pour autant que nous sachions renouveler notre mode de lecture.
Le christianisme, dans sa forme sociale, historique et instituée, n’est pas l’Évangile ; comme entre la lettre et l’Esprit, on constate un écart, et parfois même une incompatibilité entre les deux ! Il est fréquent par exemple d’entendre déplorer la rupture entre l’Église « officielle » qui s’arroge le pouvoir et la vérité tout en refusant la modernité, et le peuple des croyants qui se reconnaissent amis du Jésus de l’Évangile tout en vivant dans leur temps. Les bons chrétiens du Petit Reste (2) risquent de former le troupeau fidèle d’une Église-Musée, celle de l’intégrisme religieux, de la restauration romaine ou même simplement celle d’un christianisme anachronique (3) accroché à ses dogmes, rites, préceptes moraux et expressions de langage complètement dépassés pour nos contemporains.
Mais heureusement aussi, de fait, l’Église en diaspora est déjà là ! Chez les protestants depuis longtemps déjà , rejoints par les catholiques critiques, les membres du Parvis, et de plus en plus de chrétiens déçus par des paroisses figées ou rétrogrades, on peut dire comme José Maria Castillo : le christianisme est en train de sortir de l’Église. Parmi les théologiens aussi, des voix s’élèvent et réclament l’ouverture de nouveaux chantiers.
En février dernier, 143 théologiens allemands, dans leur manifeste : « Église 2011 : un renouveau indispensable », réclament des réformes de fond, et entre autres un meilleur rapport entre Église et Société. Le même mois, au Forum Social de Dakar, d’autres théologiens suggèrent que les religions soient reconsidérées à partir d’une nouvelle épistémologie (4) théologique en fonction de l’actuelle pluralité religieuse et de la crise écologique planétaire. Mentionnons également la richesse des écrits de la théologie de la libération, qui est toujours aux côtés des opprimés, toujours anti-raciste, féministe, et sensible à l’environnement.
Dans une direction proche, l’éco-spiritualité naissante dénonce la vision d’un Dieu extérieur et une théologie anthropo-centrée qui favorisent la coupure dominante de l’homme avec la nature dont il fait pourtant partie. Les chrétiens d’Orient peuvent nous aider à envisager l’in-habitation réciproque de Dieu et de la Création (5) et nous apprendre notre responsabilité envers la création, puisque nous devons  aussi lui faire exprimer sa divinité (6). En un mot, il s’agit aussi de l’aimer ! (7) Avec la perspective de crises enchevêtrées sur les plans économiques, écologiques, et sociétaux, en contexte postmoderne et multi-religieux, nous ne savons donc pas ce que va devenir l’Église. Nous savons que nous ne changerons pas l’institution nous-mêmes. Mais l’intérêt et le foisonnement de ces recherches évoquées au sein même du monde chrétien nous indiquent un changement orienté vers l’avenir, et il est bien nécessaire !
À notre époque mouvementée et angoissante, quelles valeurs et quels modèles sont-ils proposés à nos contemporains pour atteindre le bonheur ? L’argent, le pouvoir, la consommation, le loisir, l’individualisme, le mensonge, la violence. Face au vide laissé par l’abandon d’une pratique chrétienne décalée, et face à la religion du marché et du spectacle, comment nourrir l’être profond et le vivre ensemble ? Face aux défis qui nous attendent pour «sauver la planète et l’humanité», où puiser l’énergie pour nos résistances et nos espérances ?
Pour approcher les besoins spirituels de nos contemporains, il nous faut distinguer au moins deux générations. Les seniors héritiers de Vatican II et Mai 68 sensibilisés aux libertés, à la politique, l’exigence démocratique, à la justice, l’égalité homme-femme. Et d’autre part les adultes plus jeunes, première génération libérée des obligations religieuses, sensible à l’épanouissement personnel et à la sécurité affective, davantage rôdée à l’inter-culturalité et marquée par l’urgence écologique. Si certains anciens ont encore quelque attente vis à vis de l’Église-institution, pour les plus jeunes il s’agit d’un passé révolu (8). Par contre, ils sont « en recherche » ; recherche de repères de croissance humaine et spirituelle, et recherche de sens.
À tout âge, ces adultes plébiscitent le partage et l’amitié ; ils sont tous, au fond, mobilisés par les questions d’injustice et d’incertitude planétaire, et tous ont besoin d’une dimension intérieure et d’un soutien fédératif pour investir la responsabilité et l’engagement de solidarité qui leur incombe, comme à tout citoyen du monde. Progressivement, nous en avons conscience en effet : il nous faudra revendiquer et construire une civilisation de l’austérité partagée pour reprendre l’expression de Juan José Tamayo, en développant une spiritualité de la finitude et de la modération selon les termes de Dominique Bourg. (9)
Serions-nous vraiment étonnés de relever la concordance qui s’impose entre les attentes de nos contemporains comme nous venons de les brosser rapidement, et les conclusions auxquelles aboutissent aujourd’hui des penseurs à l’écoute du monde, tels que Edgar Morin, Alain Touraine (10), Hervé Kempf, ou encore Dominique Bourg ou même Jacques Gaillot ? Selon eux, les deux principaux défis à relever pour un monde nouveau : la défense des droits humains pour tous, et l’écologie. Et les ressources principales pour y arriver : la vertu (11), la conquête d’un nouvel art de vivre (12), et la communauté (13).
Alors, après avoir admis que nous changeons notre manière de croire – en poursuivant un itinéraire personnel d’évolution - et de nous réunir en ekklésia (mot grec, signifiant assemblée et traduit par église), et après avoir nommé nos besoins spirituels face aux enjeux que vit l’humanité aujourd’hui, posons la question directement : l’Évangile est-il toujours d’actualité? Et en particulier pour les plus jeunes, et pour celles et ceux qui n’attendent plus de l’Église mais cherchent des textes de spiritualité, des témoins, des éveilleurs. L’Évangile - plus exactement les quatre évangiles - est un texte inspiré, délivré pour tous, à égalité, et qui appartient à tous. C’est un texte poétique, issu du terreau humain et de la vie de la nature. Il relate la vie et les paroles de Jésus, Homme totalement accompli, qu’il adresse à ses ami-es qui le suivent. Dans cet Évangile Jésus touche le fond de l’être humain qui est toujours le même à travers le temps et l’espace ; il dit la vérité de l’homme et cela ne se démode pas ! (14)
Oui, l’Évangile met encore aujourd’hui l’homme debout au centre, il le libère et le guérit. S’adressant aux plus petits, exclus, pauvres ou malades, il renverse le « beaucoup avoir » en «bien être ». Il renverse aussi la possession en gratuité, et propose le don, le partage et la sobriété (un exemple ? La multiplication des pains : quel contrepoids à la société de consommation, aux faux besoins matériels et à l’individualisme !). L’Évangile est un exemple de non-violence et de confiance : il montre une autre façon de réagir en altérité et respect de la différence. Contrecarrant l’idée de réussite et de pouvoir ostentatoire, l’Évangile propose à la place l’humilité, le service conclut : « Chacun doit trouver le chemin où il peut lutter avec d’autres. L’unité : oui, c’est ça qui peut sauver la démocratie et les droits de l’homme, et c’est ce qui me donne de l’espoir ». (14) Michaël Lonsdale, (Florilège de) L’amour peut tout. Le livre ouvert, 2010. aux autres, hors des rituels, des règles morales ou des dogmes (pensons au Samaritain). Le message central de l’Évangile, c’est l’Amour Agapè : amour fraternel réciproque (aimez-vous les uns les autres) qui exige une réelle autonomie et appelle à la communauté. La visée essentielle de l’Évangile peut se résumer ainsi : humanisation de l’Humanité et divinisation de l’humain.
Oui, osons affirmer la puissance de l’Évangile pour le monde nouveau que nous espérons ! Son message d’amour universel apporte ce qu’il faut pour ressourcer notre force intérieure en cette ère de perturbations et de mutations : amour envers soi, envers les autres, envers le cosmos ; amour simple, réciproque, amour de partage, de soin, de solidarité.
« Le journal d’une main et l’Évangile de l’autre, cela nous suffit », serions-nous tentés de dire, car l’important, pour nous, c’est de mettre l’Évangile comme une boussole au coeur de nos vies et de faire confiance à l’Esprit. Si chacun pratique cette double lecture au quotidien, c’est en effet une bonne fondation. Mais ce serait oublier la dimension essentielle d’une lecture à plusieurs en un même lieu. Modifions alors la formule : « Le journal d’une main, l’Évangile de l’autre, et la vie partagée avec celle des autres ».
Nombreux groupes de Parvis en font l’expérience : lire l’Évangile à plusieurs, en l’articulant au vécu de chacun, le renouvelle, le rend vivant. On peut s’émerveiller et s’enrichir d’entendre les résonnances multiples d’une seule page comme le kaléidoscope jouant avec le reflet particulier de chaque vie, de chaque interprétation. Car nous avons le droit de lire et d’interpréter librement l’Évangile ! Nous sommes toutes et tous adultes, capables de le lire en le respectant et en l’actualisant (15).
Saisissons ensemble l’Évangile : nous y apprendrons la justice et le respect de tous les humains ; nous y apprendrons de rôle, sans débat, et en respectant l’autre. Cet apprentissage d’écoute réciproque est un réel apprentissage de la fraternité. Les attitudes de douceur et de tendresse les uns envers les autres et envers la nature. Partageons nos vies à la lumière de l’Évangile dans des groupes fraternels : nous expérimenterons le soutien d’une petite communauté de sens et nous pratiquerons une lecture incarnée de ces textes tout en recevant leur souffle régénérant. Car l’Évangile est dans la vie – et non pas enfermé, ni dans une théorie ni dans une église ! L’Évangile est Vie, il nous dynamise aujourd’hui et pour demain encore.
                                                                                                     Cécile Entremont
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1 Edgar Morin, La Voie. Pour l’avenir de l’humanité, Paris, Fayard, 2011, p. 300.
2 Expression biblique évoquant la foi solide de ceux qui renoncent à l’attrait des idoles : même en petit nombre ils finiront par l’emporter sur les autres.
3 Expression de Jean-Marie Kohler - cf. son article dans ce numéro.
4 L’épistémologie s’intéresse à la théorie de la connaissance. Dans ce cas par exemple : notre religion de référence, le christianisme, comme d’autres religions historiques, a été fondée aux premiers siècles de notre ère où l’on ne connaissait pas comme aujourd’hui la pluralité religieuse et où chaque culture pouvait croire détenir La vérité, valable pour son territoire comme pour le reste du monde. De la même façon, à cette époque où furent rédigés les Évangiles, la crise écologique n’existait pas.
5 Incarner l’évangile dans la modernité.
6 Michel Maxime Egger, La création, lieu des énergies divines, p. 77-90, in Crise écologique, crise des valeurs ? Défis pour l’anthropologie et la spiritualité, Dominique Bourg et Philippe Roch (Dir.), Genève, Labor et Fides, 2010.
7 À ce propos, certains évoquent même le « 11ème Commandement » : « Tu respecteras et aimeras la Terre ».
8 Prenons acte de cette rupture de transmission à ce niveau-là , qui concerne aussi les groupes de Parvis.
9 Cf. ouvrage déjà cité : Crise écologique, crise des valeurs.
10 Alain Touraine, Après la crise, Paris, Seuil, 2010.
11 Hervé Kempf, L’oligarchie ça suffit, vive la démocratie, Paris, Seuil, 2011, p. 156-158.
12 Edgar Morin, ouvrage déjà cité, La Voie ; p. 257-297 « Réformes de vie ».
13 L’aspect communautaire est mis en avant par les théologiens de la libération, et par exemple, par Edgar Morin, et par Jacques Gaillot qui, dans une récente interview,
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                               Les Actes "Lyon 2010"
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Lytta Basset a mené sa conférence en se laissant porter par le climat de notre rassemblement, et de ce fait elle n’a pas pu nous communiquer un texte écrit de cette conférence. Aussi, nous vous livrons les impressions saisies et mémorisées par Annie Crépin, soutenue par ses notes, et par l’enregistrement audio de l’intervention de Lytta Basset.
Il y a une trentaine d’années, une ouvrière s’écriait : « S’il y a quelqu’un là -haut, il mériterait d’être puni. » Or ce ressentiment à l’égard de Dieu a fait place à l’indifférence envers lui, voire à «l’usure» de Dieu, selon les termes de Maurice Bellet dans Le Dieu sauvage.
Les débats à son sujet se sont affaiblis. On peut désormais parler d’un sentiment d’absence qui a pris la place d’un athéisme de protestation. Cette évolution est due à la sécularisation, mais celle-ci n’est pas seule en cause. Pourtant, nos contemporains ne cessent de se poser la question du sens, y compris et surtout les non-chrétiens. Qu’est-ce que le Divin, que veut-on dire quand on dit « Dieu » ? (d’où les guillemets qui ont été mis dans le titre de la conférence). Le questionnement sur la spiritualité n’est plus le monopole des Églises et se fait en dehors des institutions. Certains, tel André Comte-Sponville, estiment d’ailleurs qu’il n’y a pas besoin de Dieu pour se poser de telles questions et vivre des expériences spirituelles très fortes. Qu’entendons-nous alors par Dieu aujourd’hui ? La question de Dieu est liée à des refus contemporains Ces refus sont fréquents parmi des personnes qui se trouvent en majorité en dehors des Églises ou qui les ont quittées– ce qui déjà en soi pose question.
Il est possible d’en discerner cinq.
D’abord le refus – très sain – de l’inauthenticité et de la langue de bois. Il s’agit de devenir crédible face à nos contemporains dans le langage qui est le leur et d’éviter le « bla-bla religieux ». Communiquer est un acte d’amour. Cet acte conduit à se rapprocher de la personne avec laquelle on veut communiquer. Le messager vit de son message, mais fait aussi partie de celui-ci. Il peut rendre – ou non – vivant son message, rien que par sa façon d’être.
En lien avec ce refus il y a le rejet de l’argument d’autorité : les gens – et c’est tout à leur honneur – veulent penser par eux-mêmes, expérimenter par eux-mêmes, et aspirent à une nouvelle Pentecôte, c’est-à -dire à un langage qui permette la communication interpersonnelle. D’ailleurs, le fait de communiquer nous transforme.
Vient ensuite le refus de l’incohérence. La contradiction qui peut être totale entre les paroles et les gestes, les attitudes, les comportements, plombe le message, ainsi que l’incohérence qu’on peut retrouver au sein des discours eux-mêmes. Dans son ouvrage Aimer sans dévorer, Lytta Basset donne l’exemple suivant : dans d’innombrables ouvrages et commentaires sur les textes bibliques, il est dit que l’amour de Dieu est un don inconditionnel, une pure grâce, mais, trois paragraphes plus loin, il est affirmé qu’Il exige de nous que nous l’aimions en retour. Dans ce refus de l’incohérence, il y aujourd’hui une exigence « holistique» qui veut qu’on s’intéresse à toute notre personne, qu’aucune dimension – qu’elle soit corporelle ou psychique par exemple – ne soit laissée de côté. Or cette exigence rejoint l’anthropologie biblique qui considère la personne comme un tout indissociable. « Soyez un comme votre Père céleste est Un. » Il existe aussi le refus du dogmatisme ecclésial – et de tout dogmatisme – et de la pensée normative. On a le droit d’être intelligent même si on est « Dieu » dans les quêtes spirituelles de nos contemporains Il s’agit de devenir crédibles face à nos contemporains dans le langage qui est le leur et d’éviter le bla-bla religieux. Communiquer est un acte d’amour....
- Les conférences de Lytta Basset, Gabriel Ringlet, Raphaël Picon, Denis Pelletier...
- La table ronde
- les 25 ateliers...
Aurélie Duchamp
J ’ai 32 ans, je viens de Lyon et je suis ici au titre de CCFD-Terre solidaire. Je suis à l’équipe d’animation du CCFD depuis 2 ans au titre de l’Action catholique des enfants (ACE) de la fédération du Rhône.
On a réveillé un réseau jeunes sur le grand Lyon que j’essaie tant bien que mal de coordonner. À titre personnel, j’ai demandé le baptême à treize ans, je n’ai donc pas forcément une vision de la foi ancrée dans une longue histoire. J’ai demandé le baptême sans vraiment savoir d’où ça venait. Du coup je n’ai pas de tradition ancrée, je vis ma foi comme elle vient, au gré des appels et des rencontres. Je ne sais plus quel a été le premier appel, en revanche je me souviens de celui que j’ai eu à 18 ans : c’était une copine sur les bancs du lycée qui m’a parlé huit heures par jour de l’ACE. On a d’ailleurs failli rater notre bac toutes les deux. C’est comme ça que j’y suis entrée en étant d’abord responsable de club puis responsable fédérale en charge de la formation et de l’organisation de camps.
Puis je me suis retrouvée permanente nationale en charge de la formation et de l’international et j’ai mis mon premier pied à ce titre-là au CCFD. Ce qui m’intéresserait ici, c’est plus de parler d’un processus d’engagement, c’est-à -dire comment, à n’importe quel âge et dans n’importe quel milieu, on en arrive à se prendre en main, à sentir que l’on a un pouvoir d’action sur sa propre vie et que l’on n’est pas baladé de droite à gauche en fonction de ce que les autres ou d’autres choses peuvent nous dire.
Comment être acteurs nous-mêmes de notre vie et avec les autres ; comment on devient acteur dans son quartier, son village, avec ses amis, puis, quand on est un peu plus accompagné et encadré, cela peut même se faire au niveau de sa municipalité, et à d’autres niveaux plus élevés encore, notamment dans les grands débats de société où l’on a quelque chose à dire et où l’on peut faire bouger les choses.
Ce que j’aime avec l’action catholique, notamment avec le CCFD-Terre solidaire, c’est cette prise de conscience que chacun, où que l’on soit, peut faire bouger les choses, chez soi, avec d’autres et avec nos partenaires, qui nous apprennent beaucoup de choses d’un point de vue culturel, tant sur le plan thématique que sur des méthodologies, un processus, une démarche. On est tous en chemin, tous ensemble. Et comme le disait Cécile Entremont tout à l’heure, il n’ya pas d’inquiétude à avoir : on est tous en chemin, jeunes et vieux. Professionnellement je suis ingénieur social en gérontologie, donc j’accompagne des groupes de personnes âgées en grande fragilité pour les aider à monter des projets sur leur quartier avec leur mairie,leur conseil général, toutes les institutions. Et ce que je peux vous dire, c’est que ça marche !
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Luc Petitdemange Moi aussi j’ai 32 ans et je suis au CCFD. Je viens de Mirecourt, dans les Vosges, une petite ville où l’on fabrique des violons et des guitares. Pour vous parler de mes engagements, je vais partir du contexte familial. Contrairement à Aurélie, j’ai baigné dans la religion catholique. Ma grand-mère a fait sa promesse scoute pendant la guerre.
Mon père a recréé un groupe scout à Mirecourt, et ma mère était responsable des catéchistes. J’ai un grand frère et une petite soeur, mais ils ont moins accroché... c’est sur moi que c’est tombé. Serait-ce l’Esprit-Saint ?, me demande quelqu’un dans la salle. Non, l’Esprit-saint, il est venu après. Je l’ai croisé en vélo... au moment de ma confirmation. Je ne voulais pas la faire et je me suis pris l’Esprit-Saint en pleine figure en vélo à contresens sur un trottoir...
En fait, il m’a fait prendre conscience que c’était à moi de poser un « oui, je crois ». J’ai donc demandé la confirmation un peu plus tard, quand j’étais sûr de pouvoir dire « oui, je crois », en aumônerie. Après le catéchisme, je suis en effet allé à l’aumônerie publique.
Parallèlement à ces engagements, j’ai passé 20 ans chez les scouts de France, de 7 à 27 ans. À l’aumônerie j’ai été bénévole puis salarié, et je suis à nouveau animateur bénévole. À côté de cela j’ai fait des études d’Histoire jusqu’à la licence, et je me suis arrêté après car il était compliqué de concilier les études avec le scoutisme et la pastorale des jeunes. À 18 ans, à l’aumônerie, on nous a dit « faites la place aux jeunes ». Vous voyez, déjà là à 18 ans on n’était plus jeune, on nous demandait de dégager ! J’ai donc quitté Mirecourt pour aller à Nancy, ville étudiante, universitaire, où je n’ai pas retrouvé ce que j’avais vécu dans les Vosges en aumônerie : une très grande liberté.
Les aumôniers, à l’époque, même s’ils n’étaient pas d’accord avec ce qu’on leur proposait, avaient l’intelligence de nous laisser faire. Avec les personnes que j’ai rencontrées à cette époque, et qui sont devenues des amis, on est allé très loin, dans tous les sens du terme puisque nous avons fait des voyages à l’autre bout du monde : en Israël, au Brésil. Après ces belles années d’aumônerie, on a eu du mal à retrouver cet esprit, cette convivialité. En 2000, on s’est embarqué dans les Journées mondiales de la jeunesse à Rome.
Il faut bien avouer que ce que l’on a retenu de Rome, c’est surtout la plage et la bonne ambiance... Dans mon cheminement, un des éléments importants, c’est l’humour. En aumônerie et dans le scoutisme j’ai toujours trouvé des gens qui étaient sur la même longueur d’onde. Je crois en l’Amour et en l’humour de Dieu. Rentrés des JMJ, on s’est dit : ce n’est pas mal ce qu’il a fait là , Jean-Paul II, rassembler deux millions de personnes à Rome. Caractère vosgien oblige, on s’est dit : « on doit pouvoir faire quelque chose nous aussi ». Alors on a créé de toute pièce ce qui est devenu le service de la pastorale diocésaine des jeunes. Tout cela pour vous dire, si ça peut vous rassurer, qu’à n’importe quel moment on peut se prendre en mains. Et notre initiative n’était pas contre l’Église. On était à côté. Ils ne se sont même pas rendu compte de ce qui se passait - c’est bien connu, les jeunes dans l’Église, il n’y en a pas. On a donc créé cet événement, une grosse fête, que l’on a appelée Festijeunes, où l’on a voulu faire venir des intervenants de l’extérieur pour qu’ils nous apportent quelque chose de plus. C’était en 2001.
Depuis, il y a un Festijeunes chaque année. On a connu une petite crise il n’y a pas longtemps: certains nous ont dit, à ceux qui ont plus de trente ans, « vous avez fait votre temps, dégagez !». Alors on l’a fait, et on a réussi à transmettre le flambeau aux plus jeunes. Une nouvelle équipe est en train de se mettre en place, même si on reste là pour les accompagner. Parallèlement à cet engagement en Église, au service de l’Église, j’avais besoin de m’engager à titre personnel.
Quand j’étais à la fac, l’engagement le plus évident, c’était le syndicalisme étudiant, mais ça ne me plaisait pas. Vous l’aurez peut-être compris, ma famille était plutôt à gauche, les trotskistes, Attac, tout ça ne m’intéressait pas. Et un jour, on m’a invité à une rencontre internationale du CCFD à Vichy. Là j’ai pu mettre en accord mon questionnement sur la globalisation, sur la mondialisation avec ma foi. Alors je me suis engagé dans le CCFD jusqu’à en devenir un salarié.
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La Revue : Mars 2011
                                   
La vie des Réseaux...
Le dossier : un monde nouveau, la société
"On est dans l'erreur si l'on pense que la démocratie, c'est d'un côté un pouvoir représentatif, seul légitime, et de l'autre côté une foule... Cette attitude ne conduit nulle part. La démocratie, ce n'est pas la réciprocité des mépris...
- Les économistes et la crise...
- Un peuple fascinant : réseau Malien
- Hommes et femmes noirs dans la lumière
- Economie et écologie, nos responsabilités
- Vers la sobriété heureuse
- La lutte contre les injustices sociales mondiales
• Les résistances...
EDITORIAL
Si une société se juge, comme nous le pensons, au regard de la façon dont elle traite les plus démunis, le jugement ne peut qu’être sévère : l’injustice domine partout, avec des oasis de richesses, de luxe, et des ghettos de misère. La mondialisation fait disparaître le rempart des législations sociales, remplacées par la compassion, par l’humanitaire. Une culture de marché s’est instaurée, qui substitue aux principes moraux des principes ayant permis le succès matériel du système de marché.
L’idéologie qui gouverne le monde est fort bien résumée par lord Griffiths, vice-président de Goldman Sachs, qui écrivait dans « The Guardian » en octobre 2009 : « L’opinion doit apprendre à tolérer l’inégalité comme moyen d’atteindre une plus grande prospérité pour tous. » Nul ne sait si elle la tolèrera encore longtemps, la prospérité ne semblant pas en vue : c’est visiblement le constat que font tous ces citoyens du monde Arabe en révolte. Et si pratiquement partout en Europe les victimes de l’idéologie néolibérale élisent massivement ceux qui en sont les tenants, on voit aussi que des mouvements de contestation se développent, devant les politiques d’austérité. Le fossé se creuse ainsi entre la représentation politique et les citoyens, mettant en péril la démocratie.
La promesse de justice grâce à la croissance, pourra-t-elle résister aux désastres sociaux et écologiques des politiques menées, ignorer encore longtemps les contraintes physiques de la planète, la raréfaction des ressources, la conscience nouvelle de finitude ?
Où va le monde ? Nous vivons une phase régressive de l’histoire, entraînés dans une course qui nous mène vers des périls croissants : crise économique, dégradation de la biosphère qui est notre milieu vital, prolifération des armes de destruction massive. Nous ne savons pas ce qui en sortira. Comment ne pas être effrayés ?
La mort du totalitarisme communiste a provoqué le réveil du fanatisme religieux et libéré le capitalisme financier de toute contrainte. Les utopies mortes, qui pourra réveiller les énergies ? Encore que ce ne soit pas pour autant, comme on le répète, la fin des idéologies. Nous vivons dans celle d’une humanité simplifiée, sans le moindre degré de complexité, avec d’un côté les bons et de l’autre les mauvais ; à laquelle s’ajoute celle d’une société sans risque, obsédée par une sécurité absolue, dans laquelle les principes de précaution puis d’exclusion s’appliquent à tout ce qui peut représenter un danger.
Or, le défi de la globalisation est justement un défi de la complexité, dont seule la prise en compte pourrait aider à trouver la voie de sortie de la crise planétaire actuelle.
L’état de rupture où nous sommes crée l’incertitude sur ce que sera le monde de demain. Il nous faut chercher les indices de ce « monde nouveau » en construction, imprévisible, qui stopperait la course à l’abîme : la vitalité de ce l’on appelle la société civile, dont la créativité est porteuse d’avenir, toutes ces initiatives qui s’ignorent et peuvent devenir une force si elles réussissent à converger, la conscience écologique, le sujet porteur de droits… L’inattendu n’est-il pas en train de surgir aujourd’hui de ce monde arabe méprisé par l’Occident, qui semble se rebeller contre la loi de l’argent tout puissant ?
Le genre humain n’est peut-être pas prêt à accepter indéfiniment une injustice qui le nie.
Lucienne Gouguenheim
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FEMMES
Faut-il rappeler que les premières victimes des pouvoirs accordés aux religieux sont toujours… les femmes. On sait le peu de place qu’elles tiennent dans le partage des responsabilités dans le catholicisme institutionnel. En Europe même, on se souvient des démêlés d’Alicja Tysiak avec la justice polonaise, et de son avortement thérapeutique refusé.
L’État irlandais vient d’être condamné pour des faits similaires. On n’a pas oublié par ailleurs que ce sont toujours elles qui sont les souffre-douleur des mollahs, surtout sur toutes les questions concernant la sexualité. En Algérie, elles ont payé un lourd tribut pendant la décennie terrible des années 90 lorsqu’elles ont voulu s’émanciper des règles fixées par le FIS, et le nouveau code de la famille, établi en conformité avec les désirs des autorités religieuses, ne leur a pas rendu la tâche facile. Mais elles continuent à se battre pour la laïcité, car elles savent que l’évolution de leur situation passe par là .
Leur chemin n’est pourtant pas un parterre de roses… Lire la suite.
D. V.Â
Communiqué
Les associations de femmes signataires, réunies autour de l’AAPF [Association algérienne pour la planification familiale], ont pris acte de la « non autorisation » qui leur a été signifiée oralement et tardivement, le 24 novembre 2010, pour la tenue de la commémoration de la journée mondiale contre les violences faites aux femmes, à l’hôtel Es Safir d’Alger.
Elles tiennent à réaffirmer leur volonté de se battre contre les violences que, comme femmes, elles subissent avec toutes les Algériennes.
Elles tiennent à affirmer qu’elles considèrent la non autorisation de la tenue de cette manifestation comme une violence à l’égard de l’expression et des luttes des femmes contre les violences qui leur sont faites.
Ces associations réunies en collectif considèrent que cette mesure disproportionnée et intolérable traduit bien la situation sur le terrain des droits des femmes en Algérie.
Elles soulignent qu’alors que les femmes du monde entier commémorent cette journée, les femmes algériennes sont sommées de compter silencieusement leurs victimes.
Alger, le 24 novembre 2010
Djazairouna, FE C, AEF , Défense et Promotion, Tharwa N’fadhma N’soumeur, Amusnaw,
AA PF, AVIF , FAM , AFE PEC, SOS Femmes, Réseau Wacila
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Association Djazairouna
des familles victimes du terrorisme islamiste
Madame la Rapporteure,
Je porte à votre connaissance qu’à l’occasion de la célébration de la journée mondiale de lutte contre les violences faites aux femmes, un collectif de 15 associations de femmes voulait organiser à Alger, le jeudi 25 novembre 2010 à l’hôtel Es Safir, une journée internationale contre les violences faites aux femmes, sur le thème Stop à la violence, les droits aux femmes maintenant. La journée se voulait un moment de réflexion et de partage d’expériences entre les militantes et militants des droits des femmes, et chercheurs, en Algérie et ailleurs (de Tunisie, du Maroc, d’Espagne, de France et d’Italie), sur les violences à l’égard des femmes, afin de
sortir avec des propositions de lois à même de protéger les femmes. Malheureusement, un refus de la part des autorités nous a été signifié la veille de la manifestation, empêchant encore
une fois les femmes algériennes de s’exprimer.
Pendant les préparatifs qui ont duré 6 mois, toutes les autorités compétentes ont été saisies pour nous faciliter les procédures, administratives entre autres :
- la délivrance de visas à nos invités pour lesquels le visa était requis (certains de nos invités n’ont pas obtenu de visa d’entrée en Algérie) ;
- l’autorisation des autorités que le gérant de l’hôtel a exigée pour la tenue de la manifestation (autorisation finalement refusée). Un hôtel étatique de surcroît, que nous avons choisi à cause de nos moyens financiers dérisoires. L’hôtel d’État a exigé d’être payé pour un service qu’il a refusé d’assurer. Nous comptons sur les moyens de pressions que vous confère votre statut à l’ONU pour exiger des autorités algériennes des explications, que l’Algérie doit en raison de ses engagements internationaux.
Cordialement,
Cherifa Kheddar
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« Économie et écologie : nos responsabilités »Â
Cet article est extrait de la présentation de l’atelier que l’auteur a animé lors du rassemblement de Lyon.
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Nos responsabilités en la matière vont dépendre des réponses que nous pourrons apporter à un certain nombre de questions regroupées en quatre thèmes :
1. L’économie capitaliste, fondée sur l’esprit d’entreprise, la recherche du profit, la primauté de l’argent, la concurrence…, développée d’abord en Occident, s’est peu à peu étendue au monde entier (phénomène de la « mondialisation »). Elle s’est moulée de plus en plus dans le libéralisme, qui privilégie l’initiative individuelle face aux contraintes publiques (« l’État est le
problème »), la suprématie du marché, la compétition effrénée. Plus récemment, elle a subi de graves dérives en raison de la place qu’a prise la spéculation financière, quasiment déconnectée
de l’économie réelle, au point de susciter la grave crise que nous connaissons aujourd’hui et qui accentue de façon intolérable les inégalités et exclusions inhérentes au système.Â
Question. Pour sortir de la crise, peut-on faire confiance encore au capitalisme ? Est-il suffisant de lui imposer des règles, des garde-fous, de le « moraliser » et est-ce possible ? Ou faut-il abattre le capitalisme (jugé intrinsèquement pervers) pour construire un autre type
d’économie et de civilisation ?
. S’appuyant de manière indissociable sur les notions de croissance illimitée, de domination, d’exploitation des ressources naturelles, le système économique dominant, conjointement à la pression démographique grandissante, constitue aujourd’hui une menace
majeure pour l’état de la planète et son avenir, en raison de l’épuisement des sources d’énergie et matières minérales fossiles, de la dégradation des sols et des écosystèmes en général, de la
pollution de l’air, des eaux, des océans, des atteintes à la biodiversité… Les signes alarmants, tels que le réchauffement climatique, se multiplient. D’où le succès actuel de la notion pourtant très ambiguë de « développement durable ».
Question. Pour sortir de la crise, lutter contre le chômage, créer des emplois, on nous dit qu’il faut absolument relancer la croissance : est-ce compatible avec l’impérieuse nécessité de réduire les pressions de plus en plus vives qui mettent notre planète et l’humanité elle-même en grand péril (cf. l’éditorial du hors série « Les chiffres de 2011 » d’Alternatives économiques : « Schizophrénie ? ») ? Une croissance douce, écologique reposant sur les « emplois verts », les énergies renouvelables… peut-elle permettre de concilier ces deux exigences ?
3. Face aux menaces et dégradations qui affectent la planète et aussi face aux inégalités sociales criantes et à l’instabilité politique qui caractérisent le monde moderne, une large prise de conscience se développe et s’exprime, entre autres, par la montée en puissance de la conscience écologique et de l’écologie politique. Certains lobbies dénoncent le catastrophisme ambiant, fustigent l’apologie de la décroissance ou le risque de la frugalité imposée de force. Il n’empêche que la nécessité de promouvoir un nouveau mode de vie gagne du terrain, fondé sur la remise en cause de la société de consommation et du matraquage publicitaire, sur la sobriété (cf. la « sobriété heureuse » de Pierre Rabhi), la lutte contre le gaspillage, la responsabilité citoyenne en matière d’ « empreinte écologique », conjointement à la réhabilitation de valeurs non marchandes : culture, loisirs, convivialité, amitié, amour, paix…
Question. Prisonniers que nous sommes de notre civilisation de la consommation, des transports motorisés, des biens jetables… sommes-nous réellement prêts à changer nos mentalités et comportements, à envisager pour nous-mêmes et l’humanité entière une autre forme de civilisation (cf. Hervé Kempf : « Pour sauver la planète, sortez du capitalisme ») ? De quelles manières individuelles et collectives ? Par quelles étapes ?Â
4. La conscience chrétienne est directement interpellée par les principes fondamentaux du capitalisme et plus encore par les dérives spéculatives et profondément immorales du libéralisme triomphant. Elle l’est aussi par la surexploitation et le pillage du patrimoine commun de l’humanité que sont les ressources de la planète, comme par la compétition sans merci dont elles font l’objet, au risque d’une aggravation explosive des inégalités et des frustrations.
Question. Comment les valeurs évangéliques, ou simplement humanistes, peuvent-elles nous aider à bâtir une économie vouée au service de l’homme ? Comment peuvent-elles sous-tendre
la conscience écologique dans sa double dimension du soin à apporter à l’environnement (à la « création ») et de l’action pour la justice, le partage des biens, la solidarité, la paix ?
Jean-Bernard Suchel
Croyants en liberté Saint-Etienne
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La lettre : Laïcité 2011 (février)
                                       
Dans "la Lettre" :
- L'Assemblée Générale de Lyon
- Le besoin d'une voix laïque dans l'Union Européenne
- Les attentats anti-chrétiens
- Déclaration du Manifeste des Libertés
- Les Assises sur l'islamisation des femmes
- Pologne et laïcité...
ASSEMBLÉE GÉNÉRALE DE LYON
13 novembre 2010
L’Assemblée Générale statutaire annuelle des Réseaux a eu cette fois un caractère très particulier, puisqu’elle est arrivée en point d’orgue après les deux journées exceptionnelles de notre grand Rassemblement. Comme vous en aviez été informés, elle n’a comporté que les débats sur les bilans et les perspectives.
Il n’y a pas eu de thème de recherche et de réflexion collective, puisque cela avait déjà été fait, et avec quelle réussite, pendant les deux journées précédentes.
Il convient aussi de noter que le nombre des participants fut particulièrement élevé, puisque nous avons pour la première fois presque approché les 200 ! Il faut dire que ceux qui avaient fait le déplacement pour le Rassemblement – venant parfois de fort loin – en ont profité pour se retrouver ensemble et parler de l’avenir de Parvis. On ne peut que s’en réjouir ! D’ailleurs, les débats ont été à l’image de ce qui s’était passé juste avant, actifs et tellement amicaux.
Après l’approbation des différents rapports, qui s’est faite à l’unanimité pour le rapport moral et moins une abstention pour le rapport financier (notons le maintien de la cotisation au même niveau que pour l’année écoulée), quelques décisions fortes ont été prises. Les modifications du Règlement intérieur, qui avaient déjà été acceptées en Conseil d’administration en 2010 pour pouvoir créer le collectif Les Amis de Parvis, ont définitivement été adoptées. Ledit RI est dorénavant en la possession des associations.
Le collectif Les Amis de Parvis est donc créé. Il convient de rappeler qu’il est directement lié aux instances de la fédération, et qu’il est destiné à recevoir les adhésions de personnes isolées ou d’abonnés qui désirent se rapprocher de nos Réseaux en attendant de trouver une association qui convienne à leur positionnement géographique ou à leur spécificité. Il y a déjà plus d’une dizaine de membres ; la cotisation est fixée à 15€ (10€ pour ceux qui sont abonnés à la revue). La personne à contacter est Michel Roussel (
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), à la fois membre du Bureau et de la Rédaction de la revue.
L’Assemblée générale a montré son grand intérêt pour les groupes de travail qui existent déjà au sein des Réseaux, l’Observatoire Chrétien de la Laïcité (OCL) et le Groupe International Français (GIF), et a souhaité la concrétisation du projet de créer 2 autres groupes : un groupe Évangile et Société, qui doit affirmer notre volonté de chrétiens de nous engager sur les problèmes de société, en conformité avec l’Évangile, et un groupe interreligieux qui invite au dialogue entre différentes fois chrétiennes, musulmanes et autres.
L’AG apporte son soutien à la formation de réseaux « locaux » qui permettent de faire vivre la fédération dans des regroupements géographiques (Parvis Rhône-Alpes, Parvis Grand Ouest…). À noter que le Parvis Grand Ouest est impliqué dans l’organisation des prochaines Journées d’été avec l’Association culturelle de Boquen.
Ces quelques lignes vont vous paraître bien courtes, à vous qui avez vécu ce Rassemblement de Lyon qui s’est gravé dans les mémoires, ou bien à vous qui avez hâte de savoir comment cela s’est passé. Attendons-en simplement les Actes...
Didier Vanhoutte
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 La Revue, Décembre 2010 : Diversité, Universalité...
                                                  
Pas de démocratie sans pluralité.
La démocratie est fondée sur les libertés et la reconnaissance théorique et pratique de l'égale dignité de tous les hommes et toutes les femmes ; elle donne des droits et des devoirs également partagés. Elle engage, en principe, les personnes et leurs organisations à un respect mutuel et, dans le cas du vouloir " vivre ensemble ", à un échange clair et constant entre les composantes plurielles - très diverses sur tous les plans - de la société globale avant toute décision commune jugée nécessaire, mais aussi, simplement pour cultiver l'humanité, dans la paix.
 Une volonté tenace est nécessaire...
On ne peut, en effet, se cacher les difficultés et les efforts exigés pour dépasser les tendances égocentriques, souvent dévoreuses de l'autre, en chacun et dans chaque groupe humain. Penser au temps qu'il faut (qu'il faudrait) donner à la concertation, aux rencontres avec les élus, pour collecter les problèmes, proposer des solutions, être présent partout (associations républicains, syndicats, partis politiques, médias...) où peut s'exprimer la pluralité, à l'écoute de tous. Même si le débat s'établit dans des groupes d'affinité, ce n'est pas sans moments de tensions : elles sont inévitables et souvent utiles pour avancer.
Un apprentissage de l'écoute et de l'expression des diversités dans le dialogue est un des rôles majeurs de l'école, quand celle-ci est le vrai décalque de la société environnante. Volonté tenace, patience et générosité sont absolument requis du " citoyen actif ", respectueux de l'autre, attentif aux diversités, composant avec elles. Tout le monde y gagne.
 ... et des progrès certains vers l'égalité sociale réelle.
Cette résolution (utopie ?) d'humanité dialoguante ne peut pas s'épanouir dans un monde où les inégalités sont établies et crispées. Chaque nation, chaque groupe social, doit pouvoir espérer toujours du mieux-vivre et du mieux-être, dans une autonomie réelle. La perspective libérale, encore à la mode, n'est évidemment pas favorable : la diversité affichée des options, des goûts, des identités, de bon ton dans un pays, n'est que celle - consciemment ou non insolente - des " élites ", ceux qui ont " réussi " et transmettent leur héritage (matériel et culturel) à leurs proches. Portion congrue pour " les autres " dans l'expression de soi ! De temps à autre le bulletin de vote et quelque tribune médiocre ; les médias publics eux-mêmes sont grignotés par les intérêts privés, réduits par la concurrence et tournés vers le spectacle, même quand il s'agit de débats de fond. Ce ne sont pas, comme chez nous en France, les " quotas ", les collèges " ambition-réussite " ou autres " classes d'excellence ", en trompe-l'oeil, qui résoudront ce grave problème : au bout de l'échelle, c'est un sentiment d'impuissance définitive ; la masse des laissés pour compte ne sait pas, ne peut plus dire ce qu'elle aurait aimé exprimer, dans sa diversité ; elle se méfie même des lieux possibles du débat. Ne restent parfois que la débrouille, le coup de colère voire la violence apparemment gratuite. Tout un combat est à mener vers une redistribution solidaire des cartes qui ne soit pas un jeu d'illusion. Ce sera très dur car certains devront accepter de perdre des avantages consistants.
 La disparition totale du pluralisme est toujours possible.
Aux antipodes de la démocratie, toute diversité disparaît évidemment dans les régimes au pouvoir absolu, qui se font et se défont encore ici ou là . Leur socle est souvent la peur de l'étranger, manipulée, la calomnie démagogique, la soif du pouvoir, la violence, avec le risque évident d'affrontements nationalistes avec les pays voisins : on se justifie par une revanche à prendre, la défense de l'identité nationale et du territoire soi-disant menacés, voire l'absurde soif d'une " pureté de la race". Des idéologies politiques, qui avaient des intentions généreuses au départ, ont cru inévitable, une fois au pouvoir, de passer par une phase durement contraignante, jusqu'à la coûteuse violence, avec le risque de tuer la diversité source d'inventivité et de progrès, finissant par se saborder elles-mêmes en catastrophe. Néanmoins, même dans les régimes républicains bien établis, l'exercice de la démocratie pose parfois quelque problème, par le fait même de cette grande liberté qui est leur marqueur.
 L'identité affirmée n'est pas d'abord l'ennemie du pluralisme...
A tous les niveaux, personnels ou collectifs, on ne peut pas refuser la qualification par des traits caractéristiques, acquis par l'histoire, la culture d'origine, l'éducation familiale, le choix convaincu... Il n'y a pas d'humanité charpentée qui soit monotone et incolore : d'où le prix des différences. Mais les échanges ne sont gagnants que si chacun, chaque groupe, chaque nation garde la modestie accueillante indispensable et la volonté permanente de relativiser, au moment nécessaire, tel ou tel point de l'identité d'origine : le compromis bien délibéré n'est pas un mol abandon mais le signe réalisé de cette volonté. Condamner l' " identitarisme " ne vaut que si cette volonté est absente.
 ... au contraire d'une conviction collective et sacralisée.
Ce qui est vrai pour les personnes l'est encore plus pour les groupes de conviction ; encore doit-on mettre à part les partis politiques dont c'est le sens de fournir les représentants élus des démocraties. L'expression des diversités est menacée plus clairement dans le cas d'un corps social cramponné sur une identité rigide - qui lui sert parfois de bouclier face à la méfiance ou pire, le mépris - ; ce groupe cherche à échapper par système au vivre ensemble et même à la loi générale dans plusieurs domaines : c'est la racine du communautarisme. C'est aussi le cas dès qu'un collectif, bien que s'affirmant démocrate, est intimement (et vaniteusement) persuadé de l'excellence unique et intouchable de ses choix (économiques, sociaux, éthiques, culturels) vers le bien commun.
Trop de sûreté de soi entraîne fatalement le soupçon des autres. A terme, la rupture du dialogue est inévitable.
Qui doit défendre le pluralisme ?
Les élus d'une démocratie doivent être très vigilants et faire barrage à tout groupement à tendance impérialiste ou exclusiviste, quelles que soient ses méthodes d'action. Mais la grande liberté d'expression démocratique oblige à agir dans la légalité, autant que possible après de loyaux débats et en s'attaquant aux causes profondes des disjonctions. La démocratie n'est réelle dans l'intime des convictions que quand certains groupes qui ont gardé - naturellement ou artificiellement - l'écoute de l'opinion donnent l'exemple en se posant eux-mêmes des limites à la prétention d'incarner l'unique vérité. Les identités multiples font la diversité et l'efficacité des échanges, mais le projet de vivre avec des valeurs citoyennes communes passe en premier.
 Le rôle des religions...
On le sait bien : des religions peuvent induire, le plus souvent en faussant leurs principes, un fanatisme exploitable par différentes causes et en particulier celle des renfermements communautariste ou nationaliste. De même, leurs institutions ont toujours - on pourrait dire par nature - une propension à exercer un contrôle individuel et social : on les reconnaît particulièrement bien parmi les groupes de conviction absolue déjà signalés. Aussi, des Etats, pour asseoir leur autorité, ont très souvent - de fait ou après accord - associé une religion à leur projet unificateur (anti-pluralisme) en se partageant les rôles : celle-ci offrant au pouvoir politique la caution du divin. On comprend qu'il a fallu, par précaution, poser des limites par des lois de laïcité. Pourtant, comme toute Eglise chrétienne, l'Eglise catholique pourrait, si elle était fidèle à l'Evangile, contribuer spontanément à la consolidation de la démocratie. Des observateurs extérieurs, M. Gauchet, par exemple, ont pu le reconnaître.
... et celui, positif, que l'Eglise catholique surtout hésite à jouer...
A-t-elle peur d'y perdre dans l'immédiat ? En tout cas l'Eglise officielle n'a pas retrouvé intiment une confiance suffisante dans son texte fondateur, ni dans les capacités des peuples à se déterminer sans elle : elle a gardé des réflexes de " chrétienté " ou communautaristes (l'école spécifique par exemple). Dans beaucoup de pays, les constitutions n'ont prévu qu'une laïcité minimale car les Eglises influentes tiennent à garder des moyens officiels pour peser dans la société, et indirectement sur les décisions publiques. Sinon, la tendance est de retrouver, pas à pas, d'une manière insidieuse, une place reconnue et garantie dans la société, tout en ménageant prudemment l'opinion et les structures républicaines. C'est ce que fait l'Eglise catholique en exerçant la " nouvelle évangélisation " : Jean-Paul II, l'initiateur de celle-ci, parlait de " pénétration capillaire ", au goutte-à -goutte. En même temps cette Eglise fait tout pour se tailler - légalement, bien sûr - une part consistante parmi les organisations conseillères instituées auprès des organes dirigeants de l'Europe. Tout en signalant qu'elle a, elle, des compétences quasi universelles : ce qui peut inquiéter.
La France a su, par la loi, séparer nettement les deux " pouvoirs ", en montrant que c'est la façon la plus sûr de garantir l'égale liberté d'expression des consciences et des croyances, individuellement et collectivement.
Rien ne refuse cette liberté aux religions. Mais il y a sans arrêt des tentatives de l'institution catholique (avec des succès) de rogner les ailes de la laïcité. Cet objectif est opiniâtre : "Rome" incite constamment la France à l'alignement concordataire. En même temps, ici et partout, le Vatican de Benoît XVI s'obstine à dénoncer le " relativisme " laïque, condition pourtant indispensable d'une liberté qui ne préjuge pas des projets et des règles de la vie commune, choisis ensemble par tous les citoyens, croyants ou non.
... pour promouvoir sans réserve le pluralisme.
Il est bien regrettable que l'Eglise, elle qui a les moyens de fond pour le faire, ne donne pas l'exemple, dans un esprit de laïcité bien assimilée, d'une modestie " relativisante ", mais réellement valorisante. Elle devrait reconnaître qu'elle n'a aucun droit prioritaire pour "définir", par ses choix particuliers, les identités nationales ou internationales. Elle aiderait également d'autres religions à se défaire du réflexe communautariste destructeur du pluralisme. D'ailleurs les démocrates qui s'affirment à la fois citoyens et chrétiens ne se reconnaissent pas dans une institution qui parle en leur nom, et qui, quoi qu'elle en dise, reste bloquée dans de vieilles habitudes. Car tout recul, même apparemment anodin, vers un monopole de la vérité, est dangereux pour la démocratie exigeante et naturellement plurielle.
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                                                                                                      JACQUES HAAB.  Â
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 Le Hors série N° 24 novembre 2010 : Les Femmes et la nature...   l'Ecoféminisme    Â
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- Dominaton : asservissement ou maîtrise ? Michèle Buret
- "Une femme revêtue du soleil"... Claude Dubois
- L'Ecohumanisation Edda Kozul-Tardieu
- Ré-enchanter le monde Huguette Charrier
- Traces et développement de l'écoféminisme Marie-Thérèse Van Lunen-Chenu
- Ecoféminisme et Théologie   Ivone Gebara
- Eco- Masculinisme Gonzague Jobbé-Duval
- De la culpabilité à la responsabilité  Danielle Penuel-Monneron
- Un art de vivre Ecoféministe Alice Gombault
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Un art de vivre écoféministe.
 Qu'est-ce que l'écoféminisme ?
 Quel lien peut-il y avoir entre le féminisme et les préoccupations écologiques auxquelles renvoie le préfixe " éco " ?  C'est en lisant un article d'Anne Primavesi que j'ai mieux compris ce que recouvrait cette notion d'écoféminisme.
La domination des femmes par les hommes, que dénonce le féminisme, a un lien avec toutes les autres formes de domination, non seulement celles qui existent entre les êtres humains, mais aussi celles qui s'instaurent entre l'espèce humaine et son environnent.
C'est en 1983 qu'est apparu ce lien entre les relations hommes/femmes et la sauvegarde de la création au Forum Oeucuménique des Femmes chrétiennes d'Europe, sous les termes de justice, paix et sauvegarde de la création. C'est ainsi que la question était présente au colloque " Partenaires autrement " de Femmes & Hommes en Eglise en 1991 sans que ce lien soit encore bien explicité. C'est en 1994, dans un petit opuscule publié par Femmes & Hommes en Eglise sur le développement du concept de partenariat, que la relation entre les genres est mise en lien avec l'environnement. En effet, la relation entre les femmes et les hommes est présentée comme une relation-clé à cause de son caractère universel et fondamental.
En effet, nul/nulle n'y échappe. La différence entre les sexes recoupe toutes les autres différences, telles que l'âge, la race, la classe sociale, la culture, la religion etc. Or " ce qui se vit au niveau des grandes relations humaines (trop souvent marquées de non-respect et d'emprise dominante) est le décalque de ce qui se passe dans ce lieu primordial de ce lien intime entre l'homme et la femme ". Déjà nous étions conscients " que nous appartenons à des systèmes d'interdépendance, qui nous lient et qui créent des alliances entre personnes, entre pays, entre cultures et religions, et même avec la nature (d'où le développement de l'écologie) (...).
L'emploi du mot " partenaire " semble alors désigner la recherche d'un nouveau mode de relation plus adapté, un mode de relation qui permette de prendre en compte les intérêts de la partie la plus faible, parce que si la partie la plus forte (la plus riche, la plus responsable, la plus développée) ne le fait pas, elle court, elle aussi, à sa perte, par ce qu'on appelle un effet de rétroaction.
Il y a plus dans cette recherche que le refus de relations moralement insatisfaisantes, imprégnés que nous sommes d'idéaux d'égalité, de fraternité, de justice, de démocratie et, bien sûr, de charité chrétienne. Nous percevons que la planète est limitée et que son exploitation sans mesure et sans règle a des retombées graves sur l'ensemble du genre humain. On sait qu'il n'y a plus de conflit isolé, mais qu'une guerre, apparemment circonscrite, est susceptible de mettre en péril l'équilibre du monde.
L'exploitation d'une classe sociale, d'une race, d'un sexe par l'autre risque, de la même façon, de nuire au groupe dominant et de le déstabiliser. C'est donc au nom de l'efficacité et de la survie, et non seulement au nom de la morale, qu'on est amené à envisager d'autres types de relations, mettant en oeuvre la mutualité et la réciprocité, sur un terme plus ou moins long. "
L'écoféminisme n'est donc que le nouveau nom d'une prise de conscience déjà ancienne, mais il est bon que la réflexion puisse s'approfondir à travers des mots nouveaux et parlants. N'oublions pas que " éco " (oikos en grec) signifie
" maison ". Avec la nature, il s'agit de préserver notre maison commune, sans laquelle nous n'avons plus d'existence.
C'est pourquoi nous rejoignons tout à fait les écoféministes lorsqu'elles dénoncent la domination irresponsable des êtres humains sur la nature et qu'elles en voient l'origine dans les relations hiérarchiques, notamment dans celle de l'homme à l'homme pervertie par l'injustice et la violence, telle qu'elle règne entre hommes et femmes.
Le féminisme ne se contente pas de dénoncer, il agit pour que cessent les relations de domination/soumission. Dans nos pays, on en juge les effets aux nouvelles lois relatives à la parité, à l'égalité entre les sexes, à la non discrimination. Malgré cela, le sexisme s'attarde dans les moeurs. Rappelons que dans l'Eglise catholique, le sexisme est présent à la fois dans les lois et dans les moeurs. C'est ainsi qu'elle contribue à entretenir et à faire passer pour normales des relations de domination/soumission. Son organisation hiérarchique sacralisée encourage l'espèce humaine à se sentir supérieure aux autres et à dominer la nature qu'elle exploite, comme bon lui semble. C'est là qu'intervient l'écoféminisme engendrant à son tour une écospiritualité. Cette écospiritualité est faite de pratiques de non-domination aptes à contrer les subordinations et les hiérarchies.
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Qu'est-ce que la non-domination ?
Qu'est-ce que la non-domination ? Celle-ci n'est pas à confondre avec la soumission. Il s'agit d'un mode de relation choisi et non imposé. L'attitude de non-domination n'est pas un geste de faiblesse, mais une attitude forte. La non violence s'inscrit dans ce type de comportement. Pour pouvoir adopter une telle attitude, il faut en avoir les moyens et savoir développer toutes ses ressources. Il ne suffit pas de le vouloir pour y réussir.
C'est, paradoxalement, la pratique des arts martiaux qui m'a fourni un modèle de ce type de relation. En effet, on y apprend à aller dans le sens de l'agression en l'accentuant au lieu d'opposer un contre. Un bon exemple de cette méthode se trouve dans le sutemi ou sacrifice du corps. Il s'agit de s'effacer pour laisser passer la charge. Lorsqu'un fou furieux se précipite sur vous pour vous saisir ou vous étrangler, il convient de s'écarter à droite ou à gauche, de saisir son revers et sa manche pour diriger sa chute et de s'asseoir sur le côté. Entraîné par son élan, celui-ci va s'écraser au sol. La technique ne demande pas de force physique et est beaucoup plus subtile que d'essayer de contrer une force brute.
Une des premières choses que l'on apprend dans un dojo est l'esquive de l'attaque. Nulle agressivité, nulle violence, mais laisser passer l'attaque. Ne pas opposer force contre force, mais faire le vide devant l'agresseur et seulement alors désarmer l'adversaire et le forcer à l'abandon. Mais qui peut se permettre ce genre de riposte non conventionnelle et non violente ? Un maître japonais racontait : " Me trouvant confronté à un adversaire, j'ai deviné son attaque ; mentalement j'ai trouvé la riposte adéquate et, ayant maîtrisé psychologiquement cet adversaire, j'ai passé mon chemin, le laissant dépité et vaincu ! " C'était tout le contraire d'une réponse de peureux ou de faiblard. Mais pour accéder à ce niveau, il faut des ressources techniques et psychologiques qu'on vient d'acquérir au dojo et qu'on n'a jamais fini de posséder. On apprend à se défendre pour ne pas avoir à le faire. Les pratiquants d'arts martiaux les plus forts font un détour pour éviter l'affrontement physique : ils n'ont rien à prouver. L'art du combat est devenu un art de la paix. Cette attitude ne s'applique pas seulement aux situations de violences physiques, mais à toute situation conflictuelle. Lorsqu'un heurt survient entre deux ou plusieurs personnes, " si vous n'exercez pas de poussée contraire, il n'y a pas de réel conflit. Exercez une poussée contraire, consciemment ou pour inadvertance, et le conflit va monter. " Lorsque le ton s'élève, rester calme et parler bas ; ne pas offrir de résistance pour ne pas se laisser entraîner dans un combat qui ne nous sert pas ; détourner le regard ; écouter plutôt que parler. Voici des comportements que la pratique du contrôle aux séances d'entraînement permet d'adopter. Ceci n'est qu'un exemple de ce que peut produire la non-domination. Il s'agit d'une sorte de jeu de qui perd gagne.
Nous avons un écho de ce type de pratiques dans quelques préceptes évangéliques étonnants : " Quand on te frappe sur la joue droite, tends encore la joue gauche " ou encore " Si l'on te prend ta tunique, laisse encore ton manteau (Mathieu l, 39-40) ". L'Evangile prônerait-il le masochisme ? Lorsqu'on frappe, on attend d'être frappé en retour ; quand on vole, on attend une protestation véhémente. Or là , la réponse préconisée n'est pas la réponse attendue. C'est une riposte qui déconcerte et décontenance l'adversaire. Ce n'est pas ce qu'il attendait. Il y a un temps de flottement que l'on peut mettre à profit. La domination qui tend à supprimer et à détruire autrui ne peut que nuire à l'agresseur lui-même qui n'a plus personne à dominer. En appliquant cette notion à nos relations à la nature, il n'est pas difficile de constater qu'à force d'avoir abusé d'elle, parce qu'on la croyait inépuisable, elle se dégrade inexorablement et ne fournit plus ce dont nous avons besoin existentiellement. Comment retrouver l'harmonie avec elle, si nous ne savons pas vivre harmonieusement avec les autres, notamment avec l'autre qui est sans cesse en vis-à -vis de nous, l'homme pour la femme, la femme pour l'homme ?
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L'eucharistie : mémoire de la non-domination
Dans une optique chrétienne, on peut voir la non-domination comme l'attitude adoptée par Jésus et qui culmine dans la Croix. On en fait mémoire dans l'Eucharistie.
" Au cours d'un repas (...), Jésus se leva de table, quitta son manteau et, prenant un linge, il s'en ceignit. Puis il versa de l'eau dans une bassine et il se mit à laver les pieds de ses disciples et à les essuyer avec le linge dont il était ceint " (Jean 13, 2-5).
Ce récit remplace, dans l'évangile de Jean, le récit de l'institution de l'Eucharistie où l'on voit Jésus prendre du pain et une coupe de vin et prononcer des paroles disant que cette nourriture partagée, c'est lui qui se donne. Ces deux récits se renforcent mutuellement, l'un sous forme de don offert, l'autre de service rendu.
Pour laver les pieds de ses amis, Jésus revêt une tenue d'esclave. C'était eux, en effet, et souvent des servantes, qui étaient chargés de ce travail rendu nécessaire par les routes poussiéreuses. Si bien que l'on comprend le refus indigné de Pierre : " Toi, Seigneur, me laver les pieds ! Ah ça non, tu me laveras les pieds, jamais de la vie ! " C'est pour lui le comble de l'abaissement. Mais Jésus n'est ni contraint ni forcé d'accomplir ce service. Il n'est pas dans une situation d'esclavage, il est libre. Il est Maître et Seigneur. Il ne s'agit nullement d'une attitude de soumission. Par ce geste, Jésus exprime son refus de toute supériorité que " son rang " l'autoriserait à avoir ; et plus largement encore le refus de toute domination de quiconque sur autrui. " Je ne vous appelle plus disciples, mais amis ".
En se mettant aux pieds de ses amis, Jésus inverse la position de l'homme vis-à -vis de Jésus. En effet, dans cette attitude, ce n'est plus l'homme qui lève son regard vers Dieu, mais Dieu qui lève son regard vers l'homme, Dieu qui se met au service des hommes jusqu'au bout, à genoux devant eux, renonçant à être un Dieu tout-puissant. Mais, en agissant ainsi, ne va-t-il pas se faire avoir par eux ? Ne va-t-il pas se faire " manger " par eux ?
Et l'on rejoint ici la signification du pain et du vin du dernier repas de Jésus.
Jésus se rend aussi disponible qu'une nourriture et une boisson pour combler les besoins humains. Il se met à la disposition des affamés et des altérés. Il s'offre jusqu'au bout. Là aussi il pratique la non-domination. Il se laisse assimiler, non pas pour disparaître mais pour nous rendre égal à lui-même et que nous puissions nouer une relation fondée sur l'égalité.
Et c'est " cela " qu'il demande qu'on fasse en mémoire de lui. " Faites cela en mémoire de moi. " On sent tout ce qu'il peut y avoir d'incongru dans les règles où l'on enferme l'eucharistie et dans les limitations que l'on met à son accès. Jésus, lui accepté tous les risques de notre liberté. Il ne met pas de limites à son don : " Manger en tous, buvez en tous, c'est pour la multitude. " Exclure quiconque de l'eucharistie lui ôte son caractère de gratuité, de don en abondance et de non-domination. Monopoliser le pouvoir sur l'eucharistie entre les mains de quelques-uns est une perversion de l'eucharistie puisqu'elle devient ainsi pratique de domination du clergé sur le laïcat et des hommes sur les femmes.
L'attitude de non-domination, avons-nous déjà vu, n'est pas un geste de faiblesse, mais une attitude forte. " Ma vie, nul ne la prend, c'est moi qui la donne ".
C'est le pouvoir impuissant de l'amour. C'est en mettant en oeuvre les uns vis-à -vis des autres des pratiques de non-domination que nous créerons une communion fraternelle. Car, à son tour, chacun et chacune est invité/e à introduire dans ses relations des pratiques de non-domination. " Si donc je vous ai lavé les pieds, moi le Seigneur et le Maître, vous aussi vous devez vous laver les pieds les uns les autres. " Il ne s'agit plus de se laver les pieds mutuellement, car cela ne figure plus dans les rites de politesse de notre temps, mais de se mettre à la disposition, à l'écoute et au service des autres. C'est la seule façon de les considérer comme des frères et soeurs et de mettre fin à tout désir de domination sur eux. C'est ainsi qu'eux-mêmes se sentiront exister comme des êtres humains au plein sans du mot, capables de nouer une relation d'égalité avec les autres. Dans une telle relation, on ne voit pas comment pourraient subsister des rôles spécifiques masculins et féminins, aussi beaux soient-ils, mais empêchant la réciprocité. Ces rôles humains qui appartiennent aux deux sexes sont à partager. Une eucharistie qui ne s'incarne pas dans un partage concret est vidée de son sens, mais mieux que partage, il faudrait même parler d'échange où il n'y a plus un qui donne et l'autre qui reçoit. L'échange nécessite que le don ne soit pas unilatéral, auquel cas nous sortons pas des pratiques de domination. La non-domination consiste à rendre l'autre capable de donner à son tour.
L'habitude du souci et du respect de l'autre va de pair avec le souci de l'environnement. Epargnée et respectée, la nature saura se montrer prodigue.
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                                                                                           ALICE GOMBAULT.       Â
 La domination qui tend
à supprimer et à détruire
autrui ne peut que nuire
à l'agresseur lui-même
qui n'a plus personne
à dominer.
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La Revue septembre 2010 "les Sans"...
- Hommage à Nicole Moutard
- Le dossier les "Sans" :
. Marchandisation du monde et subversion chrétienne
. Les sans papiers et l'isolement
. La solidarité internationale comme sortie de crise
- Au grand large "Le temps est venu d'engager des réformes qui n'ont que trop attendu".
- Le Réseau Européen "Eglises et Libertés"
- Retraites mal traitées : un scandale déguisé en réalisme
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L'éditorial
En parcourant le sommaire, vous avez pu voir que la rubrique L'événement n'y figure pas. Est-ce-à -dire qu'il ne se produit rien ? Qu'aucun " événement " significatif n'est survenu ses derniers temps ? Bien au contraire. Entre autres, un événement durable, lancinant, tragique, qui nous atteint peut-être nombreux, qui touche beaucoup de nos concitoyens, difficile à cerner, difficile à confier quand on en souffre : le manque.
Quel manque ? Le plus honteux, le plus trivial de tous, d'abord, le manque d'argent, lorsque les revenus baissent relativement, lorsque le chômage menace, lorsqu'on atteint la fin des droits, lorsque des indemnités qui aidaient à vivre sont supprimées, lorsque tous les handicaps se font encore plus lourds, lorsque la santé fait soudain défaut, lorsqu'on ne peut plus payer l'abonnement téléphonique, le gaz, l'électricité. Lorsqu'on ne peut plus vêtir ses enfants convenablement, leur épargner les affres de la pauvreté. Le manque de considération ensuite, le manque d'amour, lorsque tout file entre les doigts et qu'on perd l'estime de soi. Lorsqu'on se sent perdu, égaré. Inutile.
L'essentiel de ce numéro sera donc consacré à ce mal qui nous ronge, qui ronge l'humanité, ici et ailleurs. Une humanité pour laquelle, justement, le Fils de l'Homme a donné sa vie, au nom du Dieu qu'il nous a dit être Amour !
Une humanité très largement pauvre, voire en train de s'appauvrir - tandis que certains ont choisi le dieu Argent et tentent, ayant entre leurs mains tous les attributs du pouvoir, d'organiser le monde entier à leur solde - mais une humanité digne, qui connaît l'injustice dont elle est victime et qui se veut debout. Car tous ces gens de peu, ces gens d'en bas et de rien, qui sont réellement cette humanité, savent que l'attente n'est pas vaine, que l'Esprit a pris le nom d'Espérance, même si tous ne lui donnent pas le même nom. Ils savent aussi qu'il leur faudra sans doute beaucoup de courage et de ténacité pour que justice soit faite.
 Fidèles de l'Evangile nous savons que nous appartenons à ce monde de femmes et d'hommes du " commun ". Nombreux sont ceux parmi nous qui se trouvent engagés, dans toute la diversité de nos Réseaux, dans toute la diversité de leurs participations à la vie de la Cité, dans ce combat pour que l'injustice flagrante, répandue en Europe, mais aussi bien sûr dans le reste du monde, soit corrigée. Ce numéro paraissant peu de temps avant notre Rassemblement de Lyon (11 et 12 novembre), nous avons aussi étendu largement la rubrique Vie des Réseaux, de sorte que vous puissiez pénétrer plus avant dans le foisonnement que nous représentons. Il est le signe même du caractère non dogmatique du christianisme que nous appelons de nos voeux. Il est aussi la preuve qu'il existe parmi nous des forces qui sont non seulement prêtes à féconder l'Eglise de nouveauté, mais qui tiennent à porter témoignage que l'Evangile n'est pas neutre et qu'il nous appelle à mettre en actes la foi que nous proclamons.
Il y a place, dans les Réseaux, pour un engagement collectif clair, dans le sens que nous venons de lui donner, de tous les groupes qui en ressentiront la nécessité. Peut-être le temps en est-il venu aussi... Â
                                                                                                                                Didier Vanhoutte.
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 Les Sans-papiers et l'isolement...
 Lors de la rencontre organisée par l'Association Culturelle de Boquen les 13 et 14 février derniers, nous avons cherché à mieux appréhender la situation des " Sans-papiers " et nous nous sommes demandés si nous pouvons résister, pourquoi et comment.
L'été 2009, lors d'une rencontre préparatoire dans notre maison de Poulancre, nous avons commencé concrètement, grâce à des jeux de rôle proposés par Anastasia Kerachni, à prendre conscience de ce que peuvent vivre et ressentir les personnes sans papiers et comprendre les différents positionnements que nous sommes amenés à exprimer dans ces situations.
Des scènes au sujet d'un contrôle de titre de transport, d'une visite à l'hôpital et d'une arrestation à domicile ont été l'occasion de développer nos interrogations pour mieux cerner les problématiques et les questions à poser aux intervenants qui viendraient participer à nos débats.
En février 2010, à Rennes, il nous apparaissait important de commencer par nous questionner sur nos propres représentations.
Odile Durand nous y a aidés par la présentation de l'ouvrage de Julia Kristeva, Etrangers à nous-mêmes.
J. Kristeva nous renvoie à une question essentielle pour le XXI ème siècle : comment vivre avec les autres sans les rejeter ni les absorber si nous ne reconnaissons pas " étrangers à nous-mêmes " ?
Prendre le risque de l'inquiétante étrangeté, c'est accepter l'abîme entre moi et l'autre qui me choque. Il m'annihile peut-être parce que je le nie dans sa différence. Face à l'étranger que je refuse et auquel je m'identifie à la fois, je perds mes limites et me sens perdu.
Or cette peur d'être bousculés aujourd'hui peut-être levée lorsqu'avec Pierre et Simone Bourges, nous examinons les déplacements de populations depuis le début de l'humanité.
Ils nous ont invités à reprendre conscience de la réalité des migrations et de la richesse de ces rencontres tout au long de l'histoire....
Ces leçons que l'histoire nous transmet nous amènent à notre époque contemporaine où nos échanges interculturels permettent de corriger nos peurs et de faire face à notre étrangeté radicale rendue visible aussi à travers la poésie, le théâtre, la littérature, l'art...
Les débordements possibles de rejet et de haine demandent des garde-fous personnels et collectifs, un cadre juridique avec une structure suffisamment précise pour contenir les différentes situations vécues par les sans-papiers, d'où des rapports de force à établir pour faire évoluer le droit tant sur le plan national qu'international.
Aujourd'hui, pour la personne sans-papiers, l'expérience de la non-appartenance à une communauté nationale devient insoutenable parce qu'elle est aussi disqualifiée dans la reconnaissance de ses droits humains, de ses droits à la santé, au travail, à l'éducation du seul fait qu'elle n'est pas citoyenne.
Concrètement, en visionnant le film Welcome de Philippe Lioret (2009), nous prenons la mesure de l'impact de la rencontre, à Calais, entre un maître-nageur français et un jeune homme Kurde sans-papiers qui voulait rejoindre l'Angleterre à la nage, seul moyen pense-t-il d'échapper aux contrôles de frontière.
Les différentes instances et associations invitées nous montrent les liens qu'elles nouent quotidiennement afin que ces personnes puissent accéder aux droits qui les concernent et recevoir le soutien humain dont elles ont besoin.
Un aumônier musulman de prison, la CIMADE (service oecuménique d'entraide), le Cercle de Silence de Rennes, le DAL (Droit au Logement), la municipalité de Rennes, le MRAP (Mouvement contre le Racisme et pour l'Amitié entre les peuples), le Secours Catholique, le RESF (Réseau Education Sans Frontières) étaient présents à notre table ronde.
Nous avons débattu autour des quatre questions suivantes :
Qu'est ce qui vous a amenés à intervenir, dans la structure où vous êtes, sur la question des Sans-papiers ?
Quelle est l'actualité de vos interventions ?
Quelles sont les difficultés rencontrées et qu'avez-vous réussi à faire bouger ?
Comment trouver un équilibre entre le soutien au cas par cas et les actions collectives de revendications ?
Quoique d'approches différentes, ces associations et instances se connaissent et souhaitent la complémentarité en vue d'accompagner au mieux ces personnes.
Les deux intervenantes de RESF ont présenté les cadres juridiques et administratifs dans lesquels peuvent se retrouver les personnes sans-papiers .
Elles se sont appuyées sur l'existence d'un CRA - Centre de Rétention Administratif - à Rennes pour nous faire toucher du doigt leur expérience de terrain (par exemple les délais à respecter pour engager un recours) et la complexité des situations des personnes retenues.
On retrouvera l'essentiel de leur intervention dans les deux petits guides pour comprendre les migrations édités par la CIMADE.
Un représentant de RESF a le souci de nous amener à comprendre que leur association aide aussi à la constitution de collectifs de soutien à des personnes sans-papiers, comme des groupes de parents d'élèves.
Les municipalités, bien que n'ayant pas les compétences pour agir directement auprès des préfectures, peuvent apporter un soutien individuel aux personnes sans-papiers par le biais des CCAS - Centre Communal d'Action Sociale -, par des parrainages républicains et par leur soutien dans certaines manifestations.
Les cercles de silence existant depuis 2007 à l'initiative des franciscains de Toulouse ont quant à eux la volonté de faire connaître la situation intolérable, au regard des Droits de l'Homme, faite aux personnes retenues dans les CRA, et cela de manière non-violente et silencieuses (cf. Matthieu, 25, 35 : " ... j'étais un étranger et vous m'avez accueilli... ").
L'aumônier des prisons musulman, connaissant la détresse des Sans-papiers retenus, a demandé à intervenir également au CRA de Rennes pour un soutien moral et amener progressivement l'administration à aménager, dans la mesure du possible, des conditions plus humaines - nourriture hallal, petit tapis de prière - dans le respect d'un lieu laïc.
De la même manière, le Secours Catholique a su progressivement apporter sa présence au CRA au fil des ans, par exemple un apport chaleureux autour de Noël, dont le temps s'est élargi au cours de ces trois dernières années.
Le Secours catholique a également construit un réseau de visiteurs ayant bénéficié de formations.
Le MRAP met avant le devoir d'information aux citoyens en vue de dénoncer les injustices.
Leurs bénévoles accompagnent des personnes sans-papiers dans leurs démarches au tribunal ou à la préfecture.
Il réalise un travail concernant les effets de la rétention sur la santé mentale de ces personnes.
Le DAL, surtout sollicité par les demandeurs d'asile, accompagne également les personnes sans-papiers en vue de l'obtention d'un logement.
Il veille également au respect et à l'application pour tous des dispositifs existant en matière de logement.
En conclusion, les apports de cette rencontre font ressortir notre devoir de citoyen de bien s'informer pour participer au combat contre les injustices qui s'accroissent au fur et à mesure que grandit l'isolement des Sans-papiers.
                      Anastasia Kerachni et Marie-Paule Aude-Drouin.
Une question essentielle : comment vivre avec les autres sans les rejeter ni les absorber si nous ne nous reconnaissons pas " étrangers à nous-mêmes " ?
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La Revue de juin 2010
- Un hommage à Paul ABELA
- Le dossier "IDENTITE"S"
                                                                  
Tous les chercheurs rappellent avec insistance que l'estime et l'image de soi, les identités communautaires ou politiques s'élaborent, se construisent et s'actualisent sans cesse dans les interactions entre les individus, les groupes et leurs idéologies.
Les sociétés contemporaines se caractérisent par une multitude de groupes d'appartenance réels ou symboliques dans lesquels se reconnaissent les individus...
L'identité et la culture ne sont ni des traditions ni des mentalités mais des représentations construites historiquement
Etranger Soi-même.
" L'étranger qui réside avec vous sera pour vous comme un compatriote et tu l'aimeras comme toi-même car vous vous avez été étrangers au pays d'Egypte. " J'ai choisi ce texte du Lévitique parce qu'il intègre et intercale l'amour du prochain, entre l'exhortation à l'hospitalité et le souvenir d'avoir été étranger. Voici la pointe : le souvenir justifie l'hospitalité ; le " car " et en outre le " comme ", comme un compatriote, comme toi-même, lient l'hospitalité au commandement d'amour. Ma question, mon problème n'est pas du tout un problème d'exégèse mais de savoir ce que signifie pour nous aujourd'hui " faire mémoire d'avoir été Etranger ».
Ce n'est pas nécessairement, ni même essentiellement faire mémoire d'événements réels. Il s'agit d'une mémoire symbolique par laquelle nous intériorisons la condition effective d'étranger, d'où le titre que j'ai proposé :
" Etranger soi-même ". En mettant au centre le terme " étranger ", je voudrais protester contre la réduction trop rapide dans l'imaginaire public actuel de l'étranger à la notion d'immigré, lequel est une des figures, hélas la plus voyante, de l'étranger mais qui n'est qu'un visiteur contraint à louer sa force de travail parmi nous. Et dans l'imaginaire public nous passons donc de l'étranger à l'immigré puis de l'immigré à l'immigré clandestin au marginal. Et, soit dit en passant, c'est le méfait majeur d'une loi spécifique contre l'immigration clandestin de consolider ce glissement, cette réduction donc de l'étranger à l'immigré, de l'immigré au clandestin, du clandestin au marginal. (...)
Pour nous que j'ai appelé les nationaux installés, l'étranger c'est tout simplement un autre, peu et simple, je lis d'ailleurs la définition d' " étranger " dans le Robert : " qui est d'une autre nation et, parlant d'un individu : faisant partie d'une autre nation ". Disons donc simplement : l'étranger c'est celui qui n'est pas de chez nous, qui n'est pas l'un des nôtres. Mais rien n'est dit sur ce qu'est l'étranger pour lui-même, chez lui-même et c'est une farce de dire : " j'aime les étrangers chez eux ", car justement on ne sait rien dans la définition même du national, nous avons donc là ce qui est important pour les juristes et aussi dans la réflexion générale, cette opposition binaire, nous et eux. C'est une opposition binaire qui côtoie dangereusement l'autre division binaire : le même et l'autre, l'ami, l'ennemi et pour les politologues c'est une structure fondamentale. C'est ce côtoiement de l'opposition ami-ennemi par l'opposition nous-eux qui est le péril spirituel du problème. Sur quelle certitude se construit et se maintient, persévère cette opposition binaire : national-étranger, nous-eux ?
Si nous ne savons pas qui nous sommes nous croyons savoir à quoi nous appartenons, de quelle communauté nous sommes membres. Cette notion d'appartenance, d'être membre de, est marquée par le titre de nationaux et porte des noms propres, le plus souvent de pays, la France, l'Angleterre, l'Allemagne etc... Et donc à cet égard, par contraste, l'étranger c'est celui qui n'appartient pas notre cercle d'identité, d'appartenance. Je parlerai donc d'identité, d'appartenance puisque c'est cela qui va bouger, en quelque sorte qui va être comme sapé, miné par en-dessous par la réflexion qui suit et précisément par le souvenir symbolique d'avoir été étranger.
Or cette certitude, cette conscience et cette confiance d'appartenir à un corps politique déterminé est garantie, protégée et sanctionnée par un principe juridique fondamental, le principe de souveraineté qui articule le droit interne sur le droit international et qui signifie qu'il appartient souverainement à un Etat de délimiter son territoire et les règles d'appartenance à la Communauté et donc d'instituer l'opposition binaire national-étranger. Cela veut dire négatif que vous ne pouvez pas choisir par exemple de devenir britannique si vous en avez envie.Â
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Le dernier hors série : soutien aux sociétés civiles émergentes en Afrique...
                                                                            
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Au Sommaire :
- La société civile en Afrique prend de plus en plus de consistance : en Angola, en Côte d'Ivoire, le réseau des anciens Jécistes d'Afrique
- La société civile dans le collimateur des Politiques ...
- Soutien aux sociétés civiles émergentes...
A commander : Temps présent 68 rue de Babylone 75007 Paris tél : 01 45 51 57 13 mail :
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Henrik Lindell est journaliste à Témoignage Chrétien depuis 2001. Il est chargé des questions internationales. D'origine suédoise, il a fait de nombreux reportages en Afrique, pour TC, notamment en RDC et au Congo Brazzaville.
L'Afrique : un milliard de bonnes nouvelles. Vingt pour cent de la surface des terres. Cinquante-sept pays. 16,5% de la population mondiale. Un milliard de personnes. Un milliard de bonnes nouvelles.
L'Afrique est un continent magnifique où se situent peut-être les origines de l'humanité. Des ressources humaines, culturelles, naturelles inestimables s'y trouvent. Est-ce un cliché de dire cela ?. Allons, osons des affirmations positives comme on ne le fait pas assez dans des revues sérieuses. L'Afrique est un ensemble de cultures (très) différentes qui s'exportent partout dans le monde et qui historiquement, dans leur rencontre avec d'autres cultures, ont influencé tant d'expressions contemporaines. Si ce fait était un cliché ou chose négligeable il faudrait supprimer pratiquement toute la musique populaire de nos jeunes. Et leur mode vestimentaire. Ainsi que les styles de danses.
L'Afrique pourrait nous dire quelque chose d'important en matière d'écologie, puisque l'homme y vit parfois en symbiose avec son environnement naturel. Encore un cliché ?. Pas si on se rend sur place. Les énergies renouvelables s'y développent d'une façon surprenante. L'homme y est souvent moins aliéné qu'en Occident. Pas vrai ?. Mais pourquoi tant d'Africains dépriment-ils en région parisienne alors qu'ils ont tout ce qui leur manquait en Afrique ?. L'Afrique est un monde où l'on croit encore à quelque chose d'indépassable et c'est très bien. Vérité pénible à nos oreilles si rationnelles ?. Mais est-ce que vous connaissez beaucoup d'Africains non croyants ?. Nous non plus. C'est donc vrai. Ces croyances, en a-t-on besoin ?. En Afrique, c'est évident. Et en France ?. Là encore, rendez-vous en région parisienne (mais la banlieue pauvre) et on vous donnera la réponse. Oui, l'Evangile, quand il est encore proclamé, l'est très souvent par des Africains et cela parle beaucoup à certains Européens, qu'on le veuille ou non. Quand à l'Eglise catholique de France, elle emploie des centaines de jeunes prêtres africains et ne semble pas s'en plaindre. Car des jeunes prêtres français, il n'y a plus beaucoup.
L'Afrique est le continent le plus jeune. Donc, logiquement, celui où l'avenir pourrait être le plus assuré. Non ?. Non. Et on nous l'assène : l'Afrique est le continent le plus pauvre !. 2% du commerce mondial. Sauf en Afrique du Nord ou dans le sud du continent, il n'y a pas de Macdonald's ou de Starbucks. Et les pays producteurs de pétrole en Afrique subsaharienne sont les derniers à pouvoir faire un plein. Dans nos médias, et l'auteur de ces lignes en est lui-même parfois coupable, on explique trop souvent que tout va de mal en pis. Les rares exceptions - de richesse et de bien-être - sont là uniquement pour confirmer la règle : l'Afrique est pauvre. Les nouvelles d'Afrique sont toujours très mauvaises. Ou misérables. Ou exotiques. Ou zoologiques. Ou liées à la Françafrique. En réalité, et Dante nous l'avait bien dit : il est toujours plus facile de raconter des mauvaises nouvelles, de décrire le malheur et l'horreur, que de consacrer à ce qui va bien et au bonheur. Notre propos dans cet article et dans tout Hors Série de Parvis n'est pas de dire que tout va en Afrique. Ce serait ridicule. Mais cessons de penser que tout va mal. Parce que c'est faux. Voici quelques vérités quantifiables trop souvent oubliées.
L'Afrique est riche (et pas seulement pour ses matières premières).
En Afrique, dit-on, la richesse se compte en nombre d'amis, de parents, de connaissances. Une personne riche est une personne qui a une grande famille. Et la plupart des Africains ont des grandes familles. Sans même évoquer les immenses ressources minières ou énergétiques, sans même penser aux potentialités agricoles, qui font de l'Afrique un continent effectivement très riche au sens économique du terme, on peut établir d'office que l'Afrique est riche.
Grâce aux Africains. Et cela selon la définition des Africains eux-mêmes. Ce n'est pas qu'une vue de l'esprit. C'est un fait. Si vous avez un doute, faites un tour à Goma au Congo-Kinshasa. Ou, si vous trouvez cela trop compliqué, allez faire un tour dans les quartiers populaires de Dakar. Des gens survivent et certains vivent même correctement, selon leur définition, dans des conditions matérielles que l'on trouverait indécentes en Occident. Là où la vie ne devrait pas être possible, statistiquement, là où l'on gagne moins d'un dollar par personne (c'est la définition internationale, onusienne, de la pauvreté absolue), là où les gens mangent beaucoup moins que nos animaux domestiques, la vie est quand même possible. Des personnes y naissent, sont éduquées, vont à l'école, se marient, font et éduquent des enfants, regardent la télé et ont même accès au téléphone portable. Parfois elles manifestent leur mécontentement, surtout contre la cherté de la vie. Parfois, elles sont autorisées à participer à des élections dignes de ce nom (c'est le cas au Sénégal, par exemple). Alors qu'officiellement, monétairement, fiscalement, elles n'ont rien. Elles ne travaillent pas officiellement. Elles n'ont pas de salaire officiel.
Est-ce donc que la multiplication des pains y a lieu tous les jours ? Peut-être !. C'est ce que diraient certains chrétiens africains. Mais une chose est sûre : des systèmes D s'inventent, comme l'explique si bien l'économiste Serge Latouche. Des économies " parallèles " - mais des économies quand même - permettent à la plupart de se nourrir. Des alternatives à une économie mondiale et injuste se créent ainsi. Il y a donc quelque chose, dans cette Afrique populaire qui vit souvent dans le dénuement, que l'Occident ne comprend pas. Chez nous, on ne comprend plus, par exemple, que l'être humain est toujours une richesse. Pas seulement au sens " humaniste " du terme. Mais au sens de la ressource humaine : chaque être humain sait faire quelque chose. Chacun a des compétences. Chacun est utile pour les autres. Et presque chacun a une famille ou des amis. Et au sein de cette famille - toujours au sens très large en Afrique - on pratique la solidarité. Là où l'Etat n'est pas ou n'est plus en Afrique, il y a toujours la famille. Et c'est elle - en tant que groupe primaire, fondement dans la vie d'un être humain - qui fait de l'Afrique un continent riche.
L'espérance de vie augmente. L'espérance de vie augmente en Afrique. Et le niveau de vie augmente. On va un peu mieux aujourd'hui qu'il y a dix ans. On va parfois mieux qu'il y a vingt ans. Et on va sûrement mieux qu'à l'époque des colonies. Insister là -dessus peut paraître scandaleux. Des maladies déciment parfois des villages entiers. Un système économique néolibéral mondial condamne les pays africains qui connaissent un " développement humain faible " à mendier des miettes de la table des riches. Des guerres de basse intensité continuent de tuer à petit feu au Soudan et ailleurs. Mais dans le dernier rapport du PNUD (Programme des Nations-Unies pour le développement) (celui de 2009), c'est dit noir sur blanc : le pays où l'on vit le moins longtemps en Afrique est le Sierra Leone. L'espérance de vie y est de 47,3 ans. En la matière, seul un pays au monde est pire : l'Afghanistan (43,6 ans). Ce pays est connu parce que touché par la guerre d'Al Qaida, des talibans et des Américains, mais il n'est pas connu pour sa pauvreté matérielle.
La croissance économique est positive. Devinette : quel est le seul pays au monde qui a eu une croissance économique moyenne supérieure à deux chiffres pendant deux décennies ?. La Chine ?. La Corée du Sud ?. Dubaï ?. Non. Le Botswana. Le petit pays diamantifère près du géant, l'Afrique du Sud, est aussi celui qui lutte le plus efficacement contre la corruption et la pauvreté. La très grande majorité des pays africains connait actuellement une croissance économique supérieure à la croissance démographique. Cette croissance est tirée par les entreprises exportatrices, souvent dans le secteur extractif. Nous avons suggéré initialement que ce n'est pas le capitalisme occidental qui résoudra tous les problèmes économiques du continent. Soit. Mais les Etats et les entreprises africains ont besoin d'argent pour investir dans les infrastructures et organiser l'autosuffisance alimentaire, quand c'est possible. Ils ont besoin de développer les marchés entre les régions et entre les pays. Le développement d'un certain capitalisme en Afrique pourrait permettre les dépenses nécessaires. Il pourrait aussi permettre d'éviter le piège de l'endettement. Aidés par le Fonds monétaire international et la Banque mondiale, certains Etats y parviennent petit à petit, notamment en Afrique australe et en Afrique de l'Ouest.
L'Afrique se démocratise. Il fut un temps où un président français pouvait dire que " l'Afrique n'est pas mûre pour la démocratie ". C'était en l'occurrence Jacques Chirac. Avant lui, François Mitterrand avait fait savoir que malgré ses bons discours, il ne croyait pas vraiment à la démocratie en Afrique. Il avait soutenu plusieurs régimes dictatoriaux dont un qui se révéla génocidaire au Rwanda. A Dakar, en 2007, Nicolas Sarkozy a évoqué une Afrique qui n'a pas d'histoire. Comme ses prédécesseurs, Sarkozy se trompe évidemment. Ce continent a certes une bonne dizaine de dictatures condamnables, dont notamment les plaques tournantes de la Françafrique (Congo-Brazzaville, Gabon et Tchad). Mais ces régimes caricaturaux ne doivent pas faire oublier l'évolution historique de fond : l'Afrique se démocratise à pas de géant.
Sénégal, Mali, Sierra Leone et Botswana sont des " petits " pays devenus démocratiques. Mais on y trouve aussi les plus grands : l'Afrique du Sud et le Nigéria. Et le Congo-Kinshasa, malgré la situation parfois chaotique, est en train de s'habituer à des consultations populaires et à un régime qui respecte au moins un certain équilibre national. Ce n'est pas rien quand on sait que c'était au Congo-Kinshasa que deux guerres régionales, celle de 1996 à 97 et celle de 1998 à 2002, ont fait quatre millions de morts. En général, les médias rapportent bien des bourrages d'urnes et des élections truquées. Mais il y en a de moins en moins. Les médias, et nous en faisons partie, ne disent pas assez que la majorité des pays africains sont officiellement démocratiques. Beaucoup d'entre vous savent probablement que la Côte d'Ivoire est toujours très instable. Toutes les conditions politiques sont réunies pour que la guerre éclate à nouveau. Mais qui sait que dans un pays voisin, le Ghana, la dernière élection présidentielle en janvier 2009 a vu l'opposant Johan Atta-Mills succéder pacifiquement à John Kufuor qui avait régné pendant deux mandats, en respectant ainsi la constitution ?. La démocratie règne au Ghana. Et cela correspond à la tendance générale en Afrique. C'est une bonne nouvelle. Et nous n'avons pas le droit de négliger ces bonnes nouvelles.                                                            Â
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La revue "Les Réseaux des Parvis"
Si vous êtes intéressé(e)s par l'aventure d'un christianisme engagé, de mouvement, concerné par les enjeux du monde et par le message de l'Evangile, cette revue est la vôtre... Â
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La revue mars 2010 : Pourquoi le rassemblement novembre 2010 à Lyon ?Â
Un ami d'Orléans, bien connu des Parvis, s'écria un jour de novembre 2007 à Vic dans les Vosges : " Il faudrait organiser un grand rassemblement des gens de Parvis et d'autres chrétiens comme nous, pour qu'on nous voie un peu plus et pour qu'on puisse davantage compter avec nous ! ". Pierre de Givenchy lança ainsi une idée qui fit son chemin deux ans durant sur nos Parvis, avant que l'on puisse voir les bases concrètes de sa réalisation future... à Lyon en novembre 2010 !
Pourquoi l'idée a-t-elle plu et pourquoi s'en est-on saisi ?
D'abord, parce qu'à Parvis, on aime se rassembler ! C'est notre vocation première, notre raison d'exister, notre savoir-faire et notre joie.
Se rassembler dans l'ouverture, dans la liberté, pour que chacun soit à son aise, accueilli dans sa singularité, avec son propre parcours de vie, ses avis et ses engagements personnels.
Se rassembler pour le plaisir d'être ensemble avec notre diversité et de pouvoir partager sans directive, sans hiérarchie, sans hypocrisie, ce qui fait le profond de nos vies.
Se rassembler et se nourrir à nos sources communes : dans une ambiance de rencontre conviviale et de respect fraternel, retrouver la famille des amis qui suivent la voie de Jésus de Nazareth.
Ensuite, il est vrai qu'on aimerait se rassembler avec d'autres, plus au large encore ! .
Se rencontrer en un même lieu avec des amis, des lecteurs de la revue, des participants d'autres groupes plus anonymes, des croyants différents, des chrétiens du seuil - comme on les appelait à une époque -, des chercheurs de Dieu hors-les-murs, de ceux qui ont quitté l'Eglise sur la pointe des pieds et souffrent de se retrouver isolés, des mouvements proches de nous, et aussi, comme nous l'espérons de nous, et aussi, comme l'espérons tous, des jeunes sensibles à la résistance spirituelle, à la solidarité, l'interculturel, l'écologie.
Se rassembler pour être encore plus nombreux ensemble : se connaître, se re-connaître, se faire connaître. Qui sommes-nous sur les Parvis ? En majorité des femmes et des hommes de la maturité, souvent blessés par l'Eglise, nourris par l'espérance du Concile Vatican II, par l'avancée de l'oecuménisme et tellement déçus par l'institution depuis 50 ans !
Lassés par des rituels centenaires, des habits de musées ou des discours théoriques, nous vivons notre foi d'adultes en citoyens du monde au XXIe siècle.
C'est, pour nous, faire le choix d'une société démocratique tant dans la vie civile que pour la vie en Eglise. C'est aussi partager avec nos contemporains la quête d'identité, de sens et de liens qui constitue notre itinéraire croyant, et chercher à reconnaître la présence divine dans notre expérience humaine. A partir de là , se rassembler sur le Parvis, c'est manifester simplement que de nombreux chrétiens sont ouverts au temps présents, à l'avant-garde d'institution par définition plus résistantes au changement. Et enfin, pourquoi ne pas se relier plus largement au-delà du réseau national ? . Le réseau Européen Eglises et libertés et le Mouvement International IMWAC (Nous sommes l'Eglise) dont fait partie Parvis (en tant que fédération et au titre de plusieurs de ses associations membres) invitent conjointement à un rassemblement mondial comme Concile du Peuple de Dieu à Rome en 2015. De fait, notre rassemblement de Lyon 2010, en invitant des amis européens, pourrait impulser un peu de cette dynamique mondiale attendue.
Vers quoi allons-nous maintenant ?. L'A.G. de Strasbourg, le 29 novembre 2009, s'est prononcée. A la majorité absolue, les présents ont voté un oui massif pour s'engager à la préparation et à la réussite de ce Rassemblement sur le Parvis.
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" Le temps est venu " Lyon, 11-12 novembre 2010. Sur le plan organisationnel, il faut savoir que l'A.G. annuelle 2010 sera couplée au Rassemblement, que deux équipes (" Grand rassemblement " et " Parvis Rhône-Alpes ") elles-mêmes coordonnées au Bureau de la Fédération sont déjà au travail, et qu'une souscription a été lancée pour les premières réservations.
Quel est le sens de ce rassemblement pour nous aujourd'hui ?. " Le temps est venu " ... ? de nous réunir au grand jour, assumant sereinement notre libre distance aux Eglises instituées et d'inviter des amis à venir pour ce colloque-forum.
La visibilité et la pérennité de nos groupes (certains existent depuis plus de 40 ans !) sont des gages de notre crédibilité. Se montrer en nombre peut informer et rassurer des chrétiens " exilés " sur la possibilité d'être différents et de se retrouver avec d'autres pour la richesse de la confrontation et de l'amitié fraternelles ; et par conséquent attirer ceux qui pourraient désirer nous rejoindre. Notre présence à Lyon, davantage médiatisée qu'à notre habitude, interrogera peut-être aussi la hiérarchie religieuse sur la validité de nos interrogations, propositions ou innovations, face auxquelles elle est généralement très silencieuse.
- de dénoncer le décalage entre le conservatisme dépassé des Eglises et la souffrance des personnes face à la violence de la société néolibérale et des crises mondiales annoncées ; et de rappeler la puissance de l'Evangile pour " apporter aux opprimés la libération " . Le souffle de l'Evangile est celui du Jésus des Béatitudes. Lui qui a vécu avec les travailleurs, qui est venu pour tous les petits, malades ou étrangers, qui a donné sa vie pour ses amis, n'est pas un Jésus de dorures, de confort, de suffisances ou de ségrégations ! Jusqu'au bout Jésus de Nazareth incarna le lien du divin et de l'humain, nous traçant le chemin d'une humanisation de l'humanité à accomplir à notre tour jusqu'au bout avec la force de son Esprit ;
- de témoigner de nouvelles manières de faire Eglise, celles que nous connaissons déjà dans nos associations, communautés et fraternités, réunies en réseaux. Nous vivons, à côté des communautés de lieu - les paroisses où certains vont encore - des communautés de sens qui pourraient avoir leur place dans une Eglise plurielle. On y expérimente des célébrations plus fraternelles, des recherches de spiritualité plus actuelles, au plus près de la vie contemporaine ;
- de débattre ensemble, de réfléchir avec d'autres et d'inventer de nouvelles formes pour actualiser l'Evangile et pouvoir le vivre dans le monde d'aujourd'hui. En se référant aux intuitions du Concile Vatican II qui ouvrit l'Eglise au monde, et en s'appuyant sur les théologies contemporaines (exégèse historico-critique, théologies de la libération, théologies féministes, théologie de l'expérience, éco-spiritualité etc), il est urgent de trouver un langage nouveau, et des pratiques adaptées à notre temps pour espérer une transmission vivante du message.
Le temps est venu, face aux incertitudes actuelles de niveau planétaire - économiques, écologiques, politiques -, de nous interpeller les uns les autres au nom de l'Evangile et d'interpeller nos frères et soeurs de lutte, comme d'interpeller aussi les responsables de nos Eglises.
Le temps est venu de lancer un appel à la confiance pour les générations futures : saurons-nous dire la force de l'Esprit ?
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La lettre n°5 : février 2010
- L'A.G. de Strasbourg
- La Marche pour Gaza
                                                                                         
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Assemblée générale de Strasbourg
Témoignages
Participant pour la première fois, à Strasbourg, à une A.G. du Réseaux des Parvis, nous avons d'abord apprécié l'accueil chaleureux et détendu de l'équipe de Jonas-Alsace.
Nous revenons de ce week-end avec quelques repères. ? Découverte d'une assemblée très diverse (sauf peut-être pour la moyenne d'âge...) porteuse de multiples projets, incarnant un foisonnement d'engagements, inventant des chemins nouveaux pour participer à l'accomplissement de l'humanité. ? Une dynamique est enclenchée, un peuple s'est levé et se met en marche. Ce n'est pas une nouvelle chapelle de cheveux blancs nostalgiques, repliés sur leurs certitudes mais des hommes et des femmes de plein vent, tournés vers l'avenir, soucieux des plus jeunes. "Ensemble actifs et créatifs" : le temps n'est plus à regarder en arrière mais à tracer de nouveaux sillons. ? Pacifiés, libérés, dépouillés de traditions et de discours qui enferment, le temps est venu de sortir du cénacle et d'aller sur les parvis et les places témoigner que Jésus est vivant. Mais le message ne pourra être reçu et partagé que si nous sommes, en actes, solidaires des plus pauvres dans leurs luttes pour plus de justice et de dignité.
Merci à l'équipe de Jonas-Vosges qui nous a proposé un partage festif de la Parole et du Pain, simple et vrai.                                                                                                                                                      Â
                                                                                                                                             Jean et Annick Lanoë      Â
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Accompagnant Yves et Marie-Christine, délégués de notre groupe, à l'Assemblée Générale des "Réseaux du Parvis" qui se déroulait à Strasbourg les 28 et 29 novembre derniers, Marie-Josèphe et moi, nous sommes donc allés sur les PARVIS et nous avons rencontré là 135 personnes de situations et de milieux divers, d'âge plutôt "respectable", beaucoup de laïcs, de nombreux prêtres en foyer, un bon nombre de prêtres en exercices... Des hommes et des femmes engagés dans la foi et le service de leurs frères humains dans une cinquantaine d'associations ou de groupes informels...
Que recherchent toutes ces personnes ? Elles sont, disent-elles, sur les PARVIS sans doute de l'Eglise, mais peut-être aussi d'autres organismes : certaines ont le regard tourné encore vers l'intérieur de l'Eglise dans laquelle elles vivent leur foi et qu'elles voudraient voir évoluer... D'autres regardent plutôt vers l'extérieur et s'interrogent cependant sur l'avenir spirituel du Monde et des Humains... Toutes sont soucieuses de participer à la construction d'un monde nouveau plus proche du Message Evangélique. Alors toutes ces personnes circulent sur ces Parvis, vont et viennent, s'interrogent, dialoguent, élaborent des plans d'action pour essayer de faire évoluer l'Eglise mais aussi d'éveiller l'Humanité.                              Â
                                                                                                                                                     Bernard Corbineau
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Dix ans déjà ! Et dans dix ans ?
Il y a dix ans... Les chrétiens du Parvis, d'abord qualifiés de "réformateurs" puis aussi "progressistes" ou "dissidents", ou bien encore "chrétiens alternatifs" et maintenant plus souvent "chrétiens d'ouverture", se sont définis eux-mêmes comme étant "libres, divers et en réseau".
Aujourd'hui... Pacifiés d'avoir fait communauté sur le Parvis, réconfortés d'être ensemble nombreux à libre distance de l'Eglise officielle, ils dépassent leurs blessures par rapport à cette Eglise et ils assument leurs idées et s'expriment davantage, sans censure ni gêne. Ils pensent même que d'autres pourraient les connaître avec profit, et bénéficier de leur réseau. C'est pourquoi ils envisagent un Rassemblement plus visible à Lyon en 2010. Ils assistent à un tournant majeur de civilisation, où se nouent toutes les crises, financières, économiques, institutionnelles, sociales, religieuses, écologiques.
Eux qui vivent de la force de l'Evangile, de la parole fraternelle, ils s'engagent avec d'autres humanistes. Pour les uns il s'agit de veiller sur le Parvis aux abus d'une Eglise qu'ils voudraient plus ouverte au monde ; pour les autres, par exemple, de participer aux Cercles de silence qui protestent contre les injustices faites aux étrangers, de militer dans telle ou telle organisation politique ou caritative ; pour d'autres encore, ils partagent des textes pour conduire leur recherche spirituelle avec des formes nouvelles, davantage orientées vers la joie de vivre pour tous.
Et demain ? et dans dix ans ?
Bien sûr les membres de nos associations de Parvis vieillissent ; les groupes ne se renouvellent guère... Les jeunes ne sont pas intéressés, ni par l'Eglise, ni par Parvis ! Que faire alors de notre Trésor partagé ? A qui transmettre ce que nous avons reçu de l'Eglise et de l'Evangile ? C'est une question souvent entendue. Or la question doit se poser autrement, tout à fait autrement. C'est notre Energie que nous transmettons, notre courage, notre créativité, notre espérance.
D'ailleurs, interrogeons-nous : qu'est ce que cette dynamique des membres de Parvis, sinon le témoignage de l'Esprit divin qui nous porte en avant ? Oui, les graines d'Esprit ne vous appartiennent pas, et quand nous les avons semées, elles nous appartiennent encore moins ! Par contre, jusqu'au bout nous en avons plein les poches à donner... Les générations ici présentes, qui ont connu la reconstruction de la France, les Trente Glorieuses, Vatican II, Mai 68, la société d'abondance, puis le déclin démocratique par ultralibéralisme et hyper-individualisme, la montée des inégalités sociales, en même temps que la restauration de l'Eglise Catholique Romaine, et les fondamentalismes religieux, ces générations ont encore beaucoup à donner !
Le recul, la maturité, la sagesse de l'âge, sont autant d'atouts pour contribuer à la vie sociale jusqu'au bout, avec une vision à la fois plus détachée et large et à la fois plus ciblée sur l'essentiel. Notre monde d'incertitudes et de peurs a plus que jamais besoin de liens, de sens et de souffle. C'est là à mon avis que Parvis est convoqué ! Pour nous aider à envisager avec lucidité ces lendemains qui nous attendent, les approches et les luttes que cela suppose, les engagements collectifs qui existent déjà avec d'autres citoyens de tous âge, chrétiens ou non, nos amis Christine et Gerd vont partager avec nous des préoccupations et des domaines qu'ils connaissent bien, la jeunesse et l'écologie.                                                                                                                                                            Cécile Entremont Â
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La Revue N° 44 : le dossier "la santé"... Le Rassemblement sur les Parvis Lyon 2010... La vie des Réseaux...
                                                           
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Comment pourrait-on fêter Noël sans souhaiter ardemment que l'humanité réussisse ?
La question de la santé : s'occuper de la santé de nos concitoyens : est-ce un service à rendre ou un moyen de gagner de l'argent ?
  - Les activité internationales : le Réseau Européen et la crise mondiale...
  - La position de l'O.C.L. sur le voile intégral...
  - "Nous ne sommes pas en sortie de crise"... L'Equipe des chrétiens en classe ouvrière du secteur de Caen.
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. La réforme de la santé
. La médecine scolaire... La médecine du travail...
. Les solidarités à l'épreuve de la crise... Santé solo ou santé solidaire...
Témoignages : l'expérience Brésilienne de Philippe Mallet, prêtre, aux côtés de Dom Helder Camara...
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La Position de l'O.C.L. Sur le voile intégral.
1°)- Certes on ne peut pas interdire dans la société civile (indépendamment de ce que dit la Loi dans le cadre de l'école et des fonctionnaires des services publics) des vêtements ou autres symboles d'appartenance religieuse... (comme par exemple des soutanes, des cols romains, ou le port de croix, médailles et autres symboles religieux sous forme de bijou ou de "badges ") qui relèvent du libre choix de l'expression des opinions et convictions des citoyennes et des citoyens dans les limites du respect de l'ordre public et du respect des libertés d'autrui.
2°)- Il n'est pas question d'imposer même sous une forme d'interdit un "uniforme-citoyen", ce qui serait bien évidemment une autre forme d'identification idéologique... dans le cadre de ce que Hannah Arendt appelle la laïcité totalitaire. Sur ce point les analyses de Catherine Kintzler concernant le simple voile intégral rend impossible la reconnaissance de l'identité d'une personne (comme celle d'une mère allant chercher ses enfants à l'école, ou d'une personne se présentant à des contrôles, dans les guichets de services publics, des contrôles dans les transports publics et autres lieux semblables). Quel professeur ou quel médecin sérieux accepterait de ne pas voir le visage d'un élève ou d'un patient ? Comment peut-on déclarer mariés dans une mairie un couple dont la moitié n'est pas identifiable parce qu'elle se dissimule sous un voile ? Le voile intégral interdit l'identification dans un certain nombre d'actes de la vie civile où cette identification est exigée puisque l'identification est rendue impossible par la dissimulation du visage. Si les droits des citoyens doivent être les mêmes pour tous, il en est de même pour les devoirs !
3°)- Il y a aussi l'argument de la sécurité qui n'est pas à exclure (il est vrai qu'un porteur de bombe s'est déjà dissimulé ailleurs qu'en France sous ce genre de vêtement). Mais sans en faire le motif principal d'une décision - car une approche trop sécuritaire risque d'être très réductrice et peut-être de susciter une méfiance supplémentaire à l'égard de l'Islam. Il faut donc vérifier que la Loi est précise, claire et complète pour tous ces types de cas - décrits ci-dessus - et qu'elle interdit absolument le port du voile intégral dès lors que la reconnaissance de l'identité est exigible. Au cas où un doute subsisterait dans le cadre de la législation actuelle et au cas où la Loi ne pourrait être invoquée pour exiger la "levée du voile", il faut que la législation soit complétée au moins dans ce domaine.
4°)- Plus fondamentalement, pour que la Société soit possible, il faut affirmer qu'en toutes circonstances et en tout lieu public chacun doit pouvoir entrer en relation avec un visage humain et non pas avec des personnes complètement occultées. Sans ce lien corporel minimum (qui n'interdit pas des cheveux couverts par un fichu ou un simple voile) il n'y a plus de relation sociale possible. Comment un simple interlocuteur peut-il échanger avec un personnage fantomatique ? Comment interpeller ou entendre une forme sans visage ? De plus, nous avons la conviction - qui est sans doute partagée par une grande majorité de citoyens de toutes convictions - y compris bien entendu musulmane - que le voile intégral est le symbole (et la réalité) d'une aliénation grave de la femme dans ce qui fait l'intégrité de son être à la fois corporel, spirituel... et relationnel ! Bref une atteinte à sa personne. Certes il convient de savoir en même temps que des femmes portant ce voile intégral affirment le faire en toute liberté, voire "se sentir" plus libre, sous cette "protection" du regard des hommes. Elles disent que leur interdire cette protection "voulue par Dieu" serait contraire aux droits humains... Ces croyances, qu'elles soient sincères ou non, imposées, se heurtent à la conception des rapports sociaux entre femmes et hommes dans le cadre du respect des droits humains. Un choix éclairé s'impose donc. On ne saurait écarter la nécessité pour le législateur d'une analyse de ce qu'est la personne humaine et des droits qu'elle a. On ne saurait récuser a priori le droit d'une personne à vivre selon qu'elle considère sincèrement comme liée nécessairement à l'expression de sa croyance religieuse. Cependant on conviendra que, juridiquement, la liberté sans limite ne peut être accordée purement et simplement car elle peut causer de graves dégâts humains. On le comprend assez facilement quand il s'agit de réalités comme la polygamie, l'excision des petites filles, le refus de la transfusion sanguine pour leurs enfants par les témoins de Jéhovah, l'enfermement "éducation" des enfants dans une secte, etc. Or le voile intégral a, de fait, là où il est imposé (par exemple dans des Etats ou des lieux où le pouvoir est tenu par des islamistes totalitaires), une signification d'extrême mépris pour les femmes, et fait référence à une idéologie qui implique l'infériorisation des femmes par rapport aux hommes, même si, en certains cas, les victimes de cette idéologie ne s'en rendent pas compte. De tels comportements ne risquent-ils pas de jeter l'opprobre sur l'ensemble des musulmans et de provoquer une fracture au sein de la société ? Une Loi interdisant le port du voile intégral dans le domaine public peut donc être envisagée dans la mesure où le port du voile intégral est objectivement une forme de rupture du lien social, en général notamment sous l'angle de l'égalité des hommes et des femmes. Conséquence importante : il nous semble très clair et indispensable qu'en tout état de cause la protection par la justice, la police et toute médiation sociale des femmes qui refusent le voile intégral (et toute autre sorte de vêtement ou signe corporel) alors que la pression familiale ou communautariste contraindraient à le porter, doit être clairement affirmée dans le texte de Loi ou tout autre texte adopté après la consultation parlementaire.
5°)- Enfin nous notons que la question de la tolérance ou de l'interdiction du voile intégral n'est pas principalement une question de laïcité. Néanmoins elle en relève dans la mesure où juridiquement la laïcité affirme l'antériorité de la loi démocratiquement élaborée et votée sur les "lois" religieuses - ou prétendues telles - dès lors que des citoyens - en l'occurrence des citoyennes - sont menacés de violence ou que les relations sociales sont menacées de déstructurations déshumanisantes. Cela ne donne pas de critère absolu mais demande pratiquement des analyses rationnelles critiques et des débats sérieux. En effet ce n'est pas parce qu'une règle est édictée dans un contexte religieux qu'elle n'a pas de valeur humaniste et donc universelle ou universalisable ; mais il convient d'établir ce qu'il en est par un dialogue ouvert et rigoureux à la fois. Sur le plan religieux tout semble d'ailleurs indiquer que la grande majorité des musulmans ne considèrent absolument pas comme une obligation religieuse ou spirituelle le port du voile intégral et même le condamnent. On doit donc se demander si le port du voile intégral est un risque ou non de violence aux personnes et/ou de rupture des bases mêmes du lien social démocratique. C'est bien sur ce terrain que notre réflexion s'est portée.                                                                                                                    Jean RIEDINGER                                          __________________________________________________________
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  La lettre du 20 novembre 2009
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EDITORIAL
Fidèles à l’Evangile, nous parlons souvent beaucoup de notre maison, et des joies, des inquiétudes ou des convulsions que nous y voyons, que nous y vivons. Alors nos yeux se portent malgré nous par-dessus le mur du jardin pour tenter de humer l’air du large. Est-ce un réconfort de voir que, chez nos voisins, la même humanité se courbe humiliée, mais s’enfante dans la même espérance, et que d’autres combats, souvent bien plus durs que les nôtres, restent nécessaires pour la garder allumée ? Certainement. Dans le vent et la pluie les épis ploient. Mais ils sont chargés de grains, et l’on voit au loin les vagues de la plaine qui danse sous le soleil. La moisson est pour tous. Partons en voyage.
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Londres. Au-delà des bilans et décisions statutaires du Réseau Européen Eglises et Libertés qui tenait son assemblée générale annuelle, le thème choisi auquel on parvenait cette année était celui de l’écoféminisme et de l’écospiritualité. Vous lirez en particulier le texte d’Anne Primavesi, dont c’est l’axe de travail depuis des années. Dans ces débats « en langues » s’illumine la diversité, se joue la convergence.
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Honduras. Ce qui se passe, ce qui se joue en Amérique Centrale est sans doute beaucoup plus… central que nous ne l’imaginons. Pour l’Eglise catholique aussi. Ouvrons les yeux.
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Assise. Comme une sorte de point d’orgue aux chocs ecclésiaux - mais le chapitre ne saurait se clore - le dernier hors série de Témoignage Chrétien consacré à François d’Assise, écologiste avant l’heure qui pensait avoir à reconstruire l’Eglise, nous rappelle que tout reste à faire pour porter le Royaume en avant.
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Le dernier Hors Série, novembre 2009 : Eglise, qu'as-tu fait de ton Evangile ?
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Les réactions ont afflué à la suite des dérapages, bavures et autres caprices hiérachiques depuis le début de cette année 2009. Certes, des mois ont passé mais nous avons, à présent, le recul du temps pour nous projeter au-delà des cris d'indignation...
Ce sont des cris qui surgissent de l'Evangile... des cris de douleur qui relaient les cris des pauvres, de ceux qui s'efforcent de participer à l'avènement d'un monde plus solidaire et plus juste.
Ce sont des cris d'humanistes, croyants ou non, pétris d'une foi dans l'homme, militant pour sa dignité qui mettent l'humain avant la sainteté, la recherche avant la vérité, la tendresse avant la rigueur morale.
Nous interpellons notre hiérarchie, en critiquant une institution coupée de la vie et des humains, en dénonçant les pouvoirs qu'elle détient et en demandant le dialogue pour participer aux instances décissionnaires.
Il faut proposer de nouvelles formes pour gérer l'Eglise qui soient adaptées pour la société démocratique d'aujourd'hui. C'est ce que nous essayons de vivre dans nos réseaux du Parvis. Nous nous rassemblons dans la réciprocité de nos relations pour partager l'Evangile dans nos vies, pour innover nos célébrations, pour faire advenir plus de justice, pour agir en faveur des opprimés, pour promouvoir une civilisation de la pauvreté.
Nous osons poser des actes de "chrétiens-citoyens" avec d'autres, croyants ou non pour être des témoins...
Nous veillons, nous étudions et nous réfléchissons, nous échangeons pour décrypter le changement civilisationnel actuel pour inculturer le message de l'Evangile au mode de vie contemporain, pour repenser la théologie à partir de l'expérience humaine et de l'avenir de la planète...
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                                          La table des matières I : Christianisme trahi II : Une attente de débat dans l’Eglise III : Confrontation féconde entre droits humains et Evangile IV : Collectifs pour sortir de l’ornière dogmatique
Extraits de l’éditorial de Michel Deheunynck :
Le titre Eglise, qu’as-tu fait de ton Evangile ? est choisi en contre-écho à la fâcheuse interpellation de Jean Paul II à notre pays « France, qu’as-tu fait de ton baptême ? ». Mais aussi pour affirmer que c’est d’abord au nom de l’Evangile que s’expriment les malaises, détresses et révoltes de nombre d’entre nous face à l’Eglise romaine.
Cet Evangile, super cadeau que Dieu nous fait, trop souvent délaissé par l’institution qui préfère jouer avec le carton d’emballage qu’est la religion avec ses rites, ses règles et ses dogmes, à l’image de ces petits enfants qui renoncent vite au cadeau trop raffiné pour eux et préfèrent s’amuser avec la boîte…
Les réactions ont afflué à la suite des dérapages, bavures et autres caprices hiérarchiques qui ont accéléré leur cadence depuis le début de cette année 2009.
Nous avons voulu recueillir et faire résonner les expressions d’amertume et de rancoeur, mais aussi d’humanité, d’amour et de foi qui se sont manifestées. Il y en avait tant qu’il a bien sûr fallu choisir en contournant les inévitables redondances pourtant révélatrices d’un mouvement à forte dimension collective.
Ces expressions multiples ont été aussi très diverses, selon leur style : cris du coeur, coups de « gueule », déclarations, articles de presse, lettres ouvertes aux évêques, etc … Diverses aussi par leurs auteurs : croyants intégrés ou en marge, laïcs et clercs, théologiens, professionnels, politiques, médias, etc …Certaines étaient focalisées sur tel ou tel dysfonctionnement ecclésial : réintégration des intégristes et de leurs évêques , excommunications autour d’une petite fille brésilienne qui a ému toute la planète, réprobation renouvelée de l’usage préventif du préservatif, …. d’autres étaient d’emblée plus globalisantes sur les comportements peu évangéliques de l’institution dans leur ensemble.
Encore fallait-il les classifier selon une présentation dynamique. Nous proposons de commencer par les textes qui expriment surtout une émotion; puis, ceux qui évoquent une attente, un avenir autre; ensuite, nous présentons les pistes de réflexion et d’approfondissement qui ont été élaborées et que nous confrontons aux arguments adverses des mouvances intégristes ; enfin, pour ne pas en rester aux déclarations, nous développons les actions qui sont envisagées ou déjà engagées. Ce cheminement nous rappelle celui de l’Action Catholique en Voir-Juger-Agir. Â
 A travers toute cette mobilisation se révèle un éveil de la conscience du peuple croyant, une ébauche d’émancipation d’un troupeau qui n’entend plus être docile et obéissant et revendique sa maturité. Désormais adulte, il n’est plus disposé à jouer avec la boîte …
Mais émergent aussi des réactions de civilisation, telle que la remise en cause de l’intégrisme catholique, comme il en est de l’intégrisme financier, ainsi que de sa compromission avec certains mouvements d’extrême droite. Cette émergence d’une opinion publique dans l’Eglise catholique romaine contribue ainsi, pour sa part, à féconder des interrogations de sens majeures pour l’avenir de notre humanité.
Au-delà  des paroles et bien au-delà de nos mouvances sur les parvis de l’Eglise, des mouvements prophétiques sont en marche. Oui, ça bouge dans le christianisme et dans son rapport au monde d’aujourd’hui. Enfin !
Présentation du premier chapitre : Christianisme trahi (par Didier Vanhoutte)
Il y a bientôt 50 ans on commençait d’ériger le mur de Berlin. Il aura duré 28 ans. Ses créateurs avaient oublié que tous les murs, toutes les citadelles tombent un jour, d’une manière ou d’une autre. Le temple de Jérusalem fut rasé en l’an 70, et le mur qui entoure Israël aujourd’hui tombera un jour.
Parce que les murs ne protègent pas. Ils enferment. Ils asphyxient. Et l’Eglise catholique romaine, emprisonnée dans une attitude obsidionale, l’a elle aussi oublié. Aujourd’hui, on y restaure avec effroi, tout en tremblant, les vieux rites, on s’abrite derrière les dogmes, on donne de la voix dans certains palais épiscopaux et derrière la façade de la Curie. On joue la pudeur offensée. On fait le simulacre de l’autorité : elle ne prouve que la déconfiture.
Alors le peuple crie. Rendez-nous l’Evangile ! Cette clameur fera un jour s’effondrer les murailles de Jéricho pour libérer la Parole.
Une jeune fille de 20 ans avait compris tout cela en 1929 : Simone Weil. Voici ce qu’elle écrivait alors (Œuvres complètes, Quarto Gallimard, page 137) : Il est des organisations, dans la société, qui, étant comme refermées sur elles-mêmes, n’ont d’autre but que d’exister et d’exister le plus possible. Telles sont les églises, tels sont les partis, telles sont, de la manière qu’on l’entend de nos jours, les patries. La fin suprême est, pour une église, de s’étendre ; pour un parti, le pouvoir. Et le moyen, puisque églises et partis sont composés d’hommes, c’est de diriger toute l’action de ces hommes vers l’église ou le parti, de les transformer, d’hommes qu’ils s’efforçaient d’être, de manière à ce qu’ils ne soient plus que des croyants, que des partisans.
Les textes que vous allez découvrir dans ce chapitre, issus de nos Réseaux ou venus de personnalités indépendantes, prouvent que le temps de l’acceptation silencieuse n’est plus.
N’hésitez pas à vous procurer le hors-série (6,50 € à l’ordre des éditions du Temps Présent 68 rue de Babylone, 75007 Paris), à en parler et à le diffuser autour de vous.
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La Revue : septembre 2009
                                Le dossier : Le Bouddhisme
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  Extrait de l’éditorial (Didier Vanhoutte)
Devenir humain était la perspective que nous indiquait Yves Burdelot, l’un de nos disparus. Comment décider d’être plus « humain » sans nous sentir concernés par la profondeur d’autres convictions, d’autres fois, elles aussi en recherche de sens et d’accomplissement ? Or il est un monde à l’écart des grands monothéismes qui ne peut que nous interpeller, le bouddhisme. La connaissance que nous en avons en France est souvent très réduite, une quasi-illusion quelque part entre gymnastique, thérapeutique inspirée, quiétisme pacifiste, et paysages de l’Himalaya. Or il est bien plus que cela. Il faudrait déjà ne pas le confondre avec l’Hindouisme, qui a, depuis longtemps, repris toute sa place en Inde, et se souvenir qu’il y a « des » bouddhismes, comme il y a des islams et des christianismes. Même s’il est très populaire en France à cause du combat politique qu’il mène, le tantrisme tibétain n’est qu’une petite partie du bouddhisme planétaire ; les rites et les superstitions qu’y pratiquent ses adeptes sont loin du dépouillement et de l’altruisme universel qu’impliquent les autres traditions, en particulier le Mahayana. Il convient de rappeler avec force que le bouddhisme est l’une des grandes explorations de la pensée humaine. Comment ne pas nous sentir interpellés par l’Eveil qu’il suscite ?
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  La connaissance que nous avons en France du Bouddhisme est souvent très réduite, une quasi-illusion entre gymnastique, thérapeutique inspirée, quiétisme pacifiste et paysages de l'himalaya. Or il est bien plus que cela.
 Il ne faudrait déjà pas le confondre avec l'hindouisme qui a, depuis longtemps, repris toute sa place en Inde.
 Il convient de rappeler avec force que le Bouddhisme est l'une des grandes explorations de la pensée humaine. Comment ne pas se sentir interpellé par l'éveil qu'il suscite ?
Extrait du Dossier : « Le bouddhisme laïc, un bouddhisme pour notre temps » (par le bureau Reiyukai)
Profondément préoccupé par l’état du monde, par les problèmes sociaux et humains dont il est le témoin, Kakutaro Kubo étudie les sciences humaines et recherche le moyen de permettre aux êtres humains de réaliser une vie essentielle et profondément satisfaisante. Sa découverte du Soutra du Lotus et du message universel qu’il contient est une révélation : la clé d’une société meilleure réside dans le développement des valeurs et des pratiques bouddhistes qui y sont exposés. Il découvre que le bouddhisme présenté dans le Soutra du Lotus diffère beaucoup du bouddhisme rituel exercé par les prêtres. Convaincu que chacun doit chercher activement à réaliser les principes du Soutra du Lotus dans sa vie, il fonde le Reiyukai en 1919, ouvrant ainsi les portes du bouddhisme laïc. C’est la première tentative de cette nature dans l’histoire du bouddhisme japonais, qui plus est, dans toute l’histoire du bouddhisme.
Se basant sur les principes fondamentaux de l’enseignement bouddhiste, il exhorte ses contemporains à accomplir la pratique de bodhisattva. Le Soutra du Lotus exhorte particulièrement chacun à devenir un maître du Dharma, c’est-à -dire un « ambassadeur » du Bouddha, qui transmet l’enseignement à sa place. Ce bodhisattva, animé par le cœur que tous les êtres humains atteignent la sagesse suprême, aide et accompagne ceux qui souhaitent se mettre sur ce chemin. Un tel bodhisattva, dans l’accomplissement de cette pratique, réalise progressivement en lui les « six perfections » et, selon le Soutra, les bienfaits qui en résultent sont pour le monde et pour lui-même, incomparables et incommensurables.
Au sommaire :
 - L'Assemblée Générale des Réseaux du Parvis du vendredi soir 27 au dimanche midi 29 novembre 2009 au Centre Culturel Saint-Thomas à Strasbourg.
- La Vie des Réseaux
- La peste porcine, dernier fléau de l'industrie de la viande
- Jean Cardonnel : la radicale exigence fraternelle
- La JOC à la Courneuve : la jeunesse, ça se cultive !
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Le Hors série n°21
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                             Capitalisme et Libéralisme
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LA PRIVATISATION DES SERVICES PUBLICS
Une conséquence de la concurrence en tant que valeur centrale du néolibéralisme est que le secteur public doit être brutalement diminué, car il n'obéit pas et ne peut pas obéir à la loi fondamentale de la concurrence pour les profits ou les parts de marché. La privatisation est l'une des transformations économiques les plus importantes des vingt dernières années. Cette tendance a commencé en Grande-Bretagne, et s'est répandue partout dans le monde.
Pourquoi les pays capitalistes, particulièrement en Europe, ont-ils tous commencé par avoir des services publics, et pourquoi beaucoup en ont-ils encore ? En fait, presque tous les services publics constituent ce que les économistes appellent des " monopoles naturels ". Un monopole naturel existe quand la taille minimale pour garantir une efficacité économique maximale est égale à la taille réelle du marché. En d'autres termes, une entreprise doit avoir une certaine taille pour réaliser des économies d'échelle et ainsi fournir le meilleur service possible à un coût le plus faible possible pour le consommateur.
Les services publics nécessitent également d'investir une grosse mise de fonds au début - comme les rails de chemins de fer ou les lignes à haute tension - qui n'encouragent pas non plus la concurrence. C'est pourquoi les monopoles publics étaient la solution optimale évidente. Mais les néolibéraux considèrent que tout ce qui est public est par définition " inefficace ". Qu'arrive-t-il alors quand on privatise un monopole naturel ?
De façon tout à fait normale et naturelle, les nouveaux propriétaires capitalistes ont tendance à imposer des prix de monopole au public, tout en se rémunérant grassement. Les économistes appellent cet effet " échec structurel du marché " parce que les prix sont plus élevés qu'ils ne devraient et que le service au consommateur n'est pas forcement bon. Pour empêcher les échecs structurels de marché, jusqu'au milieu des années 80, les pays capitalistes d'Europe confiaient presque tous la poste, les télécommunications, l'électricité, le gaz, les chemins de fer, les métros, le transport aérien et généralement également d'autres services comme l'eau, l'enlèvement des ordures etc., à des monopoles d'Etats.                                                                                  Susan George.   Â
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      Chaque année 3 publications différentes : 4 trimestriels, 2 hors série, 2 bulletins d’information (La Lettre).
• Les numéros trimestriels (40 pages) comprennent des rubriques régulières : o La vie des Réseaux, qui rend compte des activités, des engagements et prises de position des associations de la fédération Réseaux du Parvis. o Un Dossier, sur un thème.
La revue Les Réseaux des Parvis est née il y déjà 10 ansannoncé (13 pages). o Une Méditation. o Un Evénement, qui porte sur l’un des aspects de l’actualité sélectionné. o Résistance, où nous choisissons d’honorer un « courage » particulier.
• Les hors série (72 pages) sont pris en charge, et de façon successive, par les associations qui constituent les Réseaux. Chaque hors série est construit autour d’un thème particulier choisi d’un commun accord par la Rédaction de la revue et les associations concernées.Â
• La Lettre est consacrée à l’actualité du monde et des Réseaux (12 ou 16 pages).
, en même temps que la fédération Réseaux du Parvis. Parmi les associations qui constituèrent les Réseaux, plusieurs avaient des publications qu’elles éprouvaient des difficultés à maintenir en vie. Dans la nébuleuse qui aboutit à la création aussi bien de la fédération que de la revue, cette dernière a d’abord été conçue comme une unification des publications préexistantes. Elle a donc été le fruit de ce rassemblement d’énergies, et l’expression des associations qui s’y étaient investies. Mais la fédération comprend aujourd’hui plusieurs dizaines d’associations, et la revue a, de ce fait, pris une tout autre dimension. Elle est vite devenue le « vecteur » d’information imprimé de l’ensemble des Réseaux.
Il a récemment paru nécessaire de faire connaître une évolution à la revue. • Une ligne éditoriale a été élaborée par les deux co-éditeurs (société d’édition Temps Présent et fédération Réseaux du Parvis), de façon à définir clairement l’esprit dans lequel cet accord devait être exercé. Vous pourrez trouver cette ligne éditoriale en annexe. Elle vous montrera combien l’essentiel du message évangélique est au cœur de notre travail. • La maquette en a été complètement revue. La quadrichromie a été introduite. • La périodicité a connu une évolution, puisque 2 suppléments annuels (La Lettre) ont été ajoutés au reste du dispositif (les 4 trimestriels et les 2 hors série).
Didier Vanhoutte Rédacteur en chef
ANNEXE
Ligne éditoriale
La revue « les Réseaux des PARVIS » a reçu de la fédération « Réseaux du Parvis » et de la société « Temps présent », co-éditeurs, les recommandations suivantes :
- Sa référence doit être le message de Jésus le Nazaréen qui révèle à chaque personne sa dignité et nous invite tous à l'amour réciproque pour accomplir notre humanité.
- La revue aura à respecter, refléter et faciliter la diversité des groupes et des personnes qui cheminent au cœur ou à distance des Eglises : quand ils partagent la même recherche de spiritualité, les mêmes valeurs essentielles, ces différences sont un atout pour une confrontation salutaire.
- Elle devra témoigner d'une solidarité sans faille à l'égard de tous ceux et celles, quelles que soient leurs convictions et leurs origines, qui sont victimes de l'injustice, de la pauvreté, et de l'exclusion.
- Elle devra œuvrer à la prise de conscience que la justice et la fraternité proposées par l’Evangile ne seront promues que grâce à un combat pour l’égalité entre tous les êtres humains, genres, orientations sexuelles, ethnies, cultures et classes sociales confondus, dans et à l’extérieur des Eglises.
- Elle sera amenée à dénoncer la manière dont les religions sont tentées d’imposer aux sociétés leurs règles propres. Cette imposition réduirait en effet à rien la liberté de l’humanité de penser par elle-même, dans sa totale diversité.
- Elle devra constamment rappeler qu’aucun acte de foi ne peut être imposé, mais qu’il ne peut être que le fruit d’une totale autonomie de la personne. Que la grandeur du Dieu de Jésus réside dans sa fragilité, dans la possibilité qu’il nous donne de l’ignorer. Que « la » vérité n’est la propriété de personne, qu’elle demeure une quête, qu’elle nous échappera toujours dans ce monde, et que celles et ceux qui sont le plus loin du christianisme y ont aussi accès. Elle insistera sur la conviction que nulle « caste », en particulier cléricale, n’est, par nature, détentrice du vrai.
- La fidélité réaffirmée au message de Jésus et la liberté revendiquée par rapport aux dogmes et aux institutions, permettront à la revue l'exploration fructueuse de nouvelles théologies ancrées dans l'expérience de nos contemporains.
Les co-éditeurs de cette revue partagent la conviction que les progrès harmonieux de la justice et de la démocratie dans le fonctionnement des sociétés et des Eglises – entendues comme des organisations humaines faillibles –, ainsi que l’épanouissement des personnes, sont conditionnés par l’accès de tous au savoir, et à la culture en général pour favoriser une pensée critique et féconde. La revue doit aussi considérer qu’elle contribue à la dynamique du partage d’expériences grâce auquel les Associations du Parvis vivent ensemble une aventure humaine constructive et que promouvoir la « connaissance » est l’une de ses tâches essentielles.
La revue proposera des informations et des analyses sur les réalités sociales, culturelles, scientifiques, économiques, politiques susceptibles d'éclairer les orientations ci-dessus définies et la réalisation concrètes de nos idéaux.
Cette revue veut être le reflet de la vie, des initiatives et des actions des associations de la Fédération.
Si vos engagements, votre réflexion ou vos attentes vont dans le même sens, cette revue est pour vous.
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