La peinture comme parole PDF Imprimer Envoyer
Écrit par Françoise Schmitz   


Paroles non pas dites ou écrites, mais peintes, sculptées, chantées….

 

Paroles fortes au point d’être choquantes, qui disent le désordre du monde, l’injustice, la souffrance de  l’être humain méprisé, abimé.

Et aussi la foi, l’espoir, l’esprit toujours vivant.

Les artistes contemporains peuvent, sans contraintes  techniques ou stylistiques, entrer en contact avec le tréfonds  d’eux-mêmes et faire parler le nôtre.

 

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Par-delà l'Orient et l'Occident.

ROFU : UN COEUR TRANSFORME.


Jeu de l'encre, jeu du pinceau,
            sur le papier...
  Le peintre sourit au monde.
            Son coeur chante.
Tel un danseur, en quelques gestes,
            il offre sa vision.
Il invite à pénétrer dans l'intimité
du monde et à savourer sa présence.
       Sous la caresse de son pinceau
                     gorgé d'encre,
Sur le papier, il dévoile son âme.

 

Ces quelques mots en exergue reflètent mon univers pictural. Ils contiennent, me semble-t-il, le sens profond et l'idéal de cet art si original qu'ont légué, pour notre ravissement, les maîtres orientaux.
Dans le foisonnement des lectures et des idées qui nourrissent ma jeunesse, la découverte de la peinture à l'encre de Chine fut une véritable révélation.

 

Elle semblait receler ce à quoi j'aspirais du plus profond de moi-même et qui n'avait aucun équivalent en Occident.
Guidée par mon intuition, je partis au Japon apprendre les rudiments de cet art auprès d'un maître de sumié.

Le regarder peindre me surprenait et me ravissait. Cet acte pendant lequel tout son être - son corps, son esprit, son souffle - était en éveil et en parfaite harmonie, s'apparentait à une danse.
Quelle gestuelle étonnante et inattendue de la part d'un peintre ! Il semblait chanter quand il peignait, et son souffle profond, inspiré, s'exprimait puissamment, dans une exubérante jubilation.
Cette technique, loin d'être un simple moyen d'expression, transformait, ouvrait le coeur et l'esprit à l'intimité de la nature. Je le voyais en lui et aspirais à le vivre.

 

Cet apprentissage très particulier m'a permis de cultiver mon aptitude à recevoir le monde, à l'accueillir en moi, à découvrir la multiplicité de ses éléments moins dans le détail de leur forme et de leurs aspects que dans leur rythme et leur vitalité. Merveilleuse discipline qui libère le geste et ouvre la vision intérieure ! A chaque coup de pinceau, je tente de reproduire l'élan, le chant et la saveur du sujet que j'ai choisi. Ce faisant, mon esprit est naturellement conduit vers la connaissance du lien essentiel que possèdent tous les éléments entre eux, agissant et réagissant les uns sur les autres.

Je suis née au bord de la mer et cet élément est un de mes thèmes favoris.
Mon enfance et mon adolescence ont été bercées par le vent et le rythme des vagues : le tumulte des tempêtes d'automne, le bruit du ressac sur les rochers, le silence des plages vides des matins d'été, les mers vertes de l'hiver.
La mer m'a toujours surprise, éblouie, emportée dans ses nuances - du bleu marine à l'émeraude -, dans ses reflets, sa transparence, sa lumière.

 

Mais la mer qu'exprime mon pinceau est monochrome : c'est son caractère et sa vie dans les pierres ou dans les montagnes -, et l'air le souffle invisible qui anime la vie. C'est aussi par le souffle et le rythme que mon pinceau s'anime. Mon geste révèle alors des vagues successives qui se perdent dans le ciel à l'horizon lointain. A leur surface, le vent inscrit des rides et des embruns. Je pénètre en moi dans cette eau profonde où coulent les puissants courants des océans : sur mon papier se dessinent des zones d'ombre. Sortis de mon pinceau, se dressent des rochers immémoriaux.
Vaine résistance à l'eau, le plus faible intérieure qui se révèle. Car au delà du ravissement de ses couleurs, de ses chants, de ses parfums, la mer porte en elle le déferlement du monde et la profondeur de l'âme. Est-ce la mer ou l'apprentissage patient de mon trait qui m'apprend l'humilité, la beauté, la gratitude et la dévotion devant toute forme de vie ?. Serait-ce les deux ?. Car la mer possède cette qualité d'ouvrir notre âme à l'essentiel et la discipline assidue de l'art du souffle et du trait purifie nos sens et notre coeur.

La mer possède le mouvement et le rythme présent en toute chose - même des éléments, à laquelle, pourtant, rien ne résistera !.

Cette peinture exprimerait-elle mon espoir profond de voir s'effacer, se dissoudre les obstacles à la vie infinie de l'esprit ? . Ces rochers battus sans relâche par les flots symboliseraient-ils les bastions d'une humanité qui s'accroche désespérément à ses illusions, à ses aveuglements et à son ignorance, redoutant obstinément de s'élever vers la plénitude et la liberté ? .

 

Dans la période où je réalisais cette marine, je fis ce rêve inhabituel. Une personne était entraînée dans des eaux tumultueuses. Je levais alors les yeux vers le ciel noir où je découvrais, entre les nuages, un dragon. Il était clair dans ce songe que c'était le dragon qui était à l'origine de tous ces remous. Après son passage, la fureur des flots s'apaisait, le ciel redevenait clair, la vie sereine.

Je vois dans cette peinture l'ombre d'un dragon, dans le ciel.  Ai-je raison d'interpréter ainsi cette tache sombre, jaillie spontanément de mon pinceau ? . Les déferlantes et le ciel chargé de cette peinture me remémorent ce rêve. Le dragon évoque pour moi les puissances cachées qui soumettent notre monde, le bouleversement et l'entraînent dans le chaos des fléaux et des catastrophes ; les forces aussi qui nous habitent et soumettent notre esprit au trouble des passions et des conceptions.

 

C'est toujours avec surprise et curiosité que je découvre ce qu'avec fulgurance mon geste a laissé advenir. Porté par le souffle et l'esprit, le pinceau accomplit une étrange alchimie, et l'encre, sur le papier, révèle le visible et l'invisible...
La peinture doit être ravissement. C'est une parole sacrée, fruit de l'émerveillement et de la discipline intérieure, de la ferveur et de l'amour de la vérité.
                                                                                                                                                ROFU. 
 

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FRANCOISE GRIMANELLI :
L'ART EN PARTAGES.

Trois courbes ont été tracées sur le papier épais. Elles structureront l'oeuvre à venir. Leur force et leur dynamisme irradient.

Autour de Françoise Grimanelli, leur auteure, plusieurs hommes et femmes ont chacun leur mini-atelier - large bureau, mur et chevalet - dans ce grand appartement proche à la fois du quartier de La Défense et du Courbevoie populaire. Ils y poursuivent leur rêve pictural avec la complicité de l'artiste qui travaille à côté d'eux. Dans ce repaire, professionnalisme semble être un maître-mot. Même s'il n'est en rien synonyme d'argent gagné ou non.
Il évoque l'aventure commune d'une quête de vérité menée par chacun dans une autonomie de choix encouragée à tous les stades de l'oeuvre. Petits soldats ayant besoin d'encadrement autoritaire, s'abstenir.
Françoise Grimanelli ne se refuse plus le figuratif même si son chemin l'a conduite plutôt au pays de l'abstraction avec un détour du côté de la peinture orientale traditionnelle à la façon coréenne. Au cours d'une formation que sa curiosité lui fit prolonger, Françoise a surtout connu le rapport dominant-dominé entre le maître et l'élève. Passionnée très jeune par le Bauhaus allemand, elle a profondément admiré l'artiste belge Marc Stockman qui lui a permis d'approfondir son goût pour l'art abstrait contemporain en lui révélant ses fondements spirituels et sa liaison avec la plus grande histoire de l'art.

Dans l'humilité de ses exercices coréens, elle a appris à libérer ses gestes en leur insufflant spontanéité et précision.
Tout cela pour dire que l'artiste sait d'expérience combien il est difficile pour un peintre de sortir des cadres enseignés, de désapprendre pour trouver son propre chemin.

Aujourd'hui, Françoise sait comment, en quelques coups de pinceau comme dans la vie, casser le désespoir et même celui des hauts rectangles noirs des tours de La Défense. Elle ose résumer les rapports dominant-dominé en deux regards d'homme et de femme qui ne se croisent pas. Depuis longtemps l'artiste expérimente pour elle comme pour ses compagnons d'atelier un autre fonctionnement dans le permanent apprentissage de la création comme dans l'ensemble des relations interpersonnelles. Chacun devenant conscient de ses responsabilités humaines en même temps que de sa liberté de créateur. Il y faut, côté animatrice, en plus du goût pour le partage, beaucoup de curiosité, d'empathie pour le proche ainsi qu'une passion assumée du mouvement, de l'inachevé, de la vie.

                                                                                                                             MARIE-PAULE DEFOSSEZ.

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