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Revue N°106 septembre-octobre 2021 : En marche hors les murs, foi en partagee #2

Editorial

Lorsqu’il marchait sur les chemins de Palestine, Jésus était un homme de son temps. Juif il était né, juif il a vécu, juif il est mort. Il n’a fondé ni église, ni religion. Il n’a pas voulu abolir ce qui existait, mais s’est attaché à l’accomplir. Aux personnes qu’il rencontrait, il proposait une vie épanouissante et, depuis des siècles, d’innombrables femmes et hommes de toutes cultures et religions ont entendu Sa parole dans leur langue, sont devenus ses disciples par le baptême et se sont rassemblés dans l’eucharistie communautaire.


Articles du dossier (pour les consulter, il suffit de cliquer sur les liens)         Sommaire du dossier

01 « Sur les marges, nous avons pu inventer » – Entretien avec Christine Fontaine

02 « Les murs qui séparent les hommes ne montent pas jusqu’au ciel » – Georges Heichelbech

03 Et si on gardait des murs ? – Jean-Pierre Schmitz

04 Jésus perce-murailles – Christiane Bascou

05 Célébrer l’eucharistie dans notre salle de séjour ? – Martha et Gert Heizer

06 Saint-Merry hors les murs – Blandine Ayoub, Jean-Philippe Browaeys et Jean-Luc Lecat

07 La Communauté chrétienne dans la cité (CCC) – Philippe Camberlein

08 Un parcours commun « sans chemin » – Jean-François Rolin et Odile Durand

09 « Au nom de tous mes frères » : l’Évangile tel que vécu – Régine et Guy Ringwald

10 Pour une Église en dialogue – Jonas Alsace

11 Ouverture hors les murs – Michel Deheunynck

12 Témoigner de l’Évangile sur les chemins de la vie quotidienne –

      Michel Gigand, Jean-Marie Peynard, Claude Simon

13 Le couple, partenaires aimants, créé à l’image de Dieu – Louise

14 Les murs sont-ils toujours là où nous les voyons ? – Marie-Anne Jehl

l’infolettre

 




Revue N°104-105 : la vérité toujours en construction ? (été 2021)

Editorial :

Un jour nous avons répondu à un appel, un appel à suivre quelqu’un qui a dit : « Je suis le chemin, la vérité et la vie. » Et nous nous sommes mis en route, en quête de la vérité, lumière pour notre vie. Arrivés (presque) au terme de notre existence, nous pensons que, comme Paul, nous avons cherché la vérité en « combattant le bon combat ». Avec une certaine amertume nous constatons que la terre n’est pas pour autant devenue le paradis auquel nous rêvions. Les jeunes générations poursuivent leur propre chemin, hésitant à mettre leurs pas dans les nôtres. Notre quête de la vérité serait-elle un échec ?     Lire la suite

Articles du dossier (pour les consulter, il suffit de cliquer sur les liens)         Sommaire du dossier

  4  La Vérité toujours en construction ? – Entretien avec Jane Stranz

  6  La Vérité, c’est quoi au juste ? – Jean-Pierre Schmitz

  7  La majorité peut-elle dire le vrai ? – Guy Ringwald

  8  La Vérité, à construire avec d’autres – Jean-Pierre Schmitz

  9  L’opinion est-elle capable de vérité ? – Georges Heichelbech

10 Enseignement, éducation, endoctrinement … en vérité ! – Françoise Gaudeul

11 La Bible, parole de quelle vérité ? – Georges Heichelbech

12 Construire des contre-vérités : les « fake news » – Régine Ringwald

13 Vérités et religions – Georges Heichelbech

14 « Pour faire société, il faut se mettre d’accord sur l’importance de l’idée de vérité » – Etienne Klein

15 Il n’y a pas de vérité éternelle en histoire – Jean-Paul Blatz

16 Qui suis-je, en vérité ? – Marie-Anne Jehl

17 Du nécessaire esprit critique face aux médias  – Jean-Paul Blatz

19 Quand la vérité est livrée clé en main – Guy Ringwald

20 Plaidoyer pour le mensonge – Christiane Bascou

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En complément de la Revue

B I E N V E I L L A N C E
François Moalic

C O N T E X T E

Ces quelques feuilles sont des réflexions qui prennent leur source dans les échanges de plusieurs années dans le groupe « Evangile et Modernité 49 » lié à la fédération nationale « Le Réseau des Parvis ». Dans les réunions, on partage convictions et interrogations sur le sens de l’existence. Il n’y a pas de dogme. On s’interdit tout jugement sur le point de vue de l’autre. A la lumière de l’expression de chacun, on renforce ou on modifie ses convictions.

Chacun est autonome. Mais, l’être humain ne peut se conforter ou évoluer sans les autres.

Ce groupe est né au moment de la destitution de Mg Gaillot, au constat que l’autorité ecclésiale a choisi l’exclusion au lieu du dialogue et de sa propre mise en question. La situation a peu évolué, depuis ce temps. L’Eglise demande à ses fidèles et au « monde » de se mettre en question, tandis qu’elle tient ferme sur ses dogmes et sa liturgie, établissant, ainsi, un fossé entre son domaine « clérical » et le reste de l’humanité.

A la fin de chacune des lectures, à la messe, on proclame : « Parole de Dieu ! ». Cette proclamation est une invitation à sacraliser le texte et à jeter le soupçon sur tout commentaire non officiel ! Et, on court le risque de s’en tenir à l’interprétation traditionnelle au lieu d’en approfondir sa contextualisation et son actualisation. Les « clercs » auront toujours le dernier mot.

Il importe, pourtant, d’aborder ces textes évangéliques d’une manière renouvelée et de leur donner SENS pour aujourd’hui, avec intelligence et cœur, en faisant appel aux spécialistes en la matière. Il serait mortifère de laisser gourous ou toutes-puissantes hiérarchies confisquer l’interprétation de ces textes vivifiants !

Les quelques pages qui suivent représentent pour moi des clarifications d’étapes sur la route sans fin de la quête de sens. On a toujours besoin d’être en chemin, car, il ne peut y avoir de vérité, si cette dernière perd tout contact avec la vie. Et, la vie n’a de sens qu’à la condition d’être en recherche d’authenticité, de vérité.
Il n’est pas du tout angoissant d’être en chemin. Chaque étape ouvre de nouveaux horizons. La béate satisfaction de se croire arrivé crée l’ennui et engendre aveuglement et surdité.

– MY S T E R I E U S E V I E

Conscient d’être la fois dépendant et autonome, on essaie de trouver un sens à tout ce qui arrive et à ce que l’on entreprend. Pourtant cette vie qui passe en chacun, n’est ni juste, ni toujours bienveillante. Elle semble combler les uns, mais, elle jette aussi dans l’existence, beaucoup d’autres, avec de sérieux handicaps auxquels ils seront confrontés en permanence. La vie ressemble à un torrent qui charrie dans ses eaux, le meilleur et le pire : force aveugle qui dévore les uns au profit des autres qui s’en nourrissent et prospèrent sur leurs dépouilles.

L’histoire de l’évolution se résume en une immense lutte pour exister, où le plus fort l’emporte, la plupart du temps. Pourtant, au sein de la vie qui se développe, sourd une certaine solidarité vis-à-vis de l’espèce. Cette solidarité s’affine avec le temps et l’évolution des espèces. Elle devient protection, attachement, tendresse, affection. Le développement de l’intelligence et des ressources du cœur ouvre à l’altruisme qui peut aller jusqu’au sacrifice de soi au profit de l’autre. Au sein de la nature biologique apparaît une dimension nouvelle créatrice du monde de la culture qui développe des rapports nouveaux entre les derniers venus que sont les hommes.

Des relations de solidarité et d’amour vont tenter de remplacer la loi du plus fort, dans le perpétuel mouvement de la survie. Au même moment naît une exigence nouvelle : refus d’une fatalité aveugle et recherche d’un SENS, à ce qui survient et à ce qu’on entreprend. On cherche, à la fois à comprendre et à conjurer les forces qui nous dépassent. Ainsi naissent des systèmes d’explications religieuses, philosophiques, mythiques, qui donnent un certain visage aux mystères pour mieux les appréhender, sans pour autant les élucider totalement.

Les hommes ont ouvert le monde du « SYMBOLE », de la « CULTURE ». Des sages, des mystiques, des poètes investissent cet espace. Ils donnent ouverture et sens au quotidien qui est rude parfois. On les dits « inspirés » et ils entraînent nombre de leurs contemporains dans le sillage de leurs créations qui donnent cohérence à la société concernée. Ainsi, des religions ont pris forme et se sont imposées de diverses manières, pour essayer de jeter un peu de lumière sur le mystère de la vie. Même, si elles ont disparu ou perdu de leur influence, des traces de leurs démarches demeurent toujours.

Chacun sait qu’il vient à l’existence par filiation. Il peut contribuer à perpétuer cette vie par paternité ou maternité. Mais, chez l’homme, ces deux relations ne sont pas aussi simples. Elles ne sont pas purement biologiques. Elles se font à l’intérieur d’une culture. Et, l’esprit travaille et modifie ces deux relations citées. On est inscrit dans un courant de vie qui s’arrêterait si l’on cessait de recevoir et de donner. Mais puisque l’on est humain, cet échange, pour demeurer fructueux, implique amour et intelligence, c’est-à-dire, participation de l’esprit. Nul n’est jamais le clone de l’autre.
Considérons, d’un peu plus près, ces trois pôles qui dynamisent cette vie.

1.- La FILIATION

L’homme n’est jamais une pure production passive. Des potentialités lui ont été données à sa naissance, puis tout au long de son existence par les personnes fréquentées et par son environnement. Il dépend de lui de faire fructifier ou non ce qu’il reçoit. Mais il y a une manière humaine de recevoir. Ce « paquet d’héritage » que chacun reçoit est un donné inchangeable, riche de dynamisme ou lourd de handicaps. Quel qu’il soit, il dépend de chacun d’en faire un fardeau ou un tremplin. Afin de pouvoir se construire harmonieusement, tout homme se doit de consentir, d’acquiescer à ce qui lui est donné : cela ne veut pas dire, se soumettre passivement à la fatalité. Sa manière de recevoir va conditionner la construction de son avenir. Sa vie n’est pas le fruit d’une pure programmation, elle est filiation. Demeurer en position de réticence ou de révolte, est cause permanente de gaspillage d’énergies, d’aigreurs, de jalousies… La déstructuration de sa personne, la perte de sens, la disparition d’un horizon prometteur, conduisent vers une régression irréversible. Par contre, s’il considère cet héritage comme un don, il découvre en ses potentialités, une vocation. Toutes ses actions deviennent occasions d’épanouissement et de structuration de sa personne ainsi que de prise en considération des autres et de son environnement. Car, toute sa vie est reconnaissance pour ce qu’il a reçu et ce qui, en lui est handicap peut devenir source d’un « mieux », d’un élargissement de son horizon, d’un surpassement de soi.
Car, être fils ou fille, ne signifie pas « copie », reproduction pure et simple de ce qui a été. La fidélité à cet ensemble de potentialités qui donne à chacun d’exister, exige l’utilisation de ses ressources pour inventer une manière d’être originale qui corresponde davantage à sa personnalité et à son environnement physique et social qui est évolutif.
La filiation assumée consolide la personne enrichit la société. Bien engagée dans le courant de la vie, elle participe avec cette dernière à la dynamique de la création.




Vivre dans une société pluriconvictionnelle: La Revue Parvis N°103 mars-avril 2021

Edito de Jean-Paul Blatz

L’histoire est certainement riche de témoignages individuels de solidarité.

Cependant, du siècle précédent, nos contemporains ont surtout souvenir de déflagrations armées et de génocides pré médités. La violence serait-elle constitutive de la nature humaine au point d’être une fatalité qui diviserait les individus entre bourreaux irresponsables et victimes innocentes ?

Les hommes n’auraient-ils pas prise sur leur propre destin pour faire de leur existence un vivre-ensemble heureux ?

Depuis 1945, les institutions internationales mettent à la disposition des États des chartes et des déclarations permettant l’organisation de sociétés démocratiques. D’incontestables progrès dans le respect des droits humains ont été accomplis dans quantité de pays. Néanmoins, comme les religions qui s’affadissent au contact incessant de la rudesse des relations humaines, les régimes politiques sont victimes d’ambitions disruptives mettant en cause la démocratie représentative. Pourtant elle reste la forme légitime de nos institutions politiques. Dès lors, ne nous appartient-il pas de susciter de nouvelles formes de participation destinées à mieux associer le citoyen à l’élaboration de la décision politique ? Dans ce contexte, la pratique interconvictionnelle a toute sa place.

Depuis plusieurs années, les membres du groupe G3i (Groupe International, Interculturel et Interconvictionnel), qui entretient des liens étroits avec les Réseaux du Parvis, réfléchissent à l’impact des associations humanistes et des religions sur le développement du bien vivre ensemble et contribuent à la cohésion sociale d’une Europe multiculturelle. Ils promeuvent le concept d’interconvictionnalité appelant à faire de la diversité des convictions non un affrontement de «vérités» antagonistes mais une source d’enrichissement individuel et collectif, le fondement même de la démocratie. La pratique de débats permet d’exposer et d’argumenter des convictions différentes, dans un respect mutuel.

Les débats n’ont pas pour objectif de parvenir à un consensus, mais, simplement, de mieux prendre conscience de la complexité des questions évoquées. Essayer de comprendre les convictions d’autrui, c’est aussi refuser de les dévaloriser ou de minimiser leurs différences avec les nôtres. Le dialogue permet également de prendre une distance critique vis-à-vis de soi- même, ou de moduler son propre agir en fonction des souhaits des autres.

Les relations interconvictionnelles ont nécessairement des limites. Considérant que le dialogue est dangereux car il les affaiblirait, certaines personnes le rejettent obstinément. D’autres, inconsciemment, n’en veulent pas sans désirer en connaître les raisons. Des comportements négatifs ne doivent nous détourner ni de l’anthropologie révélée par les sciences humaines, ni de la quête d’une résilience indispensable pour une coexistence pacifiée, quelles que soient la religion ou la philosophie des uns et des autres.

Jean-Paul Blatz

Consulter la Revue Parvis N°103 mars-avril 2021




La Fédération des Réseaux du Parvis apporte son soutien fraternel au centre pastorale Saint-Merry

Nous sommes convaincus que l’arrêt de cette réalité d’Eglise serait une perte immense pour tous ceux et celles qui y sont engagés, mais aussi pour le diocèse de Paris et l’Eglise de France. L’accueil inconditionnel et la coresponsabilité qui s’y vivent sont, pour beaucoup de femmes et d’hommes, des signes de l’Evangile dans la société actuelle. Nous demandons donc instamment à Mgr Aupetit de revenir sur sa décision et d’accepter la demande de dialogue fraternel formulée par l’équipe pastorale. Les difficultés rencontrées peuvent certainement être surmontées par un effort commun. Ce temps de Carême, qui appelle chacune à la conversion, ne doit pas être celui du rejet et de l’exclusion.

Consulter le dossier de témoignages

SOUTIEN AUX MEMBRES DU CENTRE ST MERRY, de la part de la communauté POINT 1 de Rouen.

La situation de crise que vit le centre St Merry nous interpelle tous.
L’une des richesses de nos communautés de base est la mise en pratique de la SYNODALITE que notre Église se doit de promouvoir.
Ainsi, nous savons que dans un dialogue sans cesse renouvelé, nous trouvons le CHEMIN du vivre ensemble dans le respect des DIFFERENCES .

Nous avons besoin les uns des autres pour accomplir la MISSION. Notre communauté en appelle donc au dialogue et manifeste son soutien au centre St Merry. Perdre un lieu d’ouverture, de dialogue entre croyants et incroyants, d’accueil des migrants, de rencontres de communautés peu accueillies dans les paroisses … nous inquiète beaucoup. Qu’en sera-t-il de nos petites communautés de base qui trouvent accueil (ou refuge) au sein de notre Église ?Oui , nous soutenons l’appel au dialogue exprimé par Guy Aurenche.
Nous avons confiance en chacun.

Fraternellement,

Pour la communauté Point 1, l’équipe d’animation.
Référents joignables :
J P Dodelin : jean-paul.dodelin@wanadoo.fr – 02 35 60 96 28
et C Gluck : gluck_eden72@orange.fr – 02 35 74 15 71

Elle vous invite à signer la pétition




Revue N° 101 : et après… L’Evangile, espérance et libération ?

Edito de Jean-Paul Blatz

 

En son temps, Jésus parlait l’araméen avec ses parents et ses amis. Ses gestes et ses pa roles ont été mis par écrit selon la tradition du midrash qui fit de Jésus le messie attendu par les juifs. Publiés en grec, les évangiles furent desti nés au monde païen. Ignorant la façon dont les juifs comprenaient et écrivaient les Écritures, les nou- veaux chrétiens les ont interprétées d’une manière littérale. Cette vision de la Bible fonda la tradition catholique faisant d’Adam, d’Ève et des rois mages des personnages historiques et des miracles des faits historiques.

 

La rencontre de l’Occident avec des cultures extraeuropéennes fut suivie d’une expansion missionnaire remarquable dont les porteurs, dès le XIXèmesiècle, prirent conscience d’une nécessaire inculturation qui devait passer d’abord par une traduction des textes bibliques dans toutes les langues vernaculaires du monde. Les mission- naires se firent linguistes et ethnologues, aidés par d’innombrables catéchistes indigènes. Cette inculturation, néanmoins incomplète, le latin restant la langue liturgique, connut un nouvel essor grâce au concile Vatican II, à la théologie de la libération et à l’arrivée aux responsabilités, dans les Églises du Sud, d’un clergé autochtone.

 

Or voici qu’en Occident, berceau d’un christianisme ancien hérité des cultures grecque et latine, les nouvelles générations ne comprennent plus le langage de l’Église catholique. Mal- gré les tentatives des pères conciliaires pour réformer l’institution, ses responsables, à de rares exceptions près, se figent dans une interprétation littérale des Écritures, continuent à distinguer un univers sacré d’un monde profane et ignorent le monde contemporain et ses évolutions. Foin des Lumières, de la démocratie et des droits humains ! Dans les églises, le langage reste abscons. Certains prédicateurs ne se soucient ni des désirs, ni des préoccupations des fidèles et se réfugient dans un passé reconstitué. Le christianisme disparaît de la vie quotidienne, la sécularisation s’installe.

 

Dans les Réseaux du Parvis, nous avons conscience, depuis longtemps, de cette situation. Pour d’autres, l’après-confinement en est un révélateur. Le déconfinement sera peut-être aussi un accélérateur de cette évolution qui a commencé à vider les églises bien avant la découverte de la Covid19. En Occident, l’Église catholique connaît une rupture inhérente à la mise en place progressive d’une nouvelle civilisation dominée par les progrès scientifiques, l’aspiration à la démocratie, la recherche individuelle du bonheur et la persistance d’injustices liées à l’ultrali- béralisme économique.

 

Face à ces changements, nous sommes convaincus que le message du Christ, une fois débar- rassé d’interprétations et de traditions peu évangéliques, sera à nouveau source de vie pour nos contemporains. Nous croyons que la foi dans le Ressuscité permettra encore longtemps à des femmes et des hommes de donner sens à leur vie et de promouvoir la justice et la fraternité dans le monde. C’est dans cet esprit que nous entamons une nouvelle étape dans la vie des Réseaux du Parvis.

 

Jean-Paul Blatz




C.A du 19 septembre 2020 par visio-conférence

Remarque préliminaire : les conditions d’une réunion par zoom étant moins souples que lors
d’une réunion en présentiel, et le temps plus compté, Jean-Pierre Schmitz a accepté de ne
pas faire oralement son rapport sur l’international et l’a envoyé ensuite par mail. Anthony
Favier n’avait pas non plus pu évoquer les activités des Amis du 68 et a également envoyé sa
contribution. Ces éléments sont en italiques dans le texte.

Introduction – méditation

Commentaire en liberté de l’évangile de la rencontre à Emmaüs, par Christiane Bascou :

Sur le chemin d’Emmaüs, la visibilité de Jésus ressuscité est de … zéro.
-malgré la rencontre, le cheminement et le dialogue avec les discipes
-malgré le travail commun sur les textes bibliques et la joie qui en découle
– C’est uniquement par leur geste de partage (ils proposent à l’inconnu de partager leur
repas) que les deux disciples de base vont permettre, vont donner une visibilité à Jésus.
Celui-ci refait alors symboliquement avec eux à l’auberge le geste qui fonde et symbolise
l’action fraternelle des chrétiens, (non pas le repas eucharistique actuel, où dans les faits,
tous reçoivent passivement un morceau partagé par un seul, mais le partage effectif et
fraternel, des uns aux autres, qui fait de chaque chrétien un acteur de sa foi, et qui a donné
toute sa force au geste symbolique). Cette action, appelée à tort ‘multiplication des pains’, a
été initiée après un discours sur la montagne et réitérée par la suite par les foules qui
suivaient Jésus dans les périphéries (par exemple près de Magadane sur la mer de Galilée –
Mt 15,29-39). A cause de Jésus, dont les paroles : « Donnez-leur vous mêmes à manger »
étaient on-ne-peut-plus claires … ils l’ont fait ! Et ceux qui les ont vus faire l’ont fait aussi :
celui qui avait donnait, celui qui n’avait pas prenait.




Revue N°100 : demain commence aujourd’hui… Changement ? Recommencement ?

L’infolettre :

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Recension du livre : « Manifeste pour un christianisme d’avenir » par Jean-Marie Kohler

Plaidoyer pour un christianisme d’avenir

La lecture du Manifeste pour un christianisme d’avenir récemment paru chez Karthala éclairera et réjouira celles et ceux qui, attachés à l’Évangile de Jésus de Nazareth, s’interrogent sur la portée actuelle du christianisme et veulent contribuer à en sauvegarder l’essentiel. Que faire de ce précieux héritage, pléthorique et souvent contradictoire, qui se délite après deux millénaires de sublime rayonnement et de trahisons sans nombre ? N’est-ce pas vers un naufrage annoncé que dérivent les Églises qui le fossilisent pour pérenniser de façon illusoire leur puissance passée ? Faut-il donc se résigner à la mainmise des mouvements évangéliques, charismatiques et identitaires sur ce patrimoine ? Ou faudra-t-il résolument reprendre la route ouverte par le Nazaréen ? Toujours neuve et créatrice est l’humble Parole initiale qui, avec ou sans religion, en deçà et par delà toutes les constructions dogmatiques,  balise la voie prophétique du plus intégral des humanismes, la voie subversive et divine des béatitudes et des paraboles.   

À l’origine de cet ouvrage, une démarche hors les murs qui s’est voulue pragmatique et évolutive. Une journée d’études rassemblant autour de travaux théologiques novateurs près de 150 militants et penseurs de diverses appartenances, invités à confronter leurs croyances et leurs questions face au devenir profane et religieux du monde  contemporain. Lancement d’une recherche conjuguant approches théoriques et engagements sur le terrain, en collaboration avec des associations œuvrant à ce double niveau. Au programme, l’analyse des publications de John Shelby Spong et de Joseph Moingt respectivement par Jacques Musset et Jean-Pol Gallez, deux conférences de Jean-Marie Bourqueney, et une synthèse produite par Robert Dumont. Outre plusieurs autres contributions intéressantes, le livre rapporte une partie des échanges intervenus avec l’assemblée. 

Parmi les nombreux thèmes abordés figure en premier le problème du fondamentalisme et des multiples formes de traditionalisme qui pétrifient et décrédibilisent les Églises. Il est de fait que le christianisme n’est concevable qu’à partir de ses racines, des Écritures et de la Tradition, mais il ne peut vivre et se transmettre qu’en symbiose avec les cultures humaines qui évoluent au fil de l’histoire. D’où l’absolue nécessité de réinterpréter sans cesse les récits et les « vérités » du passé pour cheminer vers l’inaccessible transcendance qui offre aux hommes de pouvoir enfanter l’amour et Dieu en ce monde, et de tisser ainsi l’éternité. Le Credo de Nicée a permis de penser la foi au IVème siècle, mais ses énoncés ne sont plus plausibles aujourd’hui. Les prodigieux progrès des sciences physiques, biologiques et humaines obligent à tout repenser sans relâche, en tension entre la Parole fondatrice et l’évolution de l’humanité conjointement avec son environnement, surtout en ce temps de mutations plus radicales encore que ne le furent celles du passage au néolithique.

Qu’en est-il de Dieu ? Sont récusées les représentations de la divinité qui, depuis des millénaires, prévalent jusqu’à nos jours. Images d’une toute-puissance arbitraire surplombant l’univers et les humains, exigeant de ceux-ci soumission et prières pour échapper aux malheurs et obtenir les bienfaits qu’ils espèrent et une promesse d’immortalité. Une conception relevant d’une ère civilisationnelle révolue qui s’avère désormais indigne à la fois de Dieu et de l’homme, car servile et marchande. La réflexion théologique et la spiritualité actuelles situent Dieu au cœur de la vie et au plus profond de l’homme, parfois même jusqu’au sein de la matière en tant que dynamique créatrice. Du Dieu Père révélé par les évangiles au Dieu perçu comme énergie cosmique par la théologie du Process, le lecteur est invité à s’interroger sur les projections théologiques proposées dans l’ouvrage en partant de l’intime expérience de son rapport personnel au divin. 

Pour ce qui est de Jésus, les analyses fournies dans ce livre s’attachent plus à ce que l’exégèse permet aujourd’hui de savoir du vécu et du message de ce prophète galiléen qu’aux spéculations dogmatiques dont il a fait l’objet par la suite. Surinvesti par les Églises pour fonder le christianisme comme religion, son supplice ne pouvait pas être imaginé et voulu par un Dieu de sagesse et d’amour pour sauver l’humanité d’un supposé péché originel, et l’enseignement de sa vie importe plus que sa mort glorifiée pour elle-même. Ce qui a mené Jésus au Golgotha, c’est la contestation de l’ordre établi par son annonce universaliste d’un Royaume de justice assurant paix et bonheur aux pauvres et autres laissés-pour-compte, c’est l’opposition à la puissance politico-religieuse des prêtres et des docteurs de la Loi. Un assassinat pour défendre le Temple de Jérusalem et les privilèges liés au culte et à ses retombées économiques. Suprême témoignage d’une vie donnée pour libérer les humbles.

Décisives pour comprendre l’évolution du christianisme sont les analyses que l’ouvrage consacre à la naissance de l’Église en rapport avec une christologie présentant Jésus comme le Fils unique de Dieu venu instaurer une nouvelle religion. Ébauchée très tôt dans le prolongement de la théologie des sacrifices de la religion juive, la lecture sacrificielle de la mort de Jésus, proclamé ultime et souveraine victime expiatoire, a conduit à l’émergence d’une caste sacerdotale sacralisée et à une vision hypertrophiée et magique de l’eucharistie – clés de voûte du catholicisme romain, aux antipodes des perspectives originelles de l’Évangile. Alors que le « culte en esprit et en vérité » devait se substituer aux immolations et rites du Temple, que la « pureté du cœur » devait l’emporter sur les obsessions de la pureté rituelle et sur le moralisme, et alors que l’Évangile avait inauguré un humanisme laïque placé sous le signe d’une fraternité sans frontières, le christianisme a été intrinsèquement perverti par le cléricalisme et s’est peu à peu réifié en religion. Conçue dans le judaïsme, conceptualisée dans le cadre de la philosophie grecque, romaine et fille de l’Occident politique ensuite, cette religion est à présent prisonnière de son passé.

Réformer de nouveau, voire refonder le christianisme. L’ouvrage propose de pertinentes perspectives pour avancer dans cette direction. Tous les intervenants se sont accordés pour considérer que c’est au niveau des options doctrinales que se trouve la source du conservatisme mortifère et de la corruption systémique de la religion chrétienne – de ses dérives politico-organisationnelles, spirituelles et morales. Ne réaménager que les structures ecclésiastqes et les pratiques cultuelles, les ministères, la liturgie et la discipline, serait vain. Mais il revient aux lecteurs de découvrir, d’évaluer et de conjuguer les apports originaux de chacune des théologies exposées dans l’ouvrage – l’importance de l’herméneutique chez Spong, l’insistance de Moingt sur le rôle de l’Esprit et du sacerdoce baptismal dans la vie personnelle et communautaire, le dynamisme créateur d’une divinité présente en tout ce qui existe pour Bourqueney, etc. La recherche ainsi entreprise a, bien entendu, vocation à s’enrichir d’apports complémentaires – comme notamment ceux, d’un holisme très créatif, de José Arregi.

Est-il permis, pour conclure, de s’interroger sur le titre de l’ouvrage ? S’agit-il vraiment d’un « manifeste » traçant – avec la cohérence et la force souhaitables sous cet intitulé – des perspectives claires et sûres pour un « christianisme d’avenir » ? Par quels engagements pratiques donner corps aux visées théoriques ? Il va sans dire qu’il n’est pas aisé de se dégager des ruines du passé et de l’hétérogénéité des présupposés anciens et actuels qui encombrent l’horizon du christianisme. L’ardent désir d’ouverture évangélique et le souci de rigueur intellectuelle et éthique qui ont animé la journée d’études du 5 octobre 2019 ont cependant été de nature « manifestement » prophétique. Et la quête inédite ainsi entamée est à poursuivre pour essayer d’élaborer un nouveau plaidoyer ou « manifeste » qui sera mieux à même, dégagé des matériaux de la déconstruction aujourd’hui incontournable, de dévoiler pour l’époque présente l’Évangile de Jésus de Nazareth dans sa lumineuse et universelle simplicité. 

Jean-Marie Kohler

 

A paraître dans la revue Parvis N° 100




Revue 98-99 été 2020 : Autorité, Pouvoir, Résistances

L’infolettre

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Parvis Revue n°97 mars-avril 2020 : Communauté, Communautarisme, communion…

L’infolettre :

wp-content/uploads/bsk-pdf-manager/2020/03/Infolettre-36-Parvis-97-Communauté-communautarisme-communion-V1-2.pdf