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Immigration, les jeûneurs devant l’Assemblée Nationale

Écrit par Les Réseaux du Parvis
Mardi, 31 Août 2010 18:32

La France et l’immigration.

Le monde entier n’en croit pas ses yeux. La France a trahi l’enfant qu’elle lui a donné : Les Droits humains. C’est ce que proclamaient en septembre les » jeûneurs de l’Assemblée Nationale « * et ceux qui les ont soutenus (certains appartiennent à nos Réseaux) en s’opposant de toute la force de leurs convictions à la législation qui est en train d’être mise en place. Elle était en gestation depuis longtemps, mais la poursuite des Roms, quelle que soit leur nationalité, et la menace devenue très réelle de faire perdre la nationalité française aux  » néo-Français  » ont fait éclater le scandale. Vous savez tout cela.

Nous vous proposons quelques éclats, quelques pistes.

*Alain Bosc, Jean-Pierre Garbisu, François Gaudard, Jean-Baptiste Libouban, Jean-Paul Nunez, Alain Richard, Pierre Rosenzweig, Ana Verissimo, Jean-Claude Vigour.

Appel des jeûneurs (extraits)

Après un examen des dispositions de la loi qui mettent précisément en question les Droits humains, les jeûneurs concluent :

 » Dans un Etat de droit, toute personne, quels que soient son statut, sa condition ou ses origines, doit pouvoir jouir de ses droits fondamentaux, dont celui du droit à la justice, du droit d’être entendu, du droit à une protection. En acceptant peu à peu de considérer les migrants comme des personnes de  » moindre droit « , nous perdons par là même une part de notre propre humanité.

Ce projet de loi (aujourd’hui voté) heurte profondément notre conscience.

(…) Nous disons NON à une politique d’immigration fondée sur la peur et le repli sur soi.

Nous disons OUI à un projet qui affirmerait l’audace républicaine d’une fraternité qui ne tienne compte ni de l’origine, ni de la nationalité, ni de la religion ou de la couleur de la peau.

N’ajoutons pas à la précarité des sans-papiers d’autres humiliations en les criminalisant. « 

Paroles de jeûneurs, chemin faisant…

septième jour de jeûne contre le projet de loi immigration

Fin du septième jour de notre jeûne citoyen. Le moral est bon.

Nous avons été reçus ce mardi 14 septembre à l’Assemblée Nationale par cinq députés de différents partis politiques. Ce sera l’objet principal de la lettre du jour.

Avant cela, nous tenons particulièrement à remercier l’ensemble des personnes qui, jour après jour, viennent nous rendre visite. Dans cette action où nos corps doivent nécessairement ralentir, où nous économisons nos pas, nos déplacements, où nous gravissons avec difficulté les escaliers qui se présentent à nous, la lenteur qui s’installe en nous nous permet de savourer ces moments passés sur la petite place Edouard Herriot avec tous ces inconnus, amis, militants d’associations, sans-papiers, personnalités, médias souvent acquis à notre démarche, qui viennent échanger avec nous. Les discussions sont nourries, enrichies des expériences, engagements, inquiétudes et espoirs aussi de chacun. Cela vaut bien des repas.

A la réunion à l’Assemblée Nationale étaient présents (en plus de représentants des jeûneurs) :

­ députés : Serge Blisko (PS), Patrick Braouezec (ex-PC), Michèle Delaunay (PS), Sandrine Mazetier (PS), Etienne Pinte (UMP) ;

­ personnalités : Jacques Maury (ancien Président de la Fédération Protestante de France), Dominique Noguères (avocate et ancienne vice-présidente de la Ligue des Droits de l’Homme), Laurent Schlumberger (Président de l’Eglise Réformée de France), Jean Alzamora (Gisti).

A noter que seule la Chaîne Parlementaire était présente alors que les médias avaient été invités. Un reportage a été diffusé mardi soir sur LCP et est disponible en ligne.

 Jean-Paul Nunez :  » Nous sommes des jeûneurs, nous ne sommes pas des grévistes de la faim. Nous ne sommes pas dans une action de chantage mais dans une logique d’interpellation des députés, et en particulier ceux de la Commission des Lois. Et au même titre que ce que fait chacun de nous, nous souhaitons que les députés sortent de la logique des partis pour regarder au fond d’eux, comme nous le faisons, pour rechercher le fond d’humanité qui est en eux. Nous croyons aux vertus de l’exemple, on donne de nous-mêmes, et on aimerait que les députés se retournent vers eux-mêmes et prennent conscience individuellement de ce qu’ils vont engendrer en votant cette loi. « 

Pour préciser les termes employés par Jean-Paul, notre choix est l’interpellation des consciences par un jeûne limité dans le temps (dix jours) et non une pression par un jeûne illimité, qui pourrait mettre en danger notre santé physique, et qui est communément appelé une grève de la faim.

Jean-Paul Nunez conclut pour les jeûneurs que les citoyens français ont collectivement le devoir d’empêcher la France de glisser d’un Etat de droit vers un Etat de police.

Nous avons donc rédigé mardi soir une deuxième lettre, plus courte, à l’attention de la commission des lois et l’avons envoyée aussitôt aux députés :

 » Madame, Monsieur le député de la Commission des Lois, Indignés et inquiets du projet de loi sur l’immigration, nous avons rencontré ce mardi 14 septembre à l’Assemblée Nationale des députés de diverses formations politiques, en présence de représentants de mouvements associatifs et religieux.

Ces élus nous encouragent à vous alerter à votre tour. Ce projet de loi est inacceptable. Outre les aggravations de toutes les dispositions restrictives et répressives, il introduit une rupture grave dans l’esprit et la lettre de notre législation.

Parmi toutes ces dispositions qui nous heurtent, l’une nous paraît extrêmement inquiétante : le recul, voire la disparition, du rôle des juges, qui ouvre la porte à un Etat de police. C’est une brèche qui pourrait s’élargir demain à d’autres situations.

Au-delà de votre appartenance à une formation politique, vous êtes des femmes et des hommes dont la responsabilité personnelle est engagée.

Etes-vous prêt accepter une loi qui institutionnaliserait une maltraitance pour les étrangers que vous jugeriez intolérable pour vos proches ou vous-même ?

Nous en appelons à votre courage et à votre conscience. Ne laissez pas dans l’ombre cette part essentielle de vous-même dans laquelle toute personne doit pouvoir se reconnaître.

Avec toute notre considération citoyenne,

Les 9 jeûneurs

de la place Edouard Herriot,

le 14 septembre 2010. « 

(On peut remarquer l’absence totale

de représentants officiels de l’Eglise

catholique.)




Marchandisation du monde et subversion chrétienne

Écrit par Les Réseaux du Parvis
Samedi, 02 Janvier 2010 15:58

Marchandisation du monde

et subversion chrétienne

 

L’impasse de l’évolution actuelle

Dans les sociétés développées, la classe supérieure fait étalage d’un train de vie dispendieux – rémunérations élevées, primes diverses (stock options, parachutes dorés, retraites faramineuses), avantages en nature (logements, voitures de fonction, voyages). Tout ce que la société produit de meilleur en termes d’institutions et d’équipements est à son service et lui permet de se reproduire en tant que catégorie dirigeante – les réseaux de relations, l’organisation de la formation (du primaire aux Grandes Ecoles), les structures de santé, les loisirs etc. La classe moyenne profite également de la richesse disponible, mais dans une bien moindre mesure. Livrée à un marché dérégulé qui se soucie plus de la rentabilité à court terme des investissements que de la vie des hommes, cette classe est désormais confrontée à la précarité et tend à s’appauvrir. Quant aux faibles et aux pauvres, ils sont de trop dans ce système et sont repoussés à sa périphérie, survivant vaille que vaille avec des salaires médiocres et avec les diverses prestations sociales qui leur sont allouées pour les aider à se tenir tranquilles (chômage, familles nombreuses). Véritables abcès de fixation de la misère, les banlieues rappellent périodiquement ces dures réalités, mais les explosions urbaines sont vite oubliées.

La situation est beaucoup plus contrastée encore dans les pays du Sud où l’ancienne classe moyenne a été laminée par les politiques d’ajustement structurel entre autres (Fonds monétaire international et Banque mondiale). Ces pays comptent désormais, grâce à ce qu’on appelle abusivement le  » développement », des bourgeoisies locales prospères qui vivent des affaires et de la politique, en relation étroite avec les milieux occidentaux qui les ont fabriquées et qui les soutiennent au bénéfice des intérêts dominants. Les nouveaux riches se regroupent dans des quartiers plaisants, à l’abri des pauvres et dûment gardés (insécurité oblige), à proximité de grands commerces bien achalandés, avec d’immenses antennes paraboliques sur les toits des villas pour vivre au diapason de l’Occident. Leurs enfants sont scolarisés dans les meilleures écoles privées, et l’élite poursuit ses études à l’étranger. Leurs malades sont soignés dans des cliniques pareillement privées, sur place ou dans les pays du Nord.

A l’opposé des beaux quartiers, les bidonvilles des grandes mégapoles du Sud sont en expansion constante et connaissent une misère matérielle et morale sans rapport avec la pauvreté qui était habituelle dans ces sociétés – et qui y était traditionnellement assumée, voire valorisée au nom de la solidarité. Ces villes grouillent de gens qui survivent d’une économie souterraine de misère – exploitation des ordures, prostitution (aggravée par le tourisme), drogue, trafics divers et banditisme. Ils s’entassent dans des ghettos livrés à leur sort, le long d’égouts à ciel ouvert, souvent sans eau courante ni électricité depuis que les services publics ont été privatisés pour desservir les quartiers solvables, sans écoles et sans postes de santé convenables. La menace des révoltes de la faim y est constante.

Quant aux populations rurales que l’on pourrait croire épargnées, elles se désagrègent et se paupérisent au contact de l’économie de marché et des modes de vie urbains qui se répandent partout. L’agriculture de subsistance s’effondre, bousculée par l’introduction de techniques nouvelles et coûteuses inaccessibles aux cultivateurs démunis (intrants, mécanisation), concurrencée par des investissements extérieurs (plantations industrielles, périmètres irrigués) et par des importations à bas prix de produits subventionnés dans les pays avancés (céréales, poulets), voire ruinée par les fluctuations des cours mondiaux des productions de rente (café, cacao, arachide, coton). Expulsés du système de production traditionnel, les ruraux pauvres refluent vers les villes où ils ne trouvent pas d’emplois, ou seulement des emplois occasionnels mal rémunérés. Une partie de ces déracinés, attirés par les images alléchantes que déverses nos satellites et notre publicité, migreront vers nos eldorados – dans les conditions et pour le sort que nous savons.

Personne ne sait où mènera cette fuite en avant qui emporte le monde hors de toute régulation politique ou éthique. Grosso modo, quatre sortes de morts nous guettent : la perte des valeurs constitutives de l’homme sous l’effet de la mutation induite par la marchandisation, l’étouffement par la pollution que produit le productivisme (réchauffement climatique), un accident d’ordre technologique (par exemple nucléaire), ou une initiative criminelle (du genre terrorisme chimique, bactériologique ou nucléaire). L’humanité entière se trouve au pied du mur, acculée à prendre conscience du désastre qui menace, à se rebeller contre l’inacceptable fatalité. Il est vrai que les hommes ont déjà surmonté maintes crises au cours de leur longue histoire, mais les dangers actuels sont sans précédent en raison du saut technologique qui a entraîné une contraction de l’espace géologique, une accélération de l’histoire et l’accumulation d’un gigantesque potentiel de destruction. Pour ne pas périr, il faut créer du neuf. L’altermondialisme – qui a ses racines dans la tradition judéo-chrétienne – permet d’espérer un nouvel avenir pour l’homme, mais rien n’est acquis et il ne faut pas se cacher que de rudes combats seront nécessaires. C’est David contre Goliath.

Pertinence de la subversion évangélique

La société de consommation somme ses membres de consommer – c’est la première condition de sa survie. Elle nous somme de festoyer en ignorant que le marché où règne l’abondance recouvre une immense cave remplie d’affamés, de prisonniers, de suppliciés et de cadavres. Ce souterrain est si sordide qu’il est inconvenant d’en parler – les esprits chagrins devraient savoir, dit-on, « qu’on ne peut pas accueillir toute la misère du monde, que ça ira mieux demain, et que – de toute façon – on ne peut rien contre la fatalité « . Mais pour l’évangile, tous les hommes, dans quelque civilisation ou religion que ce soit jusqu’au bout de la terre, sont pareillement aimés par Dieu, tout de suite et sans condition préalable.

Il n’existe ni sous-hommes ni fatalité. Le Christ est présent en tout ce qui est humain, et plus particulièrement dans l’humanité rejetée : il souffre et agonise partout où l’homme soufre et agonise. C’est là où gît l’humanité humiliée et piétinée que s’offre le visage de Dieu qui a gravi le Golgotha.

Contre notre raison er contre toute raison, le Dieu des chrétiens s’est positionné du côté des victimes. Telle est sa spécificité : à la différence de tous les dieux antérieurs comme de tous qui ont surgi depuis, le Dieu crucifié des chrétiens –  » scandale pour les juifs et folie pour les païens  » (cela se comprend) – est d’abord solidaire des hommes qui subissent la violence. Quelles que soient les  » bonnes raisons  » avancées par les justiciers et les bourreaux, qui ont toujours d’excellentes raisons et aiment à se réclamer de la volonté divine, ce Dieu ne se tient pas du côté de l’ordre social qui pratique la brutalité. Il en ressort, inéluctablement, que les haines et les violences engendrées par l’iniquité sont d’abord imputables à ceux qui entretiennent l’iniquité à leur profit, et non pas d’abord à ceux qui la subissent. Ce jugement oblige à accepter les pauvres tels qu’ils sont, sans prendre en considération les mérites ou les torts que la société leur attribue, à se faire proche d’eux, à partager leurs souffrances et à se mobiliser pour les en délivrer autant que possible.

Ce ne sont donc pas seulement les  » bons pauvres  » qui doivent nous émouvoir et nous préoccuper, ceux qui sont tels que nous les aimons, reconnaissants de nos bienfaits et méritants. Mais ce sont aussi et surtout les autres, ceux qui sont devenus nos adversaires, voire nos ennemis : la marée montante de ceux qui sont devenus vindicatifs et violents à force de subir l’injustice et la brutalité, la masse menaçante de ceux qui veulent prendre de force les biens que notre société de consommation leur fait miroiter sans pudeur tout en les leur refusant. Dans nos banlieues comme sous les tropiques, ces pauvres-là sont aussi des frères en humanité et, avant d’être des adversaires, ils sont des victimes qui ont droit à la justice. Une exigence bien difficile à accepter, et encore plus délicate à mettre en oeuvre dans le respect des uns et des autres. Prendre toute la mesure de ces vérités évangéliques oblige à combattre l’ordre établi dès lors que ses fondements et ses agissements sont injustes, avant de condamner et de combattre ceux qui s’en prennent à cet ordre qui les méprise et les écrase.

Conclusion

 » Heureux les pauvres selon l’esprit, car le Royaume des cieux est à eux « . Cette béatitude demeure plus que jamais pertinente. Mais la pauvreté sans la vertu de pauvreté n’est que malheur, tandis que la vertu de pauvreté sans le combat contre l’injustice subie par les pauvres n’est qu’illusion. L’Evangile n’a pas changé, mais pour le vivre aujourd’hui, le christianisme doit opérer une véritable révolution copernicienne. Nous ne pouvons plus croire, avec les Eglises, que l’univers tourne autour de notre héritage religieux, de nos dogmes et de nos rites comme s’ils incarnaient l’unique et éternelle vérité, qu’il tourne autour de notre civilisation, de nos droits et de nos intérêts. L’Evangile invite à inverser ces perspectives : ce n’est pas notre religion ou notre ordre social qu’il faut sauver en bétonnant les positions établies, c’est l’homme et le Dieu qui s’est livré à l’humanité qu’il faut accompagner sur nos chemins incertains pour les sauver en ce monde. Pâques ne pouvant pas être célébré avant le Vendredi saint…, il faut nous engager à veiller et à lutter contre le mal – aux risques et périls que cela comporte – en vue de changer le monde et de changer l’Eglise si c’est possible. Mais pour ceux qui acceptent l’épreuve et la mort du Vendredi saint, l’aube pascale éclaire dès à présent tous les tombeaux.

JEAN-MARIE KOHLER.




Les sans-papiers et l’isolement

Écrit par Les Réseaux du Parvis
Vendredi, 01 Janvier 2010 14:35

Les Sans-papiers et l’isolement…

Lors de la rencontre organisée par l’Association Culturelle de Boquen les 13 et 14 février derniers, nous avons cherché à mieux appréhender la situation des  » Sans-papiers  » et nous nous sommes demandés si nous pouvons résister, pourquoi et comment.

L’été 2009, lors d’une rencontre préparatoire dans notre maison de Poulancre, nous avons commencé concrètement, grâce à des jeux de rôle proposés par Anastasia Kerachni, à prendre conscience de ce que peuvent vivre et ressentir les personnes sans papiers et comprendre les différents positionnements que nous sommes amenés à exprimer dans ces situations.

Des scènes au sujet d’un contrôle de titre de transport, d’une visite à l’hôpital et d’une arrestation à domicile ont été l’occasion de développer nos interrogations pour mieux cerner les problématiques et les questions à poser aux intervenants qui viendraient participer à nos débats.

En février 2010, à Rennes, il nous apparaissait important de commencer par nous questionner sur nos propres représentations.

Odile Durand nous y a aidés par la présentation de l’ouvrage de Julia Kristeva, Etrangers à nous-mêmes.

J. Kristeva nous renvoie à une question essentielle pour le XXIème siècle : comment vivre avec les autres sans les rejeter  ni les absorber si nous ne reconnaissons pas  » étrangers à nous-mêmes  » ?

Prendre le risque de l’inquiétante étrangeté, c’est accepter l’abîme entre moi et l’autre qui me choque. Il m’annihile peut-être parce que je le nie dans sa différence. Face à l’étranger que je refuse et auquel je m’identifie à la fois, je perds mes limites et me sens perdu.

Or cette peur d’être bousculés aujourd’hui peut-être levée lorsqu’avec Pierre et Simone Bourges, nous examinons les déplacements de populations depuis le début de l’humanité.

Ils nous ont invités à reprendre conscience de la réalité des migrations et de la richesse de ces rencontres tout au long de l’histoire….

Ces leçons que l’histoire nous transmet nous amènent à notre époque contemporaine où nos échanges interculturels permettent de corriger nos peurs et de faire face à notre étrangeté radicale rendue visible aussi à travers la poésie, le théâtre, la littérature, l’art…

Les débordements possibles de rejet et de haine demandent des garde-fous personnels et collectifs, un cadre juridique avec une structure suffisamment précise pour contenir les différentes situations vécues par les sans-papiers, d’où des rapports de force à établir pour faire évoluer le droit tant sur le plan national qu’international.

Aujourd’hui, pour la personne sans-papiers, l’expérience de la non-appartenance à une communauté nationale devient insoutenable parce qu’elle est aussi disqualifiée dans la reconnaissance de ses droits humains, de ses droits à la santé, au travail, à l’éducation du seul fait qu’elle n’est pas citoyenne.

Concrètement, en visionnant le film Welcome de Philippe Lioret (2009), nous prenons la mesure de l’impact de la rencontre, à Calais, entre un maître-nageur français et un jeune homme Kurde sans-papiers qui voulait rejoindre l’Angleterre à la nage, seul moyen pense-t-il d’échapper aux contrôles de frontière.

Les différentes instances et associations invitées nous montrent nous montrent les liens qu’elles nouent quotidiennement afin que ces personnes puissent accéder aux droits qui les concernent et recevoir le soutien humain dont elles ont besoin.

Un aumônier musulman de prison, la CIMADE (service oecuménique d’entraide), le Cercle de Silence de Rennes, le DAL (Droit au Logement), la municipalité de Rennes, le MRAP (Mouvement contre le Racisme et pour l’Amitié entre les peuples), le Secours Catholique, le RESF (Réseau Education Sans Frontières) étaient présents à notre table ronde.

Nous avons débattu autour des quatre questions suivantes :

Qu’est ce qui vous a amenés à intervenir, dans la structure où vous êtes, sur la  question des Sans-papiers ?

Quelle est l’actualité de vos interventions ?

Quelles sont les difficultés rencontrées et qu’avez-vous réussi à faire bouger ?

Comment trouver un équilibre entre le soutien au cas par cas et les actions collectives de revendications ?

Quoique d’approches différentes, ces associations et instances se connaissent et souhaitent la complémentarité en vue d’accompagner au mieux ces personnes.

Les deux intervenantes de RESF ont présenté les cadres juridiques et administratifs dans lesquels peuvent se retrouver les personnes sans-papiers .

Elles se sont appuyées sur l’existence d’un CRA – Centre de Rétention Administratif – à Rennes pour nous faire toucher du doigt leur expérience de terrain (par exemple les délais à respecter pour engager un recours) et la complexité des situations des personnes retenues.

On retrouvera l’essentiel de leur intervention dans les deux petits guides pour comprendre les migrations édités par la CIMADE.

Un représentant de RESF a le souci de nous amener à comprendre que leur association aide aussi à la constitution de collectifs de soutien à des personnes sans-papiers, comme des groupes de parents d’élèves.

Les municipalités, bien que n’ayant pas les compétences pour agir directement auprès des préfectures, peuvent apporter un soutien individuel aux personnes sans-papiers par le biais des CCAS – Centre Communal d’Action Sociale -, par des parrainages républicains et par leur soutien dans certaines manifestations.

Les cercles de silence existant depuis 2007 à l’initiative des franciscains de Toulouse ont quant à eux la volonté de faire connaître la situation intolérable, au regard des Droits de l’Homme, faite aux personnes retenues dans les CRA, et cela de manière non-violente et silencieuses (cf. Matthieu, 25, 35 :  » … j’étais un étranger et vous m’avez accueilli… « ).

L’aumônier des prisons musulman, connaissant la détresse des Sans-papiers retenus, a demandé à intervenir également au CRA de Rennes pour un soutien moral et amener progressivement l’administration à aménager, dans la mesure du possible, des conditions plus humaines – nourriture hallal, petit tapis de prière – dans le respect d’un lieu laïc.

De la même manière, le Secours Catholique a su progressivement apporter sa présence au CRA au fil des ans, par exemple un apport chaleureux autour de Noël, dont le temps s’est élargi au cours de ces trois dernières années.

Le Secours catholique a également construit un réseau de visiteurs ayant bénéficié de formations.

Le MRAP met avant le devoir d’information aux citoyens en vue de dénoncer les injustices.

Leurs bénévoles accompagnent des personnes sans-papiers dans leurs démarches au tribunal ou à la préfecture.

Il réalise un travail concernant les effets de la rétention sur la santé mentale de ces personnes.

Le DAL, surtout sollicité par les demandeurs d’asile, accompagne également les personnes sans-papiers en vue de l’obtention d’un logement.

Il veille également au respect et à l’application pour tous des dispositifs existant en matière de logement.

En conclusion, les apports de cette rencontre font ressortir notre devoir de citoyen de bien s’informer pour participer au combat contre les injustices qui s’accroissent au fur et à mesure que grandit l’isolement des Sans-papiers.

Anastasia Kerachni et Marie-Paule Aude-Drouin.

Une question essentielle : comment vivre avec les autres sans les rejeter ni les absorber si nous ne nous reconnaissons pas  » étrangers à nous-mêmes « .




La solidarité internationale comme sortie de crise

Écrit par Les Réseaux du Parvis
Mercredi, 30 Décembre 2009 13:39
La solidarité internationalecomme sortie de crises » Ecologie, social, libertés : la solidarité internationale comme sortie de crises « . Tel était le titre de l’université d’été de la solidarité organisée par le CRID. Rassemblant près de 1000 participants à Pessac, elle fut l’occasion de s’interroger sur la manière de construire un monde plus solidaire. Au CCFD-Terre Solidaire, nous tentons chaque jour de nous inscrire dans ce combat pour un monde nouveau. Au Sud nous soutenons la mise en oeuvre de projets de développement portés par les populations locales elles-mêmes. En France, l’éducation au développement et le plaidoyer sont d’importants leviers d’action.Un contexte mondial de crises

Notre planète n’a jamais été aussi riche. Ses habitants, les hommes, n’ont jamais disposé d’autant de ressources pour satisfaire leurs besoins fondamentaux. Et pourtant, les inégalités entre eux, entre peuples, entre communautés n’ont jamais été aussi criantes. Plus d’un milliard de personnes souffrent de la faim sur notre planète. Plus d’un quart des enfants des pays en développement souffrent de retards de croissance. Deux milliards de personnes vivent encore avec moins de deux dollars par jour.

Si quelques progrès notables ont été accomplis, si les Etats de la planète se sont engagés, au sein de l’ONU en 2000, via les Objectifs du millénaire pour le développement, à réduire les situations d’extrême pauvreté… la dernière crise financière est venue mettre à mal ces timides avancées.

Aujourd’hui ce n’est pas simplement à une crise financière que l’humanité doit faire face. Mais bel et bien à une conjonction de crises financière, sociale, écologique, politique… qui confirme, si besoin était, que le capitalisme néolibéral, modèle de développement dominant ces dernières décennies, nous conduit dans le mur.

De plus, en prenant conscience de la finitude de notre planète, de ses limites écologiques, l’homme, pour la première fois de son existence, se trouve confronté à un défi nouveau : inventer d’autres manières de vivre ensemble et ce de manière durable.

 

Refuser l’inacceptable…

pour changer le Monde

Dans ce contexte morose, au CCFD-Terre Solidaire, nous continuons de croire que  » le développement de l’Homme et de tous les Hommes  » est une nécessité urgente. Face aux dérives de ce monde qui conduisent l’Homme à l’échec, nous devons trouver la force de refuser l’inacceptable. Non, il n’est plus tolérable en 2010 de voir les Etats du monde trouver en quelques jours des centaines de milliards pour sauver les banques et afficher une volonté politique quasi nulle quand il s’agit de mettre un terme au scandale de la faim, de l’extrême pauvreté.

Pour que nos concitoyens soient en capacité de refus de l’inacceptable, nous croyons que l’Education au développement est un levier primordial.

 

L’Education au développement (EAD),

de quoi parle-t-on ?

Alors qu’on l’interrogeait sur la manière de mieux appuyer le développement des populations brésiliennes, Dom Helder Camara eut cet réponse :  » Si vous voulez que les choses changent chez nous, commencez par les changer chez vous « . Cette réponse nous dit déjà beaucoup sur la nécessité de construire, au Nord comme au Sud, des sociétés civiles organisées pour faire face aux défis de notre époque. Elle nous invite à regarder le monde dans sa globalité à partir de nos réalités quotidiennes et locales. Elle nous invite à comprendre les mécanismes qui engendrent le non développement, la misère. Elle souligne qu’il n’y aura de changement qu’à partir d’une action au coeur de nos lieux de vie, en pesant localement sur des décisions qui ont un impact à l’autre bout de la planète. Eh bien, l’Education au développement englobe toutes ces dimensions.

Ainsi peut-on définir l’EAD comme un acte éducatif, comme un acte politique au sens noble du terme dont la finalité est bel et bien la transformation sociale du monde. En cela, l’EAD se pose non plus comme un acte de sensibilisation visant à émouvoir nos concitoyens sur la situation de nos frères et soeurs à l’autre bout de la planète pour susciter au final leur générosité. Elle se pose alors comme un processus global dans lequel nous voulons impliquer les citoyens pour qu’ils deviennent des acteurs authentiques de la construction d’un monde nouveau.

 

L’éducation au développement

dit notre Espérance

Croyants au Dieu de Jésus-Christ, nous croyons que la vie est plus forte que la mort. En réponse à l’appel de Jésus-Christ, par l’éducation au développement, nous voulons appeler les hommes et les femmes de ce temps à se lever et à devenir serviteur du développement de leurs frères et soeurs en humanité.

Fidèles à la pensée sociale de l’Eglise, nous voulons placer l’Homme au coeur du monde de demain, l’inventer avec lui, convaincu que chacun porte en lui des richesses uniques à mettre au service de la Création.

Par l’EAD, nous disons donc au monde toute notre Espérance, notre soif de justice et de dignité pour tous les Hommes.

 

Saisir les opportunités

Pour en revenir à la période de crises que nous évoquions précédemment, nul besoin d’être un grand devin pour affirmer qu’elle est appelée à durer et que les plus faibles, une nouvelle fois, en seront les premières victimes. Si ce moment de notre histoire présente des facettes bien déroutantes voire affolantes, il présente aussi des opportunités. Ce qui était interdit hier est aujourd’hui possible. A savoir la critique du modèle de développement dominant et la recherche d’alternatives. En cela, la dernière crise financière aura eu un effet bénéfique. La médiatisation des mécanismes de la finance internationale, en particulier du rôle et de la place des paradis fiscaux, a permis une prise de conscience. Ces mécanismes d’optimisation fiscale, méconnus hier, ont été intégrés comme un élément clé des crises que nous traversons par nombre de citoyens. A tel point, d’ailleurs, que les gouvernements des pays les plus riches ont été contraints d’inscrire la lutte contre ces paradis fiscaux à l’agenda politique international. Avec ces paradis fiscaux, nombre d’entreprises multinationales parviennent à échapper à l’impôt en localisant leurs bénéfices dans des lieux où ils seront faiblement ou pas du tout taxés. Au final, ce sont environ 125 milliards par an d’impôts qui échappent aux pays en voie de développement, privant les gouvernements des Etats du Sud de toute possibilité de lutter efficacement contre misère. Et ce n’est là qu’un exemple. On pourrait les multiplier à souhait. Un exemple qui prouve bel et bien que la bagarre dans laquelle nous sommes aujourd’hui n’est rien d’autre que celle qui déterminera le(s) modèle(s) de développement qui présideront demain aux destinées de la communauté humaine. L’enjeu est donc de taille et le moment historique. En complément des enjeux d’EAD que j’évoquais précédemment, l’opportunité d’interpeller fortement nos dirigeants politiques et économiques nous est offerte : ils ne peuvent plus nier qu’il y a urgence à réformer les structures mêmes du monde voire à les refonder. Au CCFD-Terre Solidaire, nous avons pour habitude de mener des campagnes de plaidoyer. C’est-à-dire de faire valoir auprès de nos dirigeants nos exigences au nom du bien commun. La prochaine d’entre elles sera une mobilisation forte autour des paradis fiscaux puisque, en 2011, le G20 se tiendra en France.

 

Nous changeons le monde

Le CCFD-Terre Solidaire est largement impliqué dans le mouvement altermondialiste. » Un autre monde est possible « , avons-nous l’habitude de proclamer. Autant cette formule donne de la perspective à nos actions, dit notre Espérance… autant elle pourrait laisser croire que nous sommes des utopistes qui attendraient patiemment et presque indéfiniment le jour où un nouveau monde voudrait bien advenir !

Dans la réalité, il n’en est rien. Quand nous soutenons le développement de l’agriculture familiale en Amérique latine ou en Afrique, quand nous permettons le développement d’activités d’économie solidaire en Asie… nous changeons d’ores et déjà le monde, et ce de manière très concrète pour des dizaines de familles.

Quand des citoyens français investissent leur argent auprès de Terre de Liens pour le rachat de terres agricoles qui seront mises à disposition de jeunes agriculteurs qui n’avaient jusqu’alors pas d’accès à la terre dans notre pays… nous changeons d’ores et déjà le monde en combattant le modèle de développement qui promeut la seule agriculture intensive comme modèle.

Dans notre engagement de militants de la solidarité internationale, nous ne saurions nous contenter d’une responsabilité limitée qui nous inviterait à dénoncer les ravages qui se produisent chaque jour sous nos yeux. Non, nous entendons exercer notre responsabilité de manière pleine et entière. Non comme un fardeau, une charge qui nous pousserait à la culpabilité. Mais comme une chance qui nous invite à saisir au coeur même de nos lieux de vie toutes les opportunités de reprendre du pouvoir sur les acteurs du modèle dominant en exigeant d’eux qu’ils repensent leurs manières d’agir. Acteurs de transformation du monde, nous voulons l’être à partir de nos territoires !

                                                                            Pascal Vincens

                                   Directeur de l’Education au développement au

                                                                               CCFD-Terre Solidaire.

           

 

Il n’est plus tolérable

de voir trouver

en quelques jours des

centaines de milliards

pour sauver

les banques

et une volonté

politique quasi nulle

contre le scandale

de la faim,

de l’extrême pauvreté.

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Crise, capitalisme, libéralisme…

Écrit par Les Réseaux du Parvis
Mardi, 29 Décembre 2009 14:22

L’ENSEMBLE DES CRISES

ONT UNE CAUSE COMMUNE 

Le monde a besoin d’alternatives et pas seulement de régularisations. Il ne suffit pas de réaménager un système, il s’agit de le transformer. C’est un devoir moral, et, pour le comprendre, adopter le point de vue des victimes permet à la fois de faire un constat et d’exprimer une conviction ; le constat que l’ensemble des crises, financière, alimentaire, énergétique, hydrique, climatique, sociale, relèvent d’une cause commune, et la conviction que nous pouvons transformer le cours de l’histoire.

Le constat

Quand 850 millions d’êtres humains vivent sous la barre de la pauvreté et que leur nombre augmente, quand chaque vingt-quatre heures, des dizaines de milliers de gens meurent de faim, quand disparaissent jour après jour des ethnies, des modes de vie, des cultures, mettant en péril le patrimoine de l’humanité, quand le climat se détériore et que l’on se demande s’il vaut encore la peine de vivre à la Nouvelle-Orléans, au Sahel, dans les Iles du Pacifique, en Asie centrale ou en bordure des océans, on ne peut se contenter seulement de parler de crise financière. Déjà les conséquences sociales de cette dernière sont ressenties bien au-delà des frontières de sa propre origine : chômage, cherté de la vie, exclusion des plus pauvres, vulnérabilité des classes moyennes et allongement dans le temps de la liste des victimes. Soyons clairs, il ne s’agit pas seulement d’un accident de parcours ou d’abus commis par quelques acteurs économiques qu’il faudra sanctionner, nous sommes confrontés à une logique qui parcourt toute l’histoire économique des deux derniers siècles. De crises en régulations, de dérégulations en crises, le déroulement des faits répond toujours à la pression des taux de profit : en hausse on dérégule, en baisse on régule, mais toujours en faveur de l’accumulation du capital, elle-même définie comme le moteur de la croissance. Ce que l’on vit aujourd’hui n’est donc pas nouveau. Ce n’est pas la première crise du système financier et certains disent que ce ne sera pas la dernière.

Cependant, la bulle financière créée au cours des dernières décennies, grâce, entre autres, au développement des nouvelles technologies de l’information et des communications, a surdimensionné toutes les données du problème. L’économie est devenue de plus en plus virtuelle et les différences de revenus ont explosé. Pour accélérer les taux de profits, une architecture complexe de produits dérivés fut mise en place et la spéculation s’est installée comme un mode opératoire du système économique. Cependant, ce qui est nouveau, c’est la convergence de logique entre les dérèglements que connaît aujourd’hui la situation mondiale.

La crise alimentaire en est un exemple. L’augmentation des prix ne fut pas d’abord le fruit d’une moindre production, mais bien le résultat combiné de la diminution des stocks, de manoeuvres spéculatives et de l’extension de la production d’agrocarburants. La vie des personnes humaines a donc été soumise à la prise de bénéfices. Les chiffres de la bourse de Chicago en sont l’illustration.

La crise énergétique, quand à elle, va bien au delà de l’explosion conjoncturelle des prix du pétrole. Elle marque la fin du cycle de l’énergie fossile à bon marché (pétrole et gaz) dont le maintien à un prix inférieur provoqua une utilisation inconsidérée de l’énergie, favorable à un mode de croissance accéléré, qui permit une rapide accumulation du capital à court et moyen terme. La surexploitation des ressources naturelles et la libéralisation des échanges, surtout depuis les années 1970, multiplièrent le transport des marchandises et encouragèrent les moyens de déplacement individuels, sans considération des conséquences climatiques et sociales. L’utilisation de dérivés du pétrole comme fertilisants et pesticides se généralisa dans une agriculture productiviste. Le mode de vie des classes sociales supérieures et moyennes se construisit sur le gaspillage énergétique. Dans ce domaine aussi, la valeur d’échange prit le pas sur la valeur d’usage.

Aujourd’hui, cette crise risquant de nuire gravement à l’accumulation du capital, on découvre l’urgence de trouver des solutions. Elles doivent cependant, dans une telle perspective, respecter la logique de base : maintenir le niveau des taux de profit, sans prendre en compte les externalités, c’est-à-dire ce qui n’entre pas dans le calcul comptable du capital et dont le coût doit être supporté par les collectivités ou les individus. C’est le cas des agrocarburants et de leurs conséquences écologiques (destruction, par la monoculture, de la biodiversité, des sols et des eaux souterraines) et sociales (expulsion de millions de petits paysans qui vont peupler les bidonvilles et aggraver la pression migratoire).

La crise climatique, dont l’opinion publique mondiale n’a pas encore pris conscience de toute la gravité, est, selon les experts du GIEC (Groupe international des experts du climat), le résultat de l’activité humaine. Nicolas Sterne, ancien collaborateur de la Banque Mondiale, n’hésite pas à dire que  » les changements climatiques sont le plus grand échec de l’histoire de l’économie de marché.  » En effet, ici comme précédemment, la logique du capital ne connaît pas les  » externalités « , sauf quand elles commencent à réduire les taux de profit.

L’ère néolibérale, qui fit croître ces derniers, coïncide également avec une accélération des émissions de gaz à effet de serre et du réchauffement climatique.

L’accroissement de l’utilisation des matières premières et celui des transports, tout comme la dérégulation des mesures de protection de la nature, augmentèrent les dévastations climatiques et diminuèrent les capacités de régénération de la nature. Si rien n’est dans un proche avenir, de 20 % à 30 % de toutes les espèces vivantes pourraient disparaître d’ici un quart de siècle. Le niveau et l’acidité des mers augmenteront dangereusement et l’on pourrait compter entre 150 et 200 millions de réfugiés climatiques dès la moitié du XXIe siècle.

C’est dans ce contexte que se situe la crise sociale. Développer spectaculairement 20 % de la population mondiale, capable de consommer des biens et des services à haute valeur ajoutée, est plus intéressant pour l’accumulation privée à court et moyen terme que répondre aux besoins de base de ceux qui n’ont qu’un pouvoir d’achat réduit ou nul.

En effet, incapables de produire de la valeur ajoutée et n’ayant qu’une faible capacité de consommation, ils ne sont plus qu’une foule inutile, tout au plus susceptible d’être l’objet de politiques assistentielles. Le phénomène s’est accentué avec la prédominance du capital financier. Une fois de plus, la logique de l’accumulation a prévalu sur les besoins des êtres humains.

Tout cet ensemble de dysfonctionnements débouche sur une véritable crise de civilisation, caractérisée par le risque d’un épuisement de la planète et d’une extinction du vivant, ce qui signifie une véritable crise de sens. Alors, des régularisations ? Oui, si elles constituent les étapes d’une transformation radicale et permettent une sortie de crise qui ne soit pas la guerre, non, si elles ne font que prolonger une logique destructrice de la vie. Une humanité qui renonce à la raison et délaisse l’éthique perd le droit à l’existence.

Une conviction

Certes, le langage apocalyptique n’est pas porteur d’action. Par contre, un constat de la réalité peut conduire à réagir. La recherche et la mise en oeuvre d’alternatives sont possibles, mais pas sans conditions. Elles supposent d’abord une vision à long terme, l’utopie nécessaire ; ensuite des mesures concrètes échelonnées dans le temps et enfin des acteurs sociaux porteurs des projets, au sein d’un combat dont la dureté sera proportionnelle au refus du changement. La vision de long terme peut s’articuler autour de quelques axes majeurs.

En premier lieu, un usage renouvelable et rationnel des ressources naturelles, ce qui suppose une autre philosophie du rapport à la nature : non plus l’exploitation sans limite d’une matière, en l’occurrence objet de profit, mais le respect de ce qui forme la source de vie. Les sociétés du socialisme dit réel n’avaient guère innové dans ce domaine.

Ensuite, privilégier la valeur d’usage sur la valeur d’échange, ce qui signifie une autre définition de l’économie : non plus la production d’une valeur ajoutée, source d’accumulation privée, mais l’activité qui assure les bases de la vie, matérielle, culturelle et spirituelle de tous les êtres humains à travers le monde. Les conséquences logiques en sont considérables. A partir de ce moment, le marché sert de régulateur entre l’offre et la demande au lieu d’accroître le taux de profit de minorité. Le gaspillage des matières premières et de l’énergie, la destruction de la biodiversité et de l’atmosphère, sont combattus, par une prise en compte des  » externalités  » écologiques et sociales. Les priorités dans la production de biens et de services changent de logique.

Un troisième axe est constitué par une généralisation de la démocratie, pas seulement appliquée au secteur politique, par une démocratie participative, mais aussi au sein du système économique, dans toutes les institutions et entre les hommes et les femmes. Une conception participative de l’Etat en découle nécessairement, de même qu’une revendication des droits humains dans toutes leurs dimensions, individuelles et collectives. La subjectivité retrouve une place.

Enfin, le principe de la multiculturalité vient compléter les trois autres. Il s’agit de permettre à tous les savoirs, même traditionnels, de participer à la construction des alternatives, à toutes les philosophies et les cultures, en brisant le monopole de l’occidentalisation, à toutes les forces morales et spirituelles capables de promouvoir l’éthique nécessaire. Parmi les religions, la sagesse de l’hindouisme dans le rapport à la nature, la compassion du bouddhisme dans les relations humaines, la quête permanente de l’utopie du judaïsme, la soif de justice dans le courant prophétique de l’islam, les forces émancipatrices d’une théologie de la libération dans le christianisme, le respect des sources de la vie dans le concept de la terre-mère des peuples autochtones de l’Amérique latine, le sens de la solidarité exprimé dans les religions de l’Afrique, sont des apports potentiels importants, dans le cadre, évidemment, d’une tolérance mutuelle garantie par l’impartialité de la société politique.

Utopies que tout cela ! Mais le monde a besoin d’utopies, à condition qu’elles se traduisent dans la pratique. Chacun des principes évoqués est susceptible d’applications concrètes, qui ont déjà fait l’objet de propositions de la part de nombreux mouvements  sociaux et d’organisations politiques. Le nouveau rapport à la nature signifie entres autres, la récupération par les Etats de la souveraineté sur les ressources naturelles et leur non-appropriation privée ; l’arrêt des monocultures et la remise en valeur paysanne, la ratification, l’approfondissement des mesures de Kyoto et de Bali sur le climat.

Privilégier la valeur d’usage entraîne la non-marchandisation des éléments indispensables à la vie : les semences, l’eau, l’éducation ; le rétablissement des services publics ; l’abolition des paradis fiscaux ; la suppression du secret bancaire ; l’annulation des dettes odieuses des Etats du Sud ; l’établissement d’alliances régionales, sur base non de compétitivité, mais de complémentarité et de solidarité ; la création de monnaies régionales, l’établissement de multipolarités et bien d’autres mesures encore. La crise financière constitue l’occasion unique de mettre ces mesures en application.

Démocratiser les sociétés passe par l’organisation de la participation locale, y compris dans la gestion de matières économiques et va jusqu’à la réforme des Nations-Unies. La multiculturalité s’exprime par l’abolition des brevets sur le savoir, par la libération de la science de l’emprise des pouvoirs économiques, par la suppression des monopoles de l’information, par l’établissement de la liberté religieuse.

Mais qui sera porteur de ce projet ? Il est vrai que le génie du capitalisme est de transformer ses propres ses contradictions en opportunités.  » How global warning can make you wealthy ? »(« Comment le réchauffement terrestre peut vous enrichir ? « ), lisait-on dans une publicité de US Today du début 2007. Le capitalisme pourra-t-il aller jusqu’à renoncer à ses propres principes ? Evidemment non. Seul un nouveau rapport de pouvoir y parviendra, ce qui n’exclut pas le ralliement de certains acteurs économiques contemporains. Mais une chose est claire : le nouvel acteur historique porteur des projets alternatifs est aujourd’hui pluriel. Ce sont les ouvriers, les paysans sans terre, les peuples indigènes, les femmes premières victimes des privatisations, les pauvres des villes, les militants écologistes, les migrants, les intellectuels liés aux mouvements sociaux. Leur conscience d’acteur collectif commence à émerger. La convergence de leurs organisations en est seulement à ses débuts et manque encore souvent de relais politiques. Certains Etats, notamment en Amérique latine, ont déjà créé des conditions pour que des alternatives voient le jour. La durée et l’intensité des luttes de ces acteurs sociaux dépendront de la rigidité du système en place et de l’intransigeance de ses protagonistes. Offrez-leur donc au sein de l’Organisation des Nations-Unies un espace pour qu’ils puissent s’exprimer et présenter leurs alternatives. Ce sera votre contribution au renversement du cours de l’histoire, indispensable pour que le genre humain retrouve un espace de vie et puisse ainsi reconstruire l’espérance.

François Houtard.  




Sortir du capitalisme

Écrit par Les Réseaux du Parvis
Lundi, 28 Décembre 2009 14:32

SORTIR DU CAPITALISME, EST-CE CREDIBLE ?

Certainement, et d’autant plus que le capitalisme est un avatar tout à fait extraordinaire et très court dans l’histoire de l’humanité. Les rapports économiques et sociaux ont été organisés pendant dix millions d’années selon d’autres principes. Il faut être singulièrement servile en termes intellectuels pour écouter des gens qui nous disent que quelque chose qui est apparu dans des conditions historiques bien particulières et des rapports de force bien particulières est destiné à représenter désormais toute l’histoire de l’humanité jusqu’à la fin des temps !

Dire qu’on va s’arrêter sur ce moment de l’histoire et qu’on va rester dans un système où l’on admet qu’un seul des acteurs dans la production des richesses, parce qu’il a de l’argent, a le pouvoir sur tous, est une absurdité totale, une extravagance totale. La grande victoire culturelle des défenseurs de ce système est d’avoir réussi à mettre dans nos têtes l’idée que c’était le système naturel depuis toujours, que c’était comme ça, que c’était normal et qu’on ne pouvait pas faire autrement. Vous prenez une simple loi parlementaire, démocratique, qui fera l’unanimité de la quasi-totalité des citoyens, où vous dites que désormais, dans les sociétés privées, il y aura un quart d’entrepreneurs (l’entrepreneur est différent du capitaliste qui, lui, est l’actionnaire), un quart de gens qui apportent des capitaux, un quart de salariés et un quart de collectivités publiques et territoriales, politiques, qui apportent tout le reste. Tous ces gens doivent travailler ensemble, et ils à égalité de pouvoir. Dire qu’ils sont à égalité de pouvoir de direction signifie que la gestion et la direction de l’entreprise doivent être conçues de façon à faire l’intérêt commun : celui des travailleurs, de la gestion efficace de l’entreprise en harmonie avec les collectivités dans lesquelles elle s’inscrit. Le capitalisme est fini. Celui qui a le capital a juste le droit, comme les autres, que ses intérêts soient entendus et compris, d’avoir une rémunération comme les autres. Une seule loi, sans révolution ! Vous pensez que ce n’est pas crédible ? Pendant les  » Trente Glorieuses « , est-ce que le marché empêchait la planification ? Mais on était alors dans une économie où les capitalistes n’avaient aucun pouvoir dans les entreprises ; les actionnaires étaient rémunérés à un taux moindre que celui de la caisse d’épargne. L’économie était socialisée par la protection sociale, par la réglementation des salaires, par la réglementation des taux d’intérêt, des loyers… Ce n’est pas une économie de marché et ce n’était pas une économie capitaliste.

On a donc déjà été dans autre chose que des économies capitalistes et des économies de marché ; on a été dans des économies humaines, contrôlées par la démocratie.

JACQUES GENEREUX.




Une courte histoire du néo-libéralisme.

Écrit par Les Réseaux du Parvis
Dimanche, 27 Décembre 2009 14:42

UNE COURTE HISTOIRE DU NEOLIBERALISME.

 

En 1945 ou 1950, si vous aviez sérieusement proposé l’une des idées ou l’une des politiques du kit standard néolibéral actuel, on vous aurait renvoyé en se moquant de vous ou on vous aurait envoyé à l’asile. A l’époque, dans les pays occidentaux en tout cas, tout le monde était soit keynésien, soit social-démocrate, soit social démocrate-chrétien ou encore marxiste d’une tendance quelconque.

Bien que cela puisse sembler incroyable aujourd’hui, particulièrement aux membres les plus jeunes du public, le FMI et la Banque Mondiale étaient considérés comme des institutions progressistes.

On les appelait parfois les jumeaux de keynes parce qu’ils étaient sortis du cerveau de keynes et de Harry Dexter White, l’un des conseillers les plus proches de Franklin Roosevelt. Quand on a créé ces institutions à Bretton Woods en 1944, leur mandat était d’aider à empêcher des conflits futurs, en prêtant de l’argent pour la reconstruction et le développement et en réglant les problèmes temporaires de balance de paiements.

Elles n’avaient aucun contrôle sur les décisions économiques des gouvernements individuels et leur mandat n’incluait pas le droit d’intervenir dans la politique nationale.

Dans les pays occidentaux, l’Etat Providence et le New Deal avaient fait leur apparition dans les années 30, mais leur développement fut interrompu par la guerre. La première priorité du monde des affaires au moment de l’après-guerre fut de les remettre en place. L’autre chose importante à faire était de redynamiser le commerce mondial – ce fut accompli grâce au Plan Marshall qui faisait une fois de l’Europe le partenaire commercial essentiel des Etats-Unis, la plus puissante économie du monde. Et c’est à ce moment-là que les vents forts de la décolonisation se mirent également à souffler, que la liberté soit obtenue par un accord comme en Inde ou par la lutte armée comme au Kenya, au Vietnam et dans d’autres pays.

Globalement, le monde s’était engagé sur un voie extrêmement progressiste. Le grand savant Karl Polanyi publia son oeuvre majeure, La grande transformation, en 1944, une critique féroce de la société industrielle du XIXe siècle, basée sur le marché. Il y a plus de cinquante ans, Polanyi fit cette déclaration incroyablement prophétique et moderne :  » Permettre au mécanisme du marché d’être l’unique directeur du sort des êtres humains et de leur environnement naturel … aurait pour résultat la démolition de la société.  » p.73 de l’édition anglaise. Cependant, Polanyi était convaincu qu’une telle démolition ne pourrait plus se produire dans le monde de l’après-guerre car, comme il le dit p.251,  » Au sein des nations, nous sommes témoins d’un développement tel que le système économique cesse de dicter sa loi à la société et que la primauté de la société sur ce système est assurée « .

Hélas, l’optimisme de Polanyi n’était pas de mise – l’idée même du néolibéralisme est qu’on devrait autoriser le mécanisme du marché à diriger le destin des êtres humains. L’économie devrait dicter ses règles à la société, et pas le contraire. Et comme l’avait prévu Polanyi, cette doctrine nous mène tout droit à la  » démolition de la société « .

Qu’est-il donc arrivé ? Pourquoi en sommes-nous arrivés là un demi-siècle après la fin de la Seconde Guerre mondiale ?

Comment le néolibéralisme a-t-il un jour pu sortir de son ghetto ultra-minoritaire pour devenir la doctrine dominante du monde d’aujourd’hui ?

Pourquoi le FMI et la Banque Mondiale peuvent-ils intervenir à volonté et forcer les pays à participer à l’économie mondiale sur des bases défavorables ?

Pourquoi l’Etat Providence est-ils menacé dans tous les pays où il avait été établi ? Pourquoi frôle-t-on la catastrophe en ce qui concerne l’environnement, et pourquoi y a-t-il tant de pauvres aussi bien dans les pays riches que dans les pays pauvres, alors qu’il n’y a jamais eu de richesses qu’aujourd’hui ?

Ce sont ces questions auxquelles il faut répondre d’un point de vue historique.

Commençant par un petit groupe embryonnaire à l’Université de Chicago, avec pour noyau l’économiste philosophe Friedrich von Hayek et ses étudiants comme Milton Friedman, les néolibéraux et leurs fondateurs ont créé un réseau international énorme de fondations, instituts, centres de recherche, publications, chercheurs, écrivains et experts en relations publiques pour développer, bien présenter et attirer sans arrêt l’attention sur leurs idées et leur doctrine.

Ils ont construit ce cadre idéologique extrêmement efficace car ils ont compris de quoi l’intellectuel marxiste italien Antonio Gramsci parlait lorsqu’il développait le concept d’hégémonie culturelle. Si vous pouvez occuper la tête des gens, leur coeur et leurs mains suivront. Le travail idéologique et promotionnel de la droite a été absolument remarquable. Ils ont dépensé des centaines de millions de dollars, mais le résultat en valait la chandelle, car ils ont fait apparaître le néolibéralisme comme la condition naturelle et normale de l’homme. Peu importent le nombre de désastres en tout genre que le système néolibéral a visiblement engendrés, peu importent les crises financières qu’il peut entraîner, peu importe combien de perdants et d’exclus il peut créer, tout est fait pour qu’il semble inévitable, comme une action divine, le seul ordre économique et social possible qui nous soit accessible.

Je voudrais insister sur l’importance de comprendre que cette vaste expérience néolibérale que nous sommes tous forcés de vivre a été par des gens à dessein. Une fois que vous avez saisi ceci, une fois que vous avez compris que le néolibéralisme n’est pas une force comme la gravité mais une construction totalement artificielle, vous pouvez aussi comprendre que ce que certains ont crée, d’autres peuvent le changer. Mais ils ne pourront pas le changer s’ils ne reconnaissent pas l’importance des idées.

SUSAN GEORGE.




Les sans-papiers et l’isolement

Écrit par Les Réseaux du Parvis
Vendredi, 01 Janvier 2010 14:35

Les Sans-papiers et l’isolement…

Lors de la rencontre organisée par l’Association Culturelle de Boquen les 13 et 14 février derniers, nous avons cherché à mieux appréhender la situation des  » Sans-papiers  » et nous nous sommes demandés si nous pouvons résister, pourquoi et comment.

L’été 2009, lors d’une rencontre préparatoire dans notre maison de Poulancre, nous avons commencé concrètement, grâce à des jeux de rôle proposés par Anastasia Kerachni, à prendre conscience de ce que peuvent vivre et ressentir les personnes sans papiers et comprendre les différents positionnements que nous sommes amenés à exprimer dans ces situations.

Des scènes au sujet d’un contrôle de titre de transport, d’une visite à l’hôpital et d’une arrestation à domicile ont été l’occasion de développer nos interrogations pour mieux cerner les problématiques et les questions à poser aux intervenants qui viendraient participer à nos débats.

En février 2010, à Rennes, il nous apparaissait important de commencer par nous questionner sur nos propres représentations.

Odile Durand nous y a aidés par la présentation de l’ouvrage de Julia Kristeva, Etrangers à nous-mêmes.

J. Kristeva nous renvoie à une question essentielle pour le XXIème siècle : comment vivre avec les autres sans les rejeter  ni les absorber si nous ne reconnaissons pas  » étrangers à nous-mêmes  » ?

Prendre le risque de l’inquiétante étrangeté, c’est accepter l’abîme entre moi et l’autre qui me choque. Il m’annihile peut-être parce que je le nie dans sa différence. Face à l’étranger que je refuse et auquel je m’identifie à la fois, je perds mes limites et me sens perdu.

Or cette peur d’être bousculés aujourd’hui peut-être levée lorsqu’avec Pierre et Simone Bourges, nous examinons les déplacements de populations depuis le début de l’humanité.

Ils nous ont invités à reprendre conscience de la réalité des migrations et de la richesse de ces rencontres tout au long de l’histoire….

Ces leçons que l’histoire nous transmet nous amènent à notre époque contemporaine où nos échanges interculturels permettent de corriger nos peurs et de faire face à notre étrangeté radicale rendue visible aussi à travers la poésie, le théâtre, la littérature, l’art…

Les débordements possibles de rejet et de haine demandent des garde-fous personnels et collectifs, un cadre juridique avec une structure suffisamment précise pour contenir les différentes situations vécues par les sans-papiers, d’où des rapports de force à établir pour faire évoluer le droit tant sur le plan national qu’international.

Aujourd’hui, pour la personne sans-papiers, l’expérience de la non-appartenance à une communauté nationale devient insoutenable parce qu’elle est aussi disqualifiée dans la reconnaissance de ses droits humains, de ses droits à la santé, au travail, à l’éducation du seul fait qu’elle n’est pas citoyenne.

Concrètement, en visionnant le film Welcome de Philippe Lioret (2009), nous prenons la mesure de l’impact de la rencontre, à Calais, entre un maître-nageur français et un jeune homme Kurde sans-papiers qui voulait rejoindre l’Angleterre à la nage, seul moyen pense-t-il d’échapper aux contrôles de frontière.

Les différentes instances et associations invitées nous montrent nous montrent les liens qu’elles nouent quotidiennement afin que ces personnes puissent accéder aux droits qui les concernent et recevoir le soutien humain dont elles ont besoin.

Un aumônier musulman de prison, la CIMADE (service oecuménique d’entraide), le Cercle de Silence de Rennes, le DAL (Droit au Logement), la municipalité de Rennes, le MRAP (Mouvement contre le Racisme et pour l’Amitié entre les peuples), le Secours Catholique, le RESF (Réseau Education Sans Frontières) étaient présents à notre table ronde.

Nous avons débattu autour des quatre questions suivantes :

Qu’est ce qui vous a amenés à intervenir, dans la structure où vous êtes, sur la  question des Sans-papiers ?

Quelle est l’actualité de vos interventions ?

Quelles sont les difficultés rencontrées et qu’avez-vous réussi à faire bouger ?

Comment trouver un équilibre entre le soutien au cas par cas et les actions collectives de revendications ?

Quoique d’approches différentes, ces associations et instances se connaissent et souhaitent la complémentarité en vue d’accompagner au mieux ces personnes.

Les deux intervenantes de RESF ont présenté les cadres juridiques et administratifs dans lesquels peuvent se retrouver les personnes sans-papiers .

Elles se sont appuyées sur l’existence d’un CRA – Centre de Rétention Administratif – à Rennes pour nous faire toucher du doigt leur expérience de terrain (par exemple les délais à respecter pour engager un recours) et la complexité des situations des personnes retenues.

On retrouvera l’essentiel de leur intervention dans les deux petits guides pour comprendre les migrations édités par la CIMADE.

Un représentant de RESF a le souci de nous amener à comprendre que leur association aide aussi à la constitution de collectifs de soutien à des personnes sans-papiers, comme des groupes de parents d’élèves.

Les municipalités, bien que n’ayant pas les compétences pour agir directement auprès des préfectures, peuvent apporter un soutien individuel aux personnes sans-papiers par le biais des CCAS – Centre Communal d’Action Sociale -, par des parrainages républicains et par leur soutien dans certaines manifestations.

Les cercles de silence existant depuis 2007 à l’initiative des franciscains de Toulouse ont quant à eux la volonté de faire connaître la situation intolérable, au regard des Droits de l’Homme, faite aux personnes retenues dans les CRA, et cela de manière non-violente et silencieuses (cf. Matthieu, 25, 35 :  » … j’étais un étranger et vous m’avez accueilli… « ).

L’aumônier des prisons musulman, connaissant la détresse des Sans-papiers retenus, a demandé à intervenir également au CRA de Rennes pour un soutien moral et amener progressivement l’administration à aménager, dans la mesure du possible, des conditions plus humaines – nourriture hallal, petit tapis de prière – dans le respect d’un lieu laïc.

De la même manière, le Secours Catholique a su progressivement apporter sa présence au CRA au fil des ans, par exemple un apport chaleureux autour de Noël, dont le temps s’est élargi au cours de ces trois dernières années.

Le Secours catholique a également construit un réseau de visiteurs ayant bénéficié de formations.

Le MRAP met avant le devoir d’information aux citoyens en vue de dénoncer les injustices.

Leurs bénévoles accompagnent des personnes sans-papiers dans leurs démarches au tribunal ou à la préfecture.

Il réalise un travail concernant les effets de la rétention sur la santé mentale de ces personnes.

Le DAL, surtout sollicité par les demandeurs d’asile, accompagne également les personnes sans-papiers en vue de l’obtention d’un logement.

Il veille également au respect et à l’application pour tous des dispositifs existant en matière de logement.

En conclusion, les apports de cette rencontre font ressortir notre devoir de citoyen de bien s’informer pour participer au combat contre les injustices qui s’accroissent au fur et à mesure que grandit l’isolement des Sans-papiers.

Anastasia Kerachni et Marie-Paule Aude-Drouin.

Une question essentielle : comment vivre avec les autres sans les rejeter ni les absorber si nous ne nous reconnaissons pas  » étrangers à nous-mêmes « .




Crise et métamorphose

Écrit par Les Réseaux du Parvis
Samedi, 26 Décembre 2009 15:09

Crise et Métamorphose ?

Tout est à transformer pour créer de nouvelles raisons d’espérer.

Quand un système est incapable de traiter ses problèmes vitaux il se dégrade, se désintègre ou il se transforme, se métamorphose. Le système terre est incapable de s’organiser pour traiter ses problèmes vitaux : la dégradation de la biosphère, le péril nucléaire, l’économie mondiale sans vraie régulation, le retour des famines, les conflits ethno-politico-religieux se développent dans de nombreux pays.

Le probable est la désintégration, l’improbable mais possible est la métamorphose. La métamorphose telle la chenille qui devient papillon passe par un processus à la fois d’autodestruction et d’autoreconstruction.

Des sociétés historiques au Moyen-Orient, en Inde, en Chine, au Mexique, au Pérou… ont réussi une métamorphose en partant de sociétés archaïques vers des sociétés développées : les sociétés historiquement construites disposent d’armes d’anéantissement qui peuvent entraîner la destruction de l’humanité. Les capacités créatrices de l’évolution humaine semblent épuisées avec la démocratie représentative et l’économie libérale.

L’idée de métamorphose est plus riche que l’idée de révolution, elle est transformatrice et dans la continuité et la conservation de la vie, de l’héritage des cultures.

Pour aller vers la métamorphose comment changer de direction. Est-il possible de freiner                           le déferlement techno-scientifico-économico-civilisationnel qui conduit la planète au désastre. L’histoire humaine a souvent changé de voie. Tout commence toujours par une innovation, un nouveau message marginal, modeste, souvent invisible aux contemporains. Ainsi ont commencé les grandes religions : Bouddhisme, Christianisme, Islam … Le capitalisme s’est développé avec la société industrielle en désintégrant les royautés.

La science moderne s’est développée à partir de quelques esprits déviants : Galilée, Descartes… Le socialisme est né de quelques esprits autodidactes… Aujourd’hui tout est à repenser. Tout est à recommencer. Tout recommence sans qu’on le sache. Il existe sur tous les continents un bouillonnement créatif, une multitude d’initiatives locales dans le sens de la régénération économique, sociale, politique, cognitive, éthique … Il existe une pluralité                              de chemins réformateurs.

Il faut à la fois mondialiser et démondialiser, croître et décroître, développer et envelopper.

Mondialiser et démondialiser c’est multiplier les processus de communication tout en gardant une appartenance à une Terre-Patrie, promouvoir de façon démondialisée l’alimentation de proximité, les artisanats de proximité, des commerces, des services de proximité, des communautés locales et régionales.

Croître et décroître signifie qu’il faut augmenter les services, les énergies vertes                                                                             les transports publics, l’économie plurielle dont l’économie sociale et solidaire, les aménagements d’humanisation des mégapoles les agriculteurs biologiques en décroissant les intoxications, les pesticides, la nourriture industrialisée la production d’objets jetables, non réparables, le trafic automobile, le trafic camion.

Développer et enveloppersignifie que l’objectif n’est plus fondamentalement le développement des biens matériels, de la rentabilité, du calculable mais aussi le retour de chacun sur ses besoins intérieurs, sa vie intérieure, le lien avec autrui, la fraternité, l’amitié…

Il ne suffit pas de dénoncer, il faut maintenant construire les raisons d’espérer ?

 

L’improbable peut surgir,l’inattendu peut arriver car la résistance s’organise et la créativité est à l’oeuvre. De même qu’il existe dans tout organisme humain des cellules souches dotées d’aptitudes polyvalentes de même il existe en tout être humain, en toute société humaine des possibilités génératrices, régénératrices. « Là ou croît le péril croît aussi ce qui sauve », la chance suprême est inséparable du risque suprême.

L’aspiration multimillénaire de l’humanité à l’harmonie (paradis, utopie, idéologie, aspirations, révoltes, résistances…), ces aspirations renaissent dans le grouillement des initiatives multiples qui pourront nourrir des voies réformatrices.

Aujourd’hui la cause est sublime : il s’agit de sauver l’humanité. C’est une espérance en un monde meilleur.

L’origine est devant nous, disait Heidegger, la métamorphose peut être une nouvelle création.      

 




La privatisation des services publics

Écrit par Les Réseaux du Parvis
Vendredi, 25 Décembre 2009 15:51

LA PRIVATISATION DES SERVICES PUBLICS

Une conséquence de la concurrence en tant que valeur centrale du néolibéralisme est que le secteur public doit être brutalement diminué, car il n’obéit pas et ne peut pas obéir à la loi fondamentale de la concurrence pour les profits ou les parts de marché. La privatisation est l’une des transformations économiques les plus importantes des vingt dernières années. Cette tendance a commencé en Grande-Bretagne, et s’est répandue partout dans le monde.

Pourquoi les pays capitalistes, particulièrement en Europe, ont-ils tous commencé par avoir des services publics, et pourquoi beaucoup en ont-ils encore ? En fait, presque tous les services publics constituent ce que les économistes appellent des  » monopoles naturels « . Un monopole naturel existe quand la taille minimale pour garantir une efficacité économique maximale est égale à la taille réelle du marché. En d’autres termes, une entreprise doit avoir une certaine taille pour réaliser des économies d’échelle et ainsi fournir le meilleur service possible à un coût le plus faible possible pour le consommateur. Les services publics nécessitent également d’investir une grosse mise de fonds au début – comme les rails de chemins de fer ou les lignes à haute tension – qui n’encouragent pas non plus la concurrence. C’est pourquoi les monopoles publics étaient la solution optimale évidente. Mais les néolibéraux considèrent que tout ce qui est public est par définition  » inefficace « . Qu’arrive-t-il alors quand on privatise un monopole naturel ? De façon tout à fait normale et naturelle, les nouveaux propriétaires capitalistes ont tendance à imposer des prix de monopole au public, tout en se rémunérant grassement. Les économistes appellent cet effet  » échec structurel du marché  » parce que les prix sont plus élevés qu’ils ne devraient et que le service au consommateur n’est pas forcement bon. Pour empêcher les échecs structurels de marché, jusqu’au milieu des années 80, les pays capitalistes d’Europe confiaient presque tous la poste, les télécommunications, l’électricité, le gaz, les chemins de fer, les métros, le transport aérien et généralement également d’autres services comme l’eau, l’enlèvement des ordures etc., à des monopoles d’Etats.

Susan George.