Communiqué de Parvis suite aux attentats du vendredi 13 novembre 2015 et lettre du CEDEC

Attentats de Paris – 13 novembre 2015

Puisque c’est la vie amicale et libre, la culture joyeuse et ouverte qui sont attaquées, laissons la parole au chanteur belge Julos Beaucarne. En 1975, après l’assassinat de sa compagne Louise-Hélène France, il écrit cette lettre :

Amis  bien aimés,         

Ma Loulou est partie pour le pays de l’envers du décor, un homme lui a donné 9 coups de poignards dans sa peau douce. C’est la société qui est malade, il nous faut la remettre d’aplomb et d’équerre par l’amour et l’amitié et la persuasion.

C’est l’histoire de mon petit amour à moi arrêté sur le seuil de ses 33 ans. Ne perdons pas courage ni vous ni moi. Je vais continuer ma vie et mes voyages avec ce poids à porter en plus et mes 2 chéris qui lui ressemblent.

Sans vous commander, je vous demande d’aimer plus que jamais ceux qui vous sont proches ; le monde est une triste boutique, les cœurs purs doivent se mettre ensemble pour l’embellir, il faut reboiser l’âme humaine. Je resterai sur le pont, je resterai un jardinier, je cultiverai mes plantes de langage. A travers mes dires, vous retrouverez ma bien-aimée ; il n’est de vrai que l’amitié et l’amour. Je suis maintenant très loin au fond du panier des tristesses. On doit manger chacun, dit-on, un sac de charbon pour aller en paradis. Ah comme j’aimerais qu’il y ait un paradis comme ce serait doux les retrouvailles.

          En attendant, à vous autres, mes amis de l’ici-bas, face à ce qui m’arrive, je prends la liberté, moi qui ne suis qu’un histrion, qu’un batteur de planches, qu’un comédien qui fait du rêve avec du vent, je prends la liberté de vous écrire pour vous dire ce à quoi je pense aujourd’hui : je pense de toutes mes forces qu’il faut s’aimer

          à tort et à travers

                              Julos

                              nuit du 2 au 3 Février 75

Pour mieux connaître Julos Beaucarne vous pouvez écouter les morceaux suivants :

et

Et réaction du CEDEC lors de son colloque le 14 novembre 2015 :

Le colloque fut un premier acte de résistance pour nous (qualification dont nous nous serions bien passés), mais la réalité était là et, avec tous, nous avons essayé de témoigner de ce qu’est l’esprit républicain. j’ai voulu m’en faire l’écho dans ce texte, bref certes, mais il fallait garder une trace de l’esprit de ce moment partagé. Monique

CEDEC

CHRéTIENS POUR UNE ÉGLISE DéGAGéE DE L’ÉCOLE CONFESSIONNELLE  –  100  rue de la Fuye  37000 TOURS

14 novembre 2015 : la vie continue !…

Nous posons un acte de résistance citoyenne en maintenant le colloque « Citoyen d’abord – Croyant peut-être – Seule garantie : la laïcité », organisé à Tours par le CEDEC (Chrétiens pour une église Dégagée de l’école Confessionnelle).

Vendredi 13 novembre, 23 h 30 : nous décidons de maintenir ce colloque prévu depuis plusieurs mois; nous serons d’abord citoyens, il faut passer de la parole aux actes.

Nuit du 13 au 14 novembre : Rachid Benzine, qui arrive d’Allemagne où il assurait une conférence, envoie un message à Didier (il gère avec moi et le bureau du CEDEC l’organisation du colloque) : maintenons-nous le colloque? Bien sûr.

Après deux heures de sommeil, Rachid Benzine prend le train pour Tours.

6 h 30 : je reprends contact avec le service départemental de ce qu’on appelait jusqu’à une date récente les Renseignements Généraux. Nous les avions prévenus une dizaine de jours auparavant que la conférence de M. Benzine risquait de déplaire aux salafistes radicaux locaux (bien sûr, tous les salafistes ne sont pas radicalisés). Un programme de la rencontre avait été adressé par mail. Ce service devait être débordé, mais ce qui était une simple précaution devient une urgence : une soixantaine de personnes sont inscrites…

9 h 00 : à une exception près, toutes les personnes inscrites sont là. Ceux qui sont venus des départements limitrophes sont pourtant partis le matin même. Dix minutes après, nous apprenons qu’une personne envoyée par la municipalité arrive pour faire évacuer la salle municipale que nous avions louée et fermer le bâtiment. Il faut trouver très vite une solution, à savoir un lieu privé. Nous sommes de plus en plus convaincus que la résistance à la terreur semée la veille doit commencer ici et maintenant. M. Gérard Delfau, l’un des intervenants, nous apporte un soutien important; son expérience politique est efficace.

Après des échanges d’abord réticents puis conciliants, le restaurateur chez qui nous devions nous retrouver pour le repas accepte de nous accueillir. Les tables sont déplacées, les chaises alignées long des murs… et placées dans tous les coins disponibles ; deux micros nous sont proposés. Le café littéraire du XVIIIe siècle, le café des échanges politiques de Jaurès, le café philosophique  du XXIe siècle s’appelle modestement aujourd’hui le colloque sur l’importance de la laïcité comme ciment du vivre-ensemble, par-delà la diversité des options spirituelles, philosophiques, etc

Minute de silence. Quelques mots sur l’importance de notre rencontre après la rage manifestée contre la vie. Rencontre républicaine au sens fort du terme.

Présence amicale de tous. Dans le fond, nous sommes fiers de tenir bon. Antidote aussi à notre tension intérieure. La compassion au sens littéral du terme. Entre « laïques » (présents et absents) qui avons eu l’occasion de travailler ensemble, nous nous serrons les coudes.

   Les exposés sont d’une qualité indubitable et les débats… aussi animés que d’habitude (ils seront regroupés dans un livre).

 

La vie continue…

 

16 novembre 2015

Monique Cabotte-Carillon

Présidente du C.E.D.E.C.