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Écrit par Les Réseaux du Parvis
Mercredi, 14 Mars 2012 13:21

« La mondialisation et le système financier sont en train de détruire la société occidentale » nous dit Alain Touraine (interview Télérama Janvier 2011). Peut-on espérer l’émergence de résistances et de nouvelles forces pour envisager un autre avenir ?

Les sommes gigantesques injectées, dans le temps de crise, ont empêché une crise mondiale mais ils n’ont permis que la reconstitution rapide des profits des banques. Pendant cette période, le chômage a augmenté, passant de 7% à 10% en France. Le taux de pauvreté a également augmenté. Il est entre 15% et 25% dans les pays occidentaux. La crise est toujours là, il n’y a que le secteur financier qui se soit redressé.

La grande majorité des peuples ne se révolte pas contre un système financier qui semble se jouer « ailleurs », dans des domaines où l’on se sent impuissant. Les Anglais votent pour des conservateurs qui font le seul choix du système financier. Ce choix peut, à long terme ruiner le pays…Des jeunes bougent en Espagne, en Grèce, en France…

Le mythe actuel n’est plus le progrès, l’industrialisation, mais le fantasme de retrouver la richesse par la finance. C’est le jeu spéculatif qui l’emporte : le blé et le café sont achetés avant leur production et l’on fait monter les prix pour spéculer, il y a des transferts de blé et de café purement fictifs.

Le système financier va couler l’occident : si vous ne produisez pas et que vous vous endettez, cela ne peut pas durer éternellement.

Après la domination coloniale, après le mouvement ouvrier, la société est parvenue à un meilleur partage des richesses et à la construction de protections sociales pendant les trente glorieuses…

Aujourd’hui, il n’y a plus de modèle social : les syndicats, la Sécurité sociale, les Services publics, tout cela est remplacé par l’argent.

Les mentalités ont changé. Les classes moyennes sont tentées de dire « si on aidait moins les classes populaires on s’en sortirait mieux », la peur de l’Etranger est ravivée.

Nous sommes dans un monde où l’éthique disparait, les projets à long terme disparaissent, on vit dans le moment présent, le zapping médiatique, l’absence d’objectifs, de valeurs, de contenu culturel. Des résistances et réactions apparaissent au Forum Social Mondial, avec ATTAC et de nombreux groupes qui proposent d’autres politiques. Nous y voyons des signes d’espérance.

Mais nous sommes devant une société où l’on vit dans un monde de consommation immédiate, de marchandisation, de spéculation, de non production et de désindustrialisation, nous sommes dans une économie mondialisée qui n’a plus de règles, qui a rompu les amarres.

La politique des entreprises consiste à se protéger des tempêtes et des tsunamis financiers en fragilisant les travailleurs qui sont en première ligne : délocalisations, choix d’abord du rendement financier pour rémunérer les actionnaires avant les salariés qui travaillent dans les Entreprises.

La financiarisation fait disparaître le social.

Le social c’est quoi ? C’est une manière d’utiliser les ressources matérielles, en les façonnant, les transformant pour en faire des formes d’organisations : écoles, hôpitaux, services publics… Actuellement ces services sont réduits, certains supprimés, par quoi va-t-on les remplacer ? Par de l’humanitaire qui ne pourra jamais être à la hauteur des problèmes à traiter ?

Actuellement, l’économie et le financier sont comme au-dessus de la société, inatteignables avec aucune prise, aucune modification possible… Les modèles socio-démocrates sont en recul partout même en Suède. L’extrême droite renait et s’amplifie…

Que peut-on construire pour résister à ce Tsunami financier qui emporte tout le monde ?

Sur quels leviers, quelles forces nous appuyer ?

Il y en a deux :

1- La force des idées de l’écologie, la protection de la planète, de l’environnement, travailler contre le réchauffement climatique. Travailler le rapport entre nature et culture en imposant des limites à la finance. Ces limites sont vitales pour l’avenir, c’est une question de vie ou de mort. Le réchauffement climatique va faire changer l’évolution de la planète, va entraîner des migrations climatiques.

2- La deuxième force est non pas la recherche de l’argent, de la spéculation mais la recherche des droits pour chaque personne. Hannah Arendt dit que l’espèce humaine est celle « qui a le droit d’avoir des droits ».

Un être humain, du fait de son existence a des droits que nous associons aux mots : dignité, respect, intégration dans la société, vivre la démocratie, l’égalité. Chaque individu a des droits à l’éducation, à la santé, à avoir des revenus suffisants pour vivre, à la formation professionnelle, avoir une activité, des relations… Pour être acteur dans la société, c’est le fonctionnement du don et du contre-don…

Faisons vivre ce grand principe des droits des personnes pour qu’un renouveau démocratique apparaisse partout. Où il y a de l’éducation, du progrès, il y a davantage de démocratie et de libertés.

Nous avons besoin de faire vivre ces valeurs universelles.

Max Weber parlait, au début du siècle de « l’éthique de la conviction. »

Nous avons besoin de mythes qui donnent de la force : l’homme à Tian’anmen debout devant un tank restera un symbole. L’homme Tunisien qui s’immole par le feu fait lever un vent de liberté et de révolution. Il déclenche une action collective.

Ne restons pas dans les idées dominantes de la consommation, la marchandisation, la spéculation, dans un climat d’insécurité et de peurs. Affirmons que la personne a des droits à faire valoir. Créons une société de citoyens qui ont des droits et nous construirons une démocratie où chacun s’appuiera sur ses droits pour être citoyen et participer à la vie de la société en respectant la diversité culturelle, en vivant égaux et différents.

Nous avons le droit d’être singuliers sans être démolis et réduits à des consommateurs, fondus dans une masse, un communautarisme.

Pour cela, il faut prendre le parti du faible, c’est cela l’universalisme. « En reconnaissant les droits du plus faible vous reconnaissez les droits de tous. » nous dit Alain Touraine. Cela s’inscrit dans la tradition Européenne de la déclaration des droits de l’homme… au mouvement ouvrier… mais aussi dans les luttes de Gandhi, Mandela, Martin Luther King…

Les personnalités, les modèles sont importants mais aussi les petits groupes, les petites communautés utopiques qui avancent des idées, militent, s’engagent…

Nous ne pouvons plus dire, aujourd’hui : je parle au nom de Dieu, de l’histoire, du progrès, de la nation, de la science. Les Evangiles doivent nous tenir en éveil pour analyser, interroger le fonctionnement de notre société afin de mettre la priorité sur la place de la personne et non pas de la finance.

 

Mise à jour le Dimanche, 29 Avril 2012 17:53

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