Le dialogue Islamo-chrétien Publié juin 6, 2014 par Maurice

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Le Dialogue islamo-chrétien…

« Au moment où l’on assiste à un essoufflement du dialogue entre chrétiens et musulmans, le film « Des hommes et des dieux » devrait convaincre ceux qui doutent de l’intérêt de la poursuivre. » (Propos d’Azzedine Gaci, président du Conseil régional du culte musulman Rhône-Alpes lors d’une projection commune réunissant 16 évêques français, des responsables musulmans, de haut niveau, des juifs et des protestants).

Essoufflement, vraiment ? C’est oublier un peu vite que les initiatives en tout genre continuent de fleurir dans les régions, certes avec peut-être moins d’enthousiasme qu’autrefois, mais elles sont bien vivantes. Des célébrations communes ont toujours lieu – parfois judéo-islamo-chrétiennes, comme à Hautepierre dans la banlieue de Strasbourg -, pouvant se heurter à une hostilité affirmée de prêtres ou d’imams.

Action aussi des nombreuses associations locales ou nationales comme le Groupe des amitiés islamo-chrétiennes (GAIC) qui organise la semaine des rencontres islamo-chrétiennes en France et en Europe, la Fraternité d’Abraham joignant également les juifs. Ceux-ci ne font pas l’objet de cet article, notons tout de même l’importance des amitiés judéo-chrétiennes.La maison islamo-chrétienne est plus spécifiquement francilienne.

Mention particulière aux rencontres annuelles d’Aiguebelle qui chaque année – depuis 12 ans – rassemblent des croyants des deux religions pour un temps de prière et de réflexion en hommage et communion avec les moines de Tibhirine. En 2010, plus de 250 participants se sont retrouvés pour un échange également musico-spirituel avec les chants des moines et de chrétiens palestiniens – double symbole – et la psalmodie du Coran par un imam.

Suite à un jumelage entre scouts marocains et scouts de Conflans-Jarny (Meurthe-et-Moselle), un camp itinérant interreligieux est parti de Lorraine vers Bordeaux, coupé par 5 jours à Taizé et une randonnée de 2 jours dans l’Allier avant la participation au grand rassemblement de 10 000 scouts venus du monde entier, de différentes confessions. On y a psalmodié la fatiha (la sourate qui ouvre le Coran).

Les 7 dormants.

Les pèlerinages islamo-chrétiens restent aussi à l’ordre du jour. Honneur au plus connu d’entre eux. Le 56 ème du nom à Vieux-Marché (Côtes d’Armor), le 3ième week-end de juillet, avec le pardon des 7 dormants chrétiens d’Ephèse, vénérés depuis plusieurs siècles dans ce coin de Bretagne mais aussi par le Coran dans sa sourate 18 dite de la caverne, lue chaque vendredi à la mosquée. Héritage islamo-chrétien s’il en est et qui fut largement évoqué là encore à propos de l’assassinat des 7 moines de Tibhirine.

Thème de la rencontre annuelle : les 7 dormants parlent breton, français et arabe.Comme chaque fois, elle a permis un large débat entre chrétiens et musulmans, en fidélité à Louis Massignon, grand humaniste, qui a greffé en 1954 ce pèlerinage sur le pardon breton.

Le père Boormans, élève de Massignon, a évoqué à propos de la traduction du Coran la nécessaire humilité du traducteur, du fait de la richesse et du sens des nuances de la langue arabe et aussi parce qu’il s’agit du livre saint des musulmans, modèle à suivre beaucoup plus contraignant que les Evangiles pour les chrétiens.

Ghaleb Bencheikh, animateur de l’émission télévisée du dimanche  » Islam  » sur France 2, président de la conférence mondiale des religions pour la paix, un habitué de Vieux-Marché, a parlé de l’importance des mots et de la nécessité de les expliquer pour les désamorcer, à commencer par le vocable  » Islam  » qui génère beaucoup de fantasmes. Il a rappelé que Mohamed Arkoun – disparu récemment – parlait à ce propos de mot-valise.

Enfin, le sociologue Gérard Premel s’exprimant au nom des agnostiques et des athées – ils ont toujours voix au chapitre lors de ce pèlerinage – a rappelé la responsabilité plus générale de chacun d’entre nous dans la propagation de poncifs, voire de manipulations sur la signification des mots, donnant au passage l’exemple des insoumis pendant la guerre d’Algérie.

Le samedi soir, le pardon est purement breton. Le lendemain, la messe regroupe musulmans et chrétiens (jadis elle était dite en arabe) et les rangs débordent largement la petite chapelle. Ensuite, c’est la descente à la fontaine des 7 saints avec lecture de la fatiha par un imam, et nos amis musulmans, en signe de fraternité et d’accueil, offrent dattes et lait halib, dit ribot par les bretons.

Comme d’habitude la fraternité de Saint Pie X, a dénoncé cette apostasie, accusant les évêques de ne pas condamner ce symbole de la complicité des hommes d’Eglise et des catholiques conciliaires avec les ennemis du Christ. Le fait de les avoir réintégrés dans le giron du Vatican ne les a pas modérés pour autant. Qui s’en étonnera !

A la pentecôte, le GAIC organise un pèlerinage islamo-chrétien à Chartres sur les pas de la Vierge Marie, là encore commune aux musulmans et chrétiens, citée des dizaines de fois dans le Coran et qui bénéficie même d’un chapitre entier, la sourate 18. La virginité de Marie avait été défendue vigoureusement par le prophète, notamment contre les juifs de l’époque. On sait aussi combien les Algériens continuent de la vénérer à Notre-Dame d’Afrique à Alger. Cette basilique, pourtant symbole de la colonisation, vient d’être restaurée grâce aux deniers des autorités algériennes.

Sur les pas d’Abd el-Kader.

Enfin, en octobre, le GAIC et d’autres associations nous ont proposé un pèlerinage à Amboise particulièrement réussi sur les pas d’Abd el-Kader et de Saint François d’Assise, un ancêtre du dialogue islamo-chrétien. Après deux tentatives infructueuses, il avait réussi en 1219 à rencontrer en Egypte le sultan de l’époque Al Kamil, dans le but il est vrai de le reconvertir.Il ne réussit pas à arrêter ces croisades sanglantes – véritable djihad chrétien – qui durèrent plus de deux siècles.

Près d’une centaine de personnes se sont retrouvées pour en bord de Loire, béni par un soleil généreux. Ensuite, visite du château, sous la houlette du conservateur, fervent adepte de l’interreligieux. Dans l’enceinte même, des textes d’Abd el-Kader, soufi franc-maçon, et de François d’Assise ont été lus. On évoqua aussi Saint de Paule. Alerté par des rumeurs de miracle et grâce à l’appui du pape, Louis XI obligea ce Calabrais à le rejoindre en Touraine. François aida le monarque à mourir dans la sérénité et créa, au passage, plusieurs couvents dans la région.

Prolongement par un moment d’une grande force symbolique : l’inauguration de deux pierres tombales, l’une en français, l’autre en arabe, en hommage aux compagnons d’Abd el-Kader morts lorsqu’il était prisonnier à Ambroise, psalmodie du Coran par les imans et les nombreux musulmans présents, chant du Notre-Père par un prêtre et les chrétiens. La journée s’est terminée par itinéraire spirituel, courant au GAIC : un couple mixte – une musulmane algérienne et un pied-noir chrétien – venu raconter pour chacun la découverte de sa foi et de celle de l’autre, moment de grâce partagée dans le jardin, près des tombes musulmanes du château.

A l’épiscopat, c’est Mgr Michel Santier, évêque de Créteil, par ailleurs président du Conseil interreligieux, qui suit les relations avec l’islam, aidé par le service des relations avec l’islam animé par le père Christophe Roucou. Chaque année une session de formation est organisée au séminaire d’Issy-les-Moulineaux. L’Institut Catholique de Paris dispense un certificat d’aptitude pour la pastorale islamo-chrétienne. Des cours sont également donnés au Centre Sèvres, au collège des Bernardins à Paris et dans les régions à Marseille, Lyon (Institut catholique), Toulouse et dans les facultés de théologie de Lille, Strasbourg et Angers. Enfin, chaque évêché dispose d’une personne ressource, voire d’un conseil et, dans certains, des réunions régulières se tiennent avec des responsables musulmans et juifs.

Tableau bien incomplet, tant les énergies restent mobilisées, malgré les caricatures de part et d’autre. Non, les musulmans ne sont pas nécessairement des terroristes en puissance, prêts à sortir le couteau sous la bannière d’un faux prophète. Non, les chrétiens ne sont pas nécessairement islamophobes et la Sainte-Trinité n’est pas du polythéisme. Chacun d’entre nous se doit de combattre ces idées trop bien reçues qui ont cours non seulement au café du commerce, mais surtout sont utilisées par des politiciens qui surfent sur une vague xénophobe et raciste.

MICHEL ROUSSEL.

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