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Edito:

Le genre dans tous ses états ! La notion de genre est devenue la bête noire du pape Benoît XVI qui en fait une théorie qu’il dénonce en de multiples occasions : « Les chrétiens doivent dire non à la théorie du genre » (19/01/2013). Celle-ci serait de nature à détruire la famille. La polémique a pris une actualité inattendue en France lors de l’introduction de la notion de genre dans les manuels scolaires et à nouveau au moment du vote sur la loi permettant le mariage à des couples de même sexe.

Il n’était pas possible que deux groupes comme Femmes et Hommes, Égalité, Droits et Libertés dans les Églises et la Société (FHEDLES) et David et Jonathan, groupe d’homosexuels chrétiens, qui travaillent sur cette notion de genre depuis des années, ne s’expriment pas à cette occasion.

Mais de quoi s’agit-il quand on parle de genre ? Pourquoi tant de peur ? Pourquoi tant de haine ? Anthony Favier et Marie-Thérèse van Lunen-Che-nu, chacun-chacune avec sa sensibilité, son âge et sa propre compétence montrent l’usage qui est fait de cette notion, les ouvertures qu’elle apporte et les limites qu’elle comporte, les détournements de sens dont elle est l’objet, les combats qu’elle engendre. Entre ces études sérieuses, la colère et l’humour de Christine Pedotti font l’effet d’un bon coup de balai. La bio- logiste Béatrice Cavallié nous introduit à la complexité de la nature, pas si « naturelle » que l’on pensait. Quant aux droits de l’Homme, être humain, que disent-ils des préjugés sur l’homosexualité ?

Après cette diversité d’approches du genre, lorsqu’il est question d’homme et de femme, les croyants réinterrogent la Bible et notamment ses premiers chapitres, relatifs à leur création. La Bible n’est-elle pas porteuse d’éléments « naturels » fondamentaux, de références ultimes ? Certes, mais à condition de bien lire celle-ci. JT nous introduit à une lecture libératrice de la destinée humaine. À son tour, Gonzague Jobbé-Duval regarde ce qu’il en est de l’homosexualité dans la Bible et il pointe ce qui est vraiment en cause : l’homosexuel est un être efféminé donc amoindri. Marie Bougnet a imaginé un dialogue où les anthropologies se heurtent ; l’anthropologie tirée de la Bible résiste difficilement à celles de l’ethnologie et de la psychanalyse.

Une dernière partie est intitulée « Aux frontières du genre », pourquoi ? Elle commence par des témoignages qui, certes, sont minoritaires, mais qui le genre dans tous ses états parlent de la réalité « transgenre », où l’on navigue de l’un à l’autre, d’une façon qui peut choquer, mais qui fait la trame de certaines existences, qu’il ne nous appartient pas de juger. Ce n’est pas parce que les témoignages re-cueillis émanent d’une petite minorité qu’il ne faut pas les entendre et comprendre la souffrance, mais aussi le bonheur et la foi, dont ils sont porteurs. Ils nous aident, de façon brutale peut-être, à dépasser la clôture du genre.

Alice Gombault n’hésite pas à affronter ce qui se situe au cœur du débat, à savoir le constructivisme, toujours associé au genre par Benoît XVI. Elle ne se contente pas de réhabiliter cette philosophie ancienne, mais donne des clés de compréhension sur la façon dont chaque être humain se débrouille avec son genre et « bricole », au sens noble du mot, son identité.

Et puis, pour finir c’est l’étonnante théologie du Jésus Queer par le pasteur Stéphane Lavignotte apportant un éclairage inattendu sur la personne du Christ qu’il fait sortir de nos représentations trop conventionnelles, bien au-delà du genre.

Alice Gombaul

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